XXXI* LEÇON
A&OALOœBS. — 1A8BS OaaAMIQIIM.
SoMMAnB. — Analogie entre Tammoniaque et les alealoïdêi, — État nalarel de ces derniers corps, et leurs propriétés générales. — Quinine, — Sa préparation, et ses propriétés. — Sulfate de quinine, — Moyens de découvrir les fraudes dont il est queli^nefois Fobjet. — Cinehonine et $on iulfate. — Morphine, sa préparation et ses propriétés. — Sulfate^ acétate, et hydrochlorate de morphine, » Co^ déine. ~ Strichnine. — Brucine, — Nicotine. — Idées générales sur la fabrication du tabac."' Alcaloïde» artificiels. — Trois principaux procédés de préparation. — Procédé de M. Zinin. — Aniline. — Procédé de M. "Wurtz. — Éthylamine. — Procédé de M. Hoffman. — Hypothèse sur la constitution chimique de la pkis ^ande partie des alcaloïdes artificiels. ~ Alcaloïdee amidéi, imidéêf nitriléi. — Téritahtes basée organiques découvertes par M. Hoffman. — Oxyde de tétréthy^ lammonium, — Propriétés de cet oxyde comparables à celles de la potasse. — Théorie de Tammonium appliquée à Tinterprétation de la nature du tétréthylammonium. — > Les urées, et certaines substances tirées des matièi-es protéiques sont des alcaloïdes. — Résumé .
En 4803, M. Derosne signala dans Vopium une substance cristalline à laquelle il reconnut un caractère alcalin. Quatorze ans plus tard , M. Serturner montra que cette substance est une base, en ce sens qu'elle sature les acides. Depuis cette époque, on a retiré des plantes une multitude d'autres matières semblables, que l'on a désignées sous le nom générique d'alcaloïdes. Ces substances sont toutes azotées et représentent le plus souvent le principe actif de la plante dont elles proviennent ; elles sont presque toutes fixes et solides; celles qui sont volatiles ne contiennent pas d'oxygène et sont liquides.
Tous les alcaloïdes ont une grande ressemblance chimique
avec l'ammoniaque ; ils se combinent directement avec les acides
sans qu'il y ait élimination d'eau. Les sels alcaloïdiques obéissent
aux mêmes lois que les sels ammoniacaux, et leurs bases ne pou*
vent être réellement considérées comme telles que lorsqu'elles sont associées aux éléments de l'eau ; enfin, ils sont décomposée par le chlorure de platine et donnent lieu à un précipité formé par un double chlorure, comparable en tout point à celui auquel donne naissance un sel ammoniacal ordinaire. Ces trois caractères suffisent , pour le moment , à rapprocher l'ammoniaque des alcaloïdes ; plus tard , nous trouverons d'autres faits qui justifieront encore ce rapprochement.
Depuis quelques années, on est parvenu à produire artificiellement des corps doués de toutes les propriétés fondamentales des alcaloïdes ; c'est xoême à l'étude de ces produits artificiels qu'on doit quelque notion sur la nature des substances organiques douées de propriétés basiques.
Pour plus de clarté, nous parlerons d'abord des alcaloïdes naturels les plus utiles ; nous passerons ensuite aux alcaloïdes artificiels, et nous finirons par faire connaître les hypothèses que Ton 9 émises sur leur constitution.
Les alcaloïdes naturels ' se trouvent toujours, dans l'économie végétale, à l'état de sels ; ils sont pour la plupart insolubles dans l'eau, et plusieurs même sont volatils. Le procédé de leur préparation doit donc ressembler à celui que l'on emploie ordinairement pour séparer une base d'un sel quelconque. Ceux qui sont insolubles sont amenés à l'état de chlorure ou de sulfate, puis ils sont mis en liberté par un alcali; on isole ceux qui sont volatils en distillant le liquide qui les renferme, après l'avoir mêlé avec de la potasse ou de la chaux. Leur solubilité dans l'alcool donne le moyen de les purifier.
Nous allons trouver une application de ces règles générales dans la préparation de la quinine.
On trouve dans le commerce trois espèces principales de quin-
i. Voici la liste des principaux alcaloïdes naturels.
Noms. Composition. Source.
Quinine 0"H«»Az>0* + 6 aq Onin'iwina j aune.
Cinchonine C»H"Ai20' Quinquina gris.
Morphine C3<H»«Az 0« -f- 8 aq Opium.
Codéine C^«H2'A2 0« id.
