‹ Le connétable de BourbonChapitre 6 sur 26 · C. ■OCBBAVSm BT FOVB · texte numérisé non relu

C. ■OCBBAVSm BT FOVB

gihqvième partie.

t.R COnnRT. VK «OrUBOTf. t. iz.

IWIATION.

Le 8 HMài UVt , l'armée du comiétable dé Bourboii trait dressé ses tentes sur l'une été ooUines qui dominent la viUe de |lome. Lé pape Clément VU s'éudt vainement flatté d'ar* réter le désastre qui menaçait sa capitale , en opposant à ses ennemis le traité de pai< qu'il venait de conclure avec le vice-roi de Naples , agissant comme fondé de pouvoir de Sa Majesté l'miqpersur Charles-Quint.

Après avoir ravagé ta Toscane et la Roma-»

gne, les bandes du duc de Bourbon étaient résolues à couronner leur cravre de destruction par le sac de la sainte ville. Ces bandes se corn- .posaient de cinq mille gens d'armes, d'une grande troupe de chevau-légers italiens, de douze mille fantassins allemands et d'une multitude de volontaires ramassés en chemin , et qui comptaient sur le pillage pour s'indemniser de la solde qu'on ne leur payait pas.

L'armée du connétable était sans munitions, sans vivres , sans argent ; l'indiscipline la plus sauvage régnait dans ses rangs; elle affectait le plus intraitable mépris pour ses chefs, auxquels elle n'obéissait que faute de savoir diriger par elle-même les opéntions d'un siège qui devait lui livrer les trésors de la plus somptueuse ville de l'Italie. Bourbon , que son courage et son génie faisaient encore resp^o^ ter plus que ses titres de général et de prince du sang royal de France , demeurait lui-même en butte «u3l railleries de ses soldats, qui l'a-, vaient surnommé ironiquement le Gueus*

Le pape , se voyant réduit à défendre son autorité contre cette agression inouie dans les annales de l'histoire, se hâta de s'enfermer au Vatican , et fit recruter dans les cabarets de

Kame et dans les.éoraîes des cardinaux quatre ou cinq mille vaniiens , qu'on arma d'arquebuses, et auxquels on donna pour chef un capitaine nommé Renzo da Ceri , digne en tout point de les commander. Six tribus de la yille forent également improvisées en satellites du 'tr^ne de saint Pierre ^ et deux mille mercenaires leur furent adjoints. Les capitaines des troupes papales s'engagèrent solennellement à faire lever le siège au duc de Bourbon , qui, d'après leur avis , ne devait pas se maintenir deux jours sous les murs de la place. Pendant ce ten(q>Sy les secours envoyés par la ligue d'Italie , et conkmandés par le duc d'Urbin, ne pouvaient manquer , affirmaient-ils , de venir renforcer les assiégés.

Les habitants de Rome étaient loin de par* tager cette confiance. Plusieujrs faits singu-r liers avaient mis en émoi la superstition populaire.

Avant que l'armée du connétable eût envahi le territoire de l'Église , un mendiant déguenillé 9 appelé Brandano , parcourait la ville de Rome avec des cris lamentables , annonçant que le temps de faire pénitence était venu , et que le fléau de Dieu était tout près. Chaque

JMir 6e mgàlkr àmémaÊgei «ecbdiipi atix porta» 4u y«tic«ii , ohaq^i le pape dkss pk»

grotwâpol iojiires, cC lai eriait, d'boe Toît ÎQ^iHe , qiiè liii et sa ▼iile dormaiBot sur la pterre.ddjleiir lombéau.

ba Slunle-EitGiMrûtîe, énfimnéè félon fugage 4aas U tabamÉcle ds la chàpvfle pa|ialé, * avail «lé Iraavëe un auitûi jetée à tenra sau» qu'm eût plt saToîr coaMÔeiit ni par ifoeifteé

Un Isonp de Dgudre avait ealevédes bra$ de la taïadbne, dans l'église de- Sainte^Marie^ Titûlspantîne , Tenfont Jésus brisé eià liiili» pièoes, aiîfesîquela couronne. de sa |rès>ssàki£e Kière.

