‹ Le connétable de Bourbon (volume 2)Chapitre 12 sur 14 · I.A VII.Z.E SX ROME ET LES T&OVFEA DU CONNÉTABLE · texte numérisé non relu

I.A VII.Z.E SX ROME ET LES T&OVFEA DU CONNÉTABLE

Un écrivain contemporain , Jacques.

Buonaparle, gentilhomme de San-Minialo, raconte en ces termes l'occupation de Rome, dont il a été témoin.

« Quelques palais, dit -il, avaient

échappé à leur l'urcur. 11 s'y étujt retiré

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beaucoup de monde , des hommes de loi , des marchands, que la bienveillance de quelques seigneurs, en droit de se faire respecter par la soldatesque , avait protégés contre la première impétuosité des vainqueurs. Cependant, quand ceux-ci s'ennuyaient d'être oisifs , ils se rassemblaient, au son du (ifre, du tambour et des trompettes , en ordre de bataille, et formaient leurs rangs comme 'pour recommencer le siège de la ville. Ils attaquaient alors ces palais en furieux, ne s'inquiétaient ni des défenses qui leur étaient faites, ni des recommandations aux ordres que leurs supérieurs leur adressaient , et tiraient même sur leurs camarades, qui, du dedans, défendaient ces habitations. S'ils étaient repoussés , comme cela arrivait souvent , ils se vengeaient en y mettant !(/.

feu; ensuite, ils les pillaient, à moins qu'on ne leur fit des propositions acceptables, c'est-à-dire qu'on payât des rançons énormes. Quelques uns de ceux qui avaient traité avec les Espagnols furent ensuite pressurés et rançonnés par les Allemands, ou virent leurs maisons incendiées par eux. Ils firent un butin si considérable, que les croix, les figures cl autres objets d'argent , les sculptures , les tableaux précieux dontilsyemparèrent^ n'hélaient pas estimés par eux le quart de leur valeur, et, ce qu'ils prisaient pardessus tout, c'étaient les joailleries et l'or pur, qui tiennent peu de place. Quand ils revendaient ces objets, ils ne se faisaient payer que l'or , et ne demandaient rien pour les pierres fines qui y étaient enchâssées avec un art iniiniet dont la valeur était cependant bien supérieure

à celle du luctal. Combien de slalnes de marbre et de bronze , sculptées avec un talent remarquable , combien de médailles d'empereurs, de rois et de papes, conservées depuis des siècles , rassemblées à force de soins , remontant à la plus haute antiquité, et d'un travail exquis, devinrent en un moment la proie de ces barbares ! A ne parler que des effets pris et emportés, on évalue la perte à la somme de deux raillions, et le montant des rançons imposées arrive au même capital,

« Les Allemands venus à la suite de George Francusberg, dans un état de dénuement complet , les pieds sans chaussure , les habits en lambeaux, et le corps exténué par la faim , on les vit tout à coup superbement pavés, revêtus de beaux babils de brocart

2^i NOTES.

de drap d'or ou de soie, chargés des plus riches colliers et de magnifiques bracelets, la poitrine couverle de bijoux de la plus rare beauté. Les nouveaux seigneurs se promenaient insolemment, par les rues de la ville sur des mulesappailenantaux prélals, et s'amusaient à contrefaire le pape et les cardinaux. Ils avaient à côté d'eux leurs concubines, en robes brodées , chargées également de joyaux précieux et de colliers enlevés aux oslensoires et aux mitres , chasubles et autres ornemensdu pape; et, à leur suite, venait un long cortège de laquais et de pages en belle livrée.

« Les somptueuses habitations descardinaux , les églises les plus majestueuses, ainsi que la chapelle du pape, avaient été transformées en écuries ; on n'y entendait plus,

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comme au temps de la paix , ces concerts des hymnes religieux; au lieu de psaumes et saints cantiques , ils retentissaient aujourd'hui des juremens ou des obscénités des palefreniers qui pansaient leurs chevaux. Les crucifix étaient criblés de balles; les images à moitié brûlées traînaient à terre dans la litière, pêle-mêle avec les reliques des saints.