Narcoline C<«H25Az 0' id.
Strychnine C^^H'^Az^O* Noix yoniiqn*.
Bmcine C'fHMAz'O» + 8 aq id.
Caféine on théine C"«H'«Az<0< -f- 2 ag Thé et café.
Théobromine CH« Az^O< Fèves de cacao.
Pipérine C3<H'UzO* Poivre.
Nicotine Cî«H»<Aa» Tabac.
Gonine, on conicine C>*Hi^Az CiguS.
quinas i la jaune, le gris, le rouge. Tous contiennent plusieurs alcaloïdes, dont les principaux sont la quinine et la cinchonine. Le quinquina jaune est le plus riche en quinine ; le gris, en cinchonine, et le rouge contient les deux bases en proportions
Pour extraire la quinine, on réduit en poudre Técorce de quinquina jaune, on la fait bouillir avec S fois son poids d'eau aiguisée avec de l'acide chlorhydrique, et on renouvelle les décoctions jusqu'à ce que Técorce soit complètement épuisée ; on verse dans les liqueurs réunies du lait de chaux jusqu'à ce qu'il se manifeste une légère réaction alcaline : il se forme un dépôt qu'on dessèche après l'avoir exprimé sous une presse, et que l'on traite ensuite par l'alcool bouillant ; on distille les trois quarts de l'alcool et on ajoute de l'acide sulfurique au résidu jusqu'à réaction légèrement acide ; on décolore I4 liqueur par le noir animal et on la fait cristalliser : on obtient ainsi le sulfate de quinine, qui , décomposé par l'ammoniaque, abandonne la quinine sous forme d'une poudre blanche; cette poudre, reprise par l'alcool et lentement évaporée, reparaît sous form^ de petits cristaux prismatiques.
La quinine a une saveur très-amère ; elle se dissout dans 400 parties d'eau froide et dans 250 parties d'eau bouillante ; elle est beaucoup plus soluble dans l'alcool et l'éther ; $a dissolution alcoolique dévie à gauche le plan de polarisation des rayons lumineux, propriété qui s'affaiblit à mesure que la température s'élève.
La quinine, saturée par un acide étendu d'eau et traitée successivement par le chlore et l'ammoniaque, se colore en bleu légèrement verdâtre ; cette réaction est caractéristique et distinctive. La composition de la quinine cristallisée est représentée par la formule C^' H** Az« 0* -f 6 aq. Cet alcaloïde devient anhydre lorsqu'on l'expose à la température de + 420* ; si on le distille avec un excès de potasse, il se transforme en un nouvel alcaloïde, la quinoléine (C**!!'* Az*), dont les propriétés sont les mêmes que celles du leukole, qu'on retire de l'huile du goudron de la houille. La quinine subit la même transformation, si on la renferme avec de l'eau dans un tube en verre, et si on expose le tube à + 250o. Dans ce cas on voit que l'eau joue le rôle d'une base puissante/ Enfin, soumise à l'action du chlore, la quinj^ne s'assimile de cet élément et abandonne une quantité équivalente d'hydrogène sans perdre sa nature alcaloïdique.
En se combinant avec les acides, la quinine forme des sels cristallisables, dont le plus important est le sulfate, qu'on emploie pour combattre les maladies périodiques. Nous avons déjà dit de quelle manière on prépare ce sel; nous ajouterons qu'il faut
prendre garde de ne pagi ajouter un excès d'acide sulfurique, car il se formerait un sulfate acide dont Faction thérapeutique est moindre que celle du sulfate neutre.
Le sulfate de quinine ordinaire a la forme d'aiguilles blanches, soyeuses et flexibles, ou bien de lamelles déliées et très-légères ; il a une saveur très-amère ; il exige pour se dissoudre 700 parties d'eau froide et 30 parties seulement d'eau bouillante ; si l'eau était acidulée par de l'acide sulfurique, sa solubilité deviendrait beaucoup plus grande. Les dissolutions de sulfate de quinine exercent leur pouvoir rotatoire dans le même sens que l'alcaloïde libre, c'est-à-dire à gauche.
