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Catherine arasait sans répondre.
Au feu de son regard, au frémîsaeiEteBt inaccoutumé de sa voix , & sa fière attitude , ses oncles comprirent qu'elle connaissait leur crime, et que, pour la première fok, celte femme , jusqu'ici sans volonté , était déddée à leur tenir tète.
Andréa rompit le premier le silènoe :
— S'il m'est permis , belle nièce , de hasarder une question auprès de vous, quel est le motif de cette colère que voua sernUez nous vouloir cacher? Quelque audacieux voua au* rait-il fait affront? Nous commandons ici pen* dantla maladie du roi, votre époux. Dites un mot , et justice sera bientôt faite.
— Je Fespère , interrompit sévèrement la reine. Vous ne vous êtes pas trompés , messieurs; j'ai une offense à venger. Nous en parlerons tout à rheiiire. Mais le roi ! avant tout Condui^iezsnoi vers le roi. Je suis venue pour le voir* i€^ veux le voix, messieurs; eskiesààexvous, je le veux!
Andréa et Bembo ne purent réprimer une .marque d'impatience et d'étonnement. Catherine n^ \e$ avait p^ ae«9utttmé$ à un pareil langage.
— DaoA peu d'instants , dit Andréa Camer penehé sur le fantenil où la reine était assise, niMis oon.duirons votre altesse auprès du roi. Ums il est bien mal. Nous avions vainement pensé que cette promenade , l'air pur de la campagne , rappelleraient un peu ses forces»
Sans vouloir Vous (^ter tout espoir de le eonserver^ il faut cpe voas sachiez bien , Catherine, que d'un moment à Fautre l>ieu peut ravir ce vertueoiL prince à son peuple et à notre amour. Dans cette prévision , nous avons dû songer \ votre avenir. Reine et veuve à vingt ans, ne penset-vous pas qu'un sceptre disputé soit un poids bien lourd peur votre bras? Si le ciel enlevait aujourd'hui votre époux à la terre, demain vous verriez la révolte armée parcourir votre royaume. Le soudan d'Egypte , le sultan des Turcs , revendiqueraient son héritage, que viendrait vous di^nter encore la princesse Ghariett^ de Lusignan, votre belle-sœur, appuyée par les fbttes de Rhodes > par les Oénois'et les armées du pape.
— La république de Venise doit venir en aide à sa fille adoptive et la débarrasser de cette couronne qu'elle ne saurait défendre ;
— leo —
n'est^il pas vrai , mes excdlents ondes , voilà le conseil que me donne votre tendre amitié?
— C'est à ce péril , au contraire , impliqua Marco Bembo, que nous voulons vous arracher. Si vous -acceptez la tutelle de la république , vous êtes perdue sans ressources.
Catherine, qui était loin de s'attendre à cet aveu, regarda ses oncles et les engagea d'un coup d'ceil à s'expliquer.
— Croyez-en nos avis, Catherine, reprit Andréa , et vous maintiendrez la couronne de Chypre dans notre famille. Vous s^ez reine encore , et après vous les héritiers de l'illustre nom de Corner...
— Que faut-il faire pour cela , messieurs?
— Choisissez sur Theure l'un de vos oncles pour votre nouvel époux , Catherine, car Jacques de Lusignan n'est pluf.
En prononçant ces paroles , Marco Bembo enleva lennanteau qui cachait le cadaTre du roi.
Catherine poussa un hiurrible cri, et se dressant comtne un fantôme entre les deux meurtriers :
— Je garderai mon sc^tre de reine ! s'écria-t-elle , mais ce sera pour en frapper les empoisoihieurs de mon mari l
Elle 8*élança d'un bond yers le balcon qui dominait les jardins de la villa , et , arrachant son voile blanc de sa tète , elle le jeta au vent. Un grand cri poussé du dehors et qui fiit suivi d'un cliquetis d'armes répondit à son appel.
Andréa Corner et Bembo tressaillirent.
Aux hurlements du peuple , qui se précipitait dans les escaliers du palais, ils comprirent qu'ils étaient perdus.
Sans même essayer de se défendre , ils s!élancèrent dans la galerie vers une porte secrète qu'ils trouvèrent fermée. Déjà demi-morts de terreur, ils rebroussèrent chemin pour chercher un«. autre issue. Aucun moyen de fuir.
Un groupe armé , conduit p«r un chevalier de Saint-Jean, les atteignit bientèt comme ils tentaient de s'échapper en escaladant une fenêtre.
Deux corps sanglants roulèrent sur les degrès de marbre de la villa, où la fiyreur du peuple se partagea les débris de leurs somptueux vêtements. La reine se montra au balcon et fut saluée par les acclamations de la foule, qui voulut l'escorter jusqu'à son palais de Nicosie.
Marco Venier, Tinstigateur et le principal
auteur de ce CMip fa«rdi, fiit arrêté, le soir même , par les gardes du baiie de Venise ^ qui le réclamèrent cooime sujet de la répablifue.
An moment où le baile allait le livrer à ses exécuteurs, Oaoirio parut et remtl li l'ambassadeur de Venise un rouleau de parchemin où pendait le sceau redouté do Conseil des Dix.
Le baile s'inclina devant ce signe mystérievx d'un pouvoir plus haut que le sien, et laimème il ordonna xpe Marco Venier fût inuBédiatemept rendu- à la liberté.
— Demain , cbt Onofrio à l'oreille de Tarnbassadeur, je vous expliquerai les melifs de la proscription de ces deux hommes , et nous aviserons ensemble, selon les ordres du Gwk seil, a»x moyens d'assurer i'accomplisfement des projets du sénat.