‹ Le connétable de BourbonChapitre 5 sur 26 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

TBMSON POUR TRAHISON.

iS.

Tout Madrid est tmx balcons. Levoi Charle* wtfritml de Tolède « e| sa nombreusa oou? avec lui, La. caitég» est superbe k y0ir«. Les clachas sonnaBl.el le eanoD.TetQDtit. Jwîiîi plus brUf* lanta cBaraloade-n'a mené, pareil bruit dinr k pa¥é>da>ia capitale des Ispagnes. Les bomnies d'armes des vieilles ardonnancea Jà Bourgo-.

gue manhent en téta et foat nuiger ias ontriank» Vingt^quatre pages, vètns de velours aux coulaum . du . souverain 5 qui sonl jaune ,

gris, et violet, précèdent ta personne impériale et font caracoler avec toute la grâce pos-sible leurs palefrois à la genette et à la bâtarde . Le grand écuyer marche deyant Tempereur , armé de toutes pièces d'armes blanches, et tient dans sa main droite Testoc de Sa Majesté. Charles monte un magnifîcpie genêt d'Espagne , bai obscur ; il est armé d'une ridie armure dorée que recouvre une saye de drap d'or; sur sa tète, selon sa coutume, l'empereur porte un bonnet de velours noir , sans panaches ni garnitures.

A sa droite s'avance le vice-roi de Naples , Charles de Lannoy , qui a conduit en Espagne le royal prisonnier de Pavie. Tous les yeux sont fixés sur l'illustre usurpateur de la gloire de Bourbon et de Pescaîre, qui triomphé à' leur|)lace def ta victoire qu'il n'a pas retaportée. L'empereur lé «ait ^ msâs^ il inlpwrfee àsai politique de œ 'pas tn^p exalter l'olrgoeil ée deux -généraux qtiî n'ont pa's^sa' «ohfiancej . il n'ignore paè.qoeJ[e;vice^roi'^,Naplei>nîest' rien sans làt^ il estime les uniy il protège Fau^ tr«r. Aùpvçoiîerràng dU')ûortég8vOB.dîstîa* gue éen Gaspard d' Avalos ;> grai|d :î|iqiiisîteur. d'EspagAe , et l'évéqiie d'Oama ^ cenfeèseur de.

Sa Majesté. Le grand connétable de €astille , don Jnîgb de Yélasco , chevauche auprès dû comte de Haro , son fils ahié ; pais viennent le grand amiral don Rodrigue Henriquez, don Ferdinand de Tolède , duc d'AIbe , don Mercu- Hno Arborio de Gattinara , grand chancelier d'Espagùe, le marquis de Yillena, fe comte de Buren et une foule de.gentOshommes moins célèbres, qui, à défaut d'autres mérites, s'enor^gueillissent des vertus de leurs aïeux.

La foule se rue aux abords du palais pour voir descendre -de cheval toute cette noble compagnie. Dès qiie l^mpereur a mis pied & terre , un soldat se jette à genoux sur son passage, et lui tend un paquet de lettres qu'il accompagne de ces mots :

— De la 'part de monsieur le duc de Bour- * bon et de monsieur le marquis de Pescaire , lieutenants généraux de l'armée d'Italie ! Le grand écuyer prend les lettres et les remcft à Tempereur , qui ordonne à un officier de s& suite de fi^re conduire an palais le porteur de ces missives.

Le 's<^dat dbargë des dépêches du due de BourbôB^ftit aussitôt introduit dans la grande galerie du palais impérial, où toute la noblesse

du royaume , ^ somptueux habits de gafai , attendait le paisage de l'empereur, qui devait se rendre au Conseil. C'était à qui s'éloignerait au plus vite de cet homme opuvert de sueur et de poussière, dont le misérafale aooontr»men^t contrastait d'une façon si singulière avec les manteaux dç v^ours et les fines broderies de perles e( d'or 4|u'étalait cette foule magnifique. Le soldat, peu s^ucieyx de l'ahaii^ovi où on le lassait )^ dessein, prit le parti de s'as-. aeoir sans plus de façoiis suruni beau fauteuil de yelours violet frangé d'or, qui «e trouvait Il sa portée. La £at%ue de la route <|u'il veiiait de parcourir — car il arrivait 4^ Yalenoe à franc étrier — le prédisposait assez au som- Vieil pour qu'il e^t besoin do td^ wçs eflEorts afin de ne pas manque^ à l'étiqueta e^se laissant aller au sommeil. L'éternelle processii^ des coiurtisans qu^ passaient et repassaient devant ses yeux , en attendant la venue de l'empereur, eut le mrivUé^e de le distraire quelques instants ; mais , ^ |a fin , il n'y tint plus , et, serrant son feutre entre ses genoux, il appuya sa tète contre le dossiw bien rembourré de son faut^uM, ^ il s'endqrwt profondément.

La gaiepîe ^tait TÎde quaad il s'érÉÎlIa , «k èiicorè fallot-il, pour opérer cé^p^odige^ «pi'utt )vas vigoureux, attaché aux aigoilléttea de «n pourpoint, le secouât de façon à Tenleve^ du siège sur lequel il s'était si commodément oublié. A cette brusque attaque, le soldat prononba un juron énel^g^qUe; puis tout à coup, voyant en quelle compagnie il se trouvait , il demailda pa#don de sa&nle, d'un toU si pileux^ que celui qui rinterrogéaît se prit à rire aux éclats.

— Or çà, comnlent t'appéUent^^n, l'ami ?

demanda celui qui venait de lé dérAngei^siinal à firoç4%, dans ses révei.

— Monseigneur^ oA m'appelle Diego, répon^ dit lesoldat« A mon tour, nepourrais-je savo^ aussi à qui j'ai Thonneurde parler ?

Un murmure, parti du pètitgroupeqnirenvironnalt, av^tit le pauvre homme qu'il venait de commettre une bévue.

Il essaya de la réparer, m^is son interlocuteur ne lai en laissa pas le temps.

— Foi d'homme d'honneur ! Diego, lui ré^ pondit-il, je vais te cont^ter sur Theure. te m'appelle Charles, et je suis soldat comme toi, avec cette différence pourtant qu'on igoute

ordinairvment à mon nom tes titriss* d'empereur d'Allemagne et de roi d^Espàgne et des Indes.

— 'Je connais- cet homme, dit le oomtQ de Lannoy ; il appartient aux bandes de monsieur lèmarqaisde Pescaire. Il combattit avec nous à la journée de Parie. ^

— Fort bien, répliqua Tempereur. Cest donc toi qui nous apportes cette missive du marquis et cette autre lettre du duc de Bourbonnais et d'Auvergne?

— ' Oui, sire.

— ^'Et où as*tù laissé le duc? Il m*appretid dans ce billet qu'il vient de débarquer en Espagne, et qu'il fait toute diligence pour arriver dans notre capitale. Qu'il y soit le bien- Venu.

Puis se tournant vers les personnages qui raccompagnaient : — Je dois beaucoup à monsieur de Bourbon, messieurs. Qu'il soit accueilli selon son rang et ses mérites. Monsieur de Villena, vous prêterez, s'il vous plaît, pour l'amour de moi , l'un de vos palais à monsieur le duc* de Bourbon, pendant son séjour à Madrid;

— Ouï, sire, répondit le marquis en s'indt-

nan^; mais , quand ce tralire «a sera sorti ^ vous me permettrez d'y mettre le feu.

Charles ne releya pas le mot du marquis , qu'il feignit de n'avoir pas eq|endu , car il ne voulait ni approuver ni punir. S'adressant à monsieur d^Buren, l'un de ses chambellans:

— Hé bien « lui dit-il, vous avez lu la lettre du marquis de Pescaire? dites-nous ce qu'elle contient.

— Sire, répondit monsieur de Buren, je ne sais si je dois obéir à votre ordre ; les termes de cette lettre sont d'une telle inconvenance. •«

— Le marquis se plaint-il donc de moi?

— Non, sire; c'est de son collègue, monsieur le vice-roi de Naples, que parle la lettre du marquis.

— Monsieur de Lannoy, interrompit l'empereur, qui n'était pas fâché peuV-étre de corriger par un peu de honte l'injuste faveur qu'il avait accordée au vice-roi ; monsieur de Lannoy est trop haut placé dans notre estime pour qu'une injure puisse l'atteindre.