Le sulfate de quinine cristallisé et neutre a pour formule C" H" Az* 0% HO, SO» + 7 aq. • Il devient anhydre par la chaleur et s'effleurit à l'air ; il fond facilement et répand une lueur phosphorescente lorsque, après l'avoir fondu, on le frotte dans l'obscurité ; sa dissolution aqueuse n'est pas précipitée par le bicarbonate de soude, ou du moins le précipité qui s'y forme tout d'abord se redissout aussitôt; elle est rendue trouble par les acides oxalique, tartrique, gallique, pourvu que l'on agite le mélange pendant quelque temps : cette réaction est due à la faible solubilité de l'oxBlate, du gallate et du tartrate de quinine.
On fraude souvent le sulfate de quinine avec du sulfate de chaux, de la salicine, du sucre, des acides gras, de l'amidon. En brûlant sur une lame de platine un peu de sel fraudé, on reconnaîtra, s'il laisse un résidu, qu'il a été mêlé à des substances fixes. Pour y découvrir la salicine, on dissout le sulfate dans 6 fois son poids d'acide sulfurique concentré et l'on ajoute à la dissolution 12 parties d'eau, qui déterminent la précipitation de la salicine. Lorsque le sulfate de quinine, jeté sur les charbons ardents, répand une odeur de caramel , c'est une preuve qu'il est fraudé avec du sucre. Lorsqu'il n'est pas entièrement soluble dans l'eau acidulée, on saura, à Tinspectiou du résidu, s'il a été mêlé avec des acides gras ou de l'amidon.
La fabrication du sulfate de quinine est devenue pour la France une industrie assez importante; elle en expédie jusqu'en Amérique, d'où elle tire pourtant Técorce de quinquina.
Dans le§ eaux mères du sulfate de quinine, on trouve le sulfate de cinchonine. On pourrait donc préparer ces deux alcaloïdes
i. Le sulfate acide a pour formiilo. (C" H»» Az' OS HO), HO, 2 SO» + 7 aq. Ce tel est considéré comme neutre par les chimistes, qui attribnent à la qninine nne molécule de moitié moindre que celle que nous avons adoptée; et le sulfate que nous appelons neutre, ces mêmes chimistes rappellent basique. Il snitit de connaître la cause de ces divergences, pour éviter les malenteadus.
tout à la fois ; maie lorsqu'on veut des quantités assez fortes de cinchonine, on traite le quinquina gris au lieu du quinquina jaune. Cependant , comme la première de ces deux espèces renferme un peu de quinine, on obtiendrait toujours un mélange des deux alcaloïdes, si l'on n'avait dans l'éther, qui ne dissout que la cinchonine, un moyen facile de séparation.
La cinchonine cristallise en gros prismes quadrilatères qui réfractent fortement la lumière ; elle est presque insipide, peu soluble dans Teau bouillante ; elle se volatilise par la chaleur sans se décomposer, cristallise facilement dans l'alcool, et ses dissolutions dévient à droite le plan de polarisation. Ces caractères suffisent pour la distinguer de la quinine ; d'ailleurs, son action spéciale sur la lumière polarisée pourrait servir non-seulement pour y reconnaître la présence de ce dernier alcaloïde, mais pour en déterminer la quantité.
.La composition de la cinchonine ne diffère de celle de la quinine anhydre que par deux molécules d'oxygène de moins ; sa formule est donc C*' H** Az' 0* ; distillée avec de la potasse, elle se transforme en quinoléine ; salifiée par l'acide chlorhydrique et soumise à l'action du chlore, elle s'assimile deux molécules de cet élément et perd autant de molécules hydrogène. En effet, on peut isoler par l'ammoniaque la cinchonine bichlorée :
C»» H»« Cl» Az« 0«,
et, par un procédé analogue, on peut préparer la cinchonine bibromée : C»» H»» Br« Az« 0«.
Les sels de cinchonine cristallisent facilement et sont plus solubles que ceux de quinine. Les propriétés antipériodiques du sulfate sont très-peu prononcées.
Les quinquinas fournissent encore d'autres alcaloïdes de moindre importance : tels sont la quinoldine -= C** H** Az* 0* et la cî«chovatine = C" H»« Az 0». *
1. Depuis que le prix des bons qninqninas s'est considérablement éleyé, on importe des variétés de cette écorce, qui sont très-riches eu quinotdine et en cinchonine; d'où il résulte que le sulfate de quinine se trouve sophistiqué à Tinsn des fabricants eux-mêmes.
