‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 79 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

sa charge, que si on lui eût ôté Fépée ; et ce fut dans les premiers transports de son ressentimentqu'il lui échappa des paroles qui donnaient atteinte à l'honneur do la duchesse d'Angoulème. Tant de personnes les ouïrent que la duchesse en fut incontinent avertie ; et, comme elle se vantoit d'avoir vécu dans une grande continence, quoiqu'elle fût demeurée veuve à dix-sept ans, elle ne put apprendre que celui qu'elle aimoitle plus l'accusoit du vice contraire, sans employer tous les moyens que la raison et la vengeance Jui inspiroient pour le haïi'. Mais, soit que l'injure qu'elle venoit de recevoir ne fût pas plus forte quavoit été le dépit de voir son amant épouser une autre personne, ou que toutes les choses qui dévoient diminuer son amour contribuassent à l'augmenter, elle ne cessa pas d'aimer le connétal)le, le voyant ingrat, comme elle n'avoit pas cessé de l'aimer le voyant marié ; mais on aperçoit quelquefois en amour, aussi bien que sur la mer, un rayon d'espérance au travers des plus effroyables tempêtes ^. » Un fait nous reste acquis, à savoir que ce fut bien Louise de Savoie qui proposa le mariage au connétable et, en nous résumant, il n'y a plus qu'à se demander : 1° si elle le ht simplement par politique, parce que le connétable prenait une situation prépondérante, et pour s'en débarrasser ; 2" si à cette politique ne se mêlait pas une certaine haine venue de l'amour; 3° si cet amour était né depuis la mort de Suzanne de Bourbon ou s'il venait de plus loin, d'avant le mariage du connétable, de son mariage môme, ou d'après.

Si la politique seule fait agir Louise de Savoie, sa proposition est absurde; pour être possible, elle a besoin de s'expliquer par une intrigue précédente. On n'imagine guère la mère du roi venant tout dim coup, à quarante-quatre ans, proposer à Bourbon qui en a trente-deux de devenir sa femme. Une politique pareille

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