Monsieur de Buren lut ce qui suit :

«( Si Fon eût suivi ses conseils, on eût perdu

'lB OOHiréT. »■ ■OVBBOIf. T. I. l6

•« toot te Miittûai» par une fuite hontéuëe rét» tt le royaume de Naplèii. A labattfilfe de Pavie, « H Ué éàTait ni ordonne!^ ni combattre ; il k n'avait ni tétc^i cœur; il s'écriait sans cesse « avec on efliroi qui le rendait méprisable au «moittdre Sioldat : — Ah! nons .sommes pélru dus! — S'il ose démentir ces faits, jelésltiî « soutiendrai Tépéé à la main, a

— Siré, s'écria lé comte de Lftnuoy pâle de colère et d'humiliation, me laisserez*vou^ aSnsi ^ultet* en votre présence ?

-^ Vous mépriserez de télfes cdomnfes, nlMiâfièiir, dit CharleS'-Quiflit, et vous justiûerez par de nouveaux services le choix quej'^aiftdt de voUë«

L'empereur con^dia le messager du duc de IH»tfrbon avec lime roj'afe récompensé, et if lui ordonna de répondre à son général que les p<Kltés du palais lui étaient ouvertes; puis il continua son chemin vêts la salle du conseit , ùh le suivirent lespefsonnages qui l'accompagnaient. Qotnme il en aHaît franchir le seuil , une jeune et belle femme, portant une couronne royale sur la tète, ^avança de son c6té et vintlui biaiser humblement la main.

— Sire , lui dit^llé en levant sur lui des

yeiix .\mfûi/^, veyiUe^ «xciuer ma 4épiiiip^ jilfaMt queje vous parle ; il le fautab^oluqMitf. . — JL'J|ieure.est maf cbc^sîe» t^rjèfticboro dwa Léonora, rendit Charly , yovâ le y^^, ^ j^ Tien^ au C^o^eil. Lf^sez-*9^^tébaUrete^ affaire» de mou i^^yaiux^) .^ i^ Y^m entepdraî ' easuite.

— Yous Dji'eoten^i'^^ aufttravaot, mo]i;i (Mans, reprit If vevve du roi de Portvgal.

Puis, cra^gi^iaut d'avw ofTenfté VeitXrtmfi isusceptibilité de l'empereur , elle ajo»jUi:pbi0 tifnîdemeiit :

*- Votre ]tfaje^t4 pe Toudraijt p«3 fw^ le mallie»r de ma vie eu me cootr^î^ant d!é" pouser un homme que je oe puî» aim^.

he visage 4e CbarJeM^wt «s'aUmoa d'un éclair .de joie, 4|\ii ne pu^ échapper aux i^gai^ de sa sœur. Elle prévjt quesa aolUcûtude devait servir les projet de son ftëre, puisqu'il i'aeeqeiUaitavecuiiefoveur auasi.marquée. Enhardiepar ceppremier suoc^, ett&toipha aux genowf du fier ^soMveraiv» 4^i la i^va auéttt^ dai^s sesfagraa:

— Ifop fre^, p^r$utvît-elle , vmM savez si jefiia toi:yours fidèle et dévouée à vos motn^ dres ordres. Quand vo:ua avea daigné disfioser

de ma main en feveur tie monsieur le duc de Bourbon, j'ai pensé qu'après les droits de la politique, vous ne refuseriez pas de consulter aussi les dispositions de mon cœur. Monsieur de Bourbon arrive, dit-on, aujourd'hui à Madrid. Il vient réclamer de vous l'accomplissement d'une promesse que vous ne pouvez lui tenir sans consommer le malheur de ma vie.

Rompez cette union projetée, mon frère, caria veuve d'Emmanuel le Grand ne peut s'allier à un homme qui a élevé sa fortune sur la ruine de son pays et de son roi. Disposez de moi comme vous l'entendrez, sire, mais ne me donnez pas pour époux un prince que je ne saurais que haïr et mépriser.

— Vous l'entendez , messieurs , dît Tempereur en s'adressant à ses conseillers; vous êtes là pour témoigner que j'ai fait mes efforts afin de remplir ma promesse envers monsieur le duc de Bourbon. Un obstacle inattendu s'oppose à ce que je suive à cet égard la conduite que je m'étais proposé de tenir : vous serez juges entre monsieur de Bourbon et moi.

Charle»-Quint déposa un baiser sur le front de sa sœur ; puis il passa dans la salle où ses ministres l'attendaient.

L'affaire sur laquelle l'empereur appelait les délibérations de ses conseillers était de nature à le préoccuper vivement ; et il les consultait plutôt pour obtenir leur approbation que pour leur demander des avis. Il s'agissait du traité qui devait rendre la liberté au roi de France. François P'^ depuis dix mois, languissait dans l'Alcazar de Madrid. Il avait refusé jusqu'alors de consentir au démembrement de son royaume par la cession de la Bourgogne , et il n*avait pas rejeté avec moins d'horreur la pr<^>ositîon de rétablir le connétable de Bourbon dans ses titres et dans ses biens. Charles-Quint, espé^ rant tout du temps, avait compté lasser la patience de son prisonnier, mais il venait d'apprendre que le roi était tombé dangereusement malade, et il craignait de perdre tous ses avantages s'il le laissait mourir. C'est pourquoi il avait résolu de lui accorder quelques concessions et de le visiter pour la première fois dans sa prison, pour discuter avec lui les bases du traité à conclure , dont un des articles stipulait que la main de dona Léonora serait retirée au duc de Bourbon , pour être donnée au roi de France.

Le chancelier Gattinara s*éleva violemment

contre lUibljgatkH) 4fae l'on v^iiiX^ii imposer à FraDQojs I^' de céder la Bourgçi^e par uo famté.

— Une fois libre , dit le ^^ncelier, le roi o'ef ëq^tera pas cette danse impo^ible ; enparez-vojos de cette province , sire , et vous Idraiteres ensuite avec le roi.

— Il serak plus grand et plus digne de v^iis^ wne, répliq^a le comte de Laïuioy, de le reoiyoyer ckez lui sans ranç<Hi- Quant à ce i^iv^^èt^fi la réwtégrati^ftdu duc de Boiir^ bon^^das ses tUres et dans ses biens et l'érection de ses Etats en royaume, sans aucune vouyanûe de la couronne , le roî de France aiqsera mieux mourir daps les fers que de ye^is l'âbecorder.

— Monsieur de Lasanoy , interrompit Tem^ pereur, j'ai CQgi^é ma parole à monsieur le duc de Bourbon; songez ipie la parole de r£n^reiMr est sacrée !

— Votre Mi^esté Impénaj^e fera d'anijuit mieux de tenir sa puwHe à monsieur de Bour^ bon ^ raprît Tévèque d'Osma , avec ce ton de teuAiaritë que hii permettaient de prendre Tamitié particulière de son soinreram et son tiUe de confesseur, qu'H est cerlain que le

roi de Franjce Tea tiendra quitte p^r s^m re&s»

— Je n'en ajurai pas moins rempli nioii devoir, monsieur l'évéque.

— Oui,, sire, et à Jbon msiTiché,

— Que demande encore le roi de Fravi^?

continua Charles-Quint. Je pense , messieu^a 9 que nous devons t^ut faire pour le jCQpt|eipi1^.

— Le roi de France , sire , djt le cl^ApAeli^rt demande la main de la feine de ^i^rtugal , votre auguste a^œur, et il promet de fai^re im jour épouse^ ^ dauphin, Tiat^te , ^e d^ dona Lëonora.

La délibération se trouvait ainsi tout naturellement portée sur le point iji^i importiât le plus à la politique de Charles-Quint; toutefois il ne se hâta pas d'ériger son maQ,(}ue de foi en vertu d'État; il se contenta d'énumérer avec soin tous les avantages qui devaient résulter pour r£spagne de cejtte alliao^eà laquelle , à Fentendre , il n'avait pas soi^é jusque-4à. Après avoir faibleme^nt plaidé la ica^^e du comptable et témoigné /»es remets de l'aveu presqi]^ public qui venait d'^cbapper à sa sceur, il ae repd^t ^ gra^d^içe à r#vis qu'il avait lui-même ouve^rt.