M. Ziouner, en s*appnyant sur la manière dont ces deux alcaloïdes se comportent avec rétber, a recommandé le procédé suivant pour en découvrir la présence dans le sulfate de quinine : on met 50 centigrammes de ce sel dans un tnbe d'essai, auquel est adapté un bouchon en liège ; on ajoute 10 gouttes d'acide snlfnriqne étendu de 5 fois son volume d'eau, et 50 gouttes d'eau; on expose le tout à une chaleur douce pour accélérer la solution. Lorsque celle-ci est refroidie, on y ajoute 64 gouttes d'éther sulfnrique ordinaire, et 20 gouttes d'ammoniaque^ puis on secoue le tout pendant qu'on bouche le tube avec le pouce. Le tube étant alors soigneusement fermé,
d30 CâlMIE ÉLEHENTAIHB.
La famille des papavéracés est très-riche en bases organiques. Le jus du paool blanc eh renferme huit *, parmi lesquels il en ^ est deux, la morphine et la codéine^ qui sont employés comme médicaments. Nous ne parlerons que de ces deux derniers.
On a proposé plusieurs procédés pour préparer la morphine. Voici le plus usité : on épuise l'opium avec de Teau tiède ; la liqueur est évaporée jusqu'à consistance de sirop, puis on y ajoute une dissolution concentrée jle chlorure de calcium, qui détermine la séparation du méconate de chaux et d'une matière colo^ante : le liquidej étant concentré de nouveau, laisse encore déposer du méconate de chaux et plus tard des cristaux de chlorhydrate de morphine et de codéine^ qu'on purifie par des Cf istaUisations répétées et par du charbon animal : leur dissolution, traitée par l'ammoniaque, ne laisse déposer que la morphine, qu'on purifie en la faisant cristalliser dans l'alcool.
La morphine est en prismes rectangulaires terminés par lin biseau ; quelquefois elle est en octaèdres ; ses cristaux sont toujours transparents ; l'eau froide en dissout â peine un millième, l'eau bouillante un centième, l'alcool chaud un vingtième, Téther des traceB ; ses dissolutions ont une saveur amère, une réaction alcaline ; elle dévie à gauche le plan de polarisation. La tnorphine fond en un liquide jaune qui devient blanc et cristallin en se refroidissant ; jusqu'à + 300**, elle n'éprouve aucune altération ; à une température plus élevée, elle se décompose, répand une odeur de résine, brûle avec une flamme vive et rouge.
La formule de la morphine est C* H" Az 0* -f 2 aq ; cet alcaloïde se déshydrate par la chaleur et ses cristaux deviennent opaques ; les alcalis le dissolvent sans l'altérer : l'acide azotique le colore en rouge orangé, qui passe ensuite au jaune ; ses dissolutions, mises en contact avec l'acide iodique, donnent lieu à une coloration d'un rouge bruû et dégagent l'odeur caractéristique de Tiode ; mises en contact avec le perchlorure de fer, elles devien-
on le secoue de temps en temps de manière à ce que les globules d'air puissent plus pt'omptemeAt pénétrer la couche d*éther.
Si la dissolution est complète, et si aucune cristallisation fi'apparalt sur Téther, le sel essayé est pur : si après la dissolution, il se fotme des cristaui à la surfade de l'éther, c'est un signe que le sel contient au plus -^ de quinoîdine : s*il y a un résidu, il se composera de cinchonine, ou bien de cinohonine et de qviooîdifie» Ce dernier alcaloïde étant à peine soluble dans Téther, tandis que la cinchonine y est notablement solable, on pourra séparer Tun de l'autre par plusieurs traitements éthérés. i. Voici la liste des alcaloïdes tirés directement de l'opium \
MorpUne. Fapavérine.
Codéine Thébaine.
Narcotine. Narcéine.
Farpbyroxine. Fs«adomorphiiie.
rient bleues, mais cette couleur s'efface rapidement. De toutes ces réactions, celle qui est produite par l'acide iodique est la plus caractéristique.
Les sels de morphine cristallisent très-nettement ; ils sont, en général , peu solubles dans Téther, très-solubles dans l'alcool et l'eau, et ils présentent les mêmes réactions que la morphine ; leurs dissolutions aqueuses ne sont décomposées par le bicat-bonate de soude, ni précipitées par la noix de galle, que lorsqu'elles sont très-concentrées.
Quand on fait agir à petite dose les sels morphiques, ou la morphine elle-même, sur l'économie animale, on en obtient des effets narcotiques ; à haute dose, leur action est mortelle ; cependant les lapins paraissent résister beaucoup plus que l'homme à l'action délétère de ces substances *.
