‹ Le.cons élémentaires de chimieChapitre 31 sur 67 · C* H» K0« + C*«H»0»,C1 = KC1 + 2C**H · texte numérisé non relu

C* H» K0« + C*«H»0»,C1 = KC1 + 2C**H

Aldéhyde benzoique Chlorure d? Chlorure ' BenMîle.

potassée, ou essence benzoïle. de potas-

d'amandes amères sium.

potassée.

Mais ce benzoïle pourra-t-il reproduire l'essence d'amandes amères, ou l'acide benzoïque, etc., etc. ? Se cbmportera-t-il en un mot, comme le cacodyle, et ses congénères?

11 conviendrait donc de faire une distinction entre les radicaux organiques qui jouent le même rôle que ceux de la chimie minérale, et les radicaux organiques qui, une fois isolés, semblent impuissants à reproduire les combinaisons, où l'on suppose qu'ils existent.

La nature de cet enseignement me dispense de vous entretenir des dérivés de l'essence d'amandes amères, à l'exception de Vacide benzoique, substance assez répandue dans la nature vivante, et dont on fait quelque usage dans les laboratoires.

On ne prépare pas ordhiairement l'acide benzoïque en oxydant l'essence d'amandes amères : ce procédé serait trop coûteux. En grand , on le retire de l'urine des herbivores * ; en petit , de la résine de benjoin. On emploie, à cet effet, divers procédés; le plus simple consiste à placer dans un poêlon de terre une certaine quantité de benjoin en poudre; à fixer, au moyen de colle, à l'ouverture du poêlon, une feuille de papier blanc buvard , et à superposer à cette feuille un cône en carton : on chauffe le poêlon dans un bain de sable ; la vapeur d'acide benzoïque va se condenser dans le cône, après avoir traversé le papier qui retient les matières empyreumaliques. La même quantité de benjoin fournit beaucoup plus d'acide quand on la mêle avec le quart de son poids

1 . L^urine des herbivores ne contient d*ordinaiie que de Tactile hippuriquet qui se transforme en acide benzoîqne.

de carbonate de soude et une portion d'eau suffisante pour former une pâte liquide. On chauffe doucement cette pâte, en Tagitant saDS cesse pour éviter la fusion de la résine et faciliter la formation du benzoate de soude ; ensuite on ajoute une plus grande quantité d'eau pour dissoudre le sel qui s'est formé, et dont on sépare l'acide benzoïque en le décomposant par l'acide suifurique.

L'acide benzoïque cristallise en lamelles ou en aiguilles soyeuses, flexibles et brillantes; il fond à +420°, se sublime à + 4 45® et bout à + 239 ' ; la densité de sa vapeur est 4,27 ; sa formule C** H" 0*, HO correspond à 4 volumes de vapeur ; il est peu soluble dans l'eau froide, et très-soluble dans l'élher et l'alcool ; introduit dans l'économie animale, il se transforme en a^ide hyppurique.

On peut obtenir l'acide benzoUque anhydre en chauffant à + 430* un mélange formé d'un équivalent de chlorure de benzoïle et d'un équivalent de benzoate de soude : on obtient ainsi du chlorure de sodium et une matière blanche, cristallisant en beaux prismes obliques, fusibles à + 33®, volatils sans décomposition, entièrement neutres, et ayant la composition de l'acide benzoïque anhydre. D'après son mode de formation, iU semble évident que sa constitution moléculaire n'est pas semblable à celle de l'acide benzoïque normal. En effet :

C* H» 0* Na + C'^ H» 0«, Cl = Na Cl + C" H«' 0«

Benzoate de soade. Chlorure de ben- Chlorure Ac. bensoîque Eoïle. de sodium. «nhjdre.

Traité par de l'eau ou des alcalis, il se transforme en acide benzoïque normal.

