B COHHBT. »■ BOURBOH. T. II. II
tr«itA portaient Fempreinte de quelque peine .secrète , de quelque remords?
— Je n'ai rien vu de semblable , Marco. Vé* «lat de sa parure rehaussait encore sa beauté naturelle et la gràee parfaite de smi maintien.
— Il n'est donc plus d'espoir , plus de doute possible! reprit Marco Venier avec un profond abattement. Pas même la consolation de peu* sèr qu'elle ait obéi à la contrainte ! Oh ! c'est afireux ! N'importe ! je veux la voir. Je veax apprendre de sa bouche que son amour pour moi n'était qu'un jeu de coquetterie , qu'une déception , qu'un piège tendu à ma bonne fbi. 4près cela , je serai content, Onofrio.
— Par quel moyen, Marco, espérez*voiis parvenir auprès de Catherine?
— Je lui ai fait tenir secrètement un billet. Je sais qu'elle l'a reçu. Je lui demande pour cette nuit un rendez-vous à son balcon. Monté sur le faite dé ma gondole . j'entendrai sa réponse , et je partirai.
r Onofrio poussa un soupir , et saisissant la main de son ami :
— Pour la dernière fois, dit-il d'une voix bremblante ,. je vous oonji^e de ne point tous hasarder ainsi^ Vous eourex' à une perte
Uàami, Mâft^f «^eftt fait de Vèuft nroQspeiNststek» Songez qu'un projet ne se forme pas à Venise.dans la pensée d*un homme sans qu'au même instant la police du Conseil , comme un miroir fidèle , ne le reflète devant les yen^ deà inquisiteurs d*£tat. A cette heure, Marco, Èoyet^en assuré, tous êtes dénoncé, Vous êtes soivi. Un ml s'attache dans l'ombre à la tmoo de vos pas ; un bras est levé sur votre tété'. Ab ! vous ne savez pas tout ce que peut le €oih aeildeà Dix : amour , amitié , honneur , il brise tout ! Je vous dis cela , Marco ; dans peu d'in^ stants, moinuéme pent-êtr0 je n'oserai i^si vous le répéter. Vous avez. déjà un pied dans 1^ tombeau; un pas de phis et vous disparàisset pour toujours* ' . : - .
Marco Venter ne répondit pas un mot.Biéi^ tdt la gondole s'arrêta ; elle était arrivée dé^ vaut le palais Corner.
Une femme se pencha sur le balcon du palais, et l'on entendit un gémissement étouiië sortir de sa poitrine. A la clarté de la lune, le jeune homme reconnut Catherine.
C'était elle en effet qui venait au rendez-vous do Marco.
Hélas! son amant, qui l'accusait, ignorait 'à
quellies torture»oii Pavait soumise pour Ta ner à le tromper ainsi. 11 ignorait que c'était pour sauver sa vie jnenacée que sa maîtresse avait consenti à renoncer à lui , et qu'elle s'était dévouée en victime à cet hymen étranger qui lui faisait horreur.
Catherine, en acceptant l'entrevue nocturne de Mfurco, espérait se disculper aux yeux de celui qu'elle sauvait ; mais de quelque mystère qu'elle eût enveloppé sa démarche, elle n'avait pu tromper cependant la vigilance du Conseil des Dix.
Tandis qu'enfermée dans sa chambre, au milieu de l'obscurité et du silence^ elle atteodait, le ccBiw plein d'anxiété, l'heure fixée par la let* tre de Marco, une voix se fit entç»dve dans son appgrteipent , où elle se croyait aeuk , et prononça ces paroles qui la glacère&t d'épouvante :
— L'épée de Saintp-Marcest levée sur Marco Venier. Si la reine de Chypre enûc^ii^t par un seul mot la défense que lui a faite .le Conseil d'encourager les folles prétentions de ce jeune homme, il tombe mort à aea pieds.'
Catherine recula d'horreur vers l'autre extrémité de la chambre.
Une •écondevoizygrayeetsblennellecoinme k prMDÎère, dit ces mots à son oreille :
— La reine de Chypre doit paraître à son bakon et répéter à rhonune qui va venir que c'est de soa libre aveu qu'elle aceepte la main de Jacques de Lusignan , ou Marco Venier est livré sur l'heure aux bourreaux.
Catherine, saisie de terâeur, ne répondit pas et sonda vainement de son regard les profon-» denrs des ténèbres qui l'entouraient. Elle n'y put distinguer aucune forme. Elle prêta l'oreille et crut entendre un léger bruit derrière la ta* pisserie de son alcôve. Elle y courut et souleva la draperie qui céda sans peine à ses efforts. Quel spectacle !
Une porte secrète pratiquée dans l'épaisseur du mur avait été ouverte et laissait voir l'inté* rieur d'une chambre voisine éclairée de fiam* beaux. Quatre hommes d'un aspect terrible, et l^s bras nus, étaient là, immobiles comme des statues. Appuyés sur des haches étincelantes» ils semUaûsnt attendre un signal*
Derrière eux se tenait debout un patricien, le chaperon en tète et le poignard à la ceinture. ^ Catherine reconnut son onde Andréa, qui, le r^ard fixé sur elle et le doigt posé sur la bou-
ohe, lui donnait à entendre que le moiadve cri, la moindre hésitation allait coûter la vie à $011
Elle laissa retom^ier la tapisserie, et au même instant elle sentit un bras vigoureux la saiaip et lapousserdoncement vers lafenèbreouvertOé
Comme elle mettait le pied sur le balcon, k Ipindole d^ Marco Yenier s'arrêtait au semi du palais^
Le Jeune homme se débarrassa de son nuui« teau et monta sur la partie supérieure de sa ^^ondole. Son front touchait ainsi le balcon où^ pâle et tremUanie , la reine de Chypre était aaoaodée.
— M'a-t-on dit vrai? balbutia Marco d'une ▼oix firémissante ; est-ce libremmt et sans con^ tramte que vous renonces à moi? Répondez ^ Catherine.
— Qui, répéta la jeune fille, qui pensa dé« faillir en prononçant ces mots cruels, librement et sans contrainte !
Marco cacha son visage dans ses mains et demeura quelques minutes sans pouvoir recou- ^vrer la voix. 11 releva enfin la tète et regardant Catherine an visage :
«^ J'avais besoin ^ dit^ii , d'entendre v«tr«
bouche me confirmer cette nouvelle. A présent» je me retire satisfait. Adieu , Venise ! adieu , Catherine ! aussi ingrates , aussi perfides l'une que l'autre ! je vous arrache de mon souvenir. Reine dé Chypre ! montrez-vous digne de la mère qui vous adopte. Partez; allez régner.
Faites-vous un jeu des choses les plus saintes, et puissent les enfants que vous mettrez au jour vous ressembler pour votre malheur !
La gondole s'éloigna. f
Andréa Corner reçut dans ses bras sa nièce, qui venait de perdre connaissance.
Onofrio , la main appuyée sur l'épaule de Marco Yenier, fit un signe mystérieux de respect et d'obéissance au sénateur, dont le chaperon de soie rouge brillait au reflet de la lune entre les balustres de marbre du balcon.