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XXIX. LEÇON

BIATIÉRBS GOLORAIIT68. - rRIHGIPBB DB L'ART DB LA TEIRTURB.

Sommaire. — Propriétés générales des matières colorantes. — Indigo. —- Indigotine.

— Acide» iulfopurpurique, et tulfoindigoixque. — Sulfate d'indigo. — Transformation de Vindigoline en itatine^ acide anélique, et acide enthranilique. — Indigo bUme. — Théorie de sa ^ansfonnation. ~ Garance. — Alizarine. ^ Aeide alizarique. — Purpurine. — Rouge de garance. — Produits commerciaux de la garance. — Garancine. — Colorine. — Matières colorantes des lichens. — Orseille.

— Tournesol. — Orcine. — Orcéine. — Aeide lécanoriquc—Beta-orcine. — Bois de Gampèche. — Hémalinek » Uétnatéinê. ~ Bois dn Brésil, de Fernambooc, de Sainte-Marie, de Sapan — Brésiline, — Brésiléine. -~ Bois de santal. — Sanlor Une. — Cartane. — Carthamine. — Orcanette. — Rocou. — Bixine. — Bixéine. -^ Gaude. — Lutéoline. — Quercitron. — Quercitrine, — Quercitréine. — Bois jaune. — Morin. — Acide morintannique. — Janne indien. — Aeide euxanlhique. ~ Euxanlkonci Goehenille. ^ Acide earminique. ~ Carmin. — Laque carminée.

— Principes de la teinture. — Mordants, — Mordançage. — Bains de teinture. -»-

— Impression sur étoffe. —Réserves. — Rongeants. — Blanchiment des étoffes.

Messieurs,

Nous avons consacré la dernière leçon à l'étude des sécrétions neutres des végétaux ; nous consacrerons celle d'aujourd'hui à l'examen des sécrétions douées de la propriété de produire les matières végf^tales colorantes que l'on emploie dans l'art de la teinture.

Presque toutes les matières colorantes, ayant une tendance à se combiner avec les bases, peuvent être considérées comme des acides faibles. Il en est cependant qui semblent , au contraire, jouir de quelques propriétés alcalines, et d'autres qui sont absolument neutres. Dans tous les cas, leurs réactions ne sont jamais prononcées, et on conçoit que, sous un certain point de vue, on puisse les classer entre les produits neutres proprement dits et les produits à réaction tranchée. C'est pourquoi l'étude des matières colorantes va nous servir comme de transition entre les sécrétions neutres et les sécrétions acides et alcalines.

Les matières colorantes sont répandues indistinctement dans tous les organes des plantes, et , en général , elles s'y trouvent dépourvues de toute couleur; si, par la suite, elles en deviennent riches, c'est par l'effet d^acUons particulières, et notamment par

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l'action de l'oxygène. Il est à remarquer qu'une fois qu'elles ont développé leur éclat, elles peuvent le perdre par l'action de ce même oxygène qui le leur avait donné, à condition toutefois que cette action soit aidée elle-même par la lumière ou par une température qui ne dépasse pas + ^OO"". Dans ces circonstancps, les matières colorantes s'oxydent, éprouvent une espèce de combustion et se décolorent. D'après la rapidité plus ou moins grande avec laquelle ce phénomène a lieu, les matières colorantes portent la désignation de bon ou mauvais feint.

Ces matières sont, pour la plupart, solubles dans l'eau et toujours plus solubles à chaud qu'à froid ; leurs dissolutions s'altèrent facilement. Quelques matières colorantes, comme l'orcaite^/é», ne se dissolvent que dans l'alcool , l'éther et les huiles ; d'autres ne se dissolvent dans l'eau qu'à la faveur des acides ou des alcalis.

L'acide sulfurique concentré, et même anhydre, se combine avec les matières colorantes volatiles en donnant souvent naissance à des composés acides ; il charbonne, et détruit , au contraire, les matières colorantes fixes.

Les acides azotique et chlorhydrique dénaturent généralement les matières colorantes ; les alcalis fixes en modifient la couleur lorsqu'ils agissent à l'abri de l'air ; dans le cas contraire, ils les noircissent , parce qu'ils déterminent une absorption d'oxygène.

Les sels à oxydes insolubles agissent sur les matières colorantes, tantôt par leur acide, tantôt par leur base. Dans le premier cas, ils avivent les couleurs ; dans le second, ils les fixent et leur donnent plus de stabilité (laques).

On a donné le nom de mordants aux substances à l'aide desquelles on parvient à fixer sur les tissus les matières colorantes.

Nous avons dit ailleurs quelle est l'action du chlore, de l'acide sulfureux et du charbon sur les matières colorantes. Vous n'avez pas oublié que le chlore détruit pour toujours les couleurs en les déshydrogénant ; que l'acide sulfureux tantôt leur enlève de l'oxygène, et tantôt forme avec elles des combinaisons, tandis que le charbon les condense dans ses pores pour les rendre intactes et inaltérées à d'autres agents.

Certaines matières colorantes peuvent être décolorées momentanément par des corps très-avides d'oxygène, tels que l'hydrogène, l'acide sulfhydrique , les sulfures alcalins, le protoxyde de fer, etc., etc.; mais une courte exposition à l'air suffit pour leur rendre leur teinte primitive. On voit que la décoloration est l'effet de la réduction oi)éréc par ces agents, et que la réap-

parition de la couleur est Feffet de Toxydation opérée par l'air. La teinture de tournesol peut nous servir d'exemple. On sait que celte teinture, abandonnée longtemps dans un vase fermé, perd sa teinte bleue, et qu'elle la reprend si on Tagite en présence de Tair. Voici l'^plfcation du fait : le tournesol renferme du sulfate de chaux ; ce sel , sous l'influence de Teau et des matières organiques, est réduit à Tétat de sulfure de calcium; celui-ci réduit à son tour et décolore la matière colorante qui l'accompagne ; mais si la teinture, ainsi décolorée, est exposée à raclion de l'air, elle s'oxyde de nouveau et reprend son premier aspect.

La composition des matières colorantes est tantôt ternaire, tantôt quaternaire ; leur préparation est très-facile, grâce aux indications de M. Preisser. On traite la matière tinctoriale par un dissolvant approprié à sa nature (eau, alcool, éther, eau alcaline, etc., etc.] ; on agite la liqueur avec de V oxyde de plomb hydraté, en faisant intervenir, au besoin, une légère chaleur. De cette manière, toute la matière colorante se dépose à l'état d'une laque insoluble. En faisant agir un excès d'adde hydrosulfurique sur la laque de plomb suspendue dans l'eau, on obtient un liquide qui , évaporé dans le vide, abandonne la matière colorante sous ferme de cristaux incolores. Ces cristaux reprennent ensuite, par i'aetion de l'air, les teintes qui leur sont propres.

De ces notions générales, passons à l'étude des matières colorantes les plus employées, et commençons par Yiridigo.

On extrait l'indigo des plantes appartenant au genre indigofera. On le trouve aussi dans \e pastel iisafis tînctoria) et dans le polygonum (inctorivm ; mais c'est Vindigofera argentea qui donne le plus beau produit. Voici par quel procédé :

Après la floraison de la plante, on sèche les feuilles au soleil et on les fait infuser, pendant quelques heures, dans trois fois leur volume d'eau froide ; la dissolution filtrée est agitée vivement à Tair, puis mêlée à 7 litre d'eau de chaux pour chaque kilogramme de feuilles sèches : la liqueur bleuit bientôt et donne lieu à un dépôt qui , lavé à l'eau bouillante, pressé, séché et coupé en morceaux, constitue Vindigo du commerce.

Cette substance se présente sous forme de morceaux généralement irréguliers, quelquefois cubiques, dont la nuance varie du bleu violet au bleu noirâtre ; ils sont légers, faciles à rompre ; ils n'ont pas de saveur ; ils happent plus ou moins à la langue, en raison de leur degré de deâsiccation et de leur porosité ; ils ont une légère odeur, qui devient plus sensible par la chaleur ; enfin, leur cassure, ordinairement terne, devient brillante et d'un rouge

272 CHIMIB ÉLéMBNTAIBB.

cuivré lorsqu'on la frotte avec l'ongle ou avec tout autre corps dur. L'indigo le plus estimé est celui qui est le plus léger et qui donne par le frottement la couleur cuivrée la plus brillante.

D'après l'analyse de M. Chevreul , l'indigo ordinaire contient 85 p. •/o de matières étrangères • . Pour l'avoir à son plus grand état de pureté, «on le soumet à la distillation dans un courant d'hydrogène, en le chauffant assez pour qu'il donne des cristaux aiguilliformes d'un violet pourpre.

Le procédé suivant, que Ton doit à M. Fritzsche, est beaucoup plus économique : on remplit exactement, avec de l'alcool (à 75 centésimaux ) saturé de glucose, un grand flacon où se trouvent 20 grammes d'indigo pulvérisé et iOO grammes de dissolution concentrée de soude caustique ; on bouche hermétiquement , et dès que le mélange a perdu sa teinte bleue et que la liqueur est deve* nue claire, on la décante ; en laissant à l'air la liqueur décantée, il s'y forme un dépôt cristallin d'indigo pur, qu'on lave à l'alcool, puis à l'eau.

Vindigo pur^ ou indigotiney préparé par sublimation, a la forme d'un prisme droit comprimé dont la section est un rectangle; préparé par voie humide, il se présente en cristaux microscopiques ; il est volatil , complètement insoluble dans l'eau et presque insoluble dans l'alcool et l'étlier ; sa composition correspond à la formule C'^U'ÂzO'; il est isomère avec l'essence d'amandes amères cyanurée (cyanure de benzoïle).

L'acide sulfurique se combine avec l'indigo et il donne naissance à des acides différents, suivant qu'on emploie des proportions variables d'acide.

