‹ Le connétable de LuynesChapitre 100 sur 135 · LES JESUITES ET LA DISGRACE DU PERE ARNOUX · texte numérisé non relu

LES JESUITES ET LA DISGRACE DU PERE ARNOUX

Le connétable accusé d'être favorable aux Jésuites. — Ambassade du marquis de Cœuvres à Venise pour obtenir la réintégration de cet ordre. — Entretien de l'ambassadeur Priuli et duministre des affaires étrangères. — Le'connétable ne prend pas l'aff'aireà cœur. — Il est hostile aux Jésuites. — Causes et incidents divers de la disgrâce du Père Arnoux, confesseur du roi.

Il ne serait pas nécessaire de trouver Tinfluence des Jésuites indiquée dans un des documents cités précédemment pour surprendre leurs mains actives et perfides dans tous les événements qui embarrassaient alors le gouvernement français. Or Tun des vœux les plus ardents du Saint-Siège était de faire pénétrer partout et de rétablir, là où elle n^existait plus, l'action, si favorable à ses intérêts et à ses ambitions, de la célèbre compagnie de Jésus. Leur puissance paraissait bien établie en France où ils

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disputaient sourdement au duc de Luynes la direction des affaires ; contraint, en effet, par la politique, de ménager la redoutable milice, le connétable passait aux yeux de beaucoup pour suivre ses inspirations. Ce fut là une des causes principales de son impopularité, et cette accusation se retrouve partout dans les pamphlets qui pullulèrent à la fin de Tannée 1621 et qui exprimaient les injustes ressentiments d'une foule peu au courant des affaires*.

I. Nous citerons particulièrement La Chronique des Favoris (Bib. de l'Institut, X 465 ' *^ v. 2), satire virulente du gouvernement du duc de Luynes, sous la forme d'un dialogue funèbre entre Henri IV, quelques personnages morts récemment et le connétable de Luvnes lui-même. Ce factum, dont plusieurs parties sont favorables à la reine mèrej est d'une inspiration toute protestante; la guerre contre les huguenots y est vivement critiquée et considérée comme suscitée par les étrangers, Impériaux, Espagnols, etc., pour faire leurs affaires en Allemagne; il renferme deux curieux passages sur les Jésuites, que nous citons pour mettre en regard des faits que nous avons à exposer, les accusations passionnées dont le connétable fut l'objet. Dans le dialogue, l'un des interlocuteurs de Henri IV applique aux Jésuites le nom de Janissaires, et le dialogue se poursuit de la façon suivante :

« — Pourquoy les nomyne:{-vous Janissaires, dit le Rov. — Ne scave:^-vous pas, répliqua Hautefontaine, que les Janissaires du Turc n'ont ni père ny patrie, ne recofpioissant que le grand-seigneur. A insi les Jesuistes n'ont esgard ni à leur pays ny à leurs parents, ains seulement l'accomplissement des désirs de Yo el Rey *, leur souverain maistre, pour faciliter les

* Moi le roi, c'était la manière dont le roi d'Espagne signait ses acte» et missives.

La disgrâce du pcrc Arnoux. 287

Le duc de Luynes y était accusé d'avoir consenti à l'occupation par les Espagnols du pays des Grisons, du Palatinat, voire même de Juliers qui était sous la protection de la France, afin de complaire aux Jésuites. On lui reproche également d'avoir secondé les efibrts du Saint-Siège pour obtenir la réintégration à Venise des Jésuites, qui en avaient été chassés à la suite des démêlés de Paul V avec la République*.

affaires duquel ils ont obligé toute la chrettienté

Le marquis de Termes. — J'ai appris du Père Ruade, chartreux, grand confident de nostre maison, que dès lors que ces trois frères n'emparèrent de l'authorité royale, ils s'appuyèrent aussitôt du corps et de la Société du nom de Jésus à deux fins; et les Jésuistes, à deux autres, se liguèrent aussi avec eux. Luynes se servit d'eux pour retirer l'argent appartenant au marquis d'Ancre, qui estoit au Mont-de-Piété à Rome, et, en revanche, il promit de les rétablir en leur collège de Paris, en despit du Parlement, comme il a faict : et de plus il a envoyé le marquis de Queuvre, ambassadeur à Rome, requérir, au nom du Roy, leur rétablissement dans Venise. Les Jésuistes, en récompense, luy promirent qu'ils les assisteraient en tout et partout, et qu'ils praticqueroient si bien la bienveillance de Sa Saincteté, qu'elle leur seroit favorable durant leur domination; et que le pape ny eux ne déclameroient en façon quelconque contre le mauvois traictement qu ils f croient à la Royne-mère. Et de faict il se remarque que jamais Sa Saincteté n'en a escrit un seul mot, ny faict aucune plainte de l'insolence de ces favoris. Au contraire le nonce Bcntivole, résident à Paris, s'est porté entièrement pour Luynes, lequel le faict cardinal et comprotecteur de la nation françoise à Rome. »

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