‹ Le connétable de LuynesChapitre 16 sur 135 · Amb. vén. Dép. n» 34, 4 mars · texte numérisé non relu

Amb. vén. Dép. n» 34, 4 mars

Le duc de Liiynes connétable. 37

évolutions du ballet, et la curiosité des assistants dut se tenir pour satisfaite de la simple vue des cavaliers et des dames qui avaient été « requis, » dit le texte italien, pour le danser, et qui ne firent que se montrer dans le bal sous leurs habits somptueux et sous l'éclat des joyaux dont la quantité, suivant les Vénitiens, rendait un chacun stupéfait « rendiano stiipire ad ogn* iino )>. Le roi avait donné Tordre de ne pas danser, et chacun s'en retourna chez soi. Mais le mardi suivant, Sa Majesté ayant pris de meilleures dispositions et restreint le nombre de ses invités, le ballet eut lieu. « Nous sommes restés, disent les Vénitiens, une bonne partie de la nuit à voir ce remarquable spectacle. Sans parler de la splendeur des décorations accessoires, des changements de scènes, de la variété des pas, ce qui nous a le plus frappés, c'est la reine, qui, accompagnée de dix-sept princesses de la cour, toutes vêtues uniformément d'étoffe lamée d'argent et couvertes d'innombrables diamants, a dansé avec tant de grâce, qu'il était certes impossible de rien voir de plus joli, de plus charmant, de plus magnifique. »

Anne d'Autriche ne fut cependant pas la seule reine du bal, royauté qu'elle partageait volontiers d'ailleurs avec celle qui la surpassait en beauté, et

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dont rinfluence politique était si supérieure à la sienne : la duchesse de Luynes. Les ambassadeurs vénitiens savaient que celle-ci pouvait plus que la reine, et il n'était pas d'attention délicate qu'ils ne lui témoignassent par ordre du Sénat. Peu de jours après le ballet, ils allèrent la visiter pour la féliciter officiellement, au nom de la République, de rheureuse naissance du fils qu'elle avait eu récemment. Ils lui assurèrent que cette nouvelle avait comblé de joie le Sénat et qu'il lui en donnerait la preuve par des signes effectifs, afin de lui exprimer le mieux qu'il pourrait Paffcction que lui portait la Sérénissime République^. La duchesse, en faisant transmettre ses remercîments au doge et au Sénat, dit aux ambassadeurs qu'elle aurait souvenance d\inc aussi grande faveur, et laissa voir qu'elle comprenait et agréait de bon cœur les promesses un peu vagues, mais séduisantes par là même, qui lui étaient faites au nom de la Seigneurie. Et il faut dire qu'elle eut en effet la mémoire plus longue que les politiques intéressés qui la courtisaient alors. « Nous mettant ensuite à causer de choses et d'autres, nous en vînmes à discourir, raconte l'ambassadeur, du ballet récemment dansé, et

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