On obtient l'acide sulfopurpurique (C**H*AzO',SO*), ou pourpre d'indigo^ lorsque, pour une partie .d'indigo, on emploie cinq parties d'acide, la température ne dépassant pas -|- 50"*. La température restant la même et la proportion de l'acide étant trois à quatre fois plus grande, on obtient Vacide nulfoindigotique ( C * • H* Az S* 0' , HO ) . Enfin, par une quantité encore plus grande d'acide sulfurique fumant , outre l'acide précédent , il s'en forme un autre, dont ou ne connaît pas encore la composition et qui porte le nom diacide /lyposuifoitidigotigue.

De ces trois acides, le sulfoindigotique est celui qui présente le plus d'intérêt , parce qu'il est employé en teinture et qu'il sert

1. L'indigo du commerce a one composition très-rariable* Fonr leoonnaitre sa

richesse, un en fait dissoudr» une partie dans 9 parties d'acide solfnriqne concentré ; on étend la dissolution avec de l'eau, et on la décolore avec un hypochlorite alcalin titré : la quantité de réactif employée sera proportionnelle à la quantité de madère colorante oontenue dans Tlndigo.

VINGT-NBOVIÈMB LBÇON. 273

de base à la préparation du bleu de Saxe (sulfate dindigo) *. Pour risoler, on verse de l'acétate de potasse dans la liqueur bleue provenant de l'action de l'acide sulfurique sur l'indigo : il se forme aussitôt un dépôt de sulfoindigotate de potasse, qu'on lave avec une dissolution d'acétate de cette même base, puis avec de l'alcool.

Le sulfoindigotate de potasse dissous dans l'eau sert à préparer le sulfoindigotate de plomb, qui, décomposé par l'hydrogène sulfuré, met en liberté Vacide suif oindigoti que.

Vindigotine ( indigo pur ) , soumise à une action oxydante telle que celle de l'acide azotique ou de l'acide chromique, se combine avec deux molécules d'oxygène et passe à l'état d'isatine (C'*H*AzO^). Cette substance se présente sous la forme de cristaux mamelonnés, rougeâtres, neutres, peu solubles dans Peau fi-oide, très-solubles dans l'eau bouillante et dans l'alcool. Quoique volatile, Tisatine ne peut être distillée sans se décomposer en grande partie.

Pour préparer l'isatine, on traite par 600 à 700 grammes d'acide azotique \ kilogramme d'indigo tenu en suspension dans un peu d'eau ; on chauffe modérément le naélange jusqu'à ce qu'il soit devenu incolore : si, à ce moment, on l'étend d'une grande quantité d'eau, il donne lieu à un précipité d'isatine.

On peut aussi oxyder l'indigo en le soumettant à l'action simultanée du chlore et de l'eau; mais, dans ce cas, le produit est de J'isatine monochlorée (C'H^ClAzO*) etbichlorée (C*«H»Cl«AzO*). L'oxygène de l'eau sert à oxyder, et le chlore à modifier le produit de l'oxydation.

L'isatine a été fort étudiée dans ces derniers temps par MlVI. Laurent^ Herdman, Hoffman, etc., etc. Elle est devenue, entre les mains de ces savants, la source d'un grand nombre de nouveaux corps : à ce titre, elle mérite toute l'attention des chimistes.

En introduisant de l'indigo bien pur dans un mélange bouillant formé d'une partie d'acide azotique et de 10 à 45 parties d'eau, on obtient de Vacide indigotique, ou aniliquey dont la formule est C'*H»AzO'*.

La composition de cet acide montre que, dans ces circonstances, l'indigo, en s'oxydant , a perdu une partie de son carbone et a

1 . Oo prépare le bleu de Saxe, en versant sur un kilogramme d'indigo en poudre, un mélange formé d*nn kilogramme d*acide sulfurique de Nordhansen, et d'un kilogramme d'acide sulfurique ordinaire. Après 48 heures de contact, on chauffe la masse an bain-marie^ et Ton ajoute assez d'eau pour que la liqueur marque 18 degrés aréométriques. Le bleu de Saxe est employé en teinture.

^4 CHIMIE ÉLéMENTAItlE.

changé de type. En effet , on peut obtenir le même produit en traitant Tacide salicylique (C* H* 0*) par de l'acide azotique monohydraté : nouvel exemple de la filiation des molécules orga* niques dont je vous parlais dans la dernière leçon.

Vadde anilique cristallise en aiguilles jaunâtres, fusibles, peu solubles dans Teau froide, et dont la dissolution aqueuse se colore en rouge de sang par les persels de fer.

L'indigo, soumis à l'action de la potasse et de Tair, perd une partie de son carbone, s'assimile les éléments de l'eau et passe à l'état d'acide anthranilique ( C** H' Az 0* ). Cet acide cristallise en lames brillantes ou en aiguilles à quatre et six pans ; chauffé brusquement , il se dédouble en acide carbonique et en un alcaloïde volatil , V aniline (C«* H' Az).

Jusqu'à présent , nous avons considéré l'indigo sous l'action des influences oxydantes : voyons-le maintenant sous des influences réductrices.

Si l'on conserve pendant quelque temps, à l'abri du contact de l'air, un mélange d'indigo, de chaux, de protosulfate de fer et d'eau chaude , on voit que la couleur bleue disparaît et qu'en même temps il se forme du sulfate de peroxyde de fer ; si on décante la liqueur limpide et si on la sature avec un acide, elle dépose des flocons grisâtres, que l'air bleuit et fait passer à l'état d'indigo.

Ainsi , sous l'influence du protosulfate de fer, l'indigo se décolore et devient soluble dans les àlcahs. Expliquons ces phéno^ mènes :

Si on abrite de l'action de l'air les flocons grisâtres, que les acides ont fait déposer en saturant la chaux ; si , après les avoir desséchés dans le vide, on les analyse, on trouve qu'ils contiennent une molécule d'hydrogène de plus que l'indigo : leur formule est donc C'*H' AzO*; ils constituent ce que l'on appelle V indigo blanc.

Puisque le protosulfate de fer est passé à l'état de persulfate et que l'indigo n'a pas perdu d'oxygène, il paraîtrait qu'il y a eu dé^ composition d'une molécule d'eau, dont l oxygène se serait fixé sur le protoxyde de fer et l'hydrogène sur l'indigo. Mais on peut dire également que l'indigo a abandonné aux corps réducteurs une molécule de son oxygène et qu'il s'est assimilé les éléments d'une molécule d'eau.

C««H»AzO» — 0 + HO=C««H«AzO*

Indigo bleu. Indigo bUnc.

On pourra faire le même raisonnement lorsqu'on voudra expli-

quer la formation de l'indigo blatic par Faction du glucose et des alcalis. Nous savons que, pour préparer Vîndigotine par la méthode de M. Frilzsche, on laisse agir, à Tabri de Tair, sur de Tindigo ordinaire une dissolution de glucose et de soude ; dès que la liqueur s'est décolorée, il est évident qu'elle ne renferme plus que de rindigo blanc. Cette transformation peut être aussi bien le résultat de la fixation de l'hydrogène du glucose sur l'indigo, que de l'oxydation du glucose par l'oxygène de l'indigo lui-même ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se forme dé l'acide formique, qui est un des produits de l'oxydation des sucres. La formation de l'indigo b)anc, sous l'influence de la fermentation putride, pourrait à son tour être interprétée de la même manière.

Si l'on considère donc l'indigo blanc comme l'indigo ordinaire désoxydé, il faut lui donner la formule suivante : C**H' AzO, HO, formule qui se concilierait assez avec les propriétés quelque peu acides de cette substance.

L'indigo blanc est solide, cristallin, fibreux, soyeux, plus dense que l'eau, inodore, insipide, sans action sur le papier de tournesol , insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'élber, auxquels il communique une couleur jaune ; il ne s'unit pas aux acides faibles; avec l'ammoniaque^ les alcalis et les terres alcalines, il forme des combinaisons jaunes, qu'on né connaît qu'à l'état de dissolution. C'est sous cette dernière forme que l'indigo sert en teinture : de sorte que l'on peut dire que le bleu indigo n'est pas appliqué directement aux étoffes ; celles-ci sont d'abord imprégnées d'indigo blanc dissous, que l'air bleuit plus tard.

Voici comment , d'après M. Dumas, on prépare l'indigo blanc : on place dans un petit tonneau d'un hectoUtre de capacité, 500 grammes d'indigo ordinaire, 4 kilogramme de sulfate de fer et 4 kil. , 500 de chaux ; ensuite le tonneau est rempli d'eau chaude et fermé hermétiquement ; au bout de deux jours, on fait passer, à l'aide d'un siphon, la liqueur claire dans des flacons de 8 à 4 litres, contenant de l'acide carbonique au lieu d'air ; quand les flacons sont presque pleins, on en achève le remplissage avec de l'acide chlorhydrique étendu et bouillant ; on bouche immédiatement les flacons et on les submerge dans une cuve pleine d'eau ; dès que le dépôt s'est bien formé, on les retire de l'eau ; on enlève, à l'aide d'un siphon, autant de liquide que l'on peut enlever ; on jette le dépôt sur un filtre, on le lave avec de l'eau longtemps bouillie et refroidie dans des flacons fermés et immergés sous l'eau ; on retire de dessus le filtre le dépôt encore humide, on Tétale sur une assiette et on le porte dans le vide de la machine pneumatique ; dès qu'il est sec, on fait entrer de l'acide

carbonique dans le récipient de la machine et on l'introduit rapidement dans un flacon bien sec et pouvant être fermé hermétiquement.

En résumé, l'indigo peut , sans changer de type, contracter des combinaisons {acides su/fopurpurique et sulfoîndigotique) y s'oxyder [isatine] et se réduire [indigo blanc). Lorsque son oxydation est poussée au delà de certaines limites, l'indigo change de type, parce qu'une partie de son carbone est brûlée ( acides indigotique et anthranilique).

