‹ Le conquérant, journal d'un "indésirable" au MarocChapitre 13 sur 25 · XVI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XVI AVANT-PROPOS

J'arrive au Boucau vers la fin de l'après-midi. Un vieil employé, à mine de grognard débonnaire, — moustache grise, ruban de la médaille militaire à la boutonnière du veston, — va présenter ma carte à Tingénieur. Dans le crépuscule, tandis que j'attends, par delà une vaste cour, au-dessous d'une haute cheminée d'où s'exhale une fumée noirâtre, je vois rougeoyer les flammes d'une forge.

Et voici le frère, un brassard de crêpe à la manche gauche, qui me tend la main droite : il sait mon amitié pour le mort. Sans précisément lui ressembler, il est du même type; de stature égale ou presque, et svelte aussi, mais plus robuste et le visage moins effilé : il n'a pas subi les duretés ni les traîtrises de la vie coloniale. Au demeurant, pareille simplicité, pareil air de sang-froid, d'honnêteté solide et fine.

— ... Oui, monsieur, dans une tranchée où pleuvaient les projectiles allemands, une balle, une balle de schrapnell, sans doute, l'atteignit derrière l'épaule, près de la nuque. Il put avertir son commandant qu'il se sentait gravement touché : (( N'en disons rien, pour ne pas troubler ma compagnie... » Là-dessus, il se retira discrètement... Aidé de deux hommes, une fois sorti de la zone dangereuse, il se fit asseoir au pied d'un arbre et crayonna quelques lignes, sa dernière pensée, à l'adresse de sa famille. Trois

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