« Cette domination cruelle du vainqueur dura, non des jours ni des semaines, mais des mois entiers ; et comme s'il n'eût pas suffi pour châtier les coupables habitans de Rome, Dieu y joignit un autre fléau. Ces troupes étrangères étaient frappées d'un tel aveuglement, et poussées par une si folle méchanceté , que sans cesse elles se permettaient des voies de fait et de

2f)0 NOTES,

mauvais irailcmens envers ceux qui amenaient les vivres au marché ; bientôt personne n'osa y retourner, et la ville cessa d'être approvisionnée. Les soldats ne savaient plus où trouver de quoi exister; les magasins des vivres à Rome , aussi bien que dans la campagne , étaient épuisés. Après avoir mangé les chevaux , les ânes , les chiens, les chais, et jusqu'aux rats des maisons , le bas peuple vivait de racines , d'herbes, de chétifs alimens à peine suffisans pour l'aider h se soutenir. Aussi les gens de cette classe ne ressemblaient plus à des hommes , mais à des fantômes , à des squelettes vivans. La faim, qui les dévorait, lit bientôt naître parmi eux la mortalité , et celle-ci la peste. Il n'y avait plus de rue à Rome (|ui ne fût encombrée de pestiférés, morts pu moiu'ans, et des malades qui invo-

quaient à grands cris le trépas pour mettre un terme à leurs souffrances. Bientôt la contagion passa du peuple aux soldats ; elle s'avançait de rue en rue, de maison en maison. La rapidité de sa marche ressemblait à ces feux d'artifices en usage dans les fêles publiques, qu'une étincelle , tombée sur la poudre, suffit pour enflammer, et dont toutes les pièces s'embrasent successivement.

« Au milieu de ces cris et de ces pleurs , de ces incendies, de ces continuelles dévastations de la mort , je n'essaierai pas de décrire la situation du pontife. Il était assez humilié par la comparaison de sa grandeur passée avec son abaissement présent. Que de fois il tournait ses yeux pleins de larmes vers le ciel! Il se frappait la poi-

trine, en s*écriant : Deiis meus in te speravi; salve me fac ex omnibus persequentibus me, et libéra me.

« Long-temps après la prise et le pillage de la ville , Pompée Colonna y arriva , et parut se réjouir beaucoup de la fâcheuse extrémité à laquelle était réduit le pape. Cependant, quand il vit partout la destruction et la mort ; qu'il entendit de toute part des pleurs et des gémissemens , et qu'il rencontra dans la rue des enfans, des darnes, des prélats et les plus nobles citoyens implorant la compassion et demandant des secours, il fut à son tour afleclé des plus pénibles senlimens. A 4a vue de toutes les misères de la ville et de la campagne, il ne put retenir ses larmes; et sa douleur fut d'autantplus vive, qu'il avait à

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se reprocher la ruine de sa patrie, sans avoir réussi à renverser la puissance de son ennemi, alorsen sûreté dans le château Saint- Ange. Il ne pouvait se dissimuler que lui , instigateur de l'invasion ennemie, aurait mérité que tous les maux dont elle avait été suivie fussent venus fondre plutôt sur sa personne que sur les infortunés Romains qui en avaient été accablés; il était généreux et compatissant, et sur-le-champ il ouvrit sa maison aux malheureux habitans. Il avait beaucoup d'influence sur les officiers et soldats de l'armée ; il s'en servit pour protéger l'honneur des femmes, pour empêcher les vexations exigées par les citoyens, pour diminuer les rançons des prisonniers. Il mit tant de volonté, de zèle et d'humanité à rendre ces services, que, dans peu de temps, tous les apparlemens de son palais,

depuis la cave jusqu'au grenier , furent remplis de pauvres femmes et de nobles dames , arrachées des mains du soldat , h qui leur rançon avait été payée par elles ou pour lui-même. 11 donna également asile aux cardinaux qui , après avoir été baloués et maltraités par les militaires, durent leur délivrance à sa protection. 11 aplanissait les difficultés entre les soldats et les prisonniers, en puisant dans sa bourse, et il volait au secours de tous ceux dont il savait la vie en danger; on peut même dire qu'aucun malheureux n'implora en vain son appui. Il oubliait haine et ressentimcns , et donna assistance à d'anciens ennemis avec qui il était brouillé par des raisons politiques ou de pluspuissansmotifs.Une dame et safdle, de la noble famille de Santa-Crocc, lui durent leur rachat des mains de l'en-