— Que dira , cett^e fpis , monsieur de Bour-

bon ? insinua Févéque d'Osma, qui ne voulait pas paraître dupe de la ruse de Tempereur.

— La raison d'État , monsieur Tévéque , répondit Charles, et te bonheur de ma sœur bien-aimée , sont plus puissants que moi. Mais, foi d'homme d'honneur l nous indemniserons monsieur le duc.

— Oui , sire , fit l'évéque en se penchant à l'oreille de Charles-Quint , vous l'indemniserez comme pour la Provence et le Dauphîné , que le roi de France gardera.

— Dieu seul est maître de l'avenir, répliqua l'empereur.

Puis , sollicitant du regard l'assentiment de son conseil, il poursuivit:

— Ainsi donc, messieurs, nous discuterons le traité de Madrid sur ces bases.

— Je maintiens mon opinion , interrompit le chancelier Gattinara; ce traité est désastreux pour l'Espagne. Le roi de France ne remplira pas et ne peut remplir ses promesses.

— Vous le scellerez pourtant , monsieur le grand chancelier, dit Charles*Quint , c'est le devoir de votre charge.

— Je ne le scellerai pas , s'écria le chance-

lier, car ce traité est contraire aux vrais inté rets de mon ^nverain.

— Hé bien , reprit l'empereur en souriant, je le scellerai moi-même. La séance de notre conseil est levée , messieurs. J'ai décidé que je me rendrais aujourd'hui aux pressantes sollicitations du roi de France. J'irai le voir à l'Alcazar. Qu'on lui en porte la nouvelle.

Au moment oili le conseil allait se séparer, le duc d'Albe s'approcha de l'empereur, et , lui présentant un papier :

— Platt-41 à Votre Majesté de signer cet ordre?

— L'arrestation de la sœur de François I*?

fit Charles-Quint en regardant le duc d'Albe.

— Oui, sire, ce soir expire son sauf-conduit. Madame la duchesse d'Alençon est soupçonnée de vouloir favoriser la fuite du roi, son frère.

L'empereur prit une plume et signa.

— Qu'elle demeure donc à notre cour, ditil, nous tâcherons de lui en rendre le séjour agréable. Puis, remettant l'ordre au comte de Lannoy : — Monsieur le vice -roi de Naples, je vous charge de l'exécution de cette mesure.

Un chambellan vint annoncer en ce moment

rarrivëe du ooonéuUe à Madrid. Il V9U9it de se présenter aux portes du pakûs et il demandait ^ voir l'empereur. Cette nouvelle parut quelque peu déconcerter Ch^les-Quint. Il sentait, malgré lui, à, quels justes reprodbes il s'était exposé. Monsieur de Bujren demanda quelle r^>oi]se on devait porter au duc.

— Qu'il attende! répondit Charles après uifte minute d'hiésita^ion. Et il cetiot avq^ès delui l'év^èque d'Osma. Quand iia foreojt de* meures seuls :

Monsieur l'évèque, lui dit l'/ei^perear, j'ai besoin de vos services.

— )e auîs anx ordres d» yotce M^yesté.

— Il iauyt que vou^ me trouviez aujoi^d'hui même w»,gentilbomme de bonne maison, honnête et pieux, qui consente à entreprendre un pyèlerinage à Ro^e , k pied , le beturdon et le rosaire à la main , pour le salut d'une personne qu'une impérieuse nécessité va forcer de manquer à un sei^nent.

— S'agit-il du serment fai| à monsieur de Bourbon par Votre Migesté Impériale? demaioda l'évèque en souriant*

— Vous me questionnez, je crois? repafAit remp«reur d'un ton presqne ttebé«

— Ne suii^e pas la confesseui" de Votre Majesté?

— Nous né sommes pas ici, monsieur révoque , ftd tribunal de la pénitenee.

L'éyéque d'Osmaprit un visage plus sévère*

— Je connais un gentilhomme français, poursuivk-ir, laissé parmi les morts à la bataille de Pavie , et qu'un de vos offiéiers a ramené à Madrid, esjpérant en ti^er quelque rançon. ••

— Et ce gentilbomme...

— Erft UQ modèle de piété.

— Et vous croyez qu'il accomplirait fidèlement et saintement sa mission?

— J'en répondrais à Votre Majesté.

— J'acquitterai sa rançon, poursuivit Charle»-Quitrt ; vous me le présenVerer h FAlcaiar, quand j'irai visiter le roi de France.

Un chambellan parut à l'une des poHes de la salle du eonseit. Monsieur de Buren entra dans le même moment par une autre porte.

Le chaaibellan s'avança et dit à l'oreille de Charles s

— Selon les ordres de Votre Majesté Impériale 9 doua Visconti et sa fille vous attendent , sire , dans votre cabinet.

— IW -

Monsieur de Burent à son tour, prit la parole :

— Monsieur le- duc de Bourbon fait prévenir Votre Majesté qu*il attend toujours son bon plaisir.

— Qu'il attende I répondit Charles*

— Votre Majesté, hasarda Févéque d*Osma, prêterait-elle l'oreille aux réclamations de dona Visconti , de cette prétendue héritière de la couronne de Milan ?

— Ne dépend-il pas de moi , répondit l'empereur, de rendre certains de ses droits douteux?

— Sans doute , sire , l'investiture du duché de Milan, à condition d'épouser la fille de dona Visconti, serait un motif plausible pour dégager votre parole envers monsieur de Bourbon.

Charles-Quint lança un regard de colère à l'imprudent questionneur ; puis, s'adoucissant tout à coup :

— Vous êtes de bon conseil , monsieur l'évéque d'Osma , lui dit-il ; mais , à l'avenir, si vous m'en croyez , vous oublierez que je fus votre élève , et vous me dispenserez de rappeler à mon ancien maître qu'il ne Test plus

aujourd'hui. Oooupez-yous « je vous prie , 4e me trouver rhmnme que je rm»ê ai demandé*

— Sire, répondit Tévéque , tout déconcerté de la réprimande , je vous le présenterai à l'AIcazar, ainsi que vous me Tavez ordonné.

— Quant à vous, de Buren, poursuivit Fempereur, vous recevrez ici monsieur de Bourbon, et vous lui ferez compagnie jusqu'au moment oili je pourrai le recevoir.

L'empereur entra dans son cabinet , suivi de son chambellan. Monsieur de Buren fit ou« vrir à deux battants la porte de la salle du conseil , et le duc de Bourbon fut introduit.

— Yerrai-je eqfin l'empereur, monsieur?

dit le connétable en cherchant à contenir un mouvement de mauvaise humeur.

— Sa Majesté , monsieur le duc , répondit monsieur de Buren, vous prie d'attendre ici ses ordres.

— Attendre ! toujours attendre ! répéta le duc en froissant ses gants entre ses doigts, ai-je donc passé les mers pour venir me promener dans les antichambres de votre maître?

Ai*je reconquis le Milanais à Charles-Quint et mis entre ses mains le roi de France , son rival, pour qu'il me traite dans ses faveurs

ocmufe Frâiiçoû I^ ne m*à ptA traité dans aa oolère? Ah! mcMièfùf die Boreh, ce n'est pato ft ee que voua m'avieÉ promis !

— Telle est Féti^ette de notre cour, moasietfr fe due.

— Depuis mon débarqùéteeiït eh Espagne , ^eprit le connëtable , quels honneurs a-t-on rendus au yainquéui^ de Pavie? Après la victoire de Marignan , monsieur, le roi de Franee descendit de cheyal et vint m^émbrasser en m*appelant son frère ; il n'avait pas même encore essuyé la poussithre et le sang qui couvraient son armure!

— Nous ne sommes plus en France , monêteur le duc , balbntiâ le conseiUer de Charles- Quint.

— le m'en aper^îs , monsieur 1 Cette foule de petits hobereaux que j'ai traversée pdifatt arriver jusqu'ici daignait à peine se ranger sur mon passage. Sainte-Barbe t je ne suis pas fait à ces façons d'agir f il faut que je ptirle à l'empereur! Je viens le sommer <k nfte tenir sa parole, le viens lui réclamer la main de sa soeur et mon royaume de Provence et de Dauphiné. Je suis entré diaas ce palais en sollici* téur, je n'en sortirai qu'en souverain.

