Hg
Il est facilement attaqué par les acides azotique et chlorhydrique : ce dernier acide le. fait passer entièrement à l'état de sublimé corrosif.
L'action des chlorures alcalins sur la calomel mérite toute notre attention. Si on laisse en contact, pendant quelque temps; ou si, pour abréger, on chauffe du protochlorure de mercure avec une dissolution de sel ammoniac , ou de sel marin , ou de chlorure de potassium, il se forme du sublimé corrosif, et en même temps du mercure est mis en liberté. M. Mialhe et M. Selmi ont prouvé, chacun de leur côté, que la transformation du calomel en sublimé corrosif, par l'action des chlorures alcalins, peut avoir lieu à la température de + 38° à + *0° (température du corps humain) , pourvu que l'on fasse intervenir des matières organiques. Ce fait est grave et doit être pris en sérieuse considération par les médecins. Us ne devraient jamais administrer des chlorures alcalins associés à du calomel : ils devraient recommander de ne jamais ingérer ce remède, peu de temps avant ou après avoir mangé des mets salés.
Le protochlorure de mercure noircit dès qu'il est mis en contact avec de l'ammoniaque liquide. Il se transforme en une matière qui peut être considérée comme une combinaison d'amidure de mercure et de calomel = Hg'Cl, HgH* Az.
Lorsque le calomel a été mal lavé, il renferme un peu de sublimé corrosif. On s'en aperçoit en le digérant dans l'alcool, qui par l'évaporation laissera un léger résidu, dont la dissolution aqueuse sera troublée par l'ammoniaque. Quelquefois le calomel contient du sous-nitrate de mercure : cela arrive, quand il est préparé par voie humide , et par double décomposition. On s'en aperçoit en chauffant une certaine quantité de ce produit dans un tube en verre : s'il est impur, il dégagera une odeur nitreuse, et même des vapeurs rutilantes. On frelate quelquefois le calomel avec du sulfate de barite : on découvre la fraude en chauffant un peu de matière dans un tube, ou plus simplement dans une cuillère : le calomel se volatilise, le sulfate de barite reste.
Avant de passer aux sels mercuriels , voyons les réactions les plus saillantes qui les caractérisent.
On reconnaîtra un sel mercuriel soluble à ce que une goutte de sa dissolution déposée sur une lame de cuivre , y produit , après quelques instants, un tache blanche, que la chaleur fait disparaître. Si le sel est insoluble , on en met un peu dans un tube en verre avec des petits fragments de potasse, et on chauffe graduellement : on verra bientôt paraître des globules de mercure dans la partie froide du tube. Quand on a constaté la présence du
mercure dans le sel, il faut savoir quel est son degré d'oxydation Pour plus de simplicité , supposons le sel dissous dans l'eau : si quelques gouttes de potasse liquide déterminent dans la dissolution un dépôt jaune rougeâtre , c'est une preuve qu'il s'agit d'un sel à base de bioxyde ; si le dépôt est brun , le sel sera à base de protoxyde.
Quoique les sels mercuriels soient nombreux , nous nous bornerons à l'étude du sulfate et du fulminate : le premier sert à la préparation du calomel , le second à celle des capsules fulminantes.
Pour préparer le sulfate de bioxyde de mercure on chauffe une certaine quantité de ce métal , avec un excès d'acide sulfurique concentré. L'excès d'acide est nécessaire , autrement il se formerait du sulfate de protoxyde. Le mercure s'oxyde aux dépens de l'oxygène de l'acide; en même temps il se forme du sulfate et il se dégage beaucoup d'acide sulfureux.
2S05+Hg = SO» + HgO,SO* «
Acide sol- Mer- Acide Sulfate de bifurique. cure. sulfu- oxyde de mer-
reux. cure.
Ce sel a l'aspect d'une poudre cristalline blanche ; quelquefois il est en petits cristaux aiguilliformes. Mis en contact avec un excès d'eau, il se décompose en un sel basique [(HgO)*,SO*], connu anciennement sous le nom de turbith minéral. Cette dernière substance bouillie, pendant longtemps , avec de l'eau , se décompose, son acide se sépare, et on n'a plus que du bioxyde.
