‹ Le connétable de LuynesChapitre 9 sur 135 · Amb. vén. Dép. n» 19, 3 janvier · texte numérisé non relu

Amb. vén. Dép. n» 19, 3 janvier

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réchal de Cadenet, s'était embarqué à Calais, suivi d'une brillante noblesse au milieu de laquelle figuraient deux princes, le duc d'Elbœuf et le comte d'Alais, et douze chevaliers de Tordre du Saint-Esprit, tous sujets de mérite et de qualité. On ne pouvait attribuer à des motifs d'un ordre secondaire le déplacement d'une compagnie aussi choisie, et l'opinion publique se plaisait à voir dans cette ambassade une démarche en vue de renouveler des pourparlers déjà anciens pour un mariage entre le prince, de Galles et M™^ Henriette. Quelle place occupait, au milieu des causes diverses et d'importance inégale qui déterminèrent cette démonstration diplomatique, l'idée d'une alliance matrimoniale entre la France et l'Angleterre ? Nous pouvons dire qu'assurément ce n'était pas la première. Le comte de Soissons n'en saisit pas moins l'occasion de se montrer encore plus exigeant. Ceux qui, dans le gouvernement même, prenaient en mains les intérêts du prince, firent comprendre à son envoyé qu'il était habile d'attendre pour négocier. En effet, si les projets de mariage avec l'Angleterre prenaient une tournure favorable, le prince pouvait mettre son retour à la cour au prix de conditions plus avantageuses. Si, au contraire, les ouvertures présumées de la France étaient écartées, Soissons

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pouvait de nouveau se poser en prétendant. Aussi, sans rien conclure, et dans l'attente du résultat de l'ambassade du maréchal de Cadenet, Senecterre s'en retourna trouver le comte à Tabbaye de Fontevrault, où celui-ci s'était rendu pour voir ses sœurs, qui étaient en la garde des dames du monastère. Les plus subtils prétendaient que le prince avait poussé jusqu'à la Rochelle pour s'entendre avec ceux de la religion protestante, puisqu'il renonçait à un arrangement avec la cour. On lui avait promis, disait-on, de le nommer chef de toute Tarmée des protestants, lorsque le roi prendrait les armes contre eux*.

Si la mission de Cadenet tenait au moins en suspens la bonne volonté d'un prince du sang, cet inconvénient pouvait être sérieusement compensé par le succès que le duc de Luynes se promettait de la partie la plus importante des négociations confiées à son frère. « D'aucuns veulent, dit l'envoyé vénitien , que le but de cette ambassade soit de solliciter le roi d'Angleterre de ne point s'ingérer dans les affaires de la religion en France, ou bien d'ctre l'intermédiaire d'un accommode-

I . « Qiiali, dicesi, gli habbino fatto promessa d' eleggirlo capo di tiitta la loro armata, qiiando il re pigliassi Varmi contro d'essi. Ma iioi a cio prestamo per adesso pochissima creden:[a. » Amb. vén., ibid.

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ment qui remettrait les protestants dans Tobéissance de leur maître... Il est bien certain que le principal objet par lequel -s'explique l'ambassade est, comme les plus sensés le concluent, de faire quitter à S. M. de la Grande-Bretagne ses pratiques avec les huguenots du royaume de France, d'empêcher que ceux-ci ne soient fomentés, secourus, protégés par lui, de leur enlever, en un mot, un si puissant appui, à cette fin de les priver du moyen de se rendre encore plus vigoureux et résolus à soutenir les prétentions qu'ils ont à rencontre du service de S. M. très-chrétienne. »

Est-ce l'habileté qui manqua à Cadenet ou la bonne volonté au roi Jacques V^ ? Ce qui est certain, c'est que ce dernier ne répondit que par des paroles évasives aux très-courtoises et légitimes réclamations de l'ambassadeur français. Le roi d'Angleterre déclara que sans doute il n'encouragerait pas les huguenots à la désobéissance, et d'autre part, il pria le roi de France de ne point porter atteinte à leurs privilèges. Muni de ces bonnes paroles et de riches présents, n'ayant d'ailleurs qu'à se louer de l'accueil qui lui avait été fait au delà du détroit, Cadenet revint à Paris au commencement de février. Dans la lutte, que tout annonçait comme prochaine, il n'était pas, en somme, sans utilité

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pour le gouvernement de savoir que le roi d'Angleterre semblait plutôt bien disposé en faveur des protestants que prêt à les abandonner*.

Le maréchal de Cadenet ne tarda pas à être récompensé d'efforts qui ne furent pas regardés comme complètement infructueux. Peu de temps après son retour, le roi, qui s'était établi, en revenant de Picardie, à Saint-Germain, lui conféra le brevet de duc et pair. La maréchale renonça en faveur de son mari, moyennant une somme de 3oo,ooo livres, à la comtée de Ghaulnes, que le roi, en vertu de son pouvoir souverain, érigea en duché-pairie. « Il s'ensuit, dit Tambassadeur vénitien, qu'à l'avenir Cadenet -s'appellera le duc de Ghaulnes, et de cette façon les favoris vont tous trois faisant leur chemin vers la grandeur^. »

A la diplomatie du roi le gouvernement de la Rochelle avait opposé la sienne. On sut à la cour que, après le départ de Gadenet, l'assemblée qui s'était constituée comme en permanence dans cette forteresse de protestantisme politique, avait fait offrir au roi d'Angleterre de lui livrer la place, pourvu qu'il s'engageât à ne pas laisser manquer la

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