Les transformations immédiates et directes de l'indigo se réduisent aux suivantes :

Parractionderac. siilfur. j Acide sulfopiin>unq«e. ^O^H^AïO» SO^ \

lAcidesulfomdigoti(ïiie.=G««H*A2 S»0» i

, /Alcali glucosiqiie.... . f

L/*1? î Fermentation putride Indigo blanc = C'*H«Az 0^ } ^^P® .

réductiYes. . \ Protosulfate de fer. . ) ( «o«^s«'^«-

I Ac. azotique tiède... ), ^. nii,rrM /v« 1

Fardes actions) Acide chromique.... r^**^^« =C«WA2 0^ ]

oxydantes.. J A. azotique bouillant. A. indigotiq. = G'^H^Az 0'* ) Type

( Potasse A.anthraniliq = G*«H'A2 0* j changé.

Après Viniigofera argentea, une des plantes les plus utiles aux teinturiers, à cause de sa racine, est la rubia linctorum^ ou garance ( famille des rubiacées ) .

La garance, ou alizeri^ est cultivée dans le Levant, dans les Indes orientales et dans plusieurs contrées occidentales de l'Europe, surtout en Hollande, en France, et notamment en Alsace et dans le comtat d'Avignon.

D'après les recherches de M. Decaisne, il paraît que, tant que la racine de cette plante vit et reste intacte, elle ne contient qu'un liquide jaune d'autant plus foncé et plus abondant, que l'âge de la plante est plus avancé ; que, par l'action de l'air, après la cessation de la vie, le liquide Jaune se trouble, prend une couleur rouge et devient granuleux.

D'après ces faits, il semble probable que les différentes matières colorantes que l'on retire de la racine de garance ne sont que les modifications d'un principe unique qui serait peu coloré par luimême.

De toutes les matières colorantes que Ton peut tirer de la garance, Valizarine seule présente une individuahté incontestable et tous les caractères d'un corps bien défini et bien caractérisé ; elle se présente sous forme de petites aiguilles rouges orangées ; elle est inodore, insipide, soluble dans 1 éther et l'alcool, beaucoup

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moins soluble dans Teau bouillante et à peine dans l'eau froide ; sa solubilité diminue considérablement en présence des acides.

L'alizarine se sublime sans résidu, donne avec les alcalis des dissolutions de couleur pensée, dans lesquelles l'eau de chaux et de barite déterminent un précipité bleu ; elle est soluble dans l'acide sulfurique , la solution est d'un rouge brun ; l'eau en précipite l'alizarine en flocons clairs ; elle ne se dissout pas ou presque pas dans l'eau chargée d'alun ; cependant , la dissolution bouillante prend une teinte rouge jaunâtre sans intensité : fait remarquable, car une dissolution de ce sel , en agissant sur la racine de garance ou sur un de ces produits, dissout assez du principe colorant rouge pour donner une belle iaque, lorsqu'on y verse un alcali.

L'alizarine, dont la composition peut être représentée par çto H* 0*, ' se transforme, sous l'influence de l'acide azotique faible et bouillant, en acide alizarique ; acide qui, d'après M. Gerhardt , serait identique avec Vacîde phtaliqtte (C"H'0') . ■

Pour obtenir l'alizarine, on mêle de la garance en poudre avec les f de son poids d'acide sulfurique concentré, en ayant soin d'ajouter l'acide par petites portions à la fois et en remuant sans cesse la masse pour éviter une trop grande élévation de température : au bout de quelques jours, on jette le mélange dans l'eau et on lui enlève l'acide par des lavages répétés : le résidu, que Robiquet et Colin ont appelé charbon sulfurique, n'est autre chose que de la matière charbonneuse imprégnée d'alizarine ; on le lave avec de l'alcool ordinaire et froid , puis on l'épuisé avec de l'alcool bouillant : le premier dissout des matières grasses, le second de l'alizarine : la dissolution alcoolique bouillante est étendue avec beaucoup d'eau, puis distillée pour en séparer l'alcool ; on jettera le résidu de la distillation sur un filtre qui retiendra l'alizarine. Quand on veut obtenir cette substance parfaitement pure, on l'introduit dans une cornue et on la chauffe à + 250** : l'alizarine se sublime et va se déposer dans les parties froides de l'appareil , sous forme de longues aiguilles rouges ou oranges, suivant qu'elles seront fortes ou ténues. Pour avoir ces aiguilles parfaitement pures, il suffit de les laver à l'éther, qui les débarrasse d'un peu d'huile empyreumatique.

L'alizarine donne, avec les tissus mordancés, toutes les nuances, tous les tons que donne la garance elle-même.

4 . Cette fonnnle est empruntée aux trayanx de MM. "Wollf et Strecker. 2. On prépare Tacide pbtaliqiie en traitant le perchlorare de naphtaline (C**fl*Cl<) par Tacide azotiqne.

278 CHIMIE ÉLÉMBXTAIRE.

Lorsqu'on fait boiiilliF, avec une dissolution concentrée d'alun, la garance préalablement lavée à Teau, on obtient une liqueur fortement colorée qui , en se refroidissant , d^[K)6e une substance rouge brun ; la liqueur claire, mêlée avec un peu d'acide sulfurique, laisse déposer à son tour une autre substance colorante qui renferme beaucoup de purpurine ou de pourpre de garance. Pour isoler ce dernier produit , on dissout dans l'alcool le dépôt dont elle fait partie, après l'avoir successivement lavé avec de l'acide clilorhydrique faible et bouillant, puis avec de l'eau froide : la liqueur alcoolique est évaporée ; le résidu est traité, à plusieurs reprises, par de l'éther, qui dissout la purpurine.

Cette substance est une poudre d'un rouge vif, fusible à -f ^t^*', insoluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'eau bouillante, dans Talcool et l'éther; elle est colorée en rouge groseille par les alcalis ; ses dissolutions sont précipitées par les terres alcalines ; elle est soluble dans l'eau d'alun, à laquelle elle donne une belle couleur rouge rosée : cette propriété la distingue de l'alizarine, que l'eau d'alun ne dissout presque pas.

La purpurine a pour formule C*® H* 0*. Quand on la distille, elle se volatilise en partie et donne naissance à des cristaux rouges dont la composition est C^ H^ 0*', traitée par l'acide azotique, elle donne de l'acide alizarique et de l'acide oxalique.

Les tissus mordancés, trempés dans une dissolution de purpurine, prennent une teinte rose très-brillante, mais moins solide que celle qui provient de l'alizarine.

On a aussi retiré de la racine de garance un autre principe colorant qu'on appelle rouge de garance. Il se trouve dans le dépôt brun auquel donne lieu, en se refroidissant, la décoction de la racine. Le rouge de garance est peii soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'éther ; il donne, avec les alcalis fixes, une dissolution violette ; avec l'ammoniaque, une dissolution rouge ; chauffé à -|- 225o, il laisse sublimer des cristaux d'un beau jaune rouge.

Des trois matières colorantes dont nous venons de passer en revue les principales propriétés, l'alizarine seule présente de l'intérêt au chimiste, parce qu'elle a tous le? caractères d'une substance pure.

D'après M. Runge, la racine de garance contiendrait six principes colorants différents ; d'après M. Schuncke *, elle n'en contien-

1. Tout récemment M. Schuncke a déclaré devant la Société royale de Londres que Talizarine est le seul principe colorant de la garance ; que la purpurine, U ronge de garance, et autres corps analogues, ne doivent leurs propriétés comme mati?>res colorantes qu'à la présence de l'alizarine.

VINGT-NEDVISME LEÇON. 279

drait que deux ; mais lorsqu'on discute toutes ces assertions, on arrive toujours à conclure que, Talizarine exceptée, tous ces corps, quel que soit leur nombre, sont des mélanges ou des produits d'altération.

Depuis quelques années, on trouve dans le commerce deux substances connues sous le nom de garancine et de colorine. La première est tout simplement le charbon sulfurique de Robiquet et Colin, auquel on a enlevé les dernières traces d'acide par des lavages réitérés. Il parait que Ton fabrique plusieurs variétés de garancine, car il y en a qui , à égalité de poids, représentent quatre fois la valeur de la garance, tandis que d'autres ne la représentent que deux fois et demie.

La garancine a un grand avantage sur la garance, d'abord parce qu'elle ne change pas les blancs comme cette dernière, ensuite parce que les nuances qu'elle donne sont plus vives et plus pures que celles qui proviennent de la racine.

La colorine n'est que le résidu de la distillation des eaux de lavage du charbon sulfurique. Ce résidu est de Talizarine mêlée d'un peu de matière grasse; on le délaie dans l'eau, oh le presse, puis on le dessèche et on le pulvérise. La colorine a l'aspect d'une poudre jaune d'ocre, sans odeur ni saveur ; elle est douée des propriétés chimiques de l'alizarine.

Il en est des matières colorantes des lichens comme de celles de la garance : ni les unes, ni les autres ne préexistent dans les plantes qui servent à les préparer.

Lorsque après avoir écrasé certaines espèces de lichens, parmi lesquelles on distingue celles qui appartiennent aux genres lécauora^ variotaria^ roccella* evemia, on les fait macérer dans des caisses en bois avec un mélange d'urine et d'ammoniaque, ou d'urine et de chaux, et une petite quantité d'acide arsénieux et d'alun ; si on les brasse souvent et si on les entretient à une température de + 25'^ à -f 30°, on obtient , au bout de trois semaines à un mois, une matière colorante connue dans le commerce sous le nom û'orseille en pâte^ que Ton conserve dans des tonneaux.

Lorsque cette pâte est desséchée et réduite en poudre très-fine, elle porte le nom de cud-beard^ ou persio.

On trouve encore dans le commerce le carmin (Torseille^ qu'on prépare en évaporant à consistance d'extrait, les eaux qui ont servi à épuiser l'orseille en pâte.

M. Kane a tiré de Torseille un acide couleur pourpre ( acide erythroleîqne) et deux matières neutres, Vazoérgthrine et l'orcéine : la première a une couleur d'un rouge vineux ; la seconde est violette lorsqu'elle est dissoute dans les alcalis.

i80 CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.

