‹ Le connétable de BourbonChapitre 8 sur 26 · L'EXPIATION · texte numérisé non relu

L'EXPIATION

su.

Le duc de Bourbon , rentre dam sa tente, euMia bientôt ses chagrins et ses eniinis, quand il se trouva seul en présence de la grande pensée qui l'absorbait. La prise de Rome , le sac. et le i»Hage de la sainte ville catholique, ce finit inouï dans les «MalM àé monde, lui apparaissait comme' un exploit qui devait glorieusement counronner sa ^z A tout prendre , quel que fût le sort qui le menaçât , c'était un tombeau digne de lui;

Les coudes appuyés sur le plan de la cité des papes , sa tète brûlante dans ses deux mains, il parcourait du regard cette vaste enceinte de murailles qu'il allait entamer ; ces rues impériales où le soleil levant devait éclairer ses étendards victorieux ; ces antiques et somptueux palais destinés à devenir le butin de ses soldats ; le Vatican ouvert au nouveau maître de la ville étemelle ; tout l'encens des églises fumant devant lui dans des encensoirs d'or , et la stupéfaction de l'univers à l'aspect de cette audacieuse conquête.

L'esprit tout plein de ces images , le duc ne tarda pas ^ céder au sommeil qu'avaient provoqué ses fatigues , et son front alourdi se pencha sur la table devant laquelle il était as^is* JW^is, duns le mnmtnl «lême , une .âme aÎAsi b^ulevei^e tneuye raiPeKoeot le repos qiâ fifilfile et Af^iwe 4es douleurs et les passîmis ^Igaif^. Aux (lelwalàittB deJla vie v^Ue i ^tMéveiHi 4ts.SlysieB» dits rêves , «acende 4 lto«^. àmtt om ne^tiiDt pasr cDiiipte d'wdinalre , HMÎS quii|po«rltMl a sa conikMÎté et sa néalîaé relative d'iénuAkiDs beanes «m mauvaises, de ftl^^ÎTsun et lûnflrafBoes, de èonbcvr 0m. de désespoir. .

A. peine le comiéuèle foirîl. endormi , qu'à toutes ses préoeoupationt actuelles Tinrent se joindre les souveiiira de sa vie passée ^ krves mystérieuses évoquées de Jeurs tenbeaux par quelque puissance inconnue.

Cbaries de Bourbon se voyait eouehé «lana uoei>iàrev et couvert d'im lindeul neiv'sèuié deJaiwestl'af gent. Autour de lui «vréeitaitles prières des morts sur un rkytlime btzavre^ Il prêta Toreille , et il entendît la voix des prêtres parodier les saintes paroles et substituer par4 tout le nom de Satan à celui de D^* Il souleva péniblement le drap funèbre à travers» lequel scînttlkît la flamme des cierges. Sous leoapv^ ehon des moines il reeomiutdes visages qu'il avait vus autrefois. Parini ces tètes, quelques* unes étaient entièrement dépouillées de leurs cbairset n'ofiraient à la vuequedes ossements blanohis de scpeieletàes; des noms étaient écrits en lettré!» de feu au-^lessus d'elles ; d'autres semblaient avoir été privées plus récemment de la vie* Des laadbeaux sanglands pendaient sur leurs robes de bore. D'autres encore pa-* raiasaient vivantes ^ et jetaient de cêté et d'au-» tre des regards de bame et de vengeance. lei le .connétable retronTÉst ses victimes de Patle i

Bonniyet, le marédial ds GhAbannes , le maréchal de Foix , le grand mattre de rartHlerie française, Galiol de Genoaîllac, te bâtard de Sayoîe , grand mattre de France. Là ses partisans et ses amis condamnés et punis par arrêt du parlement après le départ du château de MoiiIkis, et , au premier rang parmi eux , son infortwié cousin, Saintr-YaUier , encèretout meurtri des chaînes de la Bastille.

