‹ Le Connétable de Chester. [Des fiancés]Chapitre 39 sur 47 · Malpas, ville du comté de Chester · texte numérisé non relu

Malpas, ville du comté de Chester

mais où il y a de mauvaises langues on peut toujours entendre de mauvais discours. Sire Damien et ma maîtresse sont tous deux bien jeunes. Il me semble, mon père, que ce que vous auriez de mieux à faire, ce serait de proposer d'emmener chez vous le chevalier blessé au lieu de le conduire au château.

— Chez moi, Roschen ! s'écria le Flamand avec vivacité ; je n'en ferai rien, je n'en ferai rien, si je puis l'éviter. Ni Normand, ni Anglais , ne passera le seuil de ma porte pour tourner en dérision mon commerce tranquille et me manger la laine sur le dos. Tu ne les connais pas, parce que tu es toujours avec ta maîtresse, et que tu as ses bonnes grâces ; mais je les connais , moi , et tout ce que je puis en attendre de mieux, c'est : — Paresseux flandrin* ! flandrin avare ! sot Flamand ! Je remercie les saints de ce qu'ils ne peuvent plus dire : — Lâche flandrin! depuis l'affaire du Gallois Gwenwyn.

— J'avais toujours pensé, mon père, que vous aviez l'esprit trop oalme pour vous inquiéter de ces viles calomnies. Songez que nous sommes sous la bannière de la dame de Garde-Douloureuse, et qu'elle est depuis plusieurs années ma bonne maîtresse. Pensez aussi que vous devez au connétable l'augmentation de vos privilèges. L'argent peut payer les dettes ; mais ce n'est que par la reconnaissance qu'on s'acquitte des bienfaits qu'on a reçus, et je vous prédis que vous n'aurez jamais une telle occasion de rendre service aux maisons de Bérenger et de De Lacy qu'en ouvrant au chevalier blessé les portes de votre maison.

— Les portes de ma maison? qui sait si je pourrai longtemps l'appeler ma maison, et si je n'en aurai jamais une autre sur la terre? Hélas ! ma fille , nous sommes venus ici pour fuir la rage des éléments , et qui sait si nous ne serons pas exterminés par la fureur des hommes?

— Vous parlez d'une manière bien étrange, mon père ; j'ai peine à reconnaître votre sagesse ordinaire en vous entendant tirer un augure si funeste de l'entreprise téméraire d'un brigand gallois.

— Je ne pense pas au Borgne, ma fille ; quoique le nombre et l'audace des bandits tels que Cawfyd n'annoncent pas un pays bien tranquille. Mais toi qui vis enfermée entre les murs d'un château , tu n'entends guère parler de ce qui se passe au dehors, et tu en as moins d'inquiétude. Je n'avais dessein de t'en informer que dans le cas où j'aurais jugé nécessaire de partir pour un autre pays,

— Quoi, mon père ! quitter le pays où vos talents et votre industrie ont formé un établissement honorable?

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