— Toi^s I99 «ervîkeiurs 4e S» Mi\îp»|ié » 1 aieur le duc ^ ae sont également que pomôAie et i^éant devii^t l€|^ Qr4im etoidu» de leur {fracie^x souverain. .

— Et ^rai-je donc réduit , t^iai^ le <bi0 , à regretter ce que j*aî quit)4 ? App^ «vw elos d'un revers de mon épée la homDbe qtii >n'ÎA* soltait, me faudra-t-^ baiaer U main qui m'arilit ? Npn ! jiar ]^ Ciel ! le y;^Ai^#u qi^i m'a conduit en Espagne e#t ene^e à V^fluWt ^ j*ai laissé mon armée dlt^Ue la k^c^e au |ieÎAg dans les plaines du MU^ai^

Vn chambellan sorjtit du ç^iaet de Char« leè-Quint :

^-* De la part de l>mpisite«r, dit-il en s'éloignant après avoir remis un paquet de lettres à monsieur de Boven.

•— Encore une lois, monsieur, poursuivit k due de Bourbon , je veua: savoir mon sort.

— Sa Majesté , répondit monsieur de BurcB , dès qu^l eut jeté les yeux sur les missives impârîales , Sa Majesté ne rect^ plus personne aujourd'hui.

Le connétable fit un mouvement d'inq»a* tience.

«^ Peut-être , ecmtinua le eomte , y a-i-il

- 1M dans oeispupiers qaelqae ordre qui tous con-

-^ Voyons I dît le connétable en parcourant du regard les suscriptions des lettres que monsieur de Buren faisait passer soiis ses yeux .

« Ordonnance impériale qui confère le collier de la Toison-d'Or au neveu du marquis de Pescaire j» ... Et pour moi?

« Ordonnance impériale qui investit don Charles de Lannoy vice-roi de Naples , de la principauté de Sulmone...n Et pour moi? répéta le connétable avec colère.

— Une lettre de Sa Majesté.

— Donnez.

Le duc froissa la lettre dans ses mains après l'avoir lue.

— Rien I rien ! que Tordre d'aller le trouver à l'Alcaiar oiî il s'entendra , dit-il , avec moi sur la réalisation de ses promesses. Il veut me tromper! je le connais I Voyez, mcmsieur, la suaoriptîon de sa lettre. Il m'écrivait autrefois : •( A mon bieo-aimé cousin et beau-firère. » Aujourd'hui : « A monsieur le duc de Bourbon! »

— Que ferez-vous, monsieur le duc?

— J*irai apprendre de la bouche de Charles-

Quint , dans la prison de François I*', que celui-là est bienfou qui se Oe à la parole des rois.

minsoN POUR nmm,

su.

Deax femmes ccwyertes de leurs mandUeff viennent de ftanchir le seuil de TAlcazar de Madrid. Elles parcourent silencieusement les noires galeries de ce palais moresque donné pour prison à François I^ par Charles-Quint.

Le capitaine Alarson , mestre de camp de Tinfiinterie espi^ole , chargé de la garde du roi captif , est venu lui-même leur ouvrir les portes de ce château fort , où nul ne pénètre sans un ordre exprès de l'empereur. Ces deux

femmes , dont la litière armoriée et le riche costume de deuil annoncent le rang et Fimportance , sont introduites dans une haute salle où pendent péle-mèle, attachés aux piliers de pierre sculptés , les drapeaux castillans et les trophées sarrasins.

Quand les deux femmes se trouvèrent seules 9 elles s'assirent , et Tune d'elles dit à l'autre:

— Il ya bientôt venir, ma fille. Songez que vous avez juré sur l'hostie consacrée d'obéir aux ordres de l'empereur; songez que vous n'êtes plus Suzanne de Langenfeld , mais Catherine Visconti, héritière de la couronne de Milan.

— AhJ madame, je tremble, murmura la plus jeune des deux femmes.

-^ Sengez, poursnivit sa coi]q[)agae , que ki mort de monsieiur de SanBi«lU>mmn vous a rendue libre , et que le duché de vos pères n^est aecordë à monsiefir de b^urhon qu'à la Où^- Uon qu'il le tienA^ de vous.

■ «*- IK le iQielie vQulMt ainsi , madame , tous ■Kçsmaux seraieni oubliés!

La vieillp dame se leva brusquement du fautemi où eUe éiait as»se.

— Le TerrâiftHle donc«i«fîiser mmi allouée , s'écm-t-cdle 9 cet aventmiiier qor n*a d'asile que M teale, de patrie que soii'CaiBp , de fti** niille q«e les tlendes de bngands qu'il appelle fleaéoUaUl Ali.! e'est lui Eure iMen de FboDoeiv , je evoît , que dé couvrir 4a nidu^ teaH de mm nom lé anéprâ que sa tMihifqia inqiire!

— Madame ! madame , point d'imprécatiofisl le Ciel T4>us a trop exainoée I

«r- Se pent-41 que vous l'àimiec eiioope, ofmiiuua la plus âgée dès deux fe^dmes; un hamne à qui tous deVez tons v6s maux I un.

homme dont le cœur n'a jamais battu qu'au bruit des épées et des tandiours ; un homuie , madame , qui ne vous a jamab aimée !

La jeune femnie se cadia la visage dans un pU de sa mantme*

— Oh! ne dites pas e^ eu vous n'êtes pas ma mère. Dût^il me repousser encore ^ je l'aîme, madame! dAt-ilme tuer de sa nurin , je l'aime ! Mais il se souviendra de oe que j'ai souffert pour l'amour de lui. Si, au mtteu de ses préoecopatîons d'avenir, quand sa gloire et sa personne étaient en jeu sur un champ de bataille, il a mal aocueilliles plaintes d'une femme

trop |iC0mpte à •'akurmer , f«éil4l ea accuser son cœur? Non , madame , c'est moi , nioi seule ^ui aurais dû dévorer me» larmes au lien de les étaler à ses yeux. M«s aiijoi»d'hui qu'il recueille le furix de. ses travaux; aujourd'hui que l'empereur va lé récompenser de sou coun^ , son front sera seiuriant et son regard s'arrêtera plus doucement sur moi, n'en donteipas!

— Enfant ! interrompit Césara VisconU en jetant sur sa fille un r^ard de tendre pitié, ne sais-tu pas que l'àme d'un ambitieux est une grève aride que nul soleil ne peut féconder?

-^Par pîtié, madame, ne me détrompes pas.

— Et s'il refuse d'obéir à l'empereur? -

— Ahl ma mère! répondit Suzanne en se jetant dans les bras de sa .compagne , ma mère ! je serai bien maifaeureuse!

La vieille dame faocha tristement la tète , puis baisant au front la pauvre Suzanne :

— Rassurez-vous , lui dit<elle; il ignore ce qui l'attend ici , car il ne nous sait pas à Madrid. Il ne sait pas que ma vengeance est ua lion qui sommeille ; Dieu le garde de la réveil

lerl SoBges, ma fiUe, au serment que ▼«us ayez fiiit en recevant la sainte hostie dea mains du prêtre. Qneltpie sMuction qu'il emploie , ' quelque menace, calque prière qu^ vous fasse , soyez ferme*.

— Eceutesi fitâucamw en courant vers la p^rte qu'^e «ntr'^uvrît et qu'elle referma presque ausssUt; quelqu'un s'approche : c'est lui. Ah ! je sens tout mon courage défaillir. Je vaudrais à présent qiie ce projet ne s€f réa» lisàt pas ; je voudrais que l'empereur renonçai...

— Silence! interrompit Césara VisiNmti, qui posa sa main sur la bouche de Suzanne , monsieur de Bourbon ne doit connaître ta présence à Madrid qu'au moment où l'empereur nous appellera devant lui.