La couleur de l'orseille est généralement violette, susceptible d'ailleurs d'être modifiée, comme toutes les couleurs végétales, par les alcalis et les acides ; ses teintes sont vives et éclatantes, mais elles manquent de solidité, et les mordants ne lui en communiquent guère. Jusqu'à présent, cette matière colorante n'a été appliquée avec succès qu'à la laine et à la soie.

On connaît deux sortes de tournesol , le tournesol en pains et le tournesol en drapeaux. Le premier se prépare avec les mêmes lichens qui fournissent Vorseiile; après les avoir séchés et pulvérisés, on les met dans des auges avec la moitié de leur poids de potasse du commerce et assez d'uiine pour en former une pâte molle ; bientôt la masse entre en fermentation ; on ajoute de l'urine au fur et à mesure que ce liquide est absorbé ou s'évapore, et jusqu'à ce que la pâte soit devenue d'un bleu foncé ; on introduit alors assez de craie en poudre pour que la masse prenne une consistance plastique et puisse être moulée en petits pains parallélipipédiques, que l'on fait sécher à l'ombre.

Le tournesol communique à l'eau et à l'alcool une teinte bleue, que les acides très-faibles (acide borique, acide carbonique, etc.) font virer au rouge vineux, et les acides forts au rouge pelure d'oignon. Le tournesol ou ses infusions rougies par un acide reviennent au bleu sous l'influence des alcalis. M. Kane a extrait du tournesol quatre matières colorantes ; M. Gelis en a extrait encore, davantage. Le tournesol est employé particulièrement comme réactif par les chimistes ; il ne sert pas aux teinturiers.

On appelle tournesol en drapeaux des chiffons teints en bleu violet par le suc de la maurelie (croton tinctorium). On écrase sous le pilon le sommet de cette plante, on en extrait le suc au moyen d'une presse et on y trempe des chiffons, qu'on expose ensuite dans des cuves où se trouve un mélange de chaux et d'urine putréfiée ; en d'autres termes, on les expose à des exhalaisons ammoniacales : la couleur fixée sur ces chiffons est ensuite enlevée, et on l'emploie à colorer l'extérieur des fromages de Hollande et à teindre en bleu les papiers qui servent d'enveloppe aux pains de sucre.

Le tournesol en drapeaux est bleu : les acides lui donnent une teinte rouge que l'ammoniaque ne change pas.

Arrivons aux principes qui , incolores dans les lichens, deviennent , par des modifications ultérieures, les matières colorantes du tournesol et de l'orseille.

Lorsqu'on traite la variolaria dealbafa par l'alcool bouillant , on obtient une solution qui , évaporée jusqu'à siccité, laisse un résidu composé principalement de deux matières, l'une soluble dansl'éther, l'autre dans l'eau. La première, c*esi là variolarine^

VINGT^NEDVIÈME LCÇON. 28f

qui cristottise en aiguilles blanches et qui n'a polir nous aucun intérêt ; la seconde est Vorcine. Cette substance crietalliae engros prismes quadrangulaires réguliers, légèrement colorés ; elle a une saveur sucrée, fond à + ^OO**, distille à + 287* ; la densité de sa vapeur est 5,7 ; sa composition est C** H' 0* + 2 aq.

Avant d'examiner le:^ intéressantes métamorphoses de cette substance, je dois faire observer que le procédé le plus suivi pour préparer Vorcine consiste à faire houMr .V acide lecanorigue. avec de Teau de chaux ou de barite. L'action terminée, l'orcine se trouve dans la liqueur. Si j'ai commencé par indiquer un procédé de préparation qui est inusité, c'est que j'ai voulu établir que l'orcine, contrairement aux assertions des auteurs les plus modernes, préexiste dans certains lichens et n'est pas toujours le produit d'une décomposition.

Le perchlorure de fer donne lieu, dans la dissolution d'orcine, à un précipité rouge foncé tirant sur le noir.

Le brome enlève à l'orciiie trois molécules d'hydrogène qu'il remplace : on obtient ainsi la bromorcine (C* H" Br' 0* ).

L'oxygène, Teau et l'ammoniaque paraissent n'exercer séparément aucune action sur l'orcine ; mais, réunis, ils la transforment en orcéine. Pour préparer cette dernière substance, on met de l'orcine en poudre dans une petite capsule, qu'on place sur un verre a pied contenant un peu d'ammoniaque concentrée ; on recouvre le tout avec une cloche : en vingt-quatre heures, l'orcine devient brune et acquiert la propriété de devenir violette par l'action de l'air, de donner à l'eau ammoniacale la couleur pensée et à l'eau alcaline une couleur rouge violacée. Le sulfhydrate d'ammoniaque fait disparaître la couleur de l'eau ammoniacale ; l'air la fait reparaître. La dissolution alcoolique d' orcéine est d'un beau rouge écarlate.

Vorcéine a pour formule C** H' AzO* ; on s'explique sa formation par l'équation suivante : .

C«* H* 0* + 0* + H» Az= 4 HO -+- C" H' Az 0*

Oroine. Orcéine.

Il existe une telle relation entre Vorcine et la lécanorine. qu'on ne peut parler de l'une sans parler de l'autre.

la lécanorine, ou acide lécanorique, est le produit de l'action de l'éther sur la levanora parella; elle est cristalline, blanche, sduble dans 250 parties d'eau bouillante, plus soluble dans l'alcool et l'éther ; sa dissolution alcoolique est colorée en pourpre foncé par fe perchlorure de fer ; sa formule est C'* H* 0*. Lorsqu'on II. <6.

tèi CHIMIE ÉLBMBlf TAIRE.

h\i bouillir cet acide avec de Teau de barite, il se dédouble en acide carbonique et ordne :

C«« H» 0* ^ \ ^" ^* ^* ^ ^^*®® Ac.Iéc«ar^ae.. \ ^* ^* = Acide carboniquc.

Par faction de Talcool , Tacide lécanorique s^étbériGe et passe à rétat de pseuderythrine^ ou éther lécanorique^ lequel , sous l'action des alcalis, s'assimile les éléments de Teau et se décompose en alcool , acide carbonique et orcine :

( C«* H* 0*= Orcine.

C*H»0,C'»H'0'+«HO==: c* H*0* = Alcool.

Éther lécanorique. | Qi Q4 ^ j^^idc carboniquc.

On peut également obtenir Torcine par voie ignée en distillant de V acide ery trique (C"®H**0*®). On prépare cet acide en traitant par de Teau bouillante la lecanora parella^ ou la rocelia monta gnei^ ou bien encore V acide évernique, que Ion extrait de Vevernia prunastri.

On a appelé heta-orcine une matière qui a quelque analogie avec lorcine, sous le double rapport de la provenance et de quelques réactions.

Les différentes espèces d'usnea^ traitées par Téther, lui abandonnent un acide jaune, cristallisable en prismes et fusible à + 200'*, que Ton a nommé acide usnique (C*'H''0'*); distille-t-on cet acide, on obtient la beta-orcine (C**H**0'°) sous forme de prismes terminés par des pyramides tronquées par de nombreuses facettes.

Lorsqu'on met la beta-orcine en lonlact avec certaines dissolutions, elle développe des colorations tn s-vives ({ui diffèrent de celle (jne l'orcine produit dans les mêmes circonstances ; en effet :

Orciiic. - Beta«orcine. .

AmiDoniaque rouge brun ronge sang.

Potasse on son carbonate pourpre riche.

Hypocblorite de cbaax roage-TÎoIet rouge sang.

On a encore tiré plusieurs substances cristallisables des lichens, de l'orseille et du tournesol ; mais comme on n'est pas parvenu à bien déterminer leur fdiation et à découvrir le lien qui les rat* tache, leur étude ne peut nous intéresser.

D'après ce que nous venons d'apprendre, il parait que l'orc/iw

VINGT-NEUViàME LEÇON. 28.1

est un des principes immédiats des licbeas qui jouent le principal rôle dans la formation de Vorseille et du tournesol. Les modifica* lions qu'elle éprouve sous rinfluence simultanée de l'eau, de Tammoniaque et de Tair, nous rendent compte du procédé pratiqué pour la préparation de ces deux matières colorantes. Il est évident que l'urine n'y est employée que comme source d'ammoniaque, et comme l'urine renferme aussi des matières putrescibles qui pourraient, en s'altérant, entraîner la décomposition des principes cnrganiqueS des lichens, on prévient leur altération en faisant inter* venir des antiseptiques, tels que Valun et V acide arsénieux^.

L'ammoniaque, par son action sur l'oreine, étant donc la princi-» pale cause de la coloration de l'orseille, il est natui^l que, pour préparer cette matière colorante, l'on ait songé à abandonner l'emploi dégoûtant de l'urine. Déjà beaucoup de fabricants français, et depuis longtemps spresque tous ceux d^outre-Manche, ne {ont usage que d'ammoniaque, et rendent de cette manière le procédé moins insalubre.

C'est encore à l'action de l'ammoniaque et de l'air que le principe cristallisable du bois de Campéche doit le changement qui en fait une matière colorante.

Lorsqu'on traite par l'éther l'extrait aqueux du bois de Campéche^ on obtient une liqueur qui, convenablement évaporée, abandonne Vhématine (hématoxyline) en prismes tétraédriques rectangulaires. Cette substance a un6 couleur qui varie du jaune paille au jaune de miel ; sa saveur est douceâtre et rappelle celle du jus de réglisse ; elle est soluble daiis l'alcool, l'éther et l'eau; lorsqu'elle cristallise dans ce dernier liquide, elle s'hydrate, et sa formule est alors C'« H» 0' -i- 2 aq.

Vhématine, soumise à l'action simultanée de l'air et de l'ammoniaque, devient rouge et passe à l'état d'hématéine (C**H*0*), substance dont la composition ne diffère de celle de Vhématine que par deux équivalents d'hydrogène et un équivalent d'oxygène de moins.

Hématine. Ilématéise.