Toutes ces voix, auxqudles se réunissaient les imprécations de François P' et de la dnchease d'Angouléme, sa . mère , vouaient la mémoire du transfuge à l'exécration des hom-* mes et h la justice céleste. Une seule voix s'élevait 4* ce oonoert de malédictions, pour implorer le pardon de Dien en faveur du oeanétable. Cette voix était celle d'un jeune homme qui cachait de ses . deux mains son visage en krmes'. Bourhon , en l'entendant , se sentit ënu d*un trouhle profond, et quand le jeune mmne v/oolut sortir , il prit un pan de sa robe pour connaître le nom de celni qui priait pour lui; mais l'apparition s'évanouit, et le duc se retrouva sur son cheval de bataille , r^ée à la mai , au plus épais d'une horrîMe mêlée; entouré. de cadavres et de maia^MBS

qui émulaient so«is la nutraille «t nnapii4î«' . Sous le poidsde ce rére, Charies de fiour* bon se débattit longtemps. Ses traits éboule* versés , iDOodés de sueur , les gémissemenls déaespârés <piî sortaient sourdement de sa pitcine , décidèrent le cokmel Fvundsbei^ , cjpii venait d'entrer dans sa tente, à le. ré* veiller.

— A moi! à moi l s'écria le duc. en se leic^al brusquement de son fauteuil. Fermes ces a^ freuses blessures I je ne veux plus fFa{>p(er. >

— Qu'avez-vous, général? demanda Fi;undsberg, étonné de ce qu'il voyait.

. — C'était doue un rêve ! fit le connétable en regardant autour de lui. Quelle nuîl t«rxible , monsieur de Frundsberg ! Non , Raveni^e , Marignan et Pavie n'étaient que des J4ux d'enfants auprès de ce que j'ai vu î

— Remettez-vous, général, reprit le colonel des lansquenets, c'est une. illusion du sonmoieil l

— Figure-vous qu'il me semblait voir mes soldats , changés en autant de. démopâ » . d# leurs bras de feu étreindre et brûler tout ce qu'ils touchaient. Mon épée , poussée par une puissance invisible, s'enfonçait d'elle-ni^iQe à travers les cuirasses et le$ casques d'où le

ftutg îaitlIbMit avae dcR britissemeal» %em^ bMleft à des oascadcd i}«i tombent. Mon die- ▼al «écraâait les mourants et les morts , et nageait jusqu'au poitraîl dans le sang qui eoii** lait à flots. Les Taineos, cb toaibant, rei»» va^t Imirs Tisiàresy et chaoun d'eux mo montrait le nsage d'un ami 9 et moi je firappaîs toujours 9 jusqu'à ce qu'enfin emporté dans le ieuve toujours grossissant, je vis disparaître mon armée, mes vietoîres, et je me troavai seul au milieu du silenœ , nof é dans le saag , et ne pouvant pas mourir !

— Le jour se lève , interrompit le colonel Frundsbergen présentantà Beorbonsonépée.

Général, ne donnez pas un tel spectacle à yotre armée!

' Le duc de Bourbon poursuivit : — Quelque chose d'afirenx s'est passé cette nuit. Ne voua senMo-t^il pas qu'il y a du feu dans l'air et que le sol a tremblé ?

• On entendit un roulement de tambours qui se répéta an loin,

— €'edt le signal dé l'assaut t s'écria Frunds^ berg , qui fit quelques pas hors de la tenta de Bonrbon. Le prûaee d'Ch^aage attaqm déyà les marailles'de la ville, Mensteur le duc', voa

lansfiwnets voos appelteiit : etileiiihn-ivous leurs cris?

Bourbon poià son oatufue svr sa léte, puis il dit: »

— Après ma mort , c'ost au prinée d'Orange que ¥OU8 remettrez le commandement de l'arw

— Général, interrompît moaneur deFrund»" berg, nos soldats ont les yeux sur vo«»i.

Yenes les condwe , oomme toujours, à la vietoire.

— Je leur nuHitrerai du moins , dit le oon** nétable , eomment on meurt I

Et , levant la Ttstère dO'Son ewpie :

— C'est le yisage découvert , i^oula<»tH[l , qu'il convient à Bourbon d'affironter sesenBe»^ mis!

Le duc sortit de sa tente et s'a(vança au mi* lieu du eamp , où il fut accueilli par les vivat de ses soldats , qui entonnèrent leur chanson habituelle , dont Brantôme nous a conservé le refrain :

u Calk, oaila, JuUo CeMor, Nann^Mi y Sef^

» Fé^a ia famû de Borhon I > Ce qui veut dire:

^Sik^o0fJmieê Céêmr^ AnniM et Snp é$ n .

