LES FLEAUX DE LA GUERRE CIVILE
L'cvêquc de Luçon et le chapeau de cardinal. — L'incendie du Pont des Oiseaux. — La désolation et le brigandage dans les provinces.
Nous venons de montrer la contradiction qui existe entre les accusations portées contre le conné table de Luynes par Richelieu, et les témoignages des représentants de plusieurs gouvernements accrédités à la cour de France. Il ne suffit point de redresser, avec le secours de ces documents, les erreurs de jugement commises par le cardinal ; il faut en rechercher la cause*. En face de la postérité attentive aux déclarations écrites du grand homme d'Etat, historien plus puissant par le style qu^impartial dans ses réflexions , Richelieu s'est
I. M. Cousin Tavait déjà indiquée dans les articles du Jour' nal des Savants.
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souvenu que, pendant trois années, le connétable lui barra non-seulement le chemin du pouvoir, mais encore Paccès de la haute dignité qui devait être, pour Pévêque de Luçon, le couronnement de sa vie ecclésiastique et le commencement de sa toute-puissance politique. Infiniment supérieur par le génie à son prédécesseur, il ne lui a point pardonné de s^être mis en travers de son ambition. Lui qui a tout fait plier devant la hauteur de son intelligence et Ténergie de ses résolutions, il a voulu contraindre Thistoire à servir son ressentiment. Il s^est longuement vengé sur la mémoire du connétable des retards que celui-ci a fait subir à Pessor de ses glorieuses destinées. Cette sorte de rancune contre un mort n^est pas sans petitesse. A la fin de Pannée 1620, Richelieu avait éprouvé une première et blessante déception, lorsque le marquis de Cœuvres, ambassadeur de France à Rome, venant solliciter le chapeau de cardinal pour Pévêque, vit le pape Paul V lui mettre sous les yeux une lettre de Louis XIII qui s'opposait à cette nomination. Les pourparlers engagés depuis lors par le connétable avec la cour de Rome, en vue d\me promotion nouvelle, prouvèrent que les dispositions du gouvernement à Pégard du ministre de la reine mère ne s'étaient pas sensible-
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ment modifiées. En ellet, 'dans une dépêche du 4 novembre 162 1, le nonce écrivait au cardinal neveu : « Si Ton considère les sentiments particuliers du connétable, il ne veut certainement pas que révêquc de Luçon ait le chapeau. Mais la crainte que la reine mère ne suscite de nouveaux troubles l'induira peut-être à agir contre sa propre inclination. » Ces suppositions se trouvèrent bientôt confirmées dans une audience que le nonce obtint du duc de Luynes* et qui avait pour objet le choix des candidats de la France à la pourpre romaine. Le connétable se borna à exprimer le désir que la prochaine promotion fut favorable aux intérêts du roi ; le nonce lui promit satisfaction sur ce point. Il termine le compte rendu de ce curieux entretien par ces mots : « J'ai vu que le connétable ne se soucie point intrinsèquement de Luçon ; mais il désire que personne ne puisse découvrir le fond de sa pensée. Il m'a dit qu'il désire bien plutôt être agréable à Votre Illustrissime Seigneurie qu'à Luçon, et nous sommes convenus ensemble que vous, lui, Modène et moi serions seuls au courant de l'affaire. » Le duc de Luynes savait bien que ces termes ambigus mettraient à