‹ Le Connétable de Chester. [Des fiancés]Chapitre 16 sur 47 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Du soleil les tristes rayons Des murs du chàleau-fort doraient chaque volute,

Et les murs et les bastions Semblaient, en tressaillant, en présager la chute. Ancienne ballade.

Fidèle à sa résolution, et en disant son chapelet chemin faisant pour ne pas perdre de temps, le père Aldrovand commença sa ronde dans le château dès que le premier rayon de l'aurore parut sur l'horizon. Un instinct naturel le porta d'abord à visiter les étables où l'on plaçait ordinairement les bestiaux destinés à la consommation du château, et qui auraient dû en être remplies si le château eût été bien approvisionné pour un siège. Quelle fut sa surprise en voyant une vingtaine de belles vaches dans une étable qu'il avait vue vide la

veille! Une d'entre elles avait déjà été abattue, et deux Flamands, qui en cette occasion remplissaient les fonctions de bouchers, en dépeçaient la chair pour la remettre au cuisinier. Le bon père aurait volontiers crié au miracle , mais il retint l'exclamation prête à lui échapper dans le transport de sa joie, et se borna à rendre grâces à Notre-Dame de Garde-Douloureuse.

— Qui peut craindre de manquer de provisions maintenant? dit-il ; qui peut parler de se rendre ? Voilà de quoi nous maintenir jusqu'à l'arrivée d'Hugues de Lacy, quand il devrait partir de Chypre pour venir à notre secours. J'avais résolu de jeûner ce matin, tant par dévotion que pour ménager les vivres ; mais il ne faut pas mépriser les bienfaits que nous accordent les saints. Sire cuisinier, faites-moi griller une demi-toise de cette chair1, et dites au panetier de me préparer un manchet2, et au sommelier une bouteille de vin : je prendrai mon déjeuner en courant, quand j'aurai visité les murailles du côté de l'occident.

C'était le point le plus faible du château de Garde-Douloureuse , et le bon père y trouva Wilkin Flammock occupé à prendre les mesures les plus sages pour le mettre en état de défense. Il l'aborda avec courtoisie , le félicita sur les approvisionnements qui étaient arrivés pendant la nuit , et lui demanda comment on avait été assez heureux pour pouvoir y faire entrer ces bestiaux malgré les assiégeants. Wilkin saisit la première occasion de l'interrompre.

— Nous en parlerons une autre fois, révérend père, lui dit-il ; mais en ce moment, et avant qu'il soit question d'aucune autre chose, je voudrais vous consulter sur une affaire qui inquiète ma conscience, et qui intéresse mes affaires temporelles.

— Parlez , mon fils , parlez , répondit le père Aldrovand , espérant que cet entretien pourrait le conduire à connaître les véritables intentions de Wilkin. Ah ! une conscience timorée est un joyau sans prix! celui qui ne l'écoute pas quand elle lui dit : — Verse tes doutes dans l'oreille d'un prêtre,— verra un jour ses cris étouffés par des torrents de feu et de soufre. Tu as toujours eu la conscience timorée, mon fils Wilkin, quoique tu aies l'écorce rude et grossière.

— Eh bien donc ! mon père, dit Flammock, il faut que vous sachiez que j'ai pris quelques arrangements avec mon voisin Jean Vanwelt,

1. Le vieux Henry Senkins conservait au nombre de ses souvenirs, antérieurs à la dissolution des abbayes, le fait que le roast-beef était distribué aux hôtes du couvent, non par poids, mais par mesure.

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