Parmi les classes élevées de la populatkMi rooiaiike, Taveuglement en étidt venu à ce point y que 1» péril qui aMoa^t la tille donnait lieu aux quolibets les plus effinmtés.

Le saint-père ayant fait un appel à ses sujets les plus riches pour solBciter d'eux le prêt des sioknines nécessaires à la solde des troupes, ne re^t aucune réponse. Le seul Denkénioo de Massîw, Ic^piubopttlentdescitoyensde Rome, proposa irenâquement de prêter eeiat écus au pape. Ce malheureux porta cruellement la

peine de son avA^iicre , car ses palàb ftirent ploa taird dévastés, et ses trésors nis au {Hllage; ses fiiles dttvinrMt la proie des soldats de Bottijbon , et hM-ménie il éptiîsa ses dernières fessourees pour racheter sa vie et sa liberté.

La nuit du au 6 mai ftat lé (kn^er terme que laissa la colère céleste à ces péëteurs eu^ dureis , qui n'en proitèrent que pour oSënser Dieu par de nonreaux méfaits. Conune Jadis Attila, Bourbon s'avançait en messager des vengeances divines. Sans comprendre luimètne pouJr quelles fins il avait été ré^ervé^ le grand rebeUe<4>éis8ait à la main cachée qui le poussait sur la voie du carnage et de la des^ truction. Cette nuit fatale précédait le jour marqué pour le solennel exemple qui devait hmiplir lé monde chrétien d'épouvante et dé deuil. Une brume épaisse s'était abaissée sur la ville éternelle , comme un bandeau qui cadiait à acB yeux Tépée levée sur elle.

Le camp de Bourbon, muet et silencieux, et ses ailes grises étendues slir la pointe de sa oelltne , ressemblait à un vautour fascinant du regard la proie qu'il va dévorer. Les soldats luthériens et eathotiques , couchés pèle*méle les teirtes, oubliaienyt leurs dissensions

passées et buvaient gaiement au sacrilège qaâ allait les enrichir. A voir le feu de leurs prunelles , à entendre la grotesque impudicité de leurs chants et de leurs discours , on eût pensé que des dénions sortis de Tenfer avaient revêtu ces cuirasses et ces hoquetons pour accomplir quelque prédiction d'en haut.

Trois soldats assis sur des barils défoncés s'entretenaient en ricanant non loin de la tente de leur g^éral, reconnaissable à Técusson d'armoiries , brodé sur ses rideaux fermés.

— Lopez ! Diego ! mes camarades 1 disait l'un d'eux en étendant le bras vers l'horizon que remplissaient les vapeurs de la nuit , ici est le ' but et le terme de nos fatigues !

— Pour dix mille ducats, répondait l'autre , je ne donnerais pas ma prise de demain !

— Sang du Christ, refurenait le troisième, Bourbon nous traite en enfants gâtés!

— Rappelez- vous, mes amis, ce qu'il noua disait , il y a un an à son retour de Madrid : u J'espère bientôt vous faire tous riches du sac de la superbe Rome. Je vous promets de vous en rendraseigneurs , et de mettre en vos mains ses peuples , gentilshommes , sénateurs , avec leurs femmes , les prélats et le pape Gémenl ,

- It -

qui tient par trop indignement la place de saint Pierre! »

— C'éUit parler, cela! Heinrich , qu'en distu?

— Le Guetts a tenu parole; Rome est devant nous , et y au point du jour , l'assaut et le pillage!

— Dussions-nous y trouver la peste comme à Milan , reprit Diego, j'userai largement du droit de guerre : Qui patest capere, copiât.

— Pour ce qui me regarde , mes braves pertuisaniers, poursuivit Lopez, je vous abandonne les princes de l'Église , je me contenterai des couvents.

— Tu n'es pas difficile , répondit le fantassin castillan ; moî , par la messe ! j'entends bien tàter de l'un et de l'autre.

— Doucement , mes maîtres, interrompit le lansquenet Heinrich, n'oublions pas que le colonel général de notre cavalerie légère, don Fernando de Gonzague , s'est réservé pour le pillage la maison de son oncle , le cardinal.

