‹ Le connétable de LuynesChapitre 75 sur 135 · Dép. de Bassomp., 18 mars · texte numérisé non relu

Dép. de Bassomp., 18 mars

1 ()4 IJ ambassade de Bassompierre

fort bien se tirer d'adaire, sur un terrain tout nou-. veau pour lui, exprima dans une dépêche, dont le ton enjoué montre le peu de rancune qu'il conservait au duc de Luynes, la confiance hardie qui ranimait dans rissue de cette lutte diplomatique :

(( Si je vous entretiens, écrit- il au connétable, des affaires que je traite, vous vous mocquerez de moy, et si j'y manque, vous vous en offencerez. Je veux esviter ce dernier, mesme au prix de ma réputation, espérant qu'il m'arrivera à faire l'homme d'Estat le mesme que quand je voulus entreprendre d'estre des polis de la cour; l'on se mocqua au commencement et depuis on l'a fort approuvé. Je feray un traitté; et je le feray advantageux pour le service du roy ; car il est fort vray que ces gens icy ne veulent point rompre avec la France, ains nous donner tout contentement, afin que nous leur laissions chastier à leur aise les princes d'Allemagne, à qui ils en veulent maintenant. Ce qui m'en fait parler avec tant d'assurance est que je suis asseuré, que l'on ne me laira pas partir d'icy mal satisfait, et que je n-' me contenteray pas de paroles avec les Espagnols, qui sont accoutumés de ne les tenir pas. Enfin, monsieur, je les feray obliger par escrit, et s'ils ne veulent payer, j'espère, par vostre moyen et faveur, d'estre un des sergens qui les ira exécuter, et ce sera là ou je promets de réussir mieux qu'à faire l'ambassadeur l. »

L'envoyé du duc de Luynes parla avec ure fermeté empreinte de courtoisie auK délégués du

I. Lettre de M. de Bassompierre à M. le duc de Lui nés, escrile de Madrid, le i8 mars 1621.

cl le traite de Madrid. Hj3

roi d'Espagne alors au lit de mort. En face de Tarchcvèque dePise, résident du grand-duc de Toscane, qui avait été désigné pour jouer le rôle d'arbitre et de conciliateur, il fit entendre ces paroles : « Je ne craindrai point de dire que tous les potentats d'Italie, je dis tous, portés par leurs intérêts et leur raison, joindront plutôt leurs armes à celles du libérateur que de l'oppresseur *, croyez-le assurément, messieurs, ils le voudront, ils le pourront, ils le devront, ils le feront. Sa Sainteté vous Fa, par son dernier bref, fait assez clairement entendre*. »

N'osant pas contester le principe même de la restitution, les ministres espagnols se rejetèrent sur les dépenses qu'avait entraînées l'occupation de la Valteline et prétendirent que le roi d'Espagne devait en être indemnisé, ce qui leur attira cette mordante réplique du négociateur français : « Nous n'avons point encore ouï dire que le roi catholique fit trafic ou marchandise delà guerre; il a vécu trop noblement jusqu'à cette heure pour faire croire qu'il se fasse payer les dépens, quand bien même il aurait sujet et raison de les demander^. »

1. Proposition faite par M. de Bassomp. le lundi 22 mars 1621, devant les commissaires nommés pour l'ouïr. {Ambas. de Scss'jmp.)

2. Réplique de M. de B.:ssomp. sur lah.irangue de don Baltha^ar de Zu liga. {Ambas, de Bassomp.)

ic)6 L'ambassade de Bassompierre

Quant au traité d'alliance du duc de Feria avec la Ligue Grise, le comte de Bassompierre comptait en faire, comme il dit, « un plat à part » pour la seconde réunion des commissaires, et il avait l'intention de présenter à cette occasion l'argument comminatoire de la formation d'une Ligue italienne contre TEspagne, lorsque mourut Philippe III, tourmenté par le remords que lui causaient une administration mauvaise et peut-être aussi sa politique peu loyale *, car la restitution de la Valteline fut prescrite à son héritier par une de ses dernières volontés * (3o mars 162 1).

La mort du roi d'Espagne, qui avait retardé l'ouverture des hostilités contre les protestants de France'^, interrompit aussi les négociations de Bassompierre. Chargé de représenter le roi de France pour la présentation de ses condoléances, à l'occasion de la mort de Philippe III, et de ses félicitations pour l'heureux avènement du nouveau roi Philippe IV, beau-frère de Louis XIII, l'ambassadeur resta dans la place.

Les embarras d'un nouveau règne, et la crainte du renouvellement des hostilités avec les Pays-

I. Relation envoyée au roi sur la mort de Philippe III. {Ambas. de Bassomp.) a. Voir plus haut.

et le traité de Madrid. 197

Bas rendirent le cabinet espagnol assez accommodant pour la suite des négociations. Comme toujours , le gouvernement de Madrid chercha à gagner du temps • il mit en avant trois propositions qui furent comme ses derniers retranchements : la première consistait à donner la Valteline au Pape, moyennant une indemnité de 5oo,ooo écus aux Grisons : « A cela je dis, écrit Bassompierre, que je n'étais pas venu en Espagne pour vendre la Valteline, mais pour la ravoir*. » La seconde proposition était de faire de la Valteline un quatorzième canton, ce qui aurait donné une voix de plus aux catholiques; et la dernière combinaison aurait constitué la Valteline en quatrième Ligue, dans le pays des Grisons, moyennant une redevance annuelle à chacune des autres de 1000 écus, que les Valtelins auraient payés en échange de leur liberté et souveraineté. Bassompierre repoussa catégoriquement toutes ces offres, dont Tacceptation eût, sous le nom de liberté, déguisé la servitude réelle des Valtelins à Tégard de l'Espagne.

L'ambassadeur déclara que Sa Majesté voulait que la Valteline fût restituée aux Grisons, ses vrais

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