AVANT-PROPOS IX
VOUS a dédié ce roman, — que ni vous ni moi ne l'avons trahie?
Donc je revois Détanger dans mon cabinet, séparé de moi par ma table de travail, assis au bord d'un profond et large fauteuil, mince et fluet, tout juste Faîne, semblait-il, de cet Aymerillot qui jadis, au temps de Charlemagne, s'il faut en croire la Légende des Siècles, prit d'dissaiui la ville de Narbonne : il avait, lui aussi, mon petit Détanger,
L'air grave d'un gendarme et l'air doux d'une vierge,
avec de beaux yeux calmes où se reflétaient en nuances la mélancolie et la gaieté, avec le sourire d'une bouche délicate où déjà, sous la fine moustache, quelque fièvre indochinoise avait assombri et comme laqué tristement l'ivoire des dents aiguës.
Sincèrement timide parce qu'il était modeste, et non pas de cette modestie assez facile aux gens de lettres et môme à d'autres, — la discrétion du paysan à qui l'on demande, avant de payer un bol de lait : « Combien vous dois-je? » et qui répond : « Ce que vous voudrez », pour obtenir, au lieu d>un gros sou, quelque pièce blanche, — modeste foncièrement, d'une modestie qu'ensuite n'altéra point la grisante expérience des premiers succès ; docile aux avis sans habile