Les pas que l'on entendait dans la galerie étaient en effet ceux du duc de Bourbon qui venait chercher à l'Alcazar l'entrevue que lui avait assignée l'empereur. Il en ignorait le motif, mais quelque défiance qu'il pût nourrir dans son esprit contrôla b<Hine foi de Charles- Quint, il n'allait pas pourtant jusqu'à supposer que l'empereur pût se jouer de lui à ce point de mettre en oubli d'un seul coup toutes les

pr6«ieaaeft qisi^H lui avait si soletMeKaioettt fiiite»; U lui seoibliiil imposàible , noii put seulemeut cpi'^n diiblîàt ses semœs passés, m^m qu'po se privai volonU|it<«ifeot des boas olEloes qu'il était capable de rendre pour i'avcaiir, et que l'oii s'exposât à iBÉftvéagèaiice avssi terrible que celle dont le Gbaôip.de bati|ille de Pavie ^vâit été le tbéàtj«v|l ^liiBait Charles- Quint trop bon appréciaten» des chqses et dès hoaimes, pour n'avoir pas compris que le comte .de Lannoy , auquel il afiBsctait db prodiguer ses plus éclatantes faveurs , n'était pas le vainqueur de François I**', quoique pourtant, par une iiastgoe supercherie, le vice*-roî de Maples e^t amené le royal prisonhier de Gènes à W^irid, sans même prévenir ses collègues du départ de ses galères. La lettre adressée à Tempereitr par le marquis dé Peasaire aurait suffi en tous cas pour dissiper ceiite «reor, si elle eût été possible.

Gomme le connétable se promenait à grands pas dans les immenses corridor de FAlcazar , attendant avec impatience le moment d- éciaircir ses doutes, un soldat, qui Tarait accompagnédupalaisimpérjalàla prison du roi, accourut vers lui, et hii présentia un papier qii*un

geatahénane dfela sdite de Fraaçoîs^ V* venait, <&aît-4i , de iadsser tomber pnr mégarde desi^ pourpoiirt, et qu'un «QUe soldait avait rmasié sans pooreûr ie lire.

Le duc pixt la ietbv que lui présentait le •soldat : ^e était à l'adresse du roi , et la sue^ criptkm, de la main de madame Mai^ueritede Vakiîs, dndiesse d'Alen^n. Le duc rouvrit avec préeîpitation et sa lectnre parut ie pion- • ger dans un profond étonnemoit.

— Diego , dit-il au soldat , nul autre que toi n'a vn ce papier , n'eat^O pas vrai?

— ^on , monsieur le duc , si ce n'est Lopez, ffBà Fa ramassé et qui ne Fa donné pour vous le remettre , car ni iAupez m moi nous n'avons •ëtodié pocer être deres : par conséquent nous ne savons pas lire*

— C'est Inen, dit le connétable en chiffonnant le billet qu'il serra dans son gant ; c'est bien. Ce papier n'a aucune importance; toutefois ne dis à personne que tu Vas trouvé. Viens, conduis-moi chez le gouverneur de FAlcazar , j'ai besoin de lui parler sur l'heure.

Le connétable paraissait très-agité. Arrivé au logis du capitaine Alars<m, qui avait servi sous sea.ordres en Milanais, il demiahda à voir

le roi de France, ce qu'il n'obtmt qu'à grand peine , ear le gouverneur était responsable sur sa tète du prisonnier, qui déjà une fois avait tenté d'échapper à. sa surveillanee.

denefut pas sans une vive émotion que le eminétable pénétra dans la partie du chAteau oi!l François I*^ attendait depuis.dix mois la fin de sa cruelle captivité. Quelques salles basses, obscures et humides, quelques escabeaux vermoulus, des lambeaux de tapisserie, où les hauts faits des armes espagnoles étaient représentés avec autant d'exagération que de mauvais goût, voilà ce qui, pour François- 1*' , remplaçait les somptuosités royales. des Tournelles. Le ciel lui-même n'apparaissait dans cette triste résidence que rayé par les barreaux de fer dont toutes les fenêtres étaient garnies. Des portes verrouillées au lieu de lamboisd'or, des geêliers au lieu de chambellans, la méfiance veillant debout et l'œil ouvert, à la place de la flatterie aveugle prosternée devant la puissance du souverain ! La cour du roi de France , hélas I s'était réduite en proportion -de sa fortune. On n'y comptait guère en ce moment que cinq des favoris que le destin de la guerre avait livrés vivants, aux Espagnols

au ittllen dt Itt déroute de Pavie. Le duc de Bourbon aperçut de loin , dans la salle où se tenait le roi ,• Chabot de Brion, Montchenu et Montmorency , les trois amis et commensaux de l'amiral de Bonnivet. Plus heureux ou plus prudents que leur infortuné collègue , ces guerriers en pourpoints de satin avaient été faits prisonniers avec leur maître. D'autres gentilshommes, qui valaient mieux qu'eux peut-être , partageaient encore le sort du roi. On distinguait dans leurs rangs Fleuranges, surnommé le jeune adventureus, le même qui nous a laissé de curieux Mémoires sur le règne de François 1°' ; Guillaume du Bellay-Langey, autre historien non moins estimable ; la Rochedu«Maine, le capitaine de Lorges, qui avait commandé l'avant-garde dans la campagne de 15â3, et plusieurs capitaines et gentilshommes d'un mérite éprouvé.

Quand le duc de Bourbon entra dans la chambre du roi , un inouvement d'indignation se fit entendre parmi les prisonniers. Le rai se leva du fauteuil où il était assis. Le duc traversa lentement et avec dignité le petit groupe qui semblait vouloir s'opposer à son passage , et il vint baiser respectueusement la main de

François I*' , qokï le laissa feàm et voulut rester seul avec lui. Le roî reçut le connétable coDune un prinoe de son sang , -et conune s'il eût ouUié qu'il lui devmit tous ses malheurs. Le duc , de son côté , plaignit le malheureux destin du rm , et s'empressa de lui faire espérer que bientôt son temps d'épreuve allait finir. Bien plus , il lui ofirit de s'employer auprès de l'en^pereur , {K>ur presser le résultat définitif des conférences entamées par le pré»dent de Seives et l'archevêque d'Embrun. Cette modération de langage entre deux hommes qui conservaient de si terribles griefs l'un envers l'autre, prouvait qu'ils avaient compris tDus deux l'énonnité de leurs torts , qu'en ce moment ils eussent voulu pouvoir racheter au prix de leur sang. Mais il était trop tard pour retourner en arrière ; chacun des deux héros devait épuiser jusqu'au bout les chances de la fortune.

Le connétable aborda enfin le véritable motif de sa visite.

— Sire , dit-^il , vous n'igncnnex pas que l'empereur, en traitant de votre mise en liberté, n'a pas de plus cher désir que de trouver un prétexte pour vous retenir en sa puissance.

— le le sais, répondit Françob F*, qui laissa retomber sur sa péîtriDe sa télé ^malade et pesante.

— Prenez donc garde , sire, poursuivit le duc , de lui fourmr tous-même ce prétexte en confiant à déjeunes écerrelés de dangereux projets qui ne doivent être oonnu&que de Dieu et de vous.

Frsuiçois I^ demeura interdit de cettiK e<»ifidence. Il balbutia quelques mots pour chercber à donner le change au ospnétable ; ipais cehii-ci lui glissant la lettre qu'A avait reçue dufloldatDif^oc

— Si ce billet, dit-il , £Ét tombé dans les mains d'un de vos ennemis , madame la duchesse d'Alençon serait à cette heure emprisonnée avec vous [dans l'Alcazar , au lieu de poursuivre sa route vers la France , où eHe va remplir l'honorable et sainte mission que vous lui avez confiée.

— Mopsieur le duc, répliqua le roi en serrant la main du conaétafale, vous sauvez la liberté de ma sœur et la mienne, et vous me prouvez que vous n'avez pas ouUië la France.

Recevez les remerciments de votre cousin.

Foi de genttlIroBirae ! le cœur me saigne de

penser qoe nous avons perdu pour toujours J'espoir de vous revoir à notre cour. Si je savais une façon de vous satisfaire*. • ^

— Se parlons pas de ces choses, sire, interrompit le duc, ce qui est fait est fait. Eussé-je mia le pied en enfer, je ne le retirerais pas. Vous me connaissez.

II se fit un silence de quelques minutes. François I*' et le connétable partirent tous deux plongés dans une amère rêverie. Le roi reprit le premier la parole.

— Aussi bien que moi, monsieur, dit4i au duc de Bourbon, vous connaissez la duplicité de l'empereur. Fasse le Gel que vous n*ayez pas à vous en plaindre ! Je dois vous prévenir que je ne saurais accorder les clauses stipulées en votre faveur parle projet de traité qui m'a été sounûa.

— Pourtant, sire , répliqua sèchement le duc , je ne me sens pas disposé à m'en départir.

-^ C'est l'empereur qui jugera de mes raisons, mon cousin.