Les sels de morphine les plus employés sont Vkydrochloràte, le suffatë et Yacétate. Le premier de ces trois sels cristallise en houppes soyeuses, se dissout dans 20 parties d'eau froide, et a pour formule C** H*® Az 0*, HCl + 6 aq. La composition du sulfate de morphine cristallisé est représentée par :
C*«H«»AzO«,HO,SO» + eaq;
celle de l'acétate n'est pas bien fixée, parce que d'abord ce sel cristallise difficilement , et parce que, après avoir cristallisé, il perd spontanément une partie de son acide. D'après cela, on s'explique pourquoi les médecins éclairés en ont abandonné l'usagd. Nous avons dit que, lorsqu'on verse de l'ammoniaque sur la dissolution des deux chlorhydrates de morphine et de codéine, le dernier sel reste en dissolution : on l'isole en évaporant la liqueur qui le contient; si on le traite ensuite par de la potasse, la codéine devient libre souS forme d'une masse gluante, qui ne tarde pas à cristalliser ; dissoute dans l'éther et abandonnée à une évaporation spontanée, elle se dépose en gros octaèdres à base rectangle, avec une troncature très-développée parallèle à la base.
La codéine se dissout dans 80 parties d'eau froide, dans 30 parties d'eau bouillante, et en bien plus grande proportion dans ,réther ; elle est très-amère et a une réaction fort alcaline ; elle
1. Il paraîtrait d'après les expériences de M. Bernard que les lapins ne sont pas empoisonnés lors^e les matières morphiques sont introduites dans leur estomac , parce que dans ce cas elles sont promptement éliminées par la sécrétion urinaire; mais quand ces matières ont pénétré dans le sang, alors leurs effets sont relativement les mêmes que chez l'homme.
332 CHIMIE JÉLBMENTAIRE.
fond à + 450". et 8e décompose à une température beaucoup plus élevée; cristallisée dans i'éther, elle a pour formule C'*H*' AzO*; cristallisée dans l'eau, sa composition devient C*°H" AzO* + 3aq-
La codéine n'est pas rougie par l'acide azotique ; ses dissolutions ne sont pas bleuies par les persels de fer, mais elles sont précipitées par l'infusion de noix de galle. Cet alcaloïde a été essayé en médecine comme calmant dans certaines maladies nerveuses.
Les sels de codéine sont presque tous cristallisables, mais jusqu'à présent très-peu connus.
La famille des strychnées n'apporte pas un riche contingent d'alcaloïdes. Jusqu'à présent , on n'en connaît que trois : la curarine^ la strychnine et la brucine. Les deux derniers seuls ont été bien étudiés, et ce seront les seuls qui nous occuperont ici. On les trouve à l'état de lactates, principalement dans la fève de saint Ignace ( strychnos ignatia ) , dans le bois de couleuvre (strychnos colubrina), et dans la noix vomique (strychnos vomica).
C'est ordinairement de la noix vomique que l'on extrait la strychnine et la brucine, parce qu'elles s'y trouvent dans les mêmes proportions, tandis que la fève de saint Ignace contient plus de strychnine, et le bois de couleuvre plus de brucine.
Pour préparer les deux alcaloïdes à la fois, on fait bouillir de la noix vomique en poudre avec de l'eau acidulée par 7; d'acide sulfurique, on filtre et on précipite la liqueur par de la chaux : le précipité est un mélange de strychnine et de brucine ; on le reprend par l'alcool , qui , par l'évaporation , laisse cristalliser le premier de ces deux alcaloïdes et retient l'autre en dissolution.
La strychnine cristallise en octaèdres ou en prismes à quatre pans, terminés par des pyramides^ a quatre faces ; sa saveur est extrêmement amère ; elle est très-peu soluble dans l'eau, un peu dans l'alcool et beaucoup dans les huiles volatiles ; dissoute à la faveur d'un acide, elle exerce le pouvoir rotatoire vers la gauche ; elle est inaltérable à l'air, n'est point fusible et se décompose à + 315°.
La strychnine a pour formule C**H**Az'0*. Lorsqu'on la distille avec de la potasse, elle donne de la quinoleine ; arrosée avec de l'acide sulfurique, puis mêlée avec de 1 acide plombique (oxyde puce), elle prend une belle couleur bleue, qui passe rapidement par le violet et le rouge au jaune pur.