— Quant au colonel Frundsberg , continua Diego , c'est au pape qu'il en veut. Vous avez tous vu sur son aubergeon ce cordon de fils d'or qu'il porte en guise de chaîne : eh bien l

c'est pour ea foiie il Sa Saiiitefté.iu oriUeri^ nœuds coulants, parce que, dit- il , àtoQs aei* g^eurs , tous iianheicrâ^

— Or çà, mes braves soldats catholiques, répliqua le l^^is^enel aTtc vm gros ëolat de rire , yovis n'ayez donepliis peur. des. fantAiMft comme dans la Chartreuse de Pavie?

— Pas plus que toi, Heîttrieh. Noua suivrons le généiBl, 4àt-'il nous mener à teus les diables l

— SaQs cela vous m^ seriez pas dignes 4'ètre des ndtre^.

— Une chose m'iiiqutète pourtant , poursuivît Diego; comment Tempereur apprendra^ t-il notre équipée?

— Pour woî, dit Heioricb, qui frisa délibé- rément sa moustache , je ne connais que Bour*bon , et ^ en véritable bnsquenet du Rkin , je Iç servirais coutre rCaipereur lnl-mène.

— Bien dit. Un c^p de viu d'Orviéto. pimr ton sermon, repartit Lope?. Mais diflemoi, Heinrich , ne trouvesrtu pas que, deqMis quel^ q\i^ jours, le général ^ Xw triste etsowffirant? Ne serait*-ce pas son étoile qui décUue?

. --r Bj^st ! Pour t'inden^seï? de ne plus, croire au pape , ne vas-tu pas croire aux astrologues

à présent? le chapelet catholique du castillan se fait jour sous ton hoqueton de bandit. Ne ▼ois-tu pas que c'est la maladie de madame de Saint-Romain qui préoccupe le gênerai?

— Sais-tu , Heinrich , qu'il s'est bien radouci à son égard.

— Écoute donc ! on s'intéresse malgré soi à ceux qui vous restent fidèles dans le malheur. Depuis que monsieur de Pompérant , et ses amis de France, sont retournés faire les chiens couchants à Paris , auprès du roi long-nes, madame de Saint-Romain n'a pas quitté le général , pansant ses blessures , et campant sous le ciel avec nous. Gela vaut bien un remerctment, j'espère.

# — Que Dieu la sauve , la pauvre femme!

— ^enee ! Interrompit Heinrich , nous sommes ici auprès de la tente qu'elle occupe. A peine si l'on aperçoit une lumière derrière cette toile où sans doute elle repose. Allons causer plus loin. Quant à Bourbon , c'est différent, toujours les yeux ouverts. Pour tenir à un pareil métier, il faut que ce diable d'homme ait deux âmes dans un seul corps.

Cette conversation fut interrompue par une voix qui se fit entendre dans la tente anne-

fcC CONNKV. »l BOVRMII. T. II. 3

née sur laquelle était brodé l'écu de France à la bande de gueules.

— Holà ! mes écuyers , dit la Tmx, d'autres flambeaux ! Ouvrez cette tente !

La tente s'ouvrit , et les soldats s'éloignèrent en apercevant le connétable de Bourbon, armé'de toutes pièces, accoudé sur une table, et parcourant des cartes dépliées devant lui.

— Pour donner le temps au jour de se le* ver, dit tout bas Heinrich à ses deux compagnons , je vous joue au passe-dix la moitié de votre prise : un cardinal ou un pape , à votre choix.

— Ça va ! répondit Lopear.

— Tope là : c'est dît , ajouta IHégo.

Et ils disparurent. ^

Le connétable attendit que ses écuyers eussent renouvelé les flambeaux consumés ; puis il leur fit signe de le laisser seul.

