LIVRE II
gentilhomme, au-dessus de tout. Si l'on admet cela, comme on s'explique le rôle de du Prat, toute cette sombre tragédie, et Bourbon, à la fin exaspéré, dans sa vie et dans son honneur, dans son cœur et dans son ambition, ne sachant plus que faire, trop malheureux pour agir avec netteté, et oubliant son devoir pour satisfaire lui aussi son désir de vengeance ! Hypothèse, certes, mais sur un terrain où la certitude ne se laisse pas saisir, ne doit-on pas prendre l'hypothèse la plus logique, — et celle-ci ne l'est-elle pas? Pour ma part, je m'y sens à l'aise, comme dans la réalité ; je vois Louise, je vois Charles, je suis les étapes naturelles de ce conflit; je distingue le du Prat intéressé, mielleux et malin, exploitant les sentiments de l'un et de l'autre. Je sens tout ce qui dut décimer lame du connétable, furieux d'être dérangé dans un plaisir que son passé lui faisait considérer comme acquis et, en même temps, satisfait peut-être de rompre : de cet amour formé maintenant d'habitude et qui tenait de la lutte, montait la haine, haine faite de la nécessité que ces deux êtres avaient l'un de l'autre, malgré qu'ils en fussent humiliés; ils se déchiraient avec ferveur. Louise dut tout oser alors pour vexer son amant, tout, avec cette profondeur dansl'otïense où les femmes excellent, avec ce raffinement de la douleur où elles seules ont la force de persévérer. Le connétable atïecta de rire, plaisanta son amie pour n'être pas raillé lui-même, et avec d'autant plus de méchanceté qu'il venait mal à bout de ses regrets. Il la déclarait ridicule, observait qu'elle aurait pu être sa mère et accusait le roi de suivre « les impressions d'une femme qui n'avait pas plus d'équité que d'honneur^ », Sa fierté l'engageait a maudire un passé trop confiant ; il s'en voulait d'avoir cru chez elle à quelque sentiment ; seule la sensualité la plus commune et la moins délicate l'avait jetée un jour