‹ Le connétable de LuynesChapitre 47 sur 135 · I. Cors. dép. du 23 oct. 1622, datée d'Avignon · texte numérisé non relu

I. Cors. dép. du 23 oct. 1622, datée d'Avignon

Opérations militaires. io5

sancc des capacités militaires du connétable de Liivnes. Mais nous croyons que c'est j.îsiice de dép^apjer en partie sa responsabilité par ces considérations que fait valoir en sa faveur le P. Gri(ïet : « Il savait, dit-il, consulter les plus babiles généraux et se les attacher. La plupart des officiers qui n'avaient pas une haute idée de sa capacité dans le métier de la guerre n'étaijnt pas fâchés de voir qu'il laissât à d'autres le commandement des troupes pour s'occuper des fonctions de la magistrature. » Les fautes commises dans la conduite des opérations militaires ne sauraient donc étr2 attribuées au connétable qu'en raison de son titre et non pas de la part dominante qu'il y aurait prise, puisque, à cet égard, il n'agit que par le conseil des autres.

Si nous n'attribuons aux pamphlets que la valeur et par conséquent l'importance qu'ils méritent, que dire cependant de cette grave imputation de Richelieu ? « Au fort de ses lâchetés, le connétable ne laissoit pas de parler comme s'il estoit couvert de plaies, » Il l'accuse, en outre, de ne s'être jamais approché de Montauban à portée de canon ; nous trouvons la preuve du contraire dans les Mémoires de Bassompierre, et cet homme qui était connais-

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Le siège de Montaiiban.

seur en fait de courage, ne laisse aucun fait à relever dans les pages dont il est Fauteur, qui soit de nature à entacher cette partie si considérable de la renommée du duc de Luynes.

Laissons donc de côté, en même temps que ces accusations de Richelieu, les injures qui furent déversées par les pamphlets sur la mémoire de celui qu'on appelait avec plus de passion que de raison « le connétable à la morte -espée. » Reléguons dans le domaine des appréciations injustes, les plaintes que, dans une pièce de vers curieusement tournée, répée de connétable était censée adresser au roi pour déplorer son inaction et son impuissance *.

I. Plaintes de l'Qspée de M. le connestable au Roy. BB. Instit. X, ^bb'^'^'^. Nous citons cette pièce en entier, moins deux strophes insignifiantes.

« Hélas ! de jour en jour ce nouveau connestable, A la dextre duquel je suis si rarement, Va des siens eslevant jusqu'au plus misérable, Et fait parler de tout fors de moy seulement.

Quiconque a veu fichez contre une cheminée Des pistolets de Reistre, avec leurs vieux estuis. Et près d'eux une lance au rouille abandonnée, Il m'a jeustemcnt veue en Testât où je suis.

Ha, que fais-je au fourreau, lasche et perfide espée. Que comme au temps jadis, je n'assiste mon Roy,

opérations militaires. lo'

La \'criio se trouve dans ces lignes caractéristiques et d'une intention assurément peu louangeuse de M. de Bassompierre sur le rôle du connétable pendant le siège. Quand il fut question d'abandonner la partie et que les chefs de Tarmée furent consultés, le colonel général dit au duc de Liiynes : u Monsieur, vous faites bien de vous coucher, de peur d'estre porté par terre. Je ne ni'estonne pas que vous soyés contraint de lever un siège que vous avés entrepris sans dessein; car vous ne vous y estes embarqué que sur Tasseurance

Et faut-il qu'au lieu d'cstre à cette œuvre occupée, L'araigne, jour et nuict^ fasse un fuseau de moy.

Qu'on ne m'allègue point que l'honneur me dispense De joncher de corps morts la poudre et les carreaux, Et qu'il est messéant désormais que j'y pense, Le maistrc à qui je suis estant garde des sceaux.

On ne peut empescher que de tous ces rebelles Je n'aille plustot seule ouirepercer le flanc : Les grands Montmorencis, en semblables querelles. M'ont trop accoutumée à m'abrcuver de sang.

Mais quoi ! cet insensible aux généreuses flammes A pour me manier les nerfs trop languissants, Et me rend malheureuse à l'égal de ces femmes Qui tombent sous le joug des maris impuissants.

Grand Roy, qui sçavez bien que sur telle occurrence, On sépare toujours l'espouse de l'espoux, Si vous estes si juste et plein de conscience, Que par la même loy ne nous séparez vous ? »

io8 Le siège de Montauban.

que le comte de Rourfran vous donnoit de trahir la place *. »

Ces mots nous mettent en face du dernier chef d'accusation exprimé par le nonce, à savoir le temps perdu en pourparlers. Nous associerons-nous, sur ce point, à la dureté du nonce et à l'ironie de Bassompierrc ? Cette partie diplomatique et occulte de rhistoire du siège de Montauban ne le cède pas en importance à la partie purement militaire, et elle est très-imparfaitement connue. Les dépêches de nos ambassadeurs nous seront du plus grand secours pour la reconstituer et pour examiner avec de réelles garanties d'impartialité la conduite politique du duc de Luynes.

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