‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 76 sur 366 · LIVRE U · texte numérisé non relu

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sur cette question n'est nulle part; ceux qui l'ont vécue en ont emporté le secret'.

Varillas fait commencer l'amour de la duchesse au moment du mariage de Claude de France : « Les parties de tournois et de divertissements qui s'y firent lui donnèrent lieu de montrer toute sa force et son adresse; mais il fut assez malheureux pour donner mal^uré lui de l'amour à Louise de Savoie, duchesse d'Angoulème, veuve du premier prince du sang royal. Cette fière princesse ne s'opposa ni à la naissance ni au progrès de sa passion, soitqu'elle s'ennuyât de demeurer veuve, ou, qu'en changeant de condition elle ne voulût point sortir de la France où elle étoit assurée d'avoir beaucoup de crédit lorsque son fils, héritier présomptif de la couronne, viendrait à régner. Mais cet amour ne fut pas réciproque, soit que le comte de Montpensier, c'est ainsi qu'on appela d'abord le connétable, ne pût se résoudre d'épouser une femme qui avoit un fils presque du même âge que lui, soit qu'il sentit dans le fond de son cœur une antipathie secrète pour elle, ou qu'enfin il appréhendât de donner de la jalousie à celui dont il falloit être beau-père. La médisance a inventé une quatrième raison qui ne peut être véritable, parce que Montpensier n'avoit pas encore la mauvaise opinion de la vertu de la duchesse qu'il publia depuis quand elle le fit priver de la principale fonction de sa charge. Cependant, comme il n'avoit point de biens pour soutenir l'éclat de sa naissance et qu'il n'étoit pas d'humeur à rien négliger de ce qui lui en pouvait légitimement apporter, quoi qu'il fut d'une probité et d'une continence tout à fait extraordinaires

1. A Tt-poque même, on croyait à Tamour de la «Uichesse d'Angoulème pour le connétable, et cela est très important à noter. Henri VIII disait a l'ambassadeur de Charles-Quint : « 11 y a eu malcontentement entre le roy Fraiiçoys et le dict de Bourbon, sinon à cause qu'il n'a voulu espouser M'"" la régente qui l'ayme i'ort. » (Dépèche de Louis de Pntt à l'empereur, 8 mai 1323, Archives de Vienne:) — M. Paris a négligé cette dépèche que cite Mignet, t. 11, p. 364, ouvr. déjà cité.

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dans le siècle où il vivoit, il répondit de sorte à l'affection de la duchesse qu'elle ne désespéra pas de le vaincre nonobstant qu'elle s'aperçut bien de ne l'avoir pas touchée »

Il faut l'avouer encore une fois, cela est fort possible. Louise de Savoie, très volontaire, après une jeunesse assez réservée peut-être tant que son mari vécut, veuve de bonne heure, habituée à diriger et à réussir dans ce qu'elle entreprenait, a dû avoir la trentaine ardente-. Bourbon, qui était jeune, fort, élégant et beau, avait tout ce qu'il faut pour plaire. Je doute qu'elle eut l'idée alors d'en faire son mari, et que lui, de son côté, répondit mollement aux avances qui lui étaient faites. Une sorte de liaison dut s'établir oij Louise s'entêta, par la suite, à la fois par orgueil, par intérêt et en pensant à l'ennui qu'elle causerait à Anne de France. Quant à s'étonner qu'une fois l'aventure en train elle ait protégé son amant, c'est faire preuve d'une étrange psychologie, aussi étrange que celle qui consiste à nier l'intluence qu'elle acquérait de plus en plus chaque jour. M. Paris, cependant, proteste dans ce sens-là : « Ne faut-il pas avoir la manie de mêler les femmes à toutes les intrigues pour imaginer ainsi que de Paris, d'Amboise ou de Meaux, Louise«dirigeait l'ordre de bataille et se réservait le choix des commandements... » L'histoire prouve que M. Paris a tort. Louise ne dirigeait pas l'ordre de bataille, mais elle faisait parfaitement bien nommer celui-ci ou celui-là et enuaseait son fils dans telle ou telle direction. Ceci

2. Elle avait eu plusieurs faiblesses, paraît-il. On a été autrefois jusqu'à prétendre [Mémoires de Maintenon, t. H, liv. 7) qu'elle avait épousé en secret Rabaudanges, son maître d'hôtel. Dreux du Radier t. IV. p. 26) a réfuté cette allégation. — On a dit aussi quelle en voulut à mort a M""° de Chateaubriand, qui avait accueilli l'amour du connétable très favorablement, et que. lorsque cette noble dame devint la maîtresse de son fils François, elle s'etlorça de son mieux pour la rendre très malheureuse et n'eut de cesse jusqu'à ce qu'elle fut remplacée par la duchesse d'Etampes. « Les mères des rois sont quelquefois les proxénètes de leurs fils », écrit Agrippa (De Vanil. ^cienllar.. ch. xiv).

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