Son visage n'avait rien perdu de sa fierté ni de son calme digne et sévère, malgré les épines sans nombre qui avaient déchiré par tant d'endroits cette Ame irascible, digne d'un sort meilleui*. En ce moment le duc de Bourbon touchait au but que son désespoir sVtait proposé. A travops le rideau dé brume qtd le se-

paraît de sa future conquête , il pouvak pro«neoer md regard sur cette terrible page de sa ¥Îe, que le soleil du lendemain allait éclairer de ses «ayons.

•^ Encore quelques heures , nnirinura le coBDétaM«V et lo proscrit de François i*', le jouet de Charles^uint, un pauvre aventurier, qui , sana «n sou vaillant , traîne à sa suite quarante mille bandits n'ayant de foi qu'en sa fortune, va voir à ses pieds la capitale du ■sonde ! La tiare papale posée toute sanglante sur ma tète! Bourbon empereur de Rome!

Que dira le roi de France , le fils atné de rÉ-gUse? Que diront les rois de l'Europe catholi^ que en apprenant ma victoire? Rien ne peut me l'arracher. Moi-méme je ne suis plus mal»

tre de cette foule indisciplinée qui m'emporte à travers l'Italie comme un ouragan de fer et de feu , déracinant sur son passage des villes et des royaumes , nivelant les plus hautes tètes avec le tranchant de l'épée , fondant en lingots l'or et l'argent des églises, entassant le meurtre sur le sacrilège , et clouant mon nMi i;ar ses horribles vengeances !

Le duc se promenait à grands pas sdus sa tente ; il se laissa tomber sur un escabeau , et

pressant sa tète brûlante enti« ses mains :

— Quelle existence que la mienne! Je le paye chèrem«it ce pouvoir tant souhaité!

Sceptre de fer rougi qui brûle la main qui le porte Peut-être cette action terrible sera-telle la dernière de ma vie ! Peut*étre estp-ce là cette yilfe où, selon la prédiction d'un sa^ astrolod^e qui ne. m'a jamais menti, mon fier ascendant me menace de mourir! S'il était vrai! Si l'influence qui me protège ne tenait qu'à la TÎe d'une femme!... Mais elle est là dans mon camp , cette femme, seule amiede^ meurée fidèle à ma fortune malgré l'indiffe* rence dont j'ai payé son amour. ^ Va , Suzanne, tu ne mourras pas; je vivrai, je l'espère, assez pour essuyer tes larmes.

Le fond de la tente s'entrouvrit; un homme armé de toutes pièces se présenta et dit : — 11 est deux heures du matin , monsieur le duc , je viens prendre vos ordres.

— £h bien! brave Frundsberg, demanda le duc, aijicune troupe n'a-t-elle paru pour a«aourir Rome assiégée?

— Non , générai : le marquis de Saluées et le duc d'Urbin n'arriveront que pour être témoins de notre victoire.

— > Le VMe-roi de Naples , reprit le cenoélaîkAe , n'a-t^l pas de noareau protesté au nom de remperear contre ce qu'il appelle notre violation des traités ?

— Il n'a pas osé se remontrer, monseigneur, depuis la menace que lui ont faite nos sddats

' dele tuer s'il ne partait pas.

— Aucun de nos capitaines ne l'a-t-4l suivi?

— Un seul , le marquis du Guast , cet illustre dameret qui parfumait jusqu'aux sdles de ses chevaux. L'armée Fa aussitôt déclaré traître.

— C'est bien , je veux aller moi-même visi* ter mon camp*

— Monsieur le duc ne se couchera donc pas?

— Non.

Le^ duc jeta son manteau sur ses épaules et sortit de la tente.

— Vous accompagnerai-je? demanda le colonel des lansquenets.

— C'est inutile , vous attendrez ici mon retour. Comment va ce matin madame de Saint* Romain?

— Elle a demandé à vous voir.

— Se trouverait^elle plus mal? reprît le

duo* Aimoiieex<^lui ma rmte ; émas p«il , yeshpère, le repos hii rcodra la santé. GrAoe à Dieu, nous touchoDs au terme de née privatioDS et de nos fatigues !

Le coonétafaie disparut au milieu des longues lignes blancbes que dessinait le camp , et le bruit de ses pas s'éteignît comme un éebo qui meurt.