<c f^ive la renommée de fiourbon ! »

Les premîerg rayons de l'atorore oonmieD* çaient à dissiper la brume qui, depuis layeUie^ s'étendait GMnme vn drap funèbre sur la eapîtaie de l'uniTers chrétien. A l'aspect de ees belles églises aux dômes resplendissants,.^ aux colonnades de marbre ; à Taspect de ces pakis magnifiquement sculptés, de ces trésors de tous les âges du monde , groupés avec tant d'art dans cette vaste enceinte de muraille», un long cri d'enthousiasme partit de tous les rangs. Ces misérables, à peine armés, vêtus de guenilles sanglantes dérobées aux champs de bataille des divers pays qu'ils avaient traversés , exténués de fatigue et de privations , appelaient de tous leurs vœux le gite splendide dont ils avaient si grand besoin. Toute l'ardeur guerrière du connétable tressaillit à ce ori .sinistre. Ses yeux s'allumèrent du feu de la colère et de la vengeance , et il se rappela que Dieu l'avait choisi pour une œuvre de . destruction et. de ruine. Le duc s'élança, l'épée haute, vers les murs de Rome , qu'une faible troupe de pâles défenseurs fusaient mine de vouloir lui disputer, plutét poussés par la

frayi»«r que par le omn^e. Il awit de sa i gauche une échelle qu*ii p^fea; lœ-^nème au pied .dtt.r^upan, lequel ;fiit h^ntAtescalatdê par aeft seklats* CoiQiae aet laaaipieaAU péné^ traient déjà dans. la ville, «oe-lHdie dVurqaen buae fsappa le duc dans le fla'ac* U tomba.

Monsîear de Frundabevg - s'approcha pour le secourir. .t

— Cachez flia mort à.rennemi, lui dit le héros» et marchez toujours en avant : la ? îotoire est à vous.

On jeta un manteau .sur le eetps dut blessé, qui fut abandonné aux soîna de ses a^viteurs, et le sac de Rome .commença.

Le capitaine Renzo da Ceri in^aviait pas attendu ce moment pour-batftreetaa«Craite. Aussi làdbe qu'il s'était montré' outeecnidant., il avait le premier aband<mnésoBpoaCeia&criattt : — Voici Fennemi ! sauve qui peut! Puis^ en<tra^ant ses officiers avec lui dn.eftté du pont Sixte, il avait réussi à se réfufçi^^ dans letehà"* teau SmntoAnge.

Le pqpe Clément se ûûsait: etepentar «u même instant de sonpalate, et il gfgnait cette même IdrteDesse par un- passage secret pratiqué dans l'épaissenr dea murs da Vaticani Le

ttiilfaoïirettii p«ilife'j9eUHwntakea iN^ytoft g* ▼illeliva^ mi pîUego et à Tiiiceiidie* Les dameft. rCMMums ^ 1m jpiékto «I ks rielies marthanch « empartdiiA-.daBB leuvsbms leiiro trésors, so rvmiea±. pÉ» ksr^nws v>*bercli«i»t à se réittgîep aoisi <d«tis FailtûfueriiiaiMi^e d'AdHdn, qui ayai* afari^^i^éj^ ims^ttiMa P^^^CKifies^ Les s^l^ datsde Bourbon poursuivaient les fuyard^avee une énergie, fnmietisev La iietse d» obàteau SaÎDt^Ai^e >fat lotaissée h rapproche des eniie^ mis , et des milliers d'infortunés furent impî-' tofablemeat.Hiassacrés et dépoui^é» sous les yeux mèiMes du^aasnl>*père#

Le cardinal Ërjnettino: gagna lé lieu de re-» Inge , hlsaé .par ses gens dans wê panier. Le cardinal' Pdedlf firt «eniévédii luntdes murs au mojDcsld'niio «orde^ «t il fat recueîlU par une des. fenéIraSrtdui €faÉlcau,.à moitié mort des eonps qii^l.avaif reçus.

