Amb. vén. Dép. n
32 Embarras intérieurs
ramitié du roi et de la direction de son esprit, Luynes pouvait, sans crainte pour ravancement de sa propre fortune, remettre la première charge militaire de TEtat entre les mains du plus digne de la bien remplir. Il avait plus de confiance dans la souplesse de son esprit que dans une habileté militaire dont il ne se piqua jamais d'ailleurs, et il sentait trop bien de quelle utilité pouvait lui être la valeur militaire du maréchal de Lesdiguières, pour avoir, comme on le lui a reproché, écarté ou dégoûté le maréchal de la haute fonction de connétable.
Il est certain que cette charge fut offerte et avec insistance à M. de Lesdiguières. Il la refusa, mais non sans hésitation*, et nous croyons que la seule considération qui Tarrêta , c'est qu'il ne voulut point, pour débuter dans l'exercice de sa charge, faire à ses coreligionnaires une guerre qu'il savait inévitable et nécessaire. L'ambassadeur vénitien ne s'y est pas trompé : « Le maréchal de Lesdiguières, dit-il, dans une dépêche du mois de janvier, n'a pas voulu recevoir le brevet de connétable. Il a envoyé un de ses gentilshommes au roi, pour remercier Sa Majesté de l'honneur qu'elle lui a fait, et excuser en même temps le maréchal , sous divers prétextes colorés , de ne
et préparatifs de i:,iierre. 33
ravoir point agrcc. On peut inférer de là qu'il penche plutôt en faveur des protestants qu'autrement *. »
Le maréchal passait pour avoir conservé assez d'influence sur le parti huguenot, en même temps qu'il s'était maintenu dans une assez bonne intelligence avec le gouvernement, pour qu'après l'affaire de Privas, il ait été chargé d'apaiser les troubles qui s'y étaient produits. C'est ce qui explique comment il se rendit de son gouvernement du Dauphiné à la cour, au moment où Ton y achevait gaiement l'hiver au milieu de fêtes brillantes, en attendant l'ouverture de la campagne.