CHAPITRE ONZIÈME
Le jour commençait à peine à paraître , lorsque Onofrio entra dans la chambre de Marco Venier« Le chevalier de Saint-Jean se leva brusquement du fauteuil oi!k il était assis. Son ami put s'apercevoir , au bouleversement de ses traits , que le sommeil n'avait pas cette nuit-là clos sa pauj^ère.
-^ Marco , dit-il, je viens vous rappeler la parole que vous m'avez donnée. Êtes -vous prêt à partir? je vous ccmdu^rai moi-même à Famagouste , d'où une galère de la république vous portera sur les terres Ae la religion.
— Partir ! répéta Marco. Partir lorsqu'elle
est seule , abandonnée aux pièges de ses ennemis , menacée de perdre une couronne si chèrement acquise, et sa liberté peut-être I Non. Je reste.
— Ainsi donc , reprit Onofrio en pâlissant , votre serment d*bier , je n'en dois point tenir compte? Ma vie , mon honneur , sont de si peu de prix à vos yeux que vous n'hésitez pas à les sacrifier? N'est-il pas vrai? J'ai bien interprété votre pensée?
— Cher Onofrio, pardonne -moi! s'écria Marco Yenier , qui tomba aux genoux de son ami. Je n'ai plus ma raison ; ma volonté ne m'appartient plus. Vois dans quel état je suis réduit : c'est l'amour qui a fait tout cela. Je suis un sacrilège qui fouleaux pieds les devoirs les plus saints. Je renierais mon âme et mon Dieu plutôt que de quitter le palais où respire Catherine ! Tu me parles , Onofrio , je n'entends que sa voix ; tu me ^gardes , je ne vois que son doux visage qui me demande secours et pitié ! Ah ! pardonne à ton ami. Si sa présence en cette lie te gène ou contrarie tes desseins, tire cette épée et tue-moi. Mais partir, mais m'éloigner volontairement de Catherine ! c'est impossible !
— Il faut pourtant que tu partes ou cpie tu meures, interrompit Onofrio. Écoute -moi, Marco, la chose en yaut la peine. Tes ennemis ont juré ta perte ; ayant ce soir tu dois être embarqué sur la galère ou couché dans ton sépulcre ; choisis.
— Mon choix est fait.
— Insensé i murmura Onofrio en froissant convulsivement le poignard qui pendait à sa ceinture. Insensé! et vos amis, Marco, vous ne comptez donc pour rien leur douleur !
— Mes amis ! je n'en ai point d'autre que vous , répondit le jeune hospitalier de Saint- Jean. Avant que le bras d'un meurtrier n'ar^ rive jusqu'à moi , il rencontrera , je l'espère , mon épée et la vôtre*
— Mais qui vous défendra contre la surprise?
— Notre courage ! répliqua Marco en serrant la main de son ami. Un homme qui se cache dans l'ombre pour frapper est un lâche , n'estil pas vrai , Onofrio? Si vous me restez , je ne crains rien. Assez longtemps nous avons combattu ensemble , et nul de nous ne saurait dire lequel a dû le plus de fois la vie à l'autre.
Onofrio se jeta dans un fauteuil , et , les
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bras croiaës ênr sa poitrine , il «temeum long-temps immobile et comme absorbé dans une pensée pénible. Il se leva tout à coup et marcha dans la chambre à pas pi^cipités. Marco Venier ne semblait pas même s*apercevoir de sa présence.
— Encore un coup , dit Ondfrio en se retournant vers son ami , il est bien décidé que vous ne voulez pas partir?
Marco secoua tristement la tête. OnofHo sortit.
— Ce seul moyen me reste, murmura-t-il en s'éloignant. Et , se dirigeant vers le centre de la ville , il ne s'arrêta qu'au pied d'une tour massive surmontée de créneaux entre lesquels on voyait luire des pointes de lances frappées par les rayons obliques du soleil levant.
— Je veux parler au commandeur de Saint- Jean, ditHl. Il s'agit d'une affaire qui ne souffre pas de retards.
—Entrez , lui fut-il répondu. Et la porte de la tonr se referma sur lui.
MarcoVeniercependantne tarda pasàdescendre dans les cours du palais, car il avaitl'espoir devoir la reine à son balcon, sinon de l'approcher comme il avait fait la yeillt. Il fut surpris
dercacQotreraur aon passage uneaflkieiuMde aeigueurs diypriot» qui, Uk tète baisaée et Tceil consterné , senhlaîent s'entretenir d'uj» événement douloureiai et inattendu. Marée prête For^lle , et il apftît qu'enfimnée avec lea prindpAm effiders de son palais » eréa<»
tores Tendues aux Véuftiens , la reine éeea*^ tait la leeture de son aote d'abdicatioa qu'elle devait signer le matin même , d'après les in*stances de son frère. Le jeune booune sentit tout son sang houiUooner dans ses veines.
^ Souffirirex^VQUs un» telle injustice! s'é»
cria^trii? Ne voyeaMTOus pas qu'on abuse votre reine. Paraissez devant elle prêts à la défen* dre contre ses tyrans et les vêtres , et vous la verres réunir ses jprolestations à vos efforts.
En peu d'instants , Marco entraîna les gentilshoaunes chypriots à sa suite. Cette foule fit une subite irruption dans la salle où €atherine, comme une vicUme dévouée , signait l'acte inique que ses conseillers lui i^ésentaient. Georges Corner se leva pour intimer aux séditieux l'ordre de se retirer ; mais ua cri uiianime d*indignaiion couvrit sa voix«
— A bas les Vénitiens I disait-on de toutes parts*