— Hélas ! soupira le oelonel Frundsberg , caehons^lui la triste vérité I

Et il s'approcha de la tente en rq>os«ît Suzanne. 11 en souleva légèrement la draperie.

Madame de Saint-Romain , pâle et gémis- SMite, était couchée sur un lit auprès duquel veillait Césara Visconti , le désespoir dans les yeux. Du plus loin qu'elle aperçut monsieur de Frundsberg, Césara se leva et lui dit :

— Le prêtre ne viendra -t- il pas? Vous vefft 9 monsieur, elle est à toute extrémité.

— y m. fait demander un prêtre , madame , r^onilît le colonel allemand ; mais quel est celui qui osera s'aventurer dans notre camp, et surtout se fier à ma parole ?

Suzanne poossaungémissement doidkMireux .

— Que je souffre ! é mon Dieu ! murmura*

- «0 t-dl« d'une rùix éteinte; ne m^acoorderez- ▼0D8 pas la grâce de mourir ?

Césara tressailiit.

— Silence ! elle a parlé, dit-elle.

— Ma mère ! oh ! que je souffre ! poursuivit la malade, dont les yeux hagards s'arrêtèrent sur le chef des lansquenets du oemiétable.

Elle le reconnut : — Ah! c'est vous, monsieuir de Frundsberg! Parlez-moi de Bourbon.

Est-il remis de ses fatigues? Recommandezlui de passer la nuit dans sa tente ; Pair de ces marais est mortel.

— Madame , dit le colonel Frundsberg , en ohercbant à donner quelque douceur à sa voix, racKiMeur le duc s*est informé de votre santé.

— Vous ne lui avez pas dit que j'allais mou»

rir, n'est-ce pas ? Oh non ! car vous l'auriez affligé I Maintenant qu'il est revenu à moi, je redoute plus son amitié que je n'ai craint son indifférence.

— Monsieur le duc va venir vous voir, reprit le colonel.

Le regard de Suzanne s'alluma d'un édair de joie.

— U va venir ! s'âsria-t-elle ; il vous l'a dit, tuonneur 1 Oh! que je suis heureuse I U s'est

dooc ÛMpiiélé de moi! Il ne Iih est pa» égaA que je meure ou que je vive! Je le verrai encore, là, près de mon lit , me sourire , prendre ma main dans la sienne! Mon Dieu ! je y^ux vivre maintenant; l'existence est si belle! Ne me retire pas de ce monde avant que j'aie le temps au moins de te remercier du bien que tu m*as fait!

— Oh ! oui, ma fille, înt^rompit Gésara, vis pour ta mère qui t'aime; pour ta mère qui, par pitié pour ton fol amour, a voulu te suivre même au milieu de ces dévastateurs de l'Italie ! Je t'ai immolé la plus chère passion de mon àme après ma tendresse pour toi , ma haine à laqiieUe j'avais juré de rester fidèle autant que non ombre à mon corps. Ne me replonge pas dans cette nuit cruelle de mon isolement.

— Il va donc venir, monsieur? répéta Su* zanne. Oh ! je veux me lever pour voir mon seigneur bien-aimé.

Elle fit un efibrt pour se soulever, mais elle retomba lourdement sur son lit.

— Hélas ! murmura la pauvre femme , la fièvre a usé mes forces. Ma bonne mère, vous m*aimez aussi, vous, je le sais ; eh bien ! qu'il ne surprenne pas sur mes traits la pâleur et

— ïl —

rabattement de la mort. Donnei-mm uninmir*

— Mon enfant...

-^ Ne me refusez pa»; afa ! je vous en supplie !

Césara obéit.

— Gomme mes^ues sont décolorées ! tontinua Suzanne. Ainsi , l'autre jour, était cette petite morte d'Areszo qu'on portait au cimetière, toute pâle, les yeux fermés et des fleurs sur la tète. Elle eût fait une femme bien belle et bien enviée, si la mort eût voulu Tattçndre I

— Oh ! tais-to)! tais-toi !

Suzanne reprit tristement, fes yeux toujours arrêtés sur le miroir :

— Ma mère, un peu de rouge sur mes joues, et relevez mes cheveu! dénoués.