De tous les benzoates, celui d'ammoniaque est le seul qui soit employé comme réactif pour séparer le peroxyde de fer du protoxyde : on l'obtient en saturant à chaud de l'acide benzoïque par de l'ammoniaque caustique,

Le benzoate d'ammonitique Az H*, HO, C" H* 0* cristallise en houppes déliquescentes, solubles dans l'alcool anhydre : par Tébuilition, et même par la simple évaporation, il se transforme en benzoate acide d'ammoniaque^ sel. qui se présente sous forme de gros cristaux réguliers.

Le benzoate de chaux, ou bien une partie d'acide benzoïque, et 3 parties de chaux, exposées à une température élevée, engendrent une espèce d'essence qu'on appelle benzine, benzole, benzène, phène, etc., etc. Cette substance peut aussi être obtenue par la distillation d'un grand nombre de matières végétales , et même par celle du goudron provenant de la houille.

If. 44

La benzine est liquide, incolore, d'une saveur sucrée, d'une odeur agréable et éthérée ' ; sa densité est 0,85 ; celle de sa vapeur est 2,378 ; elle bout à + 86° ; elle est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'élher. Elle jouit de la propriété de dissoudre l'iode , et point le brome ; ' elle dissout facilement le^ corps gras ; et comme elle ne se résinifie pas, on l'emploie avec succès à la place des essences, dans Fart du dégraisseur.

La benzine a pour formule C* H*. Une partie de son hydrogène peut être remplacée par du chlore ou par de l'hypoazotide : dans ce dernier cas, elle passe à l'état de nifrobenzine ( C*' H* Az 0* ) , ou de binitrobenzine (C** h* Az* 0*) , suivant qu'elle change une ou deux molécules d'hydrogène pour autant de molécules d'hypoazotide.

La nitrobenzine possède une odeur mixte de cannelle et d'amandes amères ; elle sert aux parfumeurs pour remplacer l'essence d'amandes amères, dont le prix est toujours élevé. A l'exposition universelle de Londres, on a pu remarquer de grandes quantités de nitrobenzine qui figuraient à côté des essences arlificielles destinées à la parfumerie. I^orsque M. Mitcherlich découvrit la nitrobenzine en 4834, il était loin de se douter que, quelques années plus tard, elle serait devenue un produit industriel et l'objet d'une grande consommation.

Je terminerai ce que je m'étais proposé de vous dire sur l'essence d'amandes amères en appelant votre attention sur les circonstances remarquables qui accompagnent sa formation.

Nous avons dit que l'on prépare celte essence en distillant avec de l'eau les tourteaux d'amandes amères. D'après ce procédé, il paraîtrait' qu'elle préexiste dans les amandes, comme celle de citron préexiste dans l'écorce de ce fruit. Mais il n'en est rien : la preuve en est que, si l'on fait digérer du tourteau dans l'éther ou l'alcool , on n'en extrait point la moindre trace d'essence. Celle-ci se forme à la faveur de l'eau, par une espèce de fermentation qui a lieu entre deux substances qui se trouvent dans les amandes amères : Vamygdaline et la synaptase. Cette dernière est le ferment; la première est la matière qui en subit l'action. Partout où ces deux matières se trouvent réunies en présence de l'eau,

1. La benzine dn commerce a toujours une légère odeur de goudron.

2. M. Morride a proposé la benzine comme un moyen pour séparer le brome de riode, et même pour doser ce dernier. Quand on verse quelques gouttes d^hypoazotide dans un liquide contenant un iodnre alcalin, et qu'on ajo»ite ensuite deux à. trois grammes de benzine, celle-ci ne tarde pas à se colorer, et à dissoudre tout Tiode. Cette réaction permet de constater très-facilement la présence d*nn milligi^amme d'iode dans le résidu laissé par 4 litres d'eau.

