‹ Le connétable de LuynesChapitre 53 sur 135 · Amb. vcn. Dép. n" 90, 14 sept. 1G · texte numérisé non relu

Amb. vcn. Dép. n" 90, 14 sept. 1G

2. C'était à la demande pressante de l'ambassadeur. Ces envoyés vénitiens semblent tous succomber à la nostalgie dès qu'ils ont quitte leurs merveilleuses lagunes et abandonné leurs somptueux palais. Celui-ci, pour obtenir son rappel, envoie au Sénat des attestations curieuses du mauvais état de sa santé; l'une est signée d'un médecin nomTaé Maunoir e\. l'autre d'un docteur Peroselliis ; elles disent l'ambassadeur en proie à un flux de sang journalier. Ces deux pièces écrites en latin font partie du Carteggio de notre envoyé. Contarini avait déjà précédé Priuli dans la retraite sur Venise.

122 Le sié^e de Montanban.

craintes qu^elle exprima pour la santé de ses enfants, et notamment du duc d'Anjou, qui venait d'éprouver une rechute de sa maladie, on ne voudrait voir que les appréhensions tendres et désintéressées d'une mère ; mais nous verrons bientôt que l'insuccès possible de la campagne et les dangers auxquels était exposé le roi, donnaient lieu chez elle à des préoccupations d'une autre nature.

« Comme j'étais sur point de me retirer, ajoute l'ambassadeur, Sa Majesté me dit, avec une grande affabilité, de rester, et, détachant de son côté deux petites montres d'or, elle voulut bien me lès donner de sa propre main, en me disant qu'elle me faisait don de ces fruits 'qui naissent à Blois dans les mains des excellents ouvriers du pays *, et elle me pria d'en garder une avec moi en souvenir, et quant à l'autre, de la donner en son nom à ma femme, quand je serais de retour à Venise. Je la remerciai de cette marque d'une bienveillance si particulière, et lui dis que j'observ^erais ses commandements; je fis voir que cette faveur me causait un plaisir singulier. Mais cependant , ces montres n'étant pas à moi, mais à Vos Excellences, je les conserve par devers moi, afin de les déposer, au moment voulu, aux pieds de Votre Sérénité, comme de raison.

Négociations. i23

(( Je m'acquittai encore d'un autre office, en complimentant Madame, sœur du roi, princesse chaTmante, et qui croît tous les jours en grâce et en beauté, ce que je lui donnai à entendre dans mon discours, lui disant en même temps que je rapporterais à la Sérénissime République que j'avais vu en elle et laissé ici la plus belle princesse d'Europe. Elle se complut à m'écouter et m'en donna signe en riant. Puis elle me dit qu'elle remerciait la République de son bon vouloir et qu'elle me priait de l'assurer également de ses bonnes dispositions à son égard 1. »

De cette retraite si tranquille en apparence et qui a donné à notre ambassadeur le motif de la scène gracieuse qu'il vient de peindre, Marie de Médicis se transporta bientôt à Paris, sans l'autorisation du gouvernement. La reine assuma par là une grande responsabilité dans l'insuccès des opérations du roi autour de Montauban.

Est-il en effet possible de croire Richelieu quand, parlant de la levée du siège de Montauban, il dit en propres termes : « Le connétable avait de longtemps préparé une excuse plausible qui était un prétendu tiers-parti, qu'il disoit que la reine

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