‹ Le connétable de LuynesChapitre 52 sur 135 · I. Amb.vén. Dép. n" 94, 28 sept · texte numérisé non relu

I. Amb.vén. Dép. n" 94, 28 sept

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a pillé les bois et les tapisseries qui s'y trouvaient; et, par la même occasion, a été mettre éi^alement le feu à la maison du président Arnaud, un huguenot, après avoir envahi son domicile et mis dehors une quantité de meubles précieux qu'il renfermait. Pour refréner la rage de ces misérables, le duc de Montbazon, gouverneur de Paris, est monté à cheval avec ses gardes, ainsi que le lieutenant civil et le prévôt des marchands ; ils sont sortis dans la campagne, ont disposé des troupes autour des boulevards de la cité, et fait pointer les canons qui sont sur la Bastille. Mais leur diligence n'a servi de rien ; car, sans aucune crainte ni respect, ces gens-h\ ont commis, outre les susdits méfaits, beaucoup d'autres atrocités dans la ville et hors la ville. Au milieu de ces troubles ont été tués deux soldats des gardes et huit catholiques, qui voulaient s'opposer au tumulte; ces graves désordres n'ont cessé qu'avec le jour. La nuit suivante, ils ont encore mis le feu ù deux hôtels du faubourg Saint-Germain et se sont répandus par la ville en bandes armées ; mais ils ont trouvé devant eux les capitaines des quartiers prêts à la résistance et les chaînes tendues. Dans les maisons particulières chacun s'est pourvu d'armes et d'arquebuses; car il n'y a pas seulement des catholiques acharnés après des protestants, il y a des gens pires que les huguenots, lesquels, sous le prétexte de religion, cherchent à voler partout où l'occasion se présente. Le désordre est grand ; il continue encore, et peut avoir de terribles conséquences. On craint que les choses n'empirent; car une offense en appelle une autre, les protestants ne manquant point de se défendre quand ils le peuvent, quoiqu'ils soient en minorité et qu'ils ne puissent pas produire grand effet.

« Pour ce qui est de moi, dans la maison de Votre Sérénité, j'ai mis sous bonne garde ma famille, l'ayant placée

I i8 Le siège de Montauban.

sous la protection de gens armés qui veillent nuit et jour. Paris est devenu le théâtre des plus épouvantables tragédies. Aujourd'hui, un père a tué de sa propre main son fils parce que celui-ci l'engageait à se faire catholique, et le peuple a ensuite mis en pièces le père et un autre de ses fils, tout innocent qu'il fût. Les huguenots font mine de vouloir partir et quelques-uns sont partis en effet furtivement. Mais comme on craint que, réfugiés à la campagne, ils ne s'unissent à leurs coreligionnaires et n'exercent des vengeances en mettant à feu et à sang les villas des environs, on a placé des postes à toutes les portes pour les empêcher de sortir. On voit dans les rues, spectacle horrible, des hommes et des femmes qui ont la figure tailladée ou la tête coupée. J'ai ce spectacle épouvantable sous mes fenêtres,, dans la place Royale; j'ai aussi pu de ma demeure distinguer les flammes qui brûlaient le temple de Charenton, positivement réduit en cendres à l'heure actuelle; car les écoliers de Paris, le voulant voir entièrement abattu, n'ont pas laissé debout même les quatre murs, et ils les ont mis à ras du sol, de leurs propres mains, en moins d'une heure.

« Il n'y a plus ici de sécurité, Paris est une forêt. Les huguenots redoutent les catholiques soulevés ; les catholiques craignent la rencontre des huguenots en fureur. Chacun s'observe et mesure ses pas. Les routes dans la campagne sont très-peu sûres. Dans ce grand corps, toutes les mauvaises humeurs se sont mises en mouvement et on ne pourra pas de sitôt l'en purger. »

A la suite de ces fureurs, la présence du roi fut un instant jugée nécessaire à Paris, et un courrier lui fut dépêché en toute hâte. Mais le duc de

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Montbazon prit rapidement les mesures propres à empêcher le renouvellement de ces abominables excès. Les principaux auteurs de Tincendie furent pendus en place de Grève, et le corps du duc du Maine put être rapporté à Paris sans exciter d'autres troubles. On se demandait ce qu'il allait advenir des catholiques dans les places des protestants ; le Dauphiné se soulevait*, réclamant la mise en liberté du maréchal de Lesdiguières, que les protestants considéraient comme captif; la place d'Orange se mettait en état de défense ; partout on répétait que le massacre de Paris devait éveiller tous les huguenots et les faire courir aux armes pour se défendre. Le gouvernement, pour séparer sa cause de celle des incendiaires et des assassins, annonça que le temple de Cbarenton serait reconstruit aux frais de la ville de Paris, et il mit en même temps à la disposition du culte protestant, une maison dans le même endroit. Mais le calme ne rentra qu'avec peine dans les esprits. Le roi resta cependant devant Montauban.

I. Amb. vén. Dép. n° 3, 29 oct. 1621. « Con il fine di sorprender, potendo, GranobJe, 0 di violentar il Re con qucsta commotione, di licentiar et liberar il marescial di Dighières. Il pretesto di qiieste nove armi è cavato dal massacro seguito in Parigi, dicendo che quelV essempio sveglia ogn^ uno alla propria diffesa. »

I20 Le siège de Montaiiban.

Le résultat le plus funeste de cette explosion d'un fanatisme aveugle et repoussant, de ces horreurs sans nom auxquelles la jeunesse de TUniversité, gâtée par un enseignement étroit et intolérant, n'eut pas honte de s'associer, fut d'opposer des difficultés insurmontables à la conclusion des pourparlers entamés par le duc de Luynes. Le sang des protestants versé à Paris criait vengeance à leurs coreligionnaires du Midi. De là, Tattitude intraitable de ces derniers, et la rupture définitive des négociations vers le milieu d'octobre.

Ainsi le roi se trouvait dans Timpossibilité de traiter honorablement avec des rebelles, qui étaient désormais en droit de soutenir qu'ils luttaient encore moins pour leur religion que pour le maintien de garanties protectrices dont la nécessité venait d'être si cruellement proiavée ; leur cause, qui semblait devenir celle de la justice, était en même temps servie par des sorties heureuses des assiégés de Montauban.

Cest ce moment-là qu'un prince du sang et la mère même du roi choisissaient pour renouveler des intrigues qui, pour ne viser en apparence que le chef du gouvernement, compromettaient assurément rÉtat et la monarchie.

La reine mère, en effet, à son retour de Blaye et

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d'Angers, était venu s'installera Blois*, plus près de Paris que du roi, à TalTLit d'une occasion favorable pour reprendre possession du pouvoir qu'elle n'avait cessé de regretter et d'aimer avec passion. L'ambassadeur vénitien Priuli, rappelé par son gouvernement^, et astreint, par les hautes convenances de la diplomatie, à prendre congé du roi de France avant son départ, visita Marie de Médicis quand il passa par Blois. La dépêche qu'il écrivit à ce sujet au Sénat de Venise est curieuse à citer au moment où l'attention est de nouveau rappelée sur la reine mère par les faits de notre récit. Le représentant de Venise rapporte qu'il trouva la reine en compagnie de Madiime, sœur du roi, et qu'elle lui envoya ses propres équipages pour le recevoir en audience. Dans les lamentations qu'elle lui fit entendre sur la longueur du siège de Montauban dont l'issue était encore incertaine^ dans les

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