Amb. vén. Dép. n» 23, 6 février
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Bonneuil, avec beaucoup de bonté, pour me les demander, et m'offrir en échange deux autres chevaux ou un prix équivalent. » Le lendemain, Tambassadeur faisaitprier, parson secrétaire, la reine mère de jeter un coup d'œil dans la même cour où il avait été vu la veille; les deux chevaux s^y trouvaient revêtus de couvertures aux armes de Marie de Médicis. L'ambassadeur les lui offrait, espérant que S. M. voudrait bien lui faire le suprême honneur de les accepter en présent. « J'ai pu, ajoigte-t-il, obtenir cette grande faveur, et comme ce fait s'est passé en face de toute la cour, et que chacun s'en est émerveillé, il est probable que le roi en aura eu également connaissance; car il sait tout ce qui se passe et en particulier tout ce que fait la reine, sa mère. » Les générosités de la Sérénissime République et de ses représentants n'étaient jamais exemptes de vues intéressées ; elles venaient généralement fort à propos à Tappui des négociations dont le succès leur tenait à cœur. Sans doute les derniers mots du diplomate indiquent dans Tesprit du roi un fond de défiance incontestable à Tégard de Marie de Médicis; celle-ci avait cependant retrouvé assez de crédit auprès de son fils et par conséquent assez d'autorité dans le gouvernement pour que Tadroite politique de Venise crût bien faire en la mettant
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dans ses intérêts. C'est là encore de la part du duc de Luynes, le maître absolu des affections du roi, une marque d'intelligence et de sagesse, dont n'ont pas tenu assez de compte ceux qui accusent Tâpreté de son inimitié à l'égard de la reine mère.
Le cardinal de Richelieu consacre cependant plusieurs pages de ses Mémoires à représenter Marie de Médicis comme victime à cette époque des calomnies et des persécutions du duc de Luynes : « La reine mère restait en un extrême mépris et mécontentement, » dit-il. Les accusations du cardinal nous paraissent à tout le moins fort vagues; s'il fait honneur à Marie de Médicis d'avoir repoussé les desseins homicides de ceux « qui avaient le poignard dans le sein, n'y ayant personne qui n'eût horreur de voir le connétable en cette dignité, » il est loin de prouver qu'elle ne se prêtât point de nouveau à des intrigues que le gouvernement devait surveiller. Richelieu n'apporte aucun fait précis dans le débat. On nous saura gré d'invoquer le témoignage d'un partisan de la reine , le résident florentin Giovanni Battista Gondi, accrédité à la cour de France, pour trouver des éléments de discussion plus saisissables que ceux que nous fournissent les Mémoires du cardinal.
« La reine mère, dit l'ambassadeur florentin,
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commence à se montrer de nouveau mécontente, en premier lieu parce qu'on lui impose l'obligation de suivre le roi dans le voyage qu'il va entreprendre, et aussi parce qu'on ne lui donne aucune part aux affaires de TEtat, ni à Tintérieur ni au dehors du royaume. Quant à Tautorité, elle en est dépourvue; si elle désire quelque chose, il faut qu'elle le demande à Luynes, comme une personne privée ; elle est maintenant dans les fers et ne peut plus s'en tirer. C'est là une situation que chacun prévoyait. Le confesseur du roi va s'employant pour lui faire donner quelque sorte de satisfaction; mais son mal n'est point de ceux qui cèdent à des calmants. Et Dieu veuille qu'en tin de compte on n'apprenne point quelque autre coup de tête, comme elle en a déjà fait. La défiance que le roi montre à son égard est ce qui la pénètre le plus douloureusement jusqu'au fond de l'âme ^ »
Il nous est difficile, en lisant ces lignes, de croire que la reine eût renoncé à toute pensée d'intrigues. Suivre le roi lui paraissai-t humiliant, et elle pouvait redouter avec raison les fatigues d'une campagne. Mais pouvait-on la laisser à Paris derrière le roi? Il y avait là une question politique dont un gouvernement prudent devait se soucier, et il