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elles donnent naissance à de l'essence d'amandes amères : si l'une d'elles manque, le phénomène n'a pas lieu. Ainsi*, les amandes douces qui ne renferment que de la synaptase ne donnent pas d'essence d'amandes amères; mais si l'on ajoute de l'amygdaline à une émulsion d'amandes douces, aussitôt Tessence se forme et se manifeste par son odeur caractéristique. Enfin, on peut faire de l'essence d'amandes amères tout en se passant de l'emploi direct des amandes : il suffit, à cet effet , d'ajouter un peu de synaptase à une dissolution d'amygdaline.

Cette dernière substance a été découverte par MM. Robiquet et Boutron. On la prépare en faisant bouillir dans l'alcool absolu du tourteau d'amandes amères ; on évapore la liqueur alcoolique, et on . ajoute au résidu une quantité suffisante de levure de bière pour qu'il entre en fermentation ; celle-ci terminée, on filtre, on concentre le liquide, et l'amygdaline qu'il dépose sera cristallisée plusieurs fois dans l'alcool.

L'amygdaline se présente sous la forme de paillettes soyeuses peu solubles dans l'alcool froid, solubles, au contraire, dans l'alcool bouillant et dans l'eau. Lorsqu'elle a cristallisé dans ce dernier liquide, sa formule est C*° H«' Az 0" + 6 aq.

Les corps oxydants, tels que l'acide azotique, le bioxyde de manganèse et l'acide sulfurique, décomposent l'amygdaline en donnant naissance à de l'ammoniaque, à de l'essence d'amandes amères, à de l'acide benzoïque et à de l'acide formique. Par l'action de la synaptase, l'amygdaline se décompose en donnant d'autres produits, dont on explique la formation par l'équation suivante :

C*»H"AzO" = C*AzH-|-2G'*H«0* + C«irO'-{-2C*H«0^-f-3HO

Amygdaline. A. cyanhy« Essence d'à- Glucose. Ac. for- Eau.

drîque. mandes amères. miquc.

. Suivant MM. Woehler et Frerichs, l'amygdaline introduite dans l'estomac produit une faible quantité d'acide cyanhydrique. M. Bernard a cependant montré le contraire, car ce physiologiste a introduit dans l'estomac d'un jeune chien de l'amygdaline et de la synaptase , sans qu'il en soit résulté aucun phénomène morbide. L'intoxication n'a eu lieu qu'après la section du nerf pneumogastrique. Toutefois, on sait que l'ingestion d'un certain nombre d'amandes amères peut occasionner des accidents fâcheux.

La synaptase, que l'on appelle aussi émulsine , est une de ces substances mystérieuses qui participent de la nature des ferments, et sur la véritable composition desquelles on ne sait rien de positif. Pour la préparer, on traite par l'eau les tourteaux d'amandes

24i CHIMIE ÉLÉVENTAIRE.

douces , et l'on verse dans le liquide , d'abord de Tacétate de plomb , pour précipiter une matière gommeuse , puis de Tacide acétique pour coaguler la caséine ; enfin on introduit une grande quantité d'alcool , après avoir précipité l'excès de plomb par l'acide sulfhydrfque ; la synaptase se dépose alors sous forme de flocons , qui en se desséchant prennent l'apparence de la gomme*

La synaptase est soluble dans l'eau ; sa dissolution se coagule à + 60*" : une fois coagulée , elle perd toute son action sur l'amygdaline : d'où l'on doit conclure que pour bien préparer l'essence d'amandes amères , il faut avant de distiller, faire digérer pendant quelque temps la poudre de tourteau dans l'eau froide.

Les essences oxygénées, qui par l'ensemble de leurs propriétés se rapprochent de celle d'amandes amères , sont les suivantes :

Essence de comin G^tH'^O'

— de nithe C»H2«0'

— decannelle C'«H«0»

— de fève de tonka (partie concrète) C'*H«0*

— d'anis ( traitée par Tacide azotiqoe faible ) . G * *H' 0^ ~- de la reine des prés (spirsa ulmaria) ... G'^H' 0*

— de Talériane ( principe oxygéné ) C'^H'K)'

De toutes ces essences celle de valériane mérite de notre part quelque attention, parce qu'elle est la source la plus commune de Vacide valériqve , et partant des valérates employés en mé* deciue.

