‹ Le connétable de LuynesChapitre 59 sur 135 · I. Cors. Dcp. du 4 nov · texte numérisé non relu

I. Cors. Dcp. du 4 nov

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Taise la cour de Rome, dont il connaissait la défiance instinctive à Tégard de Richelieu. L'évêque de Luçon ne devait pas être cardinal du vivant du connétable.

Les démarches du ministre de la reine mère étaient évidemment un indice du désir qu^avait celle-ci de jouer un rôle plus actif; et, pour y arriver, elle croyait n'avoir plus rien à ménager. Son attitude, à partir du moment où elle est de retour à Paris, devient en effet de plus en plus incorrecte et blâmable; un instinct tout féminin semble l'avertir de la chute prochaine de son ennemi détesté.

Les événements même les plus malheureux semblent être pour elle une occasion d'aggraver ses torts. Dans la nuit du 24 octobre l'imprudence d'une servante causa à Paris, dans la Cite, un épouvantable incendie. Le feu gagna le pont au Change, sur lequel habitaient les orfèvres et les joailliers, et le pont des Oiseaux, couvert de nombreuses boutiques, oii Ton vendait des armes et de la poudre d'arquebuse. Les ponts, construits en bois^ s'écroulèrent avec les maisons qu'ils portaient, et les flammes, chassées par le vent, consumèrent plus de trois cents autres habitations. Le Palais de justice et le Châtelet furent un instant menacés,* et des enfants périrent dans cet immense brasier. Le

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dommage matériel fut évalué à plus d'un million d'écus d'or^

Les violences exercées contre les protestants étaient encore trop récentes, pour que la crédulité publique n'ait point voulu attribuer à leur appétit présumé de vengeance un malheur dont ils étaient fort innocents. On boucha toutes les ouvertures des maisons situées en dehors des murs, de peur que les maraudeurs, plus à craindre que les huguenots, n'y vinssent mettre le feu. Mais le duc de Montbazon prit des mesures efficaces pour prévenir un nouveau soulèvement.

L'élan de la charité publique ne fît point défaut dans cette calamité. Le Parlement ordonna que les incendiés seraient nourris pendant un an aux frais de la ville, et la municipalité s'adressa à la générosité du roi. Dans l'état désastreux où la guerre civile avait mis ses finances. Louis XIII ne put disposer que d'une somme de 4000 écus ; mais la reine mère, qui percevait tous ses revenus intégralement, en donna i 2000 pour le rétablissement des deux ponts. Cette libéralité qui, en soi, était louable, prenait, par la comparaison, un caractère fâcheux pour le roi; le gouvernement la considéra

I. Amb. vén. Dép. n» 3, 29 oct. 1621. »— Amb. flor. Dépdu ig nov. 1621 *.

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comme un nouveau moyen de capter la faveur populaire \ il se plaignit avec raison que la reine mère, avant de retourner à Paris, n'en eût point donné avis, au moins pour la forme, au conseil du roi*. Des allées et venues de personnages connus pour être les familiers du duc de Luynes firent naître dans Pâme de la reine mère les terreurs inséparables d'une mauvaise conscience. Elle adressa un appel au duc d'Épernon pour qu'il vînt la protéger, et, pour compromettre encore plus dans son parti la comtesse douairière et le comte de Soissons, elle promettait à ce dernier de lui accorder sans délai la main de sa fille. Madame Henriette. C'était un acte coupable de s'engager ainsi sans l'aveu du chef de la famille royale et de l'Etat. De son côté, le connétable prenait les précautions que rendaient nécessaires ces apprêts d'une rébellion principalement dirigée contre sa personne. Son frère, le duc de Chaulnes, arrivait à Paris pour surveiller les intrigues de la reine, et pour se trouver à portée de la citadelle d'Amiens, où étaient renfermés les trésors du connétable, qu'il importait de protéger contre toute surprise. Ainsi la guerre civile semblait sur le point de se compli-

I. Amb. flor. Dép. du i5 Aiîc. 1621*, — Amb. vén. Dép. n» II, i6 déc*.

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qucT d une guerre nouvelle entre la mcre et le fils, extrémité funeste à laquelle semblait se porter la reine mère avec une légèreté et un manque de scrupules qui sont sans excuse.

Malheureusement le désordre n'était pas seulement à Paris -, il s'était répandu et était arrivé à son comble dans les provinces désolées par les brigandages de bandes armées qui se recrutaient parmi les déserteurs des deux partis, quand ce n'étaient pas des compagnies entières de soldats du roi ou du parti huguenot qui s'organisaient pour détrousser les gens sur les chemins.

Nous trouvons des détails bien curieux sur cet état misérable de la France dans les dépêches qu'adressent au Sénat l'ambassadeur vénitien qui part et celui qui vient le relever de ses fonctions. Girolamo Priuli, s'acheminant vers Bordeaux, à son départ de Blois, constate la désolation générale des contrées qu'il traverse*. « Les provinces de ce royaume, dit-il, sont pleines de fange, d'eau, de périls et de calamités; les routes sont impraticables; le pays est extrêmement malheureux; partout la pauvreté. La plupart du temps j'ai mangé du pain mêlé de son et j'ai logé sous de misérables huttes. J'ai rencontré par les chemins

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