‹ Le connétable de LuynesChapitre 51 sur 135 · I. Amb. vén. îbid · texte numérisé non relu

I. Amb. vén. îbid

Négociations. 1 1 5

(( Parmi les considérations qui militent en faveur de la paix, dit Tambassadeur vénitien, il faut compter particulièrement une résolution subite qu'a prise le prince de Condé. Blessé d'un ordre qu'il a reçu à l'effet de désarmer des troupes qu'il tenait sur pied, il s'est retiré dans la forteresse de Montrond, et l'on craint à cette heure qu'il ne s'entende avec le duc de Bouillon et le duc de Rohan pour former un parti capable de causer des embarras au roi *. »

Dans le même temps, la princesse mettait au monde celui qui devait être le grand Condé. Cet événement, qui fut accueilli avec joie par toute la famille, aurait pu être considéré, en toute autre circonstance, comme heureux pour la maison royale. Mais, comme le disait avec justesse l'ambassadeur, « cette naissance sera pour le prince une raison de s'animer encore plus à la poursuite de partis qui lui soient avantageux 2. » La princesse ne tarda pas à aller rejoindre son mari dans les murs de Montrond *, on ne laissait pas d'être fort inquiet dans le camp du roi sur ce que le prince pouvait méditer.

Un concours de circonstances fâcheuses rendait

t. Amb. vén. Dép. n» 86, 7 sept. 1621 *. 2. Amb. vén. Dép. n" go, 14 sept. 162 1 *.

ii6 Le siège de Montauban.

en effet possibles, à ce moment, des entreprises de révolution dans le gouvernement. On a vu quelles conséquences désastreuses avait entraînées sur le théâtre même de la guerre la mort du duc du Maine; elle amena par contre-coup dans Paris, en riionneur de ce fils du populaire duc de Mayenne, une émeute qui rappela quelques-unes des sanglantes journées de la Ligue. L'ambassadeur vénitien nous a laissé sur cette affaire une relation vivante et détaillée que nous reproduisons en entier * :

(( La mort du duc du Maine, qu'auront apprise Vos Excellences, dit-il, a rendu tellement ardent et surexcité le peuple de Paris que, dimanche dernier, il a pris les armes en tumulte et est sorti de la ville par Li porte Saint-Antoine, qu'avaient déjà franchie les huguenots, pour se rendre à une demi-lieue de là, à leur temple de Charenton. La foule, qui attendait leur retour, les a assaillis ; une partie d'entre eux a pris la fuite; l'autre partie a été rudement maltraitée ; un grand nombre a été blessé ; quinze hommes ont été tués ; deux malheureuses femmes ont été massacrées à coups de pierre; et, avec une indicible férocité, on a traîné dans toutes les rues leurs cadavres nus, et on les a fait passer en particulier dans celle où est la maison du duc du Maine. Cela n'a point suffi : la multitude en délire s'est transportée, le feu à la main, au temple de Charenton, l'a enflammé et brûlé de fond en comble ainsi que la maison attenante, celle du ministre; puis elle

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