L'essence de valériane brute se compose essentiellement de deux huiles volatiles , dont l'une est oxygénée , tandis que l'autre ne se compose que de carbone et d'hydrogène : elle renferme en outre plusieurs principes accidentels dont la quantité varie suivant l'âge de l'essence , et suivant les circonstances où elle a été placée.

Récente et rectifiée , elle est neutre , limpide , et d'une odeur qui n'a rien de désagréable ; mais le contact de l'air la résinifie , et la rend fétide. Lorsqu'elle est vieille , elle est toujours acide et épaisse ; le plus souvent elle renferme une matière camphrée , dont la formation est due, suivant M. Gerhardt, à l'action de l'humidité sur le principe hydrocarboné.

Le principe oxygéné de l'essence de valériane se transforme en acide valérique , en absorbant de l'oxygène. Aussi lorsqu'on distille de la racine de valériane avec une substance oxydante telle que l'acide chromique , on obtient moins d'essence , mais plus d'acide valérique. On obtient encore cet acide quand on fait passer sur de la chaux sodée convenablement chauffée, de la vapeur d'essence de valériane.

VINGT'^HUITIBMB LEÇON. 245

Voici le procédé pour préparer l'acide valérique au moyen de la racine de valériane. On introduit dans 5 litres d*eau 4 kilog. de racine de valériane , 4 00 gr. d'acide sulfurique , et 60 gr. de bi« chromate de potasse : après vingt-quatre heures de macération , on distille le mélange , on sature la liqueur distillée par du carbonate de soude , on l'évaporé , et le résidu est distillé à son tour avec de l'acide phospborique. L'acide valérique distille sous forme d'une huile.

On peut aussi préparer l'acide valérique, en ohauffant à + 200", et pendant plusieurs heures , un mélange d'une partie d'huile de pomme de terre (alcool amylique) et de dix parties de chaux potassée. La masse refroidie est délayée dans l'eau , saturée par un excès d'acide sulfurique , et soumise à la distillation.

L'acide valérique^ valérianique ou amylique , est un liquide incolore d'une odeur forte de valériane , sa densité est 0,937 à + \T. Il bout à + 05" , brûle avec une flamme blanche et fuligineuse , se dissout en petite quantité dans l'eau , et en toute proportion dans l'alcool et l'éther. Sa formule est C*®H*0',HO. Cet acide est à l'alcool amylique , ce que l'acide acétique est à l'alcool ordinaire. Il appartient à la famille des acides dont la formule générale est C» H» 0* •

Soumis à l'action du chlore , l'acide valérique produit deux acides chlorés , dans lesquels 3 et 4 molécules d'hydrogène sont remplacées par 3 et 4 molécules de chlore. Le premier est appelé acide chlorovalérisique {C'«H*Cl»0»,HO), le second porte le nom à* acide cklorovalérosique ( C** H* Cl* 0', HO ) . Les valérates sont presque tous solubles dans l'eau , ceux d'argent et de prot* oxyde de mercure exceptés. Les valérates alcalins et terreux , soumis à la distillation sèche, donnent Valdéhyde valérique ou i;a/cro/ (C"H**0*),

Les valérates de zinc et de quinine sont employés en médecine.

La troisième section des essences oxygénées, comprend celles qui par leur constitution peuvent être comparées aux éthers composés. Nous avons dit que jusqu'à présent on n'y trouve d'autre essence naturelle que celle que l'on tire du gautlhéria procumhens ; mais cette section deviendrait assez riche si Ton y faisait entrer les essences artificielles.

L'essence de gaulthéria procumbens fait partie d'une essence naturelle, connue dans le commerce sous le nom de wintergreen , fort employée dans la parfumerie, et qu'on tire d'une plante de la famille des bruyères , plante qui existe en grande abondance à la Nouveil&Jersey.