La malheureuse mère obéit de nouveau , en sanglotant , aux volontés de sa fiUe. Suzanne poursuivit :

Quand je mourrai, ma mère, je veux qu'on m'ensevelisse àla coutume d'Italie, comme cette fille d'Arezzo , le visage découvert, parée de mes plus riches habits. Je veux avoir un bou> quetàla main , formé des fleurs les plus fraidbes.

— Ma fiHe, interrompit Césara , ces «piNréts

teltit%ueQt; tes lèvres bbinchissent. Appuie -itoi sur mon bras.

Mais Susanae répondit âvee un sourire désespéré :

— Maintenant , ma mère, posez cette guirlande sur ma tète , et je jf'essemblerai tout à fiiit à la jeune HHe d'Areszo.

---• Oh ! c'est horrible 1 balbutia la mère en proBsenant des yeux égarés sur le visage de sa fille, le désespoir me rendra folle. Je sens que ma rwon s'égare. Ma lèle est brûlante. Les souvenirs de mes malheurs (kissésse réveillent et rouvrent toutes les plaies démon Ame.

— Cette humidité de la nuit m'a glacée, murmura madame de Saiat*Roraain.

Le colonel Frundsberg voulut fermer la tente.

— Oh l non, monsieur, dit Suzanne, ne me privez pas de regarder le ciel ; il est sombre et menaçant comme mon avenir !

Gésara Viscontî ne tarda pas à se laisser alfl^ au sommeil, Suzanne la considérait avec un air de douoe pitié, comme si , en ee moment ^ elle eût oublié ses souffrances pour ne songer qu'àcellesdesa mère. Dona Viscontî paraissait en proie à un rêve qui Tagitait violemment ;

ses iratU ûébovkpo^ se coBtracUient , sa poitrine se soulevait ayec peine, des mots entre* coupés Tenaient expirer sur ses lèvres»

— Un couvent, disait-elle, mais ce n'est pas assez pour la punir. Son saog ! il me le faut : je veux du sang I

Le colonel Frundsberg s'approcha de Ce* sara Visconti , qui sembla tout à coup respirer plus à Taise.

— Laissez-la reposer, monsieur, dit Suzanne; depuis huit jours qu'elle me veille , ma pau» vre mère en a bien besoin.

L'oppression de Gésara sembla redoubler.

Un mouvement convulsif agitait tout son eorps.

— Le meurtrier de ^ma fille et de mon fils, balbutia-t-elle d'une voix sourde.... Et tôt, Suzanne de Làngenfeldf.... je me vengerai...»

— Est-elle en délire ? reprit le colonel des lansquenets, je vais la réveiller.

— N'en faites rien, interrompe Suzanne, le sommeil la calmera. A son réveil elle reconnaîtra son erreur, et les baisers de sa fiUe lui feront oublier les tristes illusions de ce rêve.

— Voici le général I s'écria le colonel , en jetant un eoup.d'cetl hors de la tenle.

— Merci] 6 mon Dieu f balbutia Suzanne , qui joignit les mains.

Frundsberg sortitde la tente pour aller andeyant du connétable.

Le duc de Bourbon était suivi de ses principaux officiers, parmi lesquels on remarquait, au premier rang, Philibert de Chàlons, prince d*Orange, illustre aventurier, transfuge du camp français , comme celui dont il suivait en ce moment la fortune. Ce jeune capitaine , issu derancienne maison de Chàlons-sur-Satoe, et auquel le pape avait promis la main de Catherine de Médicis, depuis reine de France, avait offert ses services à François I°% qui s*en fit un ennemi mortel, en permettant, le jour du baptême du dauphin, qu'un logis qu*onlui avait d*abord assigné fût donné à un autre»

Si la mort ne Feût enlevé à trente ans , au siège de Florence , nul doute que cet élève du connétable n'eût fait payer cher à la France l'injure qu'il'Avait reçue. U était le plus digne, par son courage et par ses talents militaires , de succéder au duc dans le commandement de l'armée. i -

Louis de Gonzague , de la maison de Mantoue , qui commandait les troupes allemandes

de Bourixm, ne le cédait en rien pour la bra- ▼onreau priace d'Orange. Les soldats l'avaient surnommé k Eadotnont. Sous ses ordres marchaient Ferdinand de Gonzague , Sciarra €olonna , et d'autres chefs renommés.