Comme l'Aewa^^inc n'est pas azotée, on voit que l'ammoniaque, en agissant sur Vhémaffne, se borne à solliciter l'action de l'oxygène. La transformation est si prompte, que M. Erdman a pensé

1 . Ces deux substances ne sont pas toujours suffisantes : aussi est-on souvent obligé d'ajolîtcp à rorsfille en pâte nn pen dVaryde rouge ie mtrevre ("Hg 0) qui est un antiputride kèE-poiasaiit.

2^4 CHIMIE BLÉMENTAIRK.

qu'on pourrait l'atiliser pour découvrir dans Tair la présence de rammoniaque : en effet , les moindres traces de ce gaz sont accusées par une coloration rouge qui se manifeste à partir des borda de la capsule où se trouve la dissolution d*hémaféine.

Vhématéine est une substance grenue, cristalline, d'an noir violacé à reflet métallique ; elle se dissout dans Teau et la colore en pourpre foncé ; l'acide acétique la précipite de sa dissolution aqueuse, et l'hydrogène sulfuré la ramène à l'état d'hématine; elle précipite en bleu les sels de plomb et de cuivre ; enfin, sa disses lution ammoniacale, mélée< à la plupart des dissolutions métalliques» donne naissance à des laques bleues ou violettes.

Les bois du Brésil, de Feirnamboac, de Sainte- Marthe, de Sapan, renferment aussi une matière cristallisable, la brésWne^ qui , sous Tinfluence simultanée de Tammoniaque et de l'air, de^ vient d'un beau pourpre foncé et passe à l'état de brésHéine.

Comme on n'a pas encore analysé ces deux matières, on ignore de quelle manière l'une se rattache à l'autre.

Tous ces bois sont employés pour la teinture en rouge. Les plus estimés proviennent du Brésil , de la Jamaïque, des Indes orientales, de la Chine, de Siam, de Manille, de Gàban, etc., etc. On les désigne dans le commerce sous le nom des pays d'où on les tire ; celui de Fernambouc ( Amérique du sud ) renferme la plus belle qualité et la plus grande quantité de matière colorante : le meilleur vient du gouvernement de Paraïbo. Le bois du Brésil contient presque la moitié moins de matière colorante que le bois précédent, et il en contient d'autant plus qu'il est plus âgé : aussi les jeunes troncs sûnt presque blancs ; avec le temps, ils passent au rouge et au rouge brun. Le bois de Sapan est employé dans l'Inde orientale, depuis un temps immémorial , pour teindre en rouge : le meilleur est celui qui nous arrive de Siam. Le Sainte-Marthe est presque aussi lourd que le Fernambouc, mais il ne renferme qu'un tiers environ d'une matière colorante qui n'est ni aussi belle, ni aussi durable : on le trouve dans le commerce sous forme de bâtons foncés, gros comme le bras, très-torlueux et remplis de trous d'un rouge pâle beaucoup plus foncé au centre qu'à la surface. Le Campêche est sous forme de bûches rouges qui deviennent noires quand on les coupe : trempé dans l'eau, il donne une teinture si forte, qu'elle peut servir d'encre.

Parmi les bois qui servent à la teinture en rouge, il faut nommer le bois de santal; il est dur, sec, éclatant avec facilite, et d'un rouge moins foncé que le Fernambouc ; il ne renferme ni héittn- Une y ni btéailine, mais bien une matière rouge, résinoïde de nature complexe et que Ton nomme sa n/a/inr. -La. teinture

de ce bois est rouge ; les alcalis la font passer au rouge violet.

Les fleurs du carthamus tinctorius^ ou carthanie^ renferment deux matières colorantes, l'une jaune, Tautre rouge; cette dernière porte le nom de carihamine; elle a l'aspect d'une poudre d'un rouge foncé avec chatoiement verdàtre ; sa dissolution alcoolique est pourpre.

D'après M. Schlieper, elle a pour formule C** H* 0' ; en absorbant de l'oxygène, elle devient C"H*0% ou bien C**H»0*«.« .

La carihamine donne aux étoffes une teinte rose de la plu» grande fraîcheur. Pour l'appliquer, on enlève d'abord au carthame, au moyen de l'eau, sa matière colorante jaune ; ensuite on dissout la carthamine dans un carbonate alcalin et on la préci-* pite sur l'étoffe au moyen d'un acide.

Vorcanette employée pour colorer en rouge les matières grasses, est la racine du lithospermum Hnctorium^ plante qui croît spontanément en Provence et en Languedoc. Le principe colorant se trouve dans la partie corticale, d'où on le retire au moyen de l'éther. Les alcalis forment avec lui des solutions colo* rées, qui sont précipitées en bleu par l'acétate de plomb, en cramoisi par le chlorure d'étain, en violet par les sels de fer et d'alumine. . . .

La solution alcoolique d'orcanette^ mêlée avec de l'eau bouillante, passe du rouge au violet et vire au bleu par la concentration ; évaporée à sec, elle laisse une matière noire qui colore l'alcool et l'éther en lilas, les huiles en bleu ; elle est bleuie par les alcalis et verdie par les acides.

Toutes les matières colorantes que nous venons de passer en revue servent à produire des teintes comprises entre le bleu et le rou^e. Nous allons maintenant examiner celles qui servent à produire les teintes jaunes, et , comme transition, nous commencerons par le rocou, qui donne \gs jaunes orangé.^»

La chair rougeâtre des fruits du bixa orellana est connue sous le nom de rocou. Cette matière nous vient de l'Amérique espa* gnole, du Brésil et des Indes orientales, sous forme du pâte molle d'un rouge vif.

&1 . Preisser en a retiré un principe cristallisable, la àixine, en traitant la dissolution de rocou par de l'hydrate d'oxyde de plomb La laque qui se dépose est suspendue dans Teau, que

i. Tout récemment nn chimiste italien, M. GoU, a employé, pour teindre la soie en rose de plusieurs nnances, une moisissure couleur carmin (un animalcule, le mono» prodigiota d^Ehrenberg, on bien un champignon, le zoogalaclina inselropha de Lette), qui se développe sur diverses substances alimentaires et qui se reproduit facilement sur le ris cuit.

386 AiiiMiB Albmbntairk.

traverse un courant d'hydrogène sulfuré : il se forme alors du sulfure de plomb, et la bixine reste dans Teau, d*où on Textrait par évaporation.

La biœine cristallise en aiguilles un peu jaunâtres ; elle a un goût amer et désagréable; elle est volatile, soluble dans Teau, Talcool et Téther ; abandonnée pendant longtemps à Tair, elle prend une teinte jaune sans mélange de rouge ; sous l'action simultanée de Toxygène et de Tammoniaque, elle passe à Tétat de bixéine en se colorant en rouge foncé.

> On sait que, pour donner au rocou une nuance d'un rouge plus intense, on le pétrit de temps en temps avec de Turine. Ëvidem> ment, cette dernière substance agit par son ammoniaque, car l'intérieur de la pâte du rocou est jaune, tandis que l'extérieur, qui éprouve l'action de l'air, est rouge.

Le rocou n'est guère employé que dans la teinture du coton et de la soie, pour faire des fonds de couleur orange. ' La luteoUne, découverte par M. Chevreul dans la reseda luteoia (gaude) , est une matière colorante précieuse par la beauté et la solidité de la teinte jaune qu'elle communique aux étoffes alunées ; elle est sous forme de paillettes blanches, solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther ; sa saveur est douceâtre, avec un arrièregoût légèrement amer : elle est volatile et se sublime en aiguilles d'un jaune d'or. Les alcalis colorent sa solution en beau jaune foncé, et, au bout de vingt-quatre heures, la liqueur a déposé toute la matière colorante. Les terres alcalines se comportent de la même manière que les alcalis : aussi , quand on filtre sur du papier non lavé à l'acide une solution presque incolore de luteoiine , voit-on , au bout de deux heures, le papier entièrement teint en jaune vif; sous l'influence des alcalis, elle absorbe l'oxygène de l'air et brunit. On ne connaît pas encore sa composition.

On doit encore à M. Chevreul la découverte de la quercUrine, Il a tiré cette matière du qver citron, ou qvercvs thirtorin (Michaux). C'est une substance cristalline, jaune, u'une saveur légèrement sucrée, avec arrière-goût amer ; elle est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther ; sa composition peut être représentée par la formule C*' H* Ô*®. Les alcalis la font passer au vert , puis au jaune rouge; elle est précipitée en jaune par l'acétate de plomb, le protochlorure d'étain, l'acétate de cuivre.

Une solution de quercitrine, que l'on fait bouillir dans une capsule, se trouble et dépose la quercitréine en petits cristaux aiguillés.

Le qutrcUroti est employé dans la teinture des toiles de coton ;

VINGT-NRUVIÈME LIÇON. 2S7

il a sur la gaude l'avantage de ne pas se fixer d'une manière sensible sur les parties non mordancées de l'étoffe.

Le bois jaune provient du morvs tinctoria^ arbre originaire du Brésil et des Antilles. On le trouve dans le commerce sou6 forme de grosses bûches jaunes «ans mélange de rouge ; sa décoction a une couleur orange vif tant qu'elle est chaude ; en se refroidissant , elle se trouble et dépose une matière pulvérulente jaune, que M. Chevreul a nommée morin. Cette substance^ d'après les expériences de M. Wagner, est un mélange de deux matières colorantes isomères : V acide morintannique (C'*H*0'*) et le morin comb'né avec la chaux ( morinate de chaux) :

CaO,C»«H«»0«».

M. Wagner obtient le monn pur en décomposant la solution alcoolique de morin ordinaire par l'acide oxalique ; il filtre et ajoute à la liqueur alcoolique filtrée une quantité notable d'eau : le morin se sépare sous forme d'une poudre blanche cristalline que Tair jaunit.

Toutes les c<»nbinaisons du morin avec les bases sont jaunes ; sa dissolution ammoniacale brunit à l'air et finit par donner nais^ sance à des matières humiques.

Le perchlorure de fer produit une coloration grenat dans une solution aqueuse de morin et peut servir à reconnaître la pureté de cette substance, car la présence d'une trace di* acide morin" tannique donne lieu à une coloration d'un vert noir.