De tous les poisons que fournit le règne végétal, la strychnine est le plus redoutable : 5 centigrammes font périr un homme dans un quart d'heure, au milieu de violentes attaques de tétanos. Cet
TRENTE £T UNiÈMB LEÇON. 333
alcaloïde est un des remèdes les plus employés pour combattre la paralysie ; on s'en sert aussi pour tuer les bêtes fauves.
Les sels de strychnine ont une saveur amère très-intense : leurs dissolutions concentrées sont précipitées par le bicarbonate de soude et par la teinture de noix de galle ; la réaction déterminée par le premier de ces deux réactifs est très-lente à paraître. Arrosés avec de Tacide azotique, ils prennent ordinairement une couleur rouge ; couleur qui n'apparaîtrait pas si la strychnine que les sels renferment était parfaitement pure.
La brucitie cristallise en prismes droits à base rbombe. Quoique peu soluble dans l'eau, elle Test plus que la strychnine : l'alcool la dissout très-facilement, Téther ne la dissout point. Ses dissolutions dévient à gauche le plan de polarisation. Sa formule estC"H"Az«0*-+-8aq.
L'acide azotique colore la brucine en rouge sang ; couleur qui vire au violet par le chlorure d'étain : sous l'action prolongée de ce même acide, la brucine donne naissance à de l'éther azoteux. Réaction remarquable : premièrement, parce qu'elle montre que la fermentation n'est pas la source exclusive de l'alcool *; secondement, parce qu'elle laisse entrevoir la possibilité d'obtenir de nouveaux alcools, dont l'existence n'a jamais été signalée que par la théorie.
L'action toxique de la brucine est beaucoup moins prompte et moins énergique que celle de la strychnine.
Jusqu'à présent nous n'avons vu que des alcaloïdes naturels solides et presque toujours fixes ', arrivons maintenailt aux alcaloïdes liquides et volatils. On n'en connaît que deux : la nicotine^ que l'on tire du tabac , et la conicine ou conine^ que l'on tire de la ciguë. Nous parlerons seulement de la nicotine, que le crime a rendue célèbre.
Les diverses espèces de tabac (nicotiana) renferment des proportions très-différentes de nicotine*. Pour en extraire l'alca-
i . Il faut se souvenir qne les éttiers composés, en s'assimilanl les éléments de deux molécules d*ean, se dédoublent en un acîde, et en alcool.
2. Parmi les alcaloïdes solides naturels, on ne connaît que la cinchonine , et la théobromint { tirée des fèves de cacao) qni se volatisent par la chaleur sans se décomposer.
3. Voici la liste des tene^jrs moyennes constatées au laboratoire de la manufacture de Paris.
Nom des tabacs. Nlcuiinâ pour 100.
Virginie sécbé à + iOO" 6,87
Kentncky id 6,09
Maryland. id 2,29
Lot id.. 7,96
334 GHimB ÉLéHBNTAIftË.
loïde, on fait bouillir dans l'eau les feuilles hachées : le liquide est filtré sur une toile et concentré à consistance sirupeuse ; on traite l'extrait par deux fois son volume d'alcool à BG^", qui dissout le sel de nicotine et détermine la formation d'un dépôt considérable de matières noires. On décante la liqueur alcoolique, on la concentre, puis on la traite par une dissolution de potasse, et on l'agite avec de l'éther. L'alcali met en liberté la nicotine, Téther la dissout. Pour la purifier, on la fait passer à l'état d'oxalate en versant de l'acide oxalique en poudre dans la dissolution éthérée. L'oxalate de nicotine forme au fond du vase une couche sirupeuse, qu'on lave avec de l'éther; dès que l'oxalate est pur, on en tire la nicotine par l'emploi successif de la potasse et de l'éther. La dissolution éthérée de nicotine est distillée au bain-marie pour séparer l'éther ; le résidu est transvasé dans une cornue où circule un courant d'hydrogène sec : cette cornue est chauffée, pendant plusieurs heures, dans un bain d'huile, k une chaleur de + ^ ^0«> afin d'éliminer toute l'eau ; en élevant ensuite la température à + 4 80<>, la nicotine distille à son tour, et alors elle est à son plus haut degré de pureté.