246 CHIMIE ÉLÉMBRTAIRE.

En soumettant le wMergreen à la distillation, il s'en dégage d'abord un hydrogène carboné liquide isomère de l'essence de térébenthine , puis l'essence que nous allons étudier.

L'essence piire de gaulthéria procumbens est incolore ou légèrement jaunâtre; elle a une odeur suave, bout à + 220" ; sa densité est 4 ,48 , et celle de sa vapeur est 5,42. Elle est très-peu soluble dans l'eau , et se dissout facilement dans l'alcool et l'élher. Sa composition est représentée par C** H* 0*, ou. mieux encore par C*H*0, C** H* 0*. Cette dernière formule nous rappelle la formule d'un éther méthylique. Les réactions que nous allons passer en revue nous prouveront que c'est la seule qui puisse être applicable à cette essence.

Lorsqu'on verse de l'essence pure de gaulthéria procumbens dans une dissolution de potasse, il se forme un magma cristallin résultant de la combinaison directe des deux matières. Dans ce cas l'essence joue le rôle d'un acide , et le piXHluit est un gaulthérate de potasse. Décompose-t-on ce sel par un acide quelconque, l'essence redevient libre. Mais si au contraire, on le (rhauffe avec un excès de dissolution alcaline , il se décompose en esprit de bois qui s'en va par la distillation , et en acide salicylique qui reste combiné avec l'alcali.

: Comparons la composition de ces deux produits avec celle de la substance dont ils dérivent , et nous aurons la preuve que l'eS' sence de gaulthéria procumbens est un éther composé , ou si l'on veut , un salicyiate de méthylène. En eflFet

Acide salicylique = C«* H« 0«

Çsprit de bois ou alcool , méthylique = C» H* O'»

C'«H»"0« Essence de gaulthéria procumbens =t= C'«H» 0«

Différence H* 0* - deux molécules d'eau.

Or, nous savons qu'un alcool et un acide moins les éléments de deux équivalents d'eau forment un éther composé, et nous savons en outre qu'un éther composé reproduit l'acide et l'alcool, lorsqu'il se décompose sous l'influence des alcalis.

Il ne nous reste plus qu'à prouver qu'avec Tesprit de bois et de l'acide salicylique on peut obtenir directement l'huile de gaultiieria procumbens. Distillons un. mélange de parties égales d'aT cide salicylique , d'esprit de bois et d'acide sulfurique : versons .

beaucoup d*eau sur le produit de la distillation ; il se déposera une matière d'aspect huileux, qui , desséchée et distillée de. nouveau , présentera tous les caractères organoleptiques , physiques et chimiques de l'essence de gaultheria procumbens,

La science doit à M. Cahours Thistoirè presque complète de ce corps remarquable.

Arrivons aux essences de la dernière classe , dont le type sera pour nous V essence de moutarde.

Les graines de moutarde noire (sinapis nigra) de même que les amandes amères ne renferment aucune espèce d'essence : si elles en fournissent lorsqu'on distille leur tourteau avec de Teau, cela tient à ce que deux de leurs principes immédiats réagissent l'un sur l'autre, et donnent lieu à une sorte de fermentation (fermentation sinapique) dont le produit est précisément l'essence que l'on cherche. Celui de ces deux principes qui joue le rôle de ferment est la myrosine; celui qui en subit l'action est ïacide myroniqve. Comme on ne connaît pas encore leur composition, on ne peut pas représenter par une équation les réactions auxquelles ils donnent lieu par leur contact mutuel. Nous dirons seulement que de même que l'on fait de toutes pièces l'essence d'amandes amères avec de ïamygdaline et de la synaptase , on fait de l'essence de moutarde avec de l'acide myronique et de la myrosine. L'analogie va encore plus loin Vous savez que si l'on introduit un peu d'amygdaline dans de l'émulsion d'amandes douces , lodeur d'amandes amères se manifeste aussitôt : de même , si vous introduisez un peu d'acide myronique ou de myronate de potasse dans de l'eau où l'on aurait fait digérer du tourteau de graines de moutarde blanche , il s'en dégagera bientôt l'odeur caractéristique de l'essence de moutarde noire. C'est que les amandes douces et la moutarde blanche renferment , l'une la synaptase , l'autre la myrosine , c'est-à-dire deux ferments , et que ni l'une ni l'autre ne renferme de principe fermentescible.