— C'est sur vous que je compte, dit le eonnétable en frappant sur l'épaule de Milihert de Chàlons, pour me remplacer dans la tâche que j'ai entreprise, si la mort venait à m'énlever pendant l'assaut. Quoi qu'il arrive, la ville est à nous. Aux premiers rayons du jour, messieurs, un détachement se glissera sans bruit danç le quartier Saint-Esprit, en franchissant les murs peu élevés qui avoîsinent les jardins du cardinal Ermellino. Je viens de reconnaitre à cet endroit une meurtrière, garnie de barreaux de bois, qui peut donner passage à un homme.

Pendant ce temps, un autre détachement attaquera la rue Julienne, défendue pa^ la garde suissedu pape,

— Vos ordres. seront exécutés, rendit le prince d'Oran^^.

— Par Luther ! mon maître, ajouta le colonel Frundsberg, je pourrai donc employer bientôt cette chaîne d'or dont j'ai juré de faire un collier au pape.

-^ $é|>aroBis->nou8, auMaienrs, reprît le due, un peu de somiaeil tous est nëeessaire. Les tambours battront aux pruniers rayons du «oleil. Vous, mmisieuf de Frundsberg, tous entrerez dans ma tente une heure avant le signal de Tassaut.

Au moment où chacun des diefs de l'armés regagnait son quartier, un soldat s'approcha du colonel des lansquenets et lui dit : Un moine qui vient d'ariiver au camp demande à vous parler.

— Silence ! répondit Frundsberg , prends bien garde que le général ne t'entende. Je vms recevoir œ moine qui, sur ma ibi, montre du courage, et mériterait de porter fVirquebuse dans DOS rangs.

. Le oonnétahie entra dans la tente de Su^ saifne.

*«- Monseigneur, soyest le bientenu ! s'éeria madame de Saint-Romain dont Je visage se eolora vivement à son aspect.

— Ma chère Suzanne, répottdrt le due en lui baisant la main, eneore évallëe à cette heure!

-^ Et vous, monsieur le duc, déjà couvert de votre armure?

Beorbon répliqua en secouant la tète :

— Il y a longtemps que je ne connais plus lesonuneil!

— C'est que Dieu, en fonaantles héros, ha^»

sarda Suxanne, ne lésa poiat assujetti^ à la loi commune de Thuinanllé.

— Oh [ murmura le connétaUe, que je von* drais être un pauvre et dsscur gentilhomme vivant du produit de son champ, pur encore des insultes de Fmnçms P' et des laveurs de Charles-Quint !

— Juste Ciel! fit madame de Saint-Romain, est^e donc là le bonheur que produit la gloire? C'est le vainqueur de Pavie, c'est le conquérant de l'Italie qui fait entendre ces paroles de dés* espoir!

— Que je donnerais cette gloire et ces conquêtes, soupira tristement le connétable ; ce nom resplendissant y écrit avec le sang des hommes sur la face de l'Italie en deuil, pour un peu d'ombre et de sommeil dans un coin de ma France bien-aimée!

— Que vous manque-t-ily monseigneur?

— La paix de l'Ame, qui ne se retrouve pas.

— Hélas ! et moi aussi, je Fai perdue !

— Suzanne, Dieu, en vous créant, avait mis

en vous tout noa bonheur, conmie dans un coffre précieux qui devait me garder ce trésor. Douce sœur de ma jeunesse 9 mystique personnification de ma conseienoey victime sans tache immolée ài'idokde mon ambition, le repos s*est éloigné de moi du jour ou j'ai cessé de vous respecter. Le remords aujourd'hui nous rapproche; tous deux une même fôtalité nous écrase; tous deux nous expions notre faute. *'

— mon Dieu t balbutia Suzanne, 6 mon Dieu ! j'avais promis de me repentir !