— J'ai sa promesse, sire.

— Vous tenez peu de chose, monsieur, repartit François I*', et, sans aller plus loin^ ^e

TOUS apprendrai, ftÎTous l'ignorez, queCharles- QaiDtm'aeoorde aujourd'hui la main de la reine de Portugal, sa sœur, qu'il vous avait offerte, ^t-^>n.

— On ne m^avait donc pas trompé! s'écria le connétable ! €e rendez-vous où l'empereur me convie n'a d'autre but que de m'annoncer son manque de foi : c'est maintenant une autre union qu'il me destine. II dispose de moi sans me consulter, selon les exigences ou les besoins de sa politique. Je ne suis plus son allié, mais son vassal. Sainte*Barbe ! il n'aura pas si bon marché de moi qu'il le pense, et plutôt que de plier lAehement les genoux devant son caprice..,

— Mon cousin , interrompit François V" , serez^vousdonc toujours le même? Votre cœur est grand et généreux , mais , foi de gentilhomme ! votre tète vous a toujours perdu ! Je vous conjure à mains jointes de réfléchir à deux fois avant d'aller vous rompre le cou dans une pareille aventure; songez, quoi que vous fassiez, que l'empereur tient votre sort dans sa main.

— U n'importe, sire, je n ai jamais mis en bidance mon . honneur avec mon intérêt. Je

vais trmiyer l'empereur $ il sente, ne peoâée lout entière : advienoe ensuite que pourra!

Le duc de Bourbon quitta la prison du roi, et se dirigea en grande hâte vers la salle <mi le capitaine Alarson le conduisit lui-wénie en attradant la venue de Gharies-Quitit* U entrait danscette salle, lorsque deux femmes sortirent d'une salle Toisine, et s'inforaièrent auforès du gouverneur de l'Alcazar si l'eînpereur n'était pas encwe arrivé au château. I«e connétable tressaillit à la voix de ces femmes, qu'il reconnut aussitôt. Il poussa briisquementla porte qui le séparait d'elles, et il se trouva fece àfeoe avec madame de Saint-Romain et sa mère.

— Vous ici, Suzanne ! s'écrîa-t-iU

— Nous nous rendons ainsi que vous aux ordres de l'empereur, répondit Césara?isconti. €e n'est plus Suzanne de Langenfeid que vous avez devant les yeux, mids bien Catherine Yieconti , héritière de la couronne de Milan par la cession que awi, sa mère, je lui feisde mes droits, qui saut reconnus par Cl^afles- Quint.

— J'ai tout compris à cette heure, dit le connétable en fermant la porte de la salle où il venait d'entrer avec SuEanne et Césara Vis-

oQBtî. Suzanne d« Lsng^nleld ou Catherine Vîteooti, eommd il vous flaira de vous nou^ mer, vous voilà donc liguée contre moi avec mcsenneraisl

^^ Contre hiil murmura Snzmne enjoignant leSBUiiiis.

•— Je sids que Fempereur prétend se servir de vous pour me forcer à renoncer à la main de sa sœur.

— A la main de sa sœui^! je Fignorais, monsîçu^ le dno. Yops allez donc vous marier?

— N'espérez pas, re{u*it le eonnétabfe, que j'aeeepte de vous l'investiture du duché de Milan, en dépit dos prière de Charles^utnt • Sa politique m'aurait bientôt enievé cette couronne, ooaame il va rèter à Sforco, qui avait sa parole aussi.

— Mamèlw, vous ne l'aviez bien dit! interrompit madame de Saint-Romain.

— Les prières de l'empeiwir, monsieur le doc, reprit Césam Visoonti, sont des ordres pour ses sujets.

MonsiiHir de Bourbon fit va geste d'impa* tienœ et répliqua fi^^ment :

— Jb ne sois piRnt sujet dé l'^upereur , moi!

— La France yoiw a renié pour sonfils, poursuivit Gésara, inteirogez plutèt oes voûtesencore retentissantes des cris de douleur de François P', elles vous diront, monsieur, que tes traîtres sont maudits et détestés en tous lieux; que pour eux il n'est pas de patrie, et que le Ciel délie les hommes des serments qu'on leur a faits !

— Madame ! s'écria le duc hors de lui.

Suzanne se jeta entre sa mère et lui.

— Monsieur ! monsieur ! quel ordre êtesvous venu me donner ?

— Il faut, madame, que de yens-méineToas disiez à l'empereur que tous ne coaseiri«zpk» àm'épouser?

— Que je dise cela , moi? non , monsieur , je ne pourrai jamais prononcer ce mot.

— Ma fille! si tu étais assez lâche pour y consentir...

— Décidez-vous !

— Non ! n^ii répéta Gésara.

— Hé bien! à moi, Diego! Lopez! Vous ne parlerez pas à l'empereur , madame , car je vous enlèverai . de ce château par la force f

Le connétable fit un pas vers Suzanne. La porte du fond s'ouvi^it. L'empereur parut.

— Dîeo soit loué, monsieur de Bourbon, dit Cbarles-Quint en entrant , puiscpie vous avez été vous-même au-devant de l'entrevue que je veus préparais.

— Sire !... balbutia le duc.

— Foi d'homme d'honneur! je suis heureux que mon plus cher désir se trouve d'accord avec vos propres sentiments.

— O mon Dieu ! murmura madame de Saint- Romain.

L'empereur continua :

— Après le traité de Madrid que nous allons signer ici avec mon frère François I*', à qui je d<mne ma bien-aimée soeur, dona Léonora, pour épouse, monsieur le grand chancelier d'Espagne me présentera votre contrat de mariage, monsieur le duc, ainsi que l'acte d'investiture du duché de Milan. Ne me remerciez pas, votre fidélité méritait ce prix. Si des raisons d'Etat se sont opposées à l'alliance que je vims destinais, au menus me rendez-vous la justice de convenir que j'ai cherché à réparer la faute du sort d'une manière dtgoe de vous et de nuM.

Leduc de Bourbon s'efforça de contenir dans

LB COnnÛT. DE BOVBBOK. T. I. I9

de justes bornes la profonde indignation €{ni l'animait.

— Sire , répondit-il , <{uand j'ai quitté ma patrie, abandonnant mes biens et mes ams le»

plus cbers, je vous ai donné ma parole et j'ai reçu la vôtre. Les murs de cette prison sont là pour attester que j'ai rempli fidèlement ma promesse. Je prie Votre Majesté de me dire si je n'avais pas droit d'attendre la réciprocité. S'il en est autrement, le respect me commande le silence.

L'empereur jeta sur le connétable un regard sévère.

— Votre silence , monsieur le due , parle bien baut, et votre respect a l'allure assez fière.

Bourbon répliqua sans se déconcerter :

— Si j'ai mérité la disgrâce de Votre Majesté, vous daignerez du moins me faire savoir en quoi j'ai failli.

— Ab! madame! il va se perdre, hasarda Suzanne tout épouvantée du cours que pre* nail la conversation.

— Si vous appelez une disgrâce , continua Charles-Quint, le don que je vous fais du duché de Milan pour lequel la France et l'Espagne

luttent dqmis un siècle et denri, vou» êtes bien difficile à contenter, monsieur; moi, l'Empereur, je prie Dieu qu'il ne m'en réserve jamais d'autre.

— Au moins , sire , vous m'apprendrez pourquoi je dois renoncer à la main de votre scBur?

— Monsieur ! monsieur ! murmura l'empereur en battant du pied le parquet, vous me chaussez les éperons de bien près !

— Que Votre Majesté me pardonne : mais cette alliance^...

— Etait faite pour flatter votre orgueil, j'en conviens, mais le bien de mon royaume exige que je dispose autrement de ma sœur.

— Pour la donner à François 1°' !

— Le roi de France, monsieur, n'estait pas aussi bmi gentilhomme que vous et moi?

— Gela se peut , sire, mais j'avais de plus que lui mes services et votre parole. Daignez m'excuser, je ne suis pas habitué, de quelque part qu'elle vienne, i^ garder longtemps i'offeose que j'ai sur le cœur.

Charles-Quint fronça le sourcil.

— Et moi, monsieur, je ne suis pas habitué à vmr mes faveurs dédaignées ! Vous épouserez

— no —

la fiUe de doea Yiscooti et vous serer dnc de Miian , eu , j'en jure par ma couromie impériale...

