‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 63 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

denier. C'est à ses frais personnels qu'il aurait entretenu les compagnies qu'il avait sous ses ordres depuis le départ du roi, et cela lui serait revenu à plus de 100. OUO livres; les démarches qu'il fit pour obtenir un remboursement assez juste, en somme, auraient été inutiles'. Faut-il croire, comme on l'a fait, que tout, dans le récit de Marillac, est pure invention? C'est l'avis de M. Paulin Paris. Ce n'est pas le mien. Même si, comme le prétend cet historien, le texte de Marillac a passé sous les yeux du connétable (ce qui d'ailleurs n'est pas prouvé et ne peut pas l'être, mais ce qui est, en somme, vraisemblable, puisque Marillac était son secrétaire), il ne pouvait mentir sans savoir qu'il serait

1. « Mondit sieur étant à Chaatelle de retour desdits états, le roy luy écrivit s'en venir devers luy à Paris où il l'alla trouver, et de là l'accompagna jusques en Normandie, en sa maison du grand Sénéchal et de là à Amboise où se trouvèrent mesdites dames, femmes et mères, tant du roy que de M?"" de Bourbon. Et, en ce voyage, mondit sieur remontra les grands frais qu'il a voit faits delà les monts pour le service du roy, où il .ivoit fait bon service, en ce (jue, par son moyen, l'empereur s'en étoit et son armée retourné sans faire exploit, mal ni dommage en la duché de Milan qui étoit demeurée en la paisible possession et jouissance du roy afin qu'il plut au roy y avoir regard pour luy aider à payer les grandes dettes qu'il avoit faites à cette cause. A c[uoy il eut petite réponse; mais, qui pis est, au lieu de luy bailler aide pour luy payer ses dettes, on lu\' ôta tous gages et bienfaits de l'année, commençant le l"' de janvier lolC et finissant le dernier déceuibre 1517. Lesquels gages étoient tels qu'à cause du gouvernement de Languedoc il avoit 24.000 livres que le pays de Languedoc paye, et avoit aussi à cause de la connétablie de France, pareille somme de 24.000 livres et à cause de la pension jà piéca accordée par les roys aux prédécesseurs de la maison de Bourbon comme héritage, pour avoir consenty à mettre sur les tailles en Bourbonnois (fors en leur ville de Moulins qu'ils ont toujours voulu confirmer franche, la somme de 13.400 livres. Et, sur lesdits bienfaits, mondit sieur avoit donné l'état de luy et de sa maison et si avoit frayé au voyage de Milan plus de 100.000 livres du sien propre, dont il avoit plusieurs pièces de terres engagées. Et. comme est vraisemblable uiondit sieur fut grandement fâché et ennuyé de vivre et entretenir luy et sa maison toute cette année, sans avoir un seul denier du roy. Laquelle chose si elle luy fut dure n'est de merveilles, mêmement là où il venoit de sauver et garder de perdre ladite duché de Milan qui vaut par chacun an un million de francs. Et encore luy fut plus fâcheux quand ladite année même il vit tous les autres princes et seigneurs du royaume non seulement entretenus de leurs états, pensions et bienfaits, mais les uns augmentés et gratifiés grandement: et les mignons de la chambre faire dépense à des-roy. les uns à choses de plaisir, les autres en acquisitions et bâtiments à si grandes sommes de deniers et si grande somptuosité que chacun s'en pouvoit fort T'uierveiller. Et nonobstant tout ce, mondit sieur ne voulut oncq faillir à faire son devoir et vint devers luy à Paris. » (Marillac.)

démasqué. Il est certain qu'à Milan où Bourbon agissait en maître, il se trouvait à môme de prélever ^ des taxes ordinaires et extraordinaires^ »; mais il est non moins vrai qu'il se trouvait aussi obligé à de certains égards dans une ville en somme étrangère et où beaucoup d'habitants demeuraient hostiles à la cause française. S'il imposa donc certaines taxes, ce fut pour payer ses soldats et pour se rembourser lui-même puisque la cour de France ne le faisait pas. Voilà sur ce point ce qui me semble le plus évident, ^lilan nétait pas une ville conquise qu'on abandonnerait ensuite et où, par conséquent, on demeurait libre de faire à sa guise ; c'était le duché de Milan, dépendant du roi de France, où Bourbon commandait pour quelque temps et qu'il remettrait ensuite entre les mains d'un autre lieutenant général. Environné d'envieux comme il devait l'être, certainement surveillé, il ne lui était guère possible d'agir selon son unique plaisir. L'ennemi menaçait enfin et lui valait plus d'une préoccupation. « Comme connétable, dit encore M. l*aris, comme grand chambrier, comme gouverneur du Languedoc, est-il vraisemblable que les trésoriers généraux, les Semblançay, les Robertet avec lesquels il entretenait une correspondance affectueuse, lui aient constamment refusé le paiement de ce qui lui aurait été dû et le lui aient laissé réclamer en pure perte .^ » 1" Je ne crois pas que l'amitié des Hobertet ni des autres ait pu résister, malgré le désir qu'elle en avait peut-être, à un ordre royal, d'autant plus que les trésoriers devaient des comptes et ne pouvaient tout mener à leur guise ni suivre leur sentiment; 2° M. Paris met « constamment », et en italiques, avouant par là que, sans doute, plus d'une fois, ils durent refuser le paiement demandé. « Il faudrait, continue-t-il, une autre autorité que celle de Marillac, pour nous le persuader. >> Je réponds qu'il en faudrait

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