‹ Le connétable de Bourbon (volume 2)Chapitre 2 sur 14 · II · texte numérisé non relu

II

Le colonel Frundsberg s'approcha de Césara ^iscanli, qui sembla tout à coup respirer plus à l'aise.

— Laissez - la reposer , monsieur , dit Suzanne , depuis huit jours qu'elle me veille, ma uvre mère en a bien besoin.

L'oppression de Césara sembla redoubler.

Un mouvement convulsif agitait tout son corps.

— Le meurtrier de ma fille et de mon

fils , balbutia-t-elle d'une voix sourde

Et toi, Suzanne de Langenfeld! je me

vengerai

— Est-elle en délire? reprit le colonel des lansquenets, je vais la réveiller.

■— N'en faites rien , interrompit Suzanne, le sommeil la calmera. A son réveil elle

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reconnaîtra son erreur, et les baisers de sa fille lui feront oublier les tristes illusions de ce rêve.

— Voici le général! s'écria le colonel, en jetant un coup d'œil hors de la tente.

— Merci! ô mon Dieu! balbutia Suzanne, qui joignit les mains.

Frundsberg sortit de la tente pour aller au devant du connétable.

Le duc de Bourbon était suivi de ses principaux oflficiers, parmi lesquels on remarquait, au premier rang , Philibert de Chûlons, prince d'Orange , illustre aventurier, transfuge du camp français, comme celui dont il suivait en ce moment la fortune. Ce jeune capitaine, issu de l'ancienne maison de Ghâlons-sur-Saône, et auquel le

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pape avait promis la main de Catherine de Médicis, depuis reine de France, avait offert ses services à François V', qui s'en fit un ennemi mortel, en permettant, le jour du baptême du dauphin, qu'un logis qu'on lui avait d'abord assigné, fût donné à un autre. Si la mQrt ne l'eût enlevé à trente ans, au siège de Florence, nul doute que cet élève du connétable n'eût fait payer cher à la France l'injure qu'il avait reçue. 11 était le plus digne ^ par son courage et par ses ta- ' lens militaires, de succéder au duc dans le commandement de l'armée.

Louis de Gonzague , de la maison de Mantoue, qui commandait les troupes allemandes de Bourbon, ne le cédait en rien pour la bravoure au prince d'Orange. Les soldats l'avaient surnommé le Rodomont.

Sous ses ordres marchaient Ferdinand de

l'kxpiatio.n. »^"

Gonzague , Sciarra Golonna , et d'autres chefs renommés.

— C'est sur vous que je compte, dit le connétable en frappant sur l'épaule de Philibert de Châlons, pour me remplacer dans la tâche que j'ai entreprise, si la mort venait à m'enlever pendant l'assaut. Quoi qu'il arrive, la ville est à nous. Aux premiers rayons du jour , messieurs , un détachement se glissera sans bruit dans le quartier Saint- Esprit, en franchissant les murs peu élevés qui avoisinent les jardins du cardinal Ermellino. Je viens de reconnaître à cet endroit une meurtrière, garnie de barreaux de bois, qui peut donner passage à un homme. Pendant ce temps, un autre détachement attaquera la rue Julienne, défendue par la garde suisse du pape.

— Vos ordres seront exécutés, répondit le prince d'Orange.

-r- Par Luther, mon maître, ajouta le colonel Frundsberg, je pourrai donc employer bientôt celte chaîne d'or dont j'ai juré de faire un collier au pape.

Séparons-nous , messieurs , reprit le

duc , un peu de sommeil vous est nécessaire. Les tambours battront aux premiers rayons du soleil. Vous, monsieur de Frundsberg , vous entrerez dans ma tente , une heure avant le signal de l'assaut.

Au moment où chacun des chefs de l'armée regagnait son quartier, un soldat s'approcha du colonel des lansquenets et lui dit : — Un moine qui vient d'arriver au camp demande à vous parler.

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— Silence! repondit Frundsberg, prends bien garde que le général ne t'entende. Je vais recevoir ce moine qui , sur ma foi , montre du courage, et mériterait de porter l'arquebuse dans nos rangs.

Le connétable entra dans la tente de Suzanne.

— Monseigneur , soyez le bien-venu !

s'écria madame de Saint -Romain dont le visage se colora vivement à son aspect.

— Ma chère Suzanne , répondit le duc en lui baisant la main , encore éveillée à cette heure!

— Et vousj monsieur le duc, déjà couvert de votre armure?

Bourbon répliqua en secouant la tète :

— 11 y a long-temps que je ne connais plus le sommeil !

40 u: oonnktai'.m: dr bourdon.

— C'est que Dieu, en formant les héros, hasarda Suzanne, ne les a point assujettis à la loi commune de l'humanité.

— Oh! murmura le connétable j que je voudrais être un pauvre et obscur gentilhomme vivant du produit de son champ, pur encore des insultes de François I" et des faveurs de Cliarles-Quint!

— Juste Ciel ! fit madame de Saint-Romain , est-ce donc là le bonheur que produit la gloire? C'est le vainqueur de Pavie, c'est le conquérant de l'Italie qui fait entendre ces paroles de désespoir !

— Que je donnerais cette gloire et ces conquêtes , soupira tristement le connétable; ce nom resplendissant, écrit avec le sang des hommes sur la face de l'Italie en

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