Lps issdfllani» , ne pouvant en^fM>rter d'assaot le labâteaii'Snqto'Ange, lœssènelit nne garde sur le bord du Tibre , pour tcotP le pape «d éahee^ «t, lAs se jelirent dans la ville et «Uns les&ubûn^,! pour laassBcrer «t pitter.. En un iiiatfifti^,la<glerieiMe capital^ du monde «livé^ titnioflHb «l'aipect d'une imnense aatumale.

-fir —

m quarante mille iMUMkts oMitoannèrent pkfi ^ crânm qu« TKali» entière nr^n «^aift vu 4epiMs cent eus. Chaque maiâon devint ie théâtre <Pun effroyabJe drame« Les objets d'er et d'argent étaient partout arradbés ; ies habitante raoçemiés et torturés, jutt{ii'à ce qu'ils pussest aatîslaîre aux exigeoœes insatiables des vainqueurs ; leatoames et les filles des nobles romains étaient livrées publiquement aux plue ittl&mes insultes. firanCdme raceaCe que ees misérabies ne se prenaient qu'aux comletoes et aux marquises, laissant les eo«rtisanes,jNif« /aqnmpûsy rufmssmlipeaf les laquais et les geu^ îats).'Qiivit dêe pères peiguardcn èevrs filées peur les seuetniire ^ l'iafamiè, et ne pas toujeurs les préserver parla de Toutrage, dit un témoin oculaire. Les églises, on sMtaient réfti«fiées les femmes, forent traiisisrasées en liewL fde défanudhes* Les soldats c«tlioliq|oes et lutkérîeosee^pujtaient , les armes à la aMi&, io» vmes saenés^Xee denMel*s , pem toamer r4gli«e pomaimen dérision , s*afiMilaient des étoles et des chapes des prêtres, et, ainsi vétos^ ila jpMrceuntient la viHe en chantant dea chanebscèiMJBé Ils eonduisaicttt devant «ux à ■ps de bâton les prêtais vêtue d'habits de

lÎTrée. Le cardinal Ara*€œli fut porté, à travers les.raes de Rome, dans une bière, par une compagniede luthériens qui boordonaaient Toffiee des morts à ses oreilles. Un plaisant de la troupe prononça son oraison funèbre au pied d'un autel, ayant soin de débiter sur son compte mille infemies au lieu d'éloges. Après cette cé^monîe , il fut ramené dans son palais par ses bourreaux , oik ceux-ci consommèrent une épouvantable orgie sous ses yeux , et burent à sa sécurité ses meilleurs vins dans des calices consacrés.

Quand le repas fut terminé, un cavalier allemand garrotta l'éminence sur la croupe de son cheval , et s'en alla de maison en maison , empruntant en son nom les sommes nécessaires pour racheter sa liberté.

Le cardinal de Sienne , qui comptait pour sa sécurité sur son attachement à l^empélreur Charles-Quint, et sur la bienveHlanee dont l'avait toujours honoré ce monarque, fut rançonné deux fois par les Espagnols et par les Allemands.

Les palais des cardinaux et les plus magnifiques églises fiirént métamorphosés en écuries. On barbouilla de boue les fresques des

grands maîtres de la peintare; on fondit en lingots les médailles des empereurs et les plus précieux ornements des autels. Chaque soldat s'affubla d'un pourpoint de seigneur, et se para la poitrine de colliers d'or.

Cette profanation de la ville sainte dura deux mois entiers, et finit par une famine et une peste.

Le connétable de Bourbon , comme si Dieu ne l'eût réservé que pour cette exécution terrible de sa vengeance , ne survécut pas à la prise de Rome. Tandis qu'il mourait l'objet de l'exécration de tout bon catholique , léguant à l'histoire l'un des noms les plus fameux dont elle ait retenti ,on dit qu'un .jeune moine inconnu l'assista et pria pour lui jusqu'à son dernier soupir. Ce moine, venu depuis peu de Madrid, avait dit les dernières oraisons sur le corps de la malheureuse fille dedona Yisconti. Il faisait partie de la confrérie très-vénérée de Saint-Benoit , et s'appelait , avant de prendre les ordres, messire Ponthus de Saint^Romain !

Fin DV COlfllÉTABLB DB BOVRBOIf.

LB GORHBT. M «OVRBOR. T. II.

anHH GQRIR.

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