La nicotine est un liquide oléagineux, transparent, incolore, assez fluide, anhydre, d'une densité égale  4,034, devenant jaunâtre avec le temps, et tendant à brunir et à s'épaissir par le contact de l'air dont elle absorbe l'oxygène ; son odeur ftcre rappelle peu celle du tabac ; sa saveur est très-brûlante ; elle entre en ébuUition à + ÎBO'»; sa vapeur (dont la densité est 5,607) est si irritante qu'on respire avec peine dans une pièce où l'on a répandu une goutte de cet alcaloïde. La nicotine est très-soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther : ses dissolutions ont une forte réaction alcaline, dévient vers la gauche le plan de polarisation de la lumière polarisée; elles le dévient à droite lorsqu'on les mêle avec un peu d'acide chlorhydrique : ce qui veut dire que le chlorhydrate de nicotine a un pouvoir rotatoire inverse de celui de son alcaloïde.
La formule de la nicotine est C** H** Az*. Voilà donc le premier alcaloïde dépourvu d'oxygène : il est à remarquer que presque tous les alcaloïdes liquides et volatils, naturels ou artificiels, sont dans le même cas.
La nicotine se combine directement avec les acides, en déga-
Lot-et-OaiOQue ......id 7,84
Nord id 6,58
Ille-€t- Vilaine id 6,29
Pas-de-Calais id 4,94
Alsace id 3,21
géant de la chaleur. L'acide sulfurique concentré la colore en rouge vineux à froid, et en couleur lie de vin à chaud : par une ébullition prolongée le mélange noircit et dégage de Tacide sulfureux. Une baguette de verre humectée de nicotine et exposée aux vapeurs de Tacide chlorhydriquC) s'entoure d'un nuage blanc, précisément comme ferait l'ammoniaqile.
La dissolution aqueuse de nicotine agissant sur plusieurs réactifs à la manière de l'ammoniaque ordinaire, il est bon de connaître par quelles réactions on peut l'en* distinguer. Suivant M. Orfiîa, la nicotine détermine dans la solution ëe chlorure d'or un précipité jaune rougeâtre très-soluble dans un excès de réactif. Le précipité, déterminé dans les mêmes circonstances par l'ammoniaque, ne se redissout pas : le chlorure de cobalt donne un précipité bleu qui passe au vert et qui n'est pas redissous par un excès de nicotine : on sait qu'en pareil cas l'ammoniaque redissout le précipité et donne une liqueur rouge. La nicotine, versée dans Teau iodée, donne lieu à un précipité jaune ; l'ammoniaque, au contraire, décolore immédiatement l'eau iodée sans la troubler. L'acide tannique dissous, mis en contact avec la nicotine, donne lieu à uïi précipité blanc abondant ; mis en contact avec de l'ammoniaque, il fait virer au ronge la liqueur. Si à ces réactions caractéristiques on joint l'action foudroyante que la nicotine exerce sur l'économie animale, il ne sera plus possible de confondre cet alcaloïde av«c aucun autre corps.
Les sels nlcotiques sont en général très-solubles , et cristal^ lisent difficilement.
Les qualités du tabac préparé sd rattachant à la quantité de nicotine contenue primitivement dans la plante, nous pensons , devoir compléter l'étude de cet alcaloïde en disant quelques mots de. la fabrication du tabac ordinaire. A cet effet, nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à M. Fremy ce qu'il a publié sur cette matière, puisque ce chimiste a été pendant plusieurs années attaché, en qualité de professeur, à la manufacture des tabacs de Paris.
Le tabac étant consommé sotis différentes formes, et chaque forme exigeant une préparation spéciale, il importe de parler particuhèrement de chaque préparation. Nous commencerons par l'opération préliminaire^ qui doit être faite sur les feuilles.
Les feuilles sont d'abord isolées, triées, assorties et mouillées. On exécute la mouillade en étalant les feuilles par couches superposées qu'on arrose au fur et à mesure avec de l'eau salée. C'est ainsi qu'on donne aux feuilles qui seront converties en tabac à priser^ la faculté de fermenter, et à celles qui deviendront du
d36 CHtHIB ÉLÉMENTAIRB.
tabac à fumer, la souplesse nécessaire pour éviter la formation de be^coup de débris. Ces dernières feuilles subissent en outre ïécôtage, opération qui a pour objet d'enlever à chaque feuille la portion de la côte excédant une certaine grosseur.
Pour fabriquer le tabac à priser, on choisit de préférence les feuilles provenant des plantes riches en nicotine. Dès qu'elles sont mouillées, on les hache et on les met en tas rectangulaires de 4" de haut sur 4 à 5" de large, et 6 à î"* de profondeur. La fermentation ne tarde pas à s'y établir et la température peut s'y élever jusqu'à + 80<».