À + 300", le morin noircit, dégage de V acide carbonique, de Vacidephénique (C'*H«0*) et deV acide oxyphénique (C««H«0*).

Vadde morintannique, qui reste en dissolution lors de la préparation du morin, constitue la plus grande partie du dép6t qu'on observe au centre des blocs de bois jaune. M. Wagner l'isole en traitant ce dépôt par l'eau bouillante : l'acide se dépose par le refroidissement ; on le purifie par plusieurs cristallisations dans l'eau; cet acide a une saveur douceâtre styptique;- il est trèssoluble dans l'alcool et l'éther; dissous à froid dans l'acide su!furique et abandonné pendant quelque temps à lui-même, il engendre Vacide ru/hnorique (C**H'0*), substance cristalline rouge brique, qui donne, avec l'ammoniaque, une très-belte coloration pourpre.

Chauffé à une douce température, Vacide morintannique se décompose et donne les mêmes produits que le morin.

Le bois jaune se distingue de la gaude et du quercitron en ce que ses matières colorantes se fixent sur le coton non mordancé ;

il est employé pour teindre la laine en vert, concurremment avec Tacide sulfoindigotique ; en vert olive ou feuille de myrte, avec l'indigo blanc ; en bronze, avec ce même indigo, la gaude, la garance, Talun et le sulfate de fer ; en noir, avec le Gampéche, le iartre et les sulfates de fer et de cuivre

Sous le nom de purrée ou de jaune indien^ il arrive de la Chine et des Indes une substance colorante jaune, soluble dans Teau, l'alcool et les alcalis.

Lorsqu'on verse de l'acide chlorhydrique sur une dissolution àe jaune indien^ il se forme de ïacide euxanthiqve (C*'H'*0") qui , convenablement purifié , cristallise en longues aiguilles soyeuses de couleur jaunâtre ; sa saveur est d'abord douce, puis amère ; il se colore en jaune foncé sous l'influence des alcalis ; soumis à la distillation, il perd de l'eau, de l'acide carbonique, et se transforme en euxanthone ( G** H" 0*' ).

Le chlore, le brome, l'hypoazotide modifient par substitution Va>cide euxanthique et Vevxanthone^ et ils les transforment en plusieurs nouveaux corps sans intérêt pour nous.

Je pourrais encore vous parler de plusieurs autres matières tinctoriales jaunes, telles que la sarrette, ou herbe jaune, le génestroley ou genêt, la graine d^Jvfgnon, ou nerprun, le fustet, le curcuma, etc., etc., mais le peu que l'on sait sur la nature de leurs véritables principes actifs m'en dispense. Geux qui voudraient de plus amples détails à cet égard n'auront qu'à consulter lès Leçons de Chimie appliquée à la teinture^ par M. Ghevreul.

Il résulte de ce que nous avons vu que les matières dites colorantes sont naturellement presque toutes incolores, et que c'est par Taction successive ou simultanée de l'oxygène et des alcalis qu'elles acquièrent les propriétés qui nous les rendent si précieuses. Voilà le trait culminant de leur histoire.

Je vous parlerai encore, comme appendice aux matières colorantes végétales, de la cochenille, qui provient du règne animal.

La cochenille ( coccus cacti ) est un insecte que l'on trouve sur les nopaU, ou cactUrs-raquetles ; elle fournit à la teinture les plus belles couleurs rouges. Suivant M. de la Rue, on y trouve deux matières colorantes : ï acide carminique (C**H'*0'*) et une matière azotée (G*' H*' AzO*) à laquelle il n'a pas donné de nom.

Pour préparer lacide carminique, on épuise la cochenille par l'eau bouillante : le liquide, concentré par l'évaporation, est précipité par le sous-acétate de plomb, qu'on évite d'employer en excès ; on lave le dépôt par l'eau distillée et on le décompose par

TirfGT-NBUVièME LRÇON. 2S9

lliydrogène sulfuré ; on sépare le sulfure de plomb et on évapore la liqueur rouge, qui laisse un résidu couleur pourpre, dont on extrait V acide carnUnique au moyen de l'alcool absolu. Cet acide, qui n'a pas encore été obtenu cristallisé, est insoluble dans l'éther et soluble dans l'eau et dans l'alcool ; les acides avivent sa couleur rouge , les alcalis la font passer au violet.

Ce que l'on appelle carmin est un mélange d'acide carminique et de diverses substances grassses albuminoïdes ; on l'obtient en versant de l'alun ou du bitartrate de potasse ( crème de tertre ) dans une décoction de cochenille. Si l'on faisait bouillir ces in* sectes avec une dissolution faible de carbonate de soude, et si l'on versait de Talun dans la liqueur, il se formerait un précipité rouge composé d'alumine et d'acide carminique, et qu'on appelle laqve carminée.

Le carmin, fixé sur les étoffes au moyen d'un mordant, constitue le cramoisi fin y une des couleurs les plus belles et les plus stables.

Le principe colorant du kermès [coccus Uicis) et du lac'dye paraît avqir de l'analogie avec l'acide carminique.

Toutes les matières colorantes que nous venons de passer en revue, peiivent servir isolément à la production directe de couleurs déterminées; associées dans certaines proportions, elles donnent non-seulement une multitude de nuances qu'aucune d'elles, employée seule, ne pourrait produire , mais encore des couleurs fondamentales, tel que le vert. Ainsi on ne possède pas une substance colorante verte , néanmoins les Chinois ont une matière végétale qui, d'après les expériences de M. Persoz, colore en vert les mordants d'alumine et de fer. Cette substance se présente en plaques minces de couleur bleue, ayant beaucoup d'analogie avec l'indigo de Java, mais d'une pâte plus fine : d'ailleurs elle diffère de l'indigo par sa composition et par toutes ses propriétés. Sa nature chimique n'est pas encore connue.

Maintenant que nous connaissons les matière^s colorantes organiques les plus employées ou les mieux connues, nous nous occuperons des principes d'après lesquels on les applique sur les tissus : c'est-à-dire, que nous nous occuperons de la teinture.

Pour que les couleurs aient tout l'éclat désirable, il faut que les matières textiles ou les tissus sur lesquels on veut les fixer, soient dépouillés des matières étrangères qui adhèrent habituellement à leur surface et les colorent.

Il y a donc toujours une opération préliminaire à faire subir aux tissus avant de les teindre.

Pour ne (^s nous écarter de notre sujet principal , nous suppo- II. a

%90 CHIMIE ÉLÉMENTAIRB.

serons que tes matières destinées à être teintes sont déjà prépa^ rées : ainsi , pour nous, le lin, le chanvre, le coton seront fr/ait-^ ehls, la laine sera dégraissée^ la soie décreusée. La connaissance ultérieure xle ces différentes opérations complétera les notions générales que nous voulons acquérir sur les principes de Tart de la teinture.

Pour appliquer les matières colorantes, il est nécessaire que celles-ci soient dissoutes dans un véhicule approprié. Alors plusieurs d'entre elles se axeront sur les tissus en vertu d'une simple affinité, et d'autres ne s'y fixeront que si les tissus sont déjà imprégnés de certains oxydes métalliques ou de certaines substances de nature organique : en d'autres termes, s'ils sont imprégnés d'un mordant.

Le nom de mordant fut tiré, par les teinturiers français, du mot latin mordere, à une époque où ils pensaient que les mordants étaient des corrosifs qui élargissaient les pores des matières textiles et facilitaient ainsi la fixation des couleurs. On sait aujourd'hui que l'action des mordants est toute chimique et que le rôle qu'ils jouent dans la teinture est dû à leur affinité pour la matière textile autant que pour la matière du tissu.

On ne connaît guère que les sels d'alumine, de fer, de cuivre, à'étaifiy de plomb, qui soient d'un usage général dans les ateliers de teinture.

Lorsque les matières colorantes doivent conser\'er sur les tissus leur nuance primitive, on ne peut employer pour les fixer que les mordants incolores (sels d'alumine, d'étain, etc. ). Ce n'est que dans le cas contraire que Ton fait usage des mordants colorés {sels de fer, de cuivre, etc. ).

C'est ainsi , par exemple, qu'en plongeant dans un bain de quercitron deux mèches de coton, l'une mordancée avec de l'alun, l'autre avec un sel de fer, la première se colore d'un beau jaune, la seconde d'une teinte fauve.

Le mordançage se pratique de diverses manières : 4 • Tantôt l'on fait digérer les tissus à une certaine température dans la dissolution du sel métallique, puis on les plonge dans le bain de teinture après les avoir bien lavés. Le mordançage des laines se fait habituellement à la température de l'ébuUition; celui de la soie, à froid; celui du chanvre, du lin et du coton, à + 35» eu à + 40<>.

Quand les mordants sont de nature saline, il arrive souvent qu'ils se décomposent de telle sorte que le tissu ne se trouve imprégné que d'un sous-sel on d'un oxyde presque pur. Pour que la base du mordant se fixe en plus grande quantité,

VINftT*NRfJVlÈME LEÇON. t9i

il faut que «on affinité pour l'acide avec lequel elle est combinée soit faible. Voilà pourquoi on préfère ordinairement les acétates aux sulfates.

V Tantôt on introduit le mordant dans le bain de teinture, où Ton plonge ensuite le tissu : celui*ci s'empare alors de certaines proportions de mordant et dé principe colorant, et.il se teint d'une manière solide. C'est ainsi que l'on pratique souvent la coloration des laines.

3** Quelquefois on plonge une étoffe déjà mordancée dans un bain de teinture où se trouve du mordant.

La quantité de mordant dont un tissu s'imprègne est d'autant plus grande que la solution est plus concentrée : par conséquent ^ un tissu s'assimile d'autant plus de matière colorante qu'il est plus riche en mordant.

Les teinturiers appliquent ce principe pour obtenir des nuances plus ou moins foncées avec la même substance tinctoriale : ainsi , au moyen de Tacétate d'alumine plus ou moins concentré et de la garance, ils obtiennent toutes les nuances, depuis le rouge le plus foncé jusqu'au rouge le plus faible; avec les mordants ferrugineux et la même racine, ils obtiennent depuis le noir jusqu'au lilas.