— Pour moi, dit le duc avec un sounre de dédain, je ne le puis et je ne le veux pas. Que le €iel me frappe! j'ai oublié les paroles qui le fléchissent; je ne sais plus prier!

— Oh ! l'expiation I l'expiation ! répéta SuzBime en cachant son visage dans ses mains.

Il serait beau pourtant, ajouta*t-elle, il serait beau, monsieur le duc, demain, après votre victoire, de rendre à Charles-Quint, avec l'épée qu'il vous a mise en main pour punir , cette couronne que vous auriez pu poser sur votre tète; il serait beau de dire à ce souverain d'une moitié de l'univers que Bourbon a pu devenir son égal, et qu'il ne l'a pas voulu !

— Non, répondit le connétable, la mort qui

me pottsâe, veut eneore du sang ! Je ne suis que l'esclave de cette armée qui m'appelle son maître : tous ces démons sortis de Tenfer ne lâcheront pas leur proie avant de Tavoir couronnée.

— Ainsi, dît Suzanne, le sauveur du monde porta une couronne d'épines !

Bourbon reprit :

— Pendant qu'ils dorment gorgés de vin, l'imprécation encore pendanteà la bouche, c'est à mm de veiller, et de souffirir ! Je dois vous quitter, Suzanne; je dois rentrer dansma tente, afin qu'au lever du jour, le maître puisse répondre à ses esclaves exigeants : « Vos ordres sont remplis : la victoire vous attend, n Adieu, Suzanne, jusqu'à demain, adieu !

— Adieu, monsieur le duc, espérons en la miséricorde du Ciel.

Madame de Sainti-Romain se pencha sur son lit , et ses lèvres défaillantes essayèrient un donier sourire. Lorsque les plis de la tente furent retombés derrière le duc, la jeune femme, cédant aux atteintes de son mal un instant oublié, s'écria douloureusement, les bras tendus vers Gésara Yisconti :

— Ah! ma mère, mamère! je me sens mouriri Gésara ouvrit brusquement les paupières et

promena autour d'elle tes yeux^uméa par la.

fièvre.

— Quelle est cette Toix plaintive? demaodat-elle en fronçant le sourcil.

-^ Ma mère ! ma mère ! répéta Suzanne avec Taccent du désespoir ; je meurs si vous ne me secourez!

Gésara Yiscontî passa vivement la main sur son front comme si elle eAt voulu rappeler des souvenirs confus ; puis , prêtant l'oreille, elle murmura tout bas :

^ C'est la voix de mon enfant qui crie vengeance du fond des tombeaux de la Chartreuse !

— La prédiction de l'astrologue va-^^^e donc s'accomplir? dit en pleurant madame de Saint-Romain. Mon Dieu! sauve Bourbon l

Césara se dressa tout à coup conune un fantôme.

— Qui a prononcé le nom du bourreau de l'Italie? s'écria-t-elle avec colère. Le Ciel lui* même m'appelle à la vengeance ! mon ennemi se cache de ce c6té ; je veux le découvrir et le frapper dans son sommeil. C'est ainsi qœ ses lâches soldats frappèrent mes pauvres enfonts.

Césara Visconti «aUit uatf lamp# qui hrûlait daa^ la .ie&te» et» abritaol; la flamiae derrière sa main tremblante, elle s'avança sur la pomte du piûd ver» le lit de Suzanne.

Quand elle fut en présence delajeunefemme^ elle la iregarda stupidement sans la recon* naître.

— Oh ! ma mère , s'écria Suasanne en lui ouvrant les bras, tous ne me laisserez pas mourir ainsi I

— Mourir? répéta dona Visconti. Elle a parlé de mourir ! '

Snaanne iirémit en reoeontraot lea yeux d?

sameire.

— C'est elle , murmura tout bas Césara eu secouant la tête. Suzanne de JLaugenfeld I la * fille de ce capitaine I je la reconnais bien.

Puis elfe i^uta avec un honribie ricanement :.

— Sois tranquille, va ! oui, tu vas mourir !

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