Le sulfate de bioxyde de mercure partage avec les autres sels mercuriques, la tendance à abandonner peu à peu à l'eau, tout son acide : au reste , c'est une propriété commune à tous les sels à base faible. Nous l'avons déjà remarquée pour les sels de bismuth, d'étain et d'antimoine. La manière dont se comporte le sulfate de bioxyde de mercure, sous l'action de l'eau, est un exemple de plus de l'indifférence chimique de ce liquide. Avec les sels à base faible, il joue le rôle de base; avec les sels à acide faible, il joue le rôle d'acide. La tendance qu'ont les sels mercuriques solubles à devenir d'abord basiques et à abandonner ainsi leur acide, ne constitue donc pas un caractère spécial et distinctif : c'est plutôt par
Hg=i250= 67,98 ). , .
0 __ 100 ss g ^q J Bioxyde de mercure 73,38
3 0 = 300 = 16,21 ) S = 200 = 10 41 i ■^■c^e sulfurique....... 26,62
la manière , dont ils se comportent avec l'ammoniaque , c'est-àdire , par la facilité avec laquelle ils forment des amidures , qu'ils se distinguent de tous les autres sels , que nous avons étudiés jusqu'à présent.
En parlant du cyanogène , nous avons dit que ce radical , en se combinant avec l'oxygène, donnait naissance à 3 acides d'égale composition et de constitution moléculaire différente ; nous avons ajouté, que celui de ces trois acides qui est représenté par deux molécules de cyanogène et deux molécules d'oxygène , portait le nom & acide fulminique, et qu'il n'avait pas encore été isolé : que combiné avec le bioxyde de mercure, il forme le fulminate de ce même métal, ou le mercure fulminant, qui sert à la fabrication des capsules pour les armes à feu.
Pour préparer ce sel , on dissout à une douce chaleur, nne partie de mercure dans 42 parties d'acide azotique à 35* ou 40° : on verse peu à peu cette dissolution, préalablement portée à + 551, dans 4 1 parties d'alcool à 86 centésimaux. L'alcool doit se trouver dans un matras, dont la capacité sera au moins 6 fois plus grande que le volume total du liquide qu'il doit contenir. Quelques minutes après que le mélange a été fait, il se manifeste, au fond du matras, un léger dégagement gazeux, qui va en augmentant jusqu'à produire un bouillonnement. H se dégage alors, par le col, une vapeur blanchâtre inflammable, de nature ti ès-complexe. Dès que la réaction est terminée, et que la masse s'est refroidie, il se forme un dépôt blanc grenu et cristallin de fulminate de mercure. On jette ce sel sur un filtre, et on le lave jusqu'à ce que l'eau de lavage n'ait plus aucune réaction acide. On enlève le filtre , et on rétend sur une plaque de faïence chauffée au-dessous de + 4 00°.
Il est difficile de donner la théorie de cette opération. Il s'y passe des phénomènes trop complexes, pour qu'on puisse les représenter par une équation. Il y a évidemment une foule d'actions secondaires, qu'on ne saurait démêler de l'action principale. Quoi qu'il en soit, grâce aux recherches de Gay-Lussac et de M. Liebig, on sait aujourd'hui que ce sel est composé d'une molécule d'acide fulminique, et de deux molécules de bioxyde de mercure [(HgO^Cy'O*], sans être pourtant un sel basique, son acide étant biatomique.
Le fulminate de mercure est en petits cristaux brillants, d'un gris brunâtre , qui paraissent transparents lorsqu'on les place sur un verre de montre , et qu'on les humecte avec quelques gouttes d'eau : ils sont solubles dans 430 parties d'eau bouillante , et presque insolubles dans l'eau froide ; ils se décomposent avec flamme et explosion, lorsqu'ils sont chauffés à + 488°.
Tant que le fulminate de mercure est imbibé d'eau , il ne présente aucun danger ; mais une fois desséché, il détonne facilement, si on le frotte contre un corps dur. Les malheurs qui arrivent souvent dans les fabriques d'amorces fulminantes, prouvent qu'on ne saurait jamais prendre assez de précautions, lorsqu'on veut manier cette substance.
On prépare les capsules fulminantes , en mêlant 50 parties de nitre ou de pulvérin , avec 400 parties de fulminate de mercure, préalablement imbibé de 20 parties d'eau : on triture le mélange sur une table de marbre, avec une molette en bois de gaïac. On introduit la pâte encore humide dans les capsules métalliques où elle se dessèche. Pour prévenir les effets de l'humidité , on la recouvre d'une légère couche de vernis à la gomme laque. Un kilogramme de mercure suffît pour préparer 40,000 capsules.
Le mercure ne se combine en général qu'avec les métaux dont le point de fusion n'est pas très-élevé. Ses alliages portent le nom <¥ amalgames. Vous voyez inscrits au tableau ci-dessous ceux qui sont l'objet de quelque application.