Passons maintenant aux bainâ de teinture.

La manière de préparer les bains de teinture dét)end de la na* ture des matières colorantes. Lorsque celles-ci sont solubles, on les traite quelquefois par l'eau froide, et plus souvent par l'eau bouillante, puis on fiHre. Dans beaucoup de cas, on les renferme dans des sacs, qu'on laisse quelquefois dans le bain, pendant la teinture, pour que la matière à teindre se trouve toujours dans un milieu saturé.

Pour avoir des bains très-chargés, on a souvent recours à l'évaporation. Cette méthode n'est pas d'une application générale, parce qu'il y a peu de matières colorantes inaltérables dans de. pareilles circonstances.

On rend solubles les matières colorantes au moyen des alcalis. Les tissus plongés dans les bains alcalins se colorent quelquefois directement , mais le plus souvent à condition que l'alcali soit saturé par un acide de nature organique [acides acétique, citrique ^ etc., etc.).

La température des bains varie suivant les circonstances. On teint à froid quand les matières colorantes s'altèrent aisément par la chaleur, ou quand elles ont une grande affinité pour les tissus. Généralement on teint à chaud , car la chaleur faisant dégager l'air qui adhère aux tissus, le contact entre ceux-ci et la matière

292 CHIMIB BLÉMBNTAIBB.

colorante devient plus facile, et plus intime ; d'un autre côté, les courants qui se forment dans la masse liquide, entretenant Thomogénéité de cette même masse, raction du bain est plus uniforme.

Les matières textiles en fils ou en flocons se colorent mieux lorsqu'elles sont tissées. On-conçoit que, en vertu de Tadhérence des fibres, la couleur ne se fixe bien que sur les surfaces d'une étoffe : coupez un drap coloré, et vous verrez souvent que la nuance de l'intérieur est plus faible que celle de l'extérieur ; on dit alors que le drap tranche, ce qui signifie qu'il a été teint en pièce. 11 serait donc préférable de teindre les matières premières des tissus plutôt que les tissus eux-mêmes. Mais cette méthode n'est pas toujours possible : il est des couleurs qui sont altérées par les manipulations de la filature ou du tissage, et d'autres qui ôtent aux fibres textiles leur souplesse.

Le but principal du teinturier doit être de donner aux matières qu'il veut teindre les nuances les mieux nourries et les plus égales; s'il ne remuait pas les matières qui se trouvent dans le bain, la coloration serait lente et inégale : c'est pourquoi on passe 1^ bâtons dans les écheveauxj on fait tourner ceux-ci dans le bain jusqu'à ce que leur teintQ soit montée au ton convenable.

Quand il s'agit d'étoffes, on les enroule sur un cylindre de bois disposé au-dessus de la cuve, puis on les déroule en les laissant descendre d'une manière continue ^ans le bain,; lorsqu'elles y sont plongées entièrement , on les enroule de nouveau et l'on continue ainsi jusqu'à ce qu'elles se soient suffisamment chargées de couleur.

Boulaye-Marillac, ancien directeur des Gobelins, a indiqué un moyen très-simple pour teindre les draps de laine dans toute leur épaisseur : on les fait passer entre deux cylindres placés au fond du bain et pouvant se rapprocher à volonté et toujours parallèle- . ment. Le drap fortement coloré se débarrasse de l'eau qui l'imprègne, et la matière colorante, qui ne rencontre plus d'obstacles, pénètre dans l'intérieur de la pièce et la teint d'une manière trèségale.

Si les étoffes sont de nature à ne pouvoir être placées sur le rouleau, on les met dans des paniers d'osier. La laine en toison est placée dans des filets.

En sortant des bains de teinture, les matières sont lavées à grande eau et quelquefois sont passées à l'eau de savon.

Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent se rapporte à la teinture uni/orme ou à l'application d'une seule couleur. Il nous reste à nous faire une idée de la teinture variée^ ou de l'art de l'indienneur.

VINGT-NEUVfÈHE LEÇON. 2^3

On peut teindre une même étoffe avec plusieurs couleurs :

4"* En appliquant sur des parties mordancées les couleurs épaissies à l'aide de gomme ou d'amidon, auxquels on ajoute sou> vent de la terre de pipe et quelquefois de la gélatine.

%^ En plongeant dan^ un bain de teinture les étoffes partiellement mordancées. Les couleurs ne se fixent d'une manière permanente que sur les parties où se trouve le mordant ; le reste de la surface est ramené à son état primitif par de simples lavages.

30 Ou bien en teignant les pièces par le procédé ordinaire, à cela près que plusieurs de leurs parties sont préservées de l'action du bain. C'est le procédé des réserves. Expliquons-le par un exemple :

Supposez qu'avec de l'acétate de cuivre convenablement épaissi , j'aie tracé des dessins sur une pièce de calicot : si je la plonge dans une dissolution alcaline d'indigo blanc, les parties imprégnées d'acétate de cuivre se trouveront immédiatement en contact avec de l'indigo bleu% qui, étant insoluble, ne pourra pas les pénétrer ; toutes les autres parties s'imprégneront d'indigo l^anc solubie ^t ne bleuiront . peu à peu que par l'action ultérieure de l'air. Cette dernière coloration sera fixe et stable ; l'autre sera superficielle et disparaîtra par un simple lavage. En opérant de cette manière, je n'aurais donc, teint mon étoffe que dans les parties no» réservées. L'acétate de cuivre aura donc joué le rôle de réserve,

i° On peut faire varier les couleurs sur une étoffe en enlevant une partie de sa teinte uniforme au moyen des rongeants. On peut ensuite appliquer d'autres couleurs sur les parties devenues blanches.

Encore un exemple fera mieux comprendre ce procédé : que, sur une étoffe teînte en rouge par de la garance, on trace des dessins avec de l'acide citrique, tar trique ou oxalique, puis qu'on la plonge dans un bain d'hypochlorite de chaux : toutes les parties imprégnées d'acide se décoloreront *, les autres resteront intactes.

Les rongeants s'appliquent aux couleurs autant qu'aux mordants. Si vous plongez dans un bain de garance une étoffe mordancée avec de l'acétate de fer, vous la teindrez en brun ; mais

1. n fatit se soTtvenîr que Tindigo blanc solnble passe, en s'oxydant, à l'élat d'indigo ble»j insolnble. Dans le cas aetnel, c*est Toiyde de cniTre qui lui cède de l'oiygène.

2. LTiypochlorite de cbanx, sous Taction d*nn acide, se décompose et dégage une quantité considérable de chlore qui agit rapidement sur là matière colorante. Où il n'y a pas d'acide, l'hypochlorite peut encore se décomposer, mais d'une manière trop lente pour que sou action devienne sensible en peu de temps.

294 CHIMIE iLéMË^I^TAiRlâ.

si , avant de la plonger, vous y faileô des dessins avec un mélange d'acides tartrique, oxalique et sulfurique, elle se colorera partout , excepté dans les endroits où se trouvent iés acides : c'est que ces acides enlèvent l'oxyde de fer que le mordant avait abandonné à l'étoffe ; celle-ci , ne se trouvant mordancée que partiellement , ne peut se teindre que partiellement.

En même temps que ces exemples vous donnent une idée ëiU rôle des rongeants j ils vous montrent que leur nombre est illimité. Toute substance qui enlèvera une couleur déjà appliquée sera un rongeant; toute substance qui en empêchera' l'application sera une réserve.

On a introduit dans ces derniers temps, dans l'art de l'indienlieur, remploi de la vapeur pour fïxer les matières colorantes. L'action de la vapeur est complexe^ car elle apporte à la fois de la chaleur et de l'humidité : or, la fixation et la modification des couleurs paraissent dépendre de cette dotble influence.

Il ne m'appartient pas d'entrer dai^s des détails sur la partie technique de l art d'imprimer les couleurs sur les tissus; je ne dois pas non plus parler de la préparation des couleurs : il existe des ouvrages spéciaux sur ces différentes matières ; l'un des plus remarquables est celui qu'a publié M. Persoz sous le titre : Traité théorique et pratique de l'impression des Hssus.

Je terminerai cette leçon par vous parler d'une manière générale des moyens de blanchir et d*apprèter les tissus qui doivent être soumis à la teinture.

Bien qu'avant de filer ou de tisser les fibres textiles, on les ait soumises à des traitements convenables pour les débarrasser des matières étrangères qui les accompagnent dans la nature, néanmoins les opérations du filage et du tissage font adhérer à leur surface d'autres matières qui en altèrent la blancheur ou la couleur naturelle. C'est pourquoi une étoffe ne peut sortir des mains du tisserand pour entrer immédiatement dans celles du teinturier : il est indispensable qu'elle subisse de nouvelles épurations ; sans cela, les couleurs qu'on lui appliquerait ultérieurement se fixeraient mal ou n'auraient pas tout l'éclat désirable.

Les matières à blanchir n'étant pas toutes de la même nature, les procédés de blanchiment doivent varier. Les matières textiles végétales ne sont pas blanchies et apprêtées comme les matières textiles animales. Commençons par les premières.

Le procédé de blanchiment le plus ancien consiste à étendre les tissus sur un pré exposé au soleil et dont l'herbe soit assez longue pour que l'air puisse circuler librement sur les deux faces des tissus entretenus humides. Sous l'action simultanée de l'air, de

VINGT-NBUVIÈME LEÇON. 298

l'humidité et de la lumière, la matière colorante s'oxyde et se change en une espèce de résine, que l'on enlève par les lessives. On parvient ainsi , par plusieurs expositions sur le pré, et en alternant avec autant de lessives alcalines, à blanchir suffisamment les tissus.