On obtient le myronate de potasse en faisant bouillir le tourteau d'amandes amères avec de l'alcool à 85 centésimaux : le résidu est pressé, puis traité par l'eau à laquelle il abandonne du myronate de potasse et des matières mucilagineuses. En ajoutant de l'alcool à la liqueur, ces dernières se déposeront , tandis que le myronate de potasse restera dissous. On l'isole sous forme de cristaux, par l'évaporation.

£n traitant par l'eau froide la farine de moutarde blanche , on obtient une liqueur, qui , étant concentrée à une base tempéra-, ture, puis mêlée à de l'alcool, abandonne de la myrosine. ' L'essence de moutarde est an liquide incolore dont les vapeurs*

iké CHIMIE éLÉMENl'AlRE.

irritent fortement les yeux et le nez ; il désorganise promptement la peau, sa densité, à + 4 5*, est 4 ,04 0 ; celle de sa vapeur est 3 ,4 ; il bout à + 448«; sa formule est C*H* AzS*, et correspond à 4 volumes de vapeur.

On ne peut pas bien saisir la constitution de cette essence sans connaître d'abord celle de Vessence d'ail C* H*S. Celle-ci parait être une combinaison de soufre avec un hydrogène carboné ; et comme dans cette combinaison le soufre peut être remplacée par Toxygène, on a considéré cet hydrogène carboné {C*H") comme un radical à qui on a donné le nom d'allyL L'essence d'ail étant donc le sulfure d'allyl, celle de moutarde serait le sulfocyanure ; de sorte que la formule rationnelle de cette dernière essence serait C« H», C« AzS» ou C« H» Cy S*. Quoi qu'il en soit, avec l'une de ces deux essences on peut reproduire l'autre , et toutes les deux fournissent V oxyde dallyi C*H*0. Nous devons cet heureux rapprochement aux recherches de MM. Wertheim , Wille et Gerhardt.

L'essence de moutarde se combine directement avec l'ammoniaque^ et forme ainsi la ^Ai'osî/iammînf G* H* Az S*, corps cristallisé qui a toutes les propriétés des alcaloïdes. Cette même essence soumise à l'action de l'oxyde de plomb hydraté , donne naissance à un autre alcaloïde , la sinapoline C'^ H** Az*0*, par suite de la réaction suivante :

2CWAzS» + 6PbO + 2HO=C»*H'«Az«0«-t-4PbS + 2(PbO,CO«)

Essence de mou- Oxjde de Eau. Sioapolioe. Sulfure Carbonate de

tarde. ptomb. de plomb. plomb.

Enfin on peut obtenir un troisième alcaloïde, la sinammtne C*H'Âz*, en chauffant de la thiosinammine avec de l'oxyde de plomb :

C»H«AzS« + 2PbO = C»H«Az«+2PbS + 2HO

Thioainammine. uzyde de Sinammine. Sulfure de Eau. plomb. plomb.

La formation de l'essence de moutarde étant le résultat de l'action d'un ferment, on devine quelles sont les précautions à prendre pour ne pas affaiblir la propriété rubéfiante de la farine de moutarde noire. On a observé que les sinapismes préparés avec de la farine vieillie ou avariée , produisent peu d'effet , et que la farine même récente agit à peine , lorsque pour rendre le siiia* • pisme plus efficace, on l'introduit dans l'eau bouillante. Dans le premier cas , la myrosine se dénature par l'action prolongée des agents extérieurs, dans le second cas, par l'action d'une température trop élevée : le ferment ayant perdu ses propriétés primi-

VINGT-HUITIÉMB LEÇON. 1149

tiveSi n'a plus d'action sur l'acide myronique, il ne se forme plus d'essence de moutarde, et le sinapisme ne produit plus l'effet qu'on en attend.

