I. Amb. flor. Dcp. du 2 5 dcc. 1G
La disgrâce du père Arnoux. 259
Le connétable sut d'ailleurs jouer avec habileté de tous les ressorts à Faide desquels il savait se rendre maître de l'esprit d'un prince qu'il connaissait, suivant sa propre expression, jusque au plus profond de son âme. Le père Arnoux, avec cette audace impatiente qui a parfois compromis le succès des desseins les mieux ourdis, crut porter le coup de grâce au connétable en faisant appel, dans le cœur du roi Louis XIII, aux sentiments de piété filiale. Ses sermons étaient pleins d'allusions transparentes, quand il parlait des devoirs des enfants envers leur père et leur mère. C'était réveiller chez le roi des souvenirs pénibles; la parole maladroite du jésuite provoquait dans Tesprit de Louis XIII des comparaisons singulièrement avantageuses au connétable de Luynes, en regard du maréchal d'Ancre.
« Ce qui a fait pencher la balance, écrit l'ambassadeur florentin, le voici : la reine envoya dernièrement à la cour un gentilhomme à elle pour donner des explications sur sa venue à Paris. A cette occasion, le Père jésuite s'est engagé à aller apaiser le roi et les favoris qui sont extrêmement mécontents à ce sujet. Il a cherché à excuser la reine, à persuader qu'on la suspectait mal à propos; mais cela lui a nui à lui-même et n*a servi de rien à S. M. la reine. »
26o Les Jésuites.
Ainsi se termina^ par le renvoi du père Arnoux, une intrigue de palais dont le connétable sortit à son honneur. Il représentait la modération au milieu des dures nécessités de la guerre civile, la prudence dans la conduite d'opérations militaires déjà compromises, et la fermeté en face d'audacieuses prétentions venues de l'étranger. On conçoit l'embarras de Richelieu quand la suite de son récit l'amène à raconter ce dernier et si honorable épisode de la vie du connétable. Obscur et incomplet dans les détails qu'il nous donne, il est peu explicite dans son jugement, et il s'en tire par des considérations générales qui ne sont point, nous oserons dire, sans banalité. « C'est une chose difficile à supporter, dit-il, aux âmes mêmes les plus modérées, de voir une personne de basse étoffe et hors des charges publiques s'arroger l'autorité du gouvernement... Et la première maxime pour gouverner heureusement est de ne se fier facilement à personne de ceux qui sont autour de soi, puisque l'habit même de la piété est capable de feinte et de dissimulation *. »
Le connétable usa, suivant son habitude^ avec modération, de sa victoire. On s'attendait à voir éloigner de la cour le cardinal de Retz et le secré-
ï. Mêm. liv, XII, p. 748.
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taire du cabinet Tronson, tous deux suspects d'avoir favorisé les menées du religieux. Il n'en fut rien. Profondément déconcertés, les Jésuites redoutaient de voir passer le confessionnal du roi en d'autres mains que les leurs, et craignaient qu'on ne leur laissât auprès du roi que l'office de la prédication; l'opinion publique désignait déjà comme successeur au père Arnoux un religieux de l'ordre des Minimes, parent du connétable. Le gouvernement ne voulut pas mettre entièrement contre lui la redoutable compagnie, et l'on appela, pour succéder au père Arnoux, un autre jésuite, le père Séguiran, dont la voix était cassée, la volonté molle et indécise. Quand il vint à la cour, on lui commanda de la part du roi de ne pas se mettre en vue, et de ne se mêler d'autre chose que de la confession. « Je ne sais, dit l'ambassadeur vénitien, si cet ordre sera suffisant, et si notre homme ne regimbera pas sous l'aiguillon de la curiosité*. »