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nemi. Il ne se laissa entraînei' par le désir de la vengeance que dans une seule circonstance , lorsqu'il ordonna de brûler la vigne du pape au pied du Mont - Marcus, près du Ponte-Malle. Clément Vil , voyant le feu du haut du château , se tourna vers les cardinaux et leur dit : « Pompée me paie une dette; j'ai fait brûler ses châteaux dans la campagne de Rome , il cherche à me rendre la pareille. » Ce spectacle lui faisait de la peine; cependant, il ne rejetait pas le tort sur le cardinal.

« La vie qu'il menait au fort Saint-Ange était toujours excessivement pénible ; elle le devint bien davantage, lorsqu'il vit toucher à leur fin les seuls vivres qui restassent, dont assurément la nécessité seule , et non leur attrait, lui ordonnait de se nourrir:

malgré leur répugnance , lui et les cardinaux étaient réduits à manger de la chair d'âne. Dans l'irapossibilité de rester plus long-temps , faute de provisions , il proposa de se rendre aux conditions suivantes : « Il souscrivit d'avance aux volontés manifestées par Fempereur , qu'il se plaisait à supposer bénignes et équitables, dignes en tout d'un tils de l'Église ; il paierait la solde arriérée des troupes impériale^, et ou lui rendrait la liberté et ses États. » Sur-lechamp , il fit fondre les vases consacrés d'or et d'argent, qu'il avait emportés, et en lit battre monnaie j par ce moyen il réalisa trois cent mille écus, qui ne suffirent pas pour contenter les oiïiciers supérieurs, et, à plus forte raison , les soldats.

« I.a position du pontife, élioiteuMMit !)lo-

que dans son fort, devenait donc de plus en plus critique j pour comble de maux , la peste se mit parmi ses gens. Sur les instances de quelques cardinaux, ses amis , Pompée se décida à lui faire une visite. Le pape dit aux cardinaux qu'il n'attendait plus aucun secours du dehors, qu'il n'y avait de salut que dans la lance d'Achille ^ il désignait par là Pompée qui, ayant attiré sur sa patrie ce déluge de maux , était plus propre que tout autre à trouver les moyens convenables pour l'en délivrer. Lorsque ce dernierarriva dans le château , le saint-père lui fit un fort bon accueil; probablement aussi sans arrière-pensée. Ils se mirent alors à pleurer tous deux sur les désastres qui désolaient leur patrie , sur l'avilissement où était tombée la dignité sacerdotale, et surtout sur leur folie respective qui rem-

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plissant leur ame d'une turcur indigne de gens revêtus d'un caractère sacré , avait attiré l'étranger dans le cœur du pays et fini par renverser les élablissemens consacrés à Dieu. Ils convinrent ensuite des moyens de mettre Clément \II en liberté. Pompée ayantpromis d'employer son crédit auprès des ministres impériaux, pour obtenir sa délivrance , reçut la bénédiction papale, et partit.

Le pape ne négligeait pas cependant d'autres moyens d'améliorer sa situation 5 il envoya un légat au roi François I", un autre à Henri, roi d'Angleterre. Le roi de France , disait-on , allait envoyer Lautrec , vaillant capitaine, à la tête d'une bonne armée, pour venger les injures faites au chef de l'Église. Clément, en outre, envoyait

leltres et négociateurs auprès de l'empereur. Mais les soldais, et surtout les Allemands, montraient une inflexible dureté; ils ne voulaient entendre parler d'aucun accommodement^ qu'au préalable on n'eût achevé de leur payer tout ce qui leur était dû. L'empereur trouvait cette demande parfailemenL raisonnable ; il chargea son envoyé , le frère Angioli , dont il a été fait meniion plus haut, de communiquer ses intentions aux chefs de l'armée. Le pape devait entrer dans la plénitude de ses droits; la sainteté de sa dignité commandait des égards , mais il devait aviser aux moyens de contenter les troupes; elles ne se retireraient qu'après s'être fait donner des otages. Moyennant cette précaution , le pape se trouvait hors d'état

de faire à l'empercm' beaucoup de mal , n. 20

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