Beaucoup de plantes donnent des essences sulfurées, dont quelques-unes paraissent semblables à l'essence de moutarde : telle est, par exemple, l'essence de raifort; quant aux autres, elles n'ont pas encore été assez bien étudiées pour pouvoir assurer qu'elles se ressemblent par une constitution moléculaire commune.

Voici la liste des essences sulfurées les plus connues :

Essence d'oignon,

— d'assa fœtida, de poivre d'eau,

— d'arum maculatum,

— de lepidium latifoUum, , — — ruderale,

— — sativum,

— — compostum,

— de houblon,

— de cochlearia officinalis,

— d'alliaria officinalis,

— de graine de tropœolum majus.

Pour compléter l'étude des essences, nous avons à nous occuper des résines, qui paraissent être le produit de l'oxydation des essences elles-mêmes.

Nous avons déjà dit que, par l'action de l'air, les essences s'oxydent et se résinifient. D'un autre côté, si Ton pense que, dans la nature, les résines sont souvent accompagnées par des essences, et que fréquemment on remarque des rapports trèsrapprochés de composition, on est porté à conclure que ces deux classes des corps ne peuvent pas être étudiées séparément.

Lorsqu'on fait des incisions aux tiges, aux branches et même aux racines de certains végétaux, il en découle un suc plus ou moins visqueux, quelquefois lactescent , qui se durcit peu à peu au contact de l'air, et finit souvent par devenir tout à fait solide et cassant ; sa nature chimique fut longtemps méconnue : on le considéra d'abord comme un principe immédiat , que l'on nomma, selon ses propriétés, tantôt résine^ tantôt gomme résine, tantôt baume.

Il fut nommé résine lorsque, étant supposé pur, il ne se dissolvait pas dans l'eau, mais bien dans l'alcool.

250 CHIMIE ÉLBMENTAIRB.

Lorsqu'on le croyait formé à la fois de résine et de gomme ; lorsque, imparfaitement insoluble dans l'eau, qu'il rendait lactescente, il ne trouvait d'autre dissolvant que l'alcool étendu et bouillant , on l'appela gomme résine»

Enfin, on lui donna le nom de baume lorsqu'aux propriétés particulières des résines^ il joignait celle d'être aromatique et de laisser sublimer par la chaleur un acide odorant et cristallisable en petites aiguilles.

Il n'est plus permis aujourd'hui de considérer toutes ces matières comme des principes homogènes. On sait, en effet, qu'elles ne sont que des mélanges plus ou moins complexes. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à faire agir successivement divers agenis sur le même suc résineux.

Toutefois, si on laisse de côté l'idée inexacte que l'on se faisait autrefois de ces matières, leurs dénominations n'impliquent pas moins une classification, que l'on adopte encore pour les étudier. Ainsi , les résines^ les gommes résines et les baumes représentent les trois principales divisions d'une classe très-nombreuse.

On subdivise les résines en deux groupes : ^'résines accompagnées d'une huile volatile ; 1^ résines isolées.

(Chaque groupe peut, à son tour, être divisé en deux sousgroupes : celui qui comprend les résines acides, et celui qui comprend les résines neutres.

Les baumes peuvent aussi être subdivisés en trois groupes : au premier appartiennent les baumes qui contiennent de ïacide benzoîque; au second, ceux qui abandonnent aux alcalis de ïacide cinnamique ; le troisième renferme les baumes où les deux acides se trouvent réunis.

. Voici cette classification réunie dans le tableau suivant :

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