— Ah ! $ire ! sire ! interrompit Suzanne en àe jetant aux genoux de Tempereur, je ne de» mande plus rien 1 je ne veux plus rien !

— Et moi, je veux, madame! l'Empereur n'a jamais impunément pronc^cé ce mot.

— Sire ! donnez à monsieur le duc le temps de réfléchir à sa réponse.

— Je l'ai faite.

— Vous pliiez, monsieur, répéta Charles^ Quint, ou , foi d'homme d'honneur...

Un chambellan impérial vint heureusement suspendre cette dangereuse altercation en annonçant à l'empereur que le roi de France était prêt à paraître devant lui et à disenter les clauses proposées dans le traitéde Madrid. Cette grave affaire, à laquelle se rattachaient tous les plans de Gharles^^Quint, opéra une diversion dans le cours de son humeur. Il ordonna que les premiers officiers de sa maison allassent chercher ïe rm séa firère, et que l'on déployât vis*à*visdu captif toutes les plus respectueuses formes de l'étiquette e^agnole.

Au même instant l'évéque d'Osma s'avança

vera son maître et lui demanda la permissipn de lui jHrësenter le jeuBegentiUiomme français dmit il lui avait parlé.

— Vous avez mes instructions , monsieur révéque , dit Charles-Quint , e'est à vous de lui indiquer le chemin qu'il doit tenir.

— Sire, répliqua le confesseur, vous ne refuserez pas à ce pieax jeune homme la faveur d'être admis à baiser les mains de Votre Majesté?

Sur un signe de L'empereur, on introduisit un jeune homme dont l'aspect arracha un cri de surprise et d'effroi aux témoins de cette apparition inattendue. Suzanne s'évanouit dans les bras de sa mère.

•— Que veut dire ceci? s'écria Charles- Quint.

— Avant de quitter ce p^spour n'y plus revenûr, dit le nouveau venu en «'adressant à l'empereur , permettez, sire , que je me fa^s^ .connaître à vous. On m'appelle Ponthus de

Saint-Romain. Je fus marié à Suzanne de Langenfeld, reconnue aujourd'hui fs^ ;sa mbère pour l'héritière de la couronne et 4u npm des V^pconti de Milan. L'homme ne peut délier ce

que le del a Uél Tempereur «st puissant, mais Dieu est plus puissant.

— Je n'ai rien à répondre , dit l'empereur.

Ainsi donc vous venez m'annoncer qiie vous n'acceptez pas?...

— Au contraire , sire , je pars à l'instant même, et je viens vous remercier du don que vous m'avez fait de ma liberté.

— Faites-en un saint usage , monsieur, reprit l'empereur, et que votre piété et votre résignation ne se démentent en aucune circonstance de votre vie.

— J'en ai besoin , sire , répondit le jeune homme, à qui Charles-Quint abandonna ses mains à baiser.

Saint-Romain s'approcha de sa femme , qui venait de reprendre ses sens et qui l'écouta parler, les mains jointes et tendues vers lui , comme si elle eût voulu prier.

— Vous ne ine reverrez plus, madame, lui dit-il, ne craignez rien de moi. Un monastère va renfermer celui qui fut votre époux. Je serai toujours mort pour vous. Oubliez jusqu'à mon souvenir. Mon anneau? voici le vôtre!

Suzanne était suffoquée par ses larmes. Elle détacha en tremblant l'anneau qu'elle portait

an doigt , et le laissa tomber dans la main de son mari. Saint-Romain brisa les deux an-

— "Voûte haine et tout amour, ajouta-t-il d'une voix calme et pure , sont ainsi brisés dans mon cceur.

Puis il sortît avec révéque d'Osma sans même jeter un coup d'ceil du cAtë de sa femme tombée presque mourante sur le parquet.

Le connétable , abattu et consterné , eut à peine la force de balbutier ces mots.

— Il me semble que c'est mon bon ange qui s'en va f

Il se fit un moment de profond silence. Le duc d'Albe entra et se dirigea vers Charies- Quint.

— Sûre 9 lui dit-il, on a vainement chtsrché par toute la ville madame la duchesse d'Alençon.

— M'aurait-elle échappé ? murmura Cbarles-

— Tout espoir n'est pas perdu, répondit le duc d'Albe. Depuis ce matin , les portes de Madrid sont doses , et personne n'a pu sortir sans être vu.

— C'est bien , dit l'empereur. Donnez des

— ÎS4 —

4>rdre$ pour que lé roî de ViasiiSB scit \aineaé dans celte salle , «i ounduisez kn nradame la duchesse d'Alençon aussitôt qu'elle sera prise. Le duc d'Albe s'éloigna. Charles^iat fit quel(|uefl pas vera le connétable.

— Monsieur le duc, le roi ya Tenir pour signer le tnâté de Madrid. Malgré ce qui s'est passé entre nous , il ne tiendra pas à moi, je vous jure , que la PnMrenœ et lé Dauphiné ne vous appartiennent. Ne rans éloignez pas. Foi d'homme d'ftioniieur! je tous ferai mander quand nous en serons à l'article qui vous concerne.

Le duade Bourbon se retira dans une salle voisme. Madame de Saiiit-Roin«n et sa mère sortirent par une autre porte.

^ Ahl' je n'ai pas fini de souffinr, murmura Suzanne en s'appuyant sur le bras de sa mère.

— Et moi , dit Gésara Yisconti , je n'ai pas -fini de maudîrel

L'absence de là duchesse d'Alençon semtilait vivement préocociper Gharles^uint. La sœur de François I^ , la belle Marguerite de Yalois, veuve de ce duo d^^Aiençon q«i avait fui si lâchement à la bataille de Pavie , et que ia honte avait ttté éoÊ^ sa retraite, était accourue

--^ M6ren E^fêgne êkoêMI qu'elle levait tu que soa Irère Tenait d'être enfermé par l'empereur dans l'Alcazar de Ma<farid. Là eette sœur bienannée avait prodigué au roi. malade tous les soins et toutes les consolations qu'il était eli droit d'attendre de l'amitié qui ks unissait. Sa tonduuate soUicitode, son courage, spn esprit^ n'araient pas peu contribué à rétablir François 1*' de lacrvelle maladie qu'il avait contractée dans sa prison. L'empereur , qui la redoutait, instruit qu'elle devait quitter nuitamment la capitale de l'Espagne , avait donné l'ordre de la retenir par force, malgré le saufconduit qui lui garantissait une sécurité pleine et entière.

Le comte de Bnren vint annoncer à l'empereur que le roi de France arrivait Sur ses pas. L'inquiétude causée à Charles par la fuite présumée de la duchesse était tdie , qu'il fallut lui répéter à deux reprises que' le roi et sa swte étaiept là auprès de lui qui attendaient son bon plaisir. Avant d'aller au-devant de . son prisonnier, l'empereur demanda encore au duc d'Albe qui entrait si l'on n'avut pas de nouvelles de la dnoliesse. Il s'avança enfin ,yers son prisonnier.

— Dieu Youft garde et vous eonaenre , sire f lui dit-il, avec cet air de fiuisse bienveillance dont il couvrait toutes ses perfidies.

— Votre Majesté, répondit le roi, vient donc enfin voir mourir son prisonnier ?

— Me dites pas que vous êtes mon prisonnier, repartit Charles-Quînt, mais mon bon frère et mon ami. Dieu m'en est témoin , je n'ai d'autre dessein que de vous rendre libre , et de vous donner toute la satisfaction que vous pouvez désirer.

— Quant à moi, reprit le roi , croyez qae ma reconnaissance ne sera jamais en reste avec votre générosité.

— En foi de notre sincérité mutuelle, poursuivit l'empereur, qui pressa François I^dans ses bras, embrassons-nous, mon frère, et que tout siyet de discorde demeure éteint entre nous. Avez-vous ^onc cru que je vous laisserais mourir dans cette prison?

— Non, sire , car j'ai une rançon à vous payer.

— Ne vous souv^iez-vous pas , continua L'empereur sans paraître remarquer l'aigreur de la réponse, qu'après la fatale bataille qui vous fit tomber en mon pouvoir, je défenilis

dans mes Etats les feux de joie , J^8 sons de cloches et les r^oaissances publiques ? .