Aujourd'hui on remplace, ou pour mieux dire on abrège l'exposition sur le pré, par l'action de Vhypochlorite de chaux dissous. Le chlore, vous le savez, agit comme un oxydant énergique, et indépendamment du concours de la lumière directe : son action étant continue, le résultat est plus prompt. Mais il faut diriger avec beaucoup de soin cette action, car elle pourrait ne pas se borner aux matières étrangères et attaquer la substance même du tissu.

Après cet aperçu général, j'arrive au blanchiment spécial du coi on. Les étoffes de coton, en sortant des ateliers de tissage, sont imprégnées, 1° d'une matière résineuse inhérente aux filaments du coton ; 2° de la matière colorante propre à ce végétal ; 3° du pnrou du tisserand*; 4° d'une matière grasse; 5° d'un savon cuivreux ■ ; 6" de saletés provenant des mains des ouvriers , d'oxyde de fer et de quelques substances terreuses*. Par une digestion à l'eau bouillante et par des lavages réitérés à l'eau froide, on élimine tout ce qui est soluble dans ce liquide. Après le lavage, on fait bouillir la pièce avec un lait de chaux, qui dissout le parou, et forme avec les matières grasses un savon calcaire, que l'étoffe retient à sa surface. Ce savon, ainsi que le savon cuivreux et cette partie de la matière colorante que les opérations précédentes ont résinifiée, sont enlevés par une lessive faible marquant tout au plus i ; à l'aréomètre.

A ces opérations succède Texposition sur le pré, ou bien un traitement à l'hypochlorite do chaux, dont la dissolution doit marquer moins de deux degrés. Le résultat en est Toxydation ou la résinification de la matière colorante, qu'on enlève ensuite par une lessive alcahne.

1 . Le parou ou parement est composé de matières farineuses, qu'on laisse ordirement fermenter avant de les employer : il peut renfermer de la colle, de Tamidon, et du gluten.

^ 2. Lorsque le parou est desséché, le tisseraod assouplit les fils de la ehaine, en les frottant avec de la graisse. Cette graisse en restant en contact, pendant l'espace d'nûe miit, avec les dents en cuivre du peigne, forme une espèce de savon cuivreux.

3. Les étoffes de coton destinées à l'impression, subissent, avant d'être blanchies, un flambage, ou un tondage On se propose ainsi d'enlever les filaments on peluekeg, gai dépassent le tissn. Le jambage s'eiécute en passant rapidement l'étoffe sur un demi-cylindre en fonte porté au ronge, au-dessus dun courant de gai enflammé. Le londage s'exécute au moyen de machines appelées tondeuses, composées de deux cylindres tournants, dont Ton garni de brosses, reJève les peluches, tandis que lautre, muni de couteaux disposés en hélice, les coupe.

Comme il importe de ne pas brusquer l'action du cblore, la rési- DÎûcation complète de la matière colorante ne s'effectue que peu à peu : c'est pourquoi on réitère alternativement Taction de l'hypochlorite et celle des alcalis autant de fois quMI est nécessaire pour arriver à une décoloration complète.

Enfin on donne le dernier degré de blancheur par un bain d'acide sulfurique ou hydrochlorique , le premier marquant 1»4i le second 3» ou 4". Ces acides dissolvent les matières ferrugineuses et calcaires restées accidentellement sur le tissu.

Le lin et le chanvre renferment beaucotip plus de matière colorante que le coton, et cette matière colorante ne devient soluble dans les lessives qu'après s'être résinifiée par Faction de l'oxygène ou du chlore. Pour blanchir suffisamment les tissus de lin ou de chanvre^ il faut les soumettre plusieurs fois à l'action des lessives, dont le degré ne doit jamais dépasser 1 i , et entre chaque lessive les exposer sur le pré, ou les plonger pendant quelques heures dans un bain d'hypochlorite de chaux à 2* aréométriques.

Les opérations sont les mêmes en général que celles dont nous avons parlé à propos du blanchiment des étoffes en coton; toutefois, leur nombre est plus considérable, parce que la quantité du principe colorant que l'on doit enlever est plus grande. Pour vous donner une idée de la difficulté qu'on rencontre pour blanchir les toiles de lin et de chanvre, je vous dirai que, dans une des meilleures blanchisseries de France, une pièce de toile subit alternativement douze lessives et autant d'expositions sur le pré : elle passe en outre une fois au chlorure de chaux, et deux fois à l'acide sulfurique étendu ; enfin elle est lavée au savon noir.

Voilà la marche que l'on suit généralement pour blanchir , mais chaque blanchisseur, suivant sa propre expérience, y apporte des modifications qu'il serait impossible de préciser. Ainsi, les uns font alterner d'une manière régulière les lessives et les expositions sur le pré ; les autres donnent plusieurs lessives successives; d'autres n'exposent jamais sur le pré, et font alterner exclusivement les lessives avec les bains de chlorure.

La soie brute ou écrue est recouverte d'un vernis qui lui donne de la raideur, et qu'on enlève par l'eau de savon. Cette opération, que l'on nomme décreusage, comprend trois phases : le dégommage, la cuite, le blanchiment.

Le dégommage se fait en maintenant plongée dans un bain de savon à + 9^"f et pendant une heure à une heure et demie, la soie en écheveaux supportée par des bâtons appelés lisoires; la quantité de savon qui se trouve dans le bain doit être à la soie

VINGT-NfiUVlÈMB LEÇON. ^01

que Ton veut y faire entrer :: 30 : (00 ; et Feau doit être à la soie : : 25 : 4 .

Pour faire la cuite, on reoferme la éoie dégommée dans des sacs en gros canevas (poches), qu*on met à bouillir pendant une heure et demie dans un bain moins riche en savon que le précédent.

Le blanchiment consiste à plonger la soie dans un bain chauffé à + 95% formé de 300 litres d'eau et de 500 à 750 grammes de savon blanc de Marseille.

Les soies qui doivent présenter le maximum de blancheur, sont exposées en outre à Taetion du gaz acide 9ulfureux (voir leçon v% page 419) '.

On a essayé sans succès de remplacer le savon par du carbonate de soude. Il paraît que les Chinois ne se servent pas de savon pour obtenir leurs soies blanches. Michel de Grubbens prétend que leur procédé consiste à décreuser la soie dans un bain composé de 25 p. d'eau, 6 p. de farine de blé, 5 p. de sel marin, et 5 p. d'une espèce particulière de fèves blanches préalablement lavées.

La laine est recouverte aussi d'un enduiUparliculier qu'on nomme suint. C'est un mélange de matières solubles dans l'eau el de matières grasses. On a donné à ces dernières les noms de stéarérine et d'élaiéjHne : la première, solide et incrislallisable ; la seconde, huileuse. Ces deux substances diffèrent de laiHéarine et de ïoléine par que]ques*unes de leurs propriétés, et notamtnent parce qu'elles ne sont 4>as saponifiables. La proportion du suint varie selon la nature de la laine : elle est d'autant plus grande que la laine est plus belle.

Le désuintage peut s'effectuer en partie par de simples lavages de la laine, lorsqu'elle est encore sur le dos des moutons. On appelle laine lavée au dos celle qui a été traitée de cette sorte, et on appelle svrge celle qui provient d'animaux non lavés. Dans tous les cas, on ne peut compléter le désuinlage qu'en plaçant les laines dans de l'eau mêlée d'urine putréfiée ; ce qui revient à dire dans de l'eau ammoniacale.

On désuinte à la fois les deux sortes de laines, en faisant succéder dans le même bain la laine lavée au dos à la laine surge, A cet effet, on plonge pendant dix minutes 3 à 4 kilogrammes de laine surge dans un bain à -^ 65°, composé de 300 litres d'eau et de 75 litres d'urine putréfiée ; on répète cette opération jusqu'à ce qu'on ait fait passer 40 kilogrammes de laine. Alors on ajoute au

1. La soie destinée à la fabrication des blondes, et qui provient d'une race partîcnlière de vers, la race #tna, introduite en France depuis le siècle dernier, ne se blanchit pas à l'acide snlfureui. Elle est naturellement blanche, et perdrait de ses qualités si elle était soumise à 1 action de ce réactif.

298 GHIMIB ÉLÉMENTAIRE.

bain 6 à 7 kilogrammes d*unne putréfiée, et l'on y passe en deux fois 90 kilogrammes de laine lavée au dos ; après quoi, Ton ajoute une nouvelle dose de 6 à 7 kilogrammes d'urine putréfiée, et on y lave 20 ki ogrammes de laine surge.

U faut remarquer que, dans ces circonstances, le désuintage de la laine lavée au dos a lieu tant par le carbonate d'ammoniaque de l'urine putréfiée, que par les matières savonneuses abandonnées par la laine surge.

Après le désuintage, les laines sont soumises au lavage en rivière dans des paniers d'osier; celles qui doivent rester blanches sont exposées encore humides à l'action du gaz acide sulfureux. Cet agmit rend la laine raide et dure au toucher : on lui redonne sa douceur et sa souplesse primitives par un léger bain de savon.

La laine désuintée renferme du soufre qu'il faut lui enlever avant de la teindre. On y parvient par des immersions réitérées dans de l'eau de chaux.

On démontre la présence du soufre dans la laine en chauffant celle-ci successivement dans une dissolution alcaline faible, puis dans de l'eau acidulée : il se dégage de l'hydrogène sulfuré. Au surplus, la laine se colore en noir quand on la fait bouillir avec une dissolution d*un sel de plomb, ou de protoxyde d'étain.

On blanchit la laine tantôt en toison, tantôt filée : cette dernière est toujours d'un plus beau blanc. On a remarqué que la laine deô aines se blanchit moins bien que celle des autres parties, et que la laine qui provient d'animaux morts ou malades se prête mal à la teinture.

Quelques personnes, mues par la cupidité, trempent les laines dans du lait de beurre, ou dans de l'eau tenant en suspension de la craie ; par cette fraude blâmable, elles en augmentent la blan* cheur et le poids.

Telles sont, Messieurs, les préparations que l'on doit faire subir aux matières textiles tissées ou non tissées^ avant de les soumettre aux opérations de la teinture.

THBNTIÈME LEÇON. 299

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