— « A Dieu ne plaise , disiez-yous alors , qu€ j'insulte par d'odieuses fêtes au malheur de mes frères. Les fêtes ne conviennent qu'aux succès obtenus contre les ennemis de la religion. » Je m'ai souviens, car ce fut ce joor-ft même que j'entrai dans la prison de Pizzighet^ tone , d'oik je ne fus tiré que pom* venir ici. Il y ade cela dix mois !

— OubHons-le, mon frère ^ et formons en«* semble une chaîne indissoluble dont votre liberté sera le premier anneau.

— Je le veux bien, pourvu que cette chaîne ne me ra|^lle pas celle que vous m'avez donnée à Madrid,

— Non , mon frère, vous serez content de moi. Le roi David qui mit en liberté Saùl .

son ennemi, Alexandre envers Porus, Pompée envers le roi Tigrane d'Arménie, ne se seront pas montrés plus cléments que je veux Fétre^ à votre égard. Je n'ai pas oublié que le roi de France, Louis XU,fut lasn tuteur, et que vous et moi, à cause de madame Marie de Bourgogne , mon aïeule ^ nous sommes cousins au quatrième degré.

— Que ty^ vous en ètas-Yons souyenu frftts tAt? reprit le roi. Si depuis cinq mois vous aviez seulement une fois visité votre cousin «t frère , vous Teussies vu miné par là fièvre , se traloant de douleur sur les dalles de son cachot. Votre Ame se lût émue d'un tel spectacle. Aja mîlien de la constemation é& ses amis , le roi de France , p^ et mourant , recevant des mains d'un prêtre une hostie rompue en deux que sa digne sœur partageait saintement avec lui! Voilà, la clémence de Charles^utnt , empereur auguste; roi des Espagnes et des Indes! voilà rhospitaiité du roi catiioliqiie envers le rat tEès-«hrétîen !

— Parlons de l'avenir, mon frère , s'écria Charles , car le passé n'est plus à nous. Je veux que nous ne rivalisions désormais que de bons sentiments et de franche amitié. Je vous abandonne la ligne d'Italie, le pape , les Florentins , Lucqnes , Sienne , le duc de F^rare et les Vénitiens.

Un léger sourire vint effleurer la bouche du roi de France.

— Vous ferez d'autant mieux, sire , répondit-il, que le pape et Florence se sont séparés de vous , que Lucques et Sienne vous ont re-

fuaéile coBtUmerkiirft^QiitrihutîçiMKle guerre, et qu« F^rmr^ et Veqîseï ont iMÛtt^ aveci awicUuoe la r^nt^ 4e FriMAqo , iii«t «^e Ueoaimée.

L'eiqpereiir rkiterropii^ :

— Ne VQiis fies pas au o^oioa «ux pv^nettseg. 4e ^^ fourbes.

— Ne craignez rien pour moi, le malkeu^ m'a rendu sage.

-m Pour çl^tenir votre alliance , poursuivit Tempea^ur , je roippj^ai avec le i^oi d'Angleterre, votre ennemi.

— Henri VIII , #ire , est maiatenaut votre ennemi plus qijie i? mi'V^- Demaiu, si je |e veujt, il prendra les. arimesi en ma (i|vei|r»

— Mon frère , juge« ohaçuu de nous ^ non par ses proies, ip^ais par ses ^etes:« Vous en éles témoin, je n*ai rien tant à cœur ^ue* de vous renvoyer dans votre heau royaume de Frauce. Oh l Paris sqipa bien glorieux ce ; jour^là* Votre n)€|re , voif^ ^CguAts à. vos c^tës» V5>tre nobjefe^ et votre peiqple criant ; Noëlt autour de vous! l»'oFÎflapime /fdéplo^ée , les fenêtres pavoisées, les tambours battanls^et ce mat,, ee mot sionaut plus baut q^e touHes les gloires du monde, la liberté!

«- Ah I bîea heureux jour que celui où je serai lihre t s'éeria François avec enthousiasme.

L'empereur approcha du roi une plume et un rouleau de papiers écrits.

— Et pour cela, kd dit-il , pour cela , mon hon firère, rien «pi'une signature à donner.

Le roi reprit avec le plus profond abattement :

— Hélas ! hélas ! je ne verrai pas ce jour-là! — Foi d*homme d'honneur ! vous le verrez,

repartit Charles-Quint, vous le verres, si vous voulez être juste.

— Alors retranchez de ce traité la clause odieuse qui m'oblige à ériger en royaume, pour en gratifier un traître , les deux plus belles provinces de mes États.

— Monsieur de Bourbon a ma parole, mon frère.

— Il n'aura pas la mienne. Tout ce que je puis (kire, c'est de lui rendre ses biens, et de l'admettre à discuter devant notre parlement les droits qu'il prétend avoir sur la Provence.

— Cependant cette couronne nouvelle...

— Jamais ! plutM mourir ici !

En prononçant ces mots la voix de Frmçois I*' était pleine d'une expression à la fois

douloureuse et résignée. GbariescMiqprit qu'il ne devait pas insister davantage.

•^ Eh bien! rayeas cet article, dit-^il en prenant la plume à son tour, j'y consens , puisque vous le voulez. Vous accepterer du moins les autres cooditions. Voug me céderes à moi la Bourgogne, Qu'est-ce qu'une pauvre province auprès de la liberté que je vous rends?

Le roi se leva de sa chaise et fit un mouvement de colère:

-— Q^e je reconstruise cette maisMi de Bourgogne qui coûta tantdesangàlaFnmee!

que j'introduise dans le centre demoaroyaume un ennemi toujours prêt à mettre le trouble chez moi f Non ! n'y ocmptez pas t

— Cette fois , sire , repartit sèchement l'empereur , ma denuinde ne souffre pas de refus.

. — Je le sais , car il s'agit de votre intérêt.

— Songez que vous ne sortirez pas d'ici.

— J'y suis décidé.

— Songea que vos amis, voire sœur eHe^

— Elle est maintenant hors de votre poilH voir, s'écria Fram^ois ^'^ triomphant à son tour.

Le comte de LânMf enfera pvéelfiiflftaiiinemc -^Siré, depuis deta jott^s^lnéodieftiie d' A-

kmçpn est «•r|i^'de Madrid vj>6 viens d'en

acquérir la «eMitiRle.

Ckarias^kit frappa en pied 'a^«e eotèire:

— £li bien! di^-it, fa ï^n^è âe l^rerira donc pas son roi |

-^ VoQs tous trompes, sm , vtfpwMMt Fl*ançoîs I"" , ma sœur emporte ai^ec ettè un acte, ie deniîfv qfue j*auràî signé, par i[ei)nel je me déwets èd i^a odarotuie en faveur du 4a^pbin mon fils.:

•«^iesÉîsîaaél .inèvqittfa l'enpennnr»

— Préparez i^ond -vas oâcliotB , ^sbsNrsatvît le rayél pristeoâer , Fnaniçois dt YàÊoh peut mourir à Madrid , car le roi -ds France est à Paris!

. /Cet i9ieft0 d'hérolMBè^ lé plus beau et ie plus Iprisnd. qui- ait signalé la yie: de Fraacois P"*, arracha un cri d'admirattan aux groupes de ^ttitilslMMnakSs français et espagnols qui remplissaient la salle de TAlcazar où avait li«u -ceile.etitrerMedeé deux asMFeraâns; Charles- :Q«iînl fépiisMidl*Bn regard rindiscrct enthousiasme de ses courtisans. Comme il cherdMiit

les moyens de sortir avec honneur de sa difficile position , le connétable s'approcha respectueusement de lui :

— Sire, je viens réclamer la parole de Votre Majesté Impériale pour ce qui concerne les Etats de Provence et de Dauphiné.

-^ Monsieur le duc, interrompit François I^, Yous n'aurez rien de moi! j'aime mieux mourir prisonnier de l'empereur.

— Sire, je l'avais deviné ! répondit le connétable.

La confusion de l'empereur était au comble.

— J'ai fait ce que j'ai pu, monsieur, dit-il au duc de Bou)rbon.

— Je remercie Votre Majesté, repartit celuici, j'ai entendu ce qu'elle a dit en ma faveur.

— C'est ainsi , monsieur le duc , s'écria le roi, que la trahison s'expie par la trahison.

PIN BU TOME PEsaisa.

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