Les produits de la fermentation sont complexes et n'ont pas encore été suffisamment étudiés ; néanmoins on peut admettre que la décomposition attaque d'abord les matières azotées, ensuite les sels organiques qui donnent naissance à des carbonates , enfin le ligneux. Une partie de la nicotine disparait soit en se décomposant, soit en se volatilisant à la faveur du carbonate d'ammoniaque.
Au bout de cinq à six mois, la température des masses est en général stationnaire ou décroissante. Alors on les démolit, et on procède au râpage.
On exécute l'opération du râpage à l'aide de moulins semblables à de grands moulins à café. Au râpage succède le laminage, puis la fermentation en case qui achève de donner au tabac toutes les qualités requises.
La fermentation en case a Ueu dans des chambres en chêne, pouvant contenir de 50 à 60,000 kilogrammes de tabac tamisé. Pendant neuf à dix mois la température du centre de la masse ne s'élève jamais au delà de -f BO» à -f 55<>; en attendant le tabac noircit et devient ammoniacal, sans acquérir de parfum. Pour lui donner cette dernière qualité, on le transvase successivement deux à trois fois dans de nouvelles cases, et à deux mois d'intervalle. 11 ne reste plus qu'à étendre le tabac dans une grande salie, à l'y laisser quatre à six semaines , puis à le tamiser pour que le travail soit complet.
D'après les observations de M. Schloesing, la fermentation fait perdre au tabac vert les deux tiers de sa nicotine, l'autre tiers passe à l'état d'acétate * . C'est à la présence de ce sel que le tabac doit sa force ; il doit son odeur aux sels ammoniacaux. Il est pro* babie que son parfum est indépendant de ces deux causes.
Arrivons à la fabrication des tabacs à fumer (scaferlatis). Quand les feuilles ont été triées, mouillées et écôtées, on les hache au moyen de machines particulières. Le tabac haché passe à l'ate-
1. La nicotine est à TétAt de malate dans les feuilles de la nicoliane,
lier des fours à torréfaction : ces fours sont de longues tables horizontales formées par des tuyaux de cuivre juxtaposés, Où circule de la vapeur chauffée à +420". On étale le tabac sur les tables en le remuant sans cesse pendant vingt minutes : c'est ainsi qu'il prend Faspect/me; on Télale ensuite sur des claies dans un séchoir à l'air libre, pour qu'il sèche à la température de + 22".
Le tcUfac à fumer ordinaire ^ appelé vulgairement caporal^ est préparé avec un mélange de feuilles de divers pays ; les tabacs qu'on appelle scaferlatis étrangers sont composés exclusivement de Tune des espèces suivantes : Maryland, Virginie, Varinas, Latakié.
Les feuilles du tabac que l'on emploie à la fabrication des cigares sont de deux sortes : les feuilles pour V extérieur (pour robes), les feuilles pour V intérieur. Les premières doivent être aussi grandes que possible et de belle apparence ; on ne cherche dans les dernières qu'une bonne qualité. Celles-ci sont légèrement humectées, puis écôtées ; les autres sont mouillées, écôtées, étalées sur une planchette, et taillées en morceaux ayant une longueur d'environ 25 centimètres.
Après leur confection, les cigares sont étendus sur des claies dans des séchoirs dont la température est maintenue entre + 20<> et + 24" ; ils y demeurent huit jours, puis ils sont renfermés dans des caisses oiî ils restent le plus longtemps possible '.
Les rôles ordinaires sont de véritables cordes en feuilles de tabac préalablement mouillées et écôtées, dont les unes (préparées avec du Nord, du Lot, Lot-et-Garonne) constituent Fintérieur, et les autres (préparées avec du Virginie) forment l'enveloppe ou robe.
Les rôles menu-filés sont faits avec des feuilles de qualité supérieure. Les produits de cette fabrication, d'une médiocre importance d'ailleurs, sont consommés surtout dans les ports de mer.
D'après les rapprochements statistiques faits par M. Fremy, il semblerait que la consommation du tabac à priser reste stationnaire ; que celle des tabacs à mâcher ou à râper tend à diminuer, et que celle des tabacs à fumer et des cigares augmente considérablement.
Passons aux alcaloïdes artificiels :
MM. Dumas et Pelouze obtinrent, en 1833, un alcaloïde organique artificiel en mettant de l'ammoniaque en contact avec de
1. Un cigare bien fait doit présenter les caractères suivants: égale résistance quand on le presse des doigts en divers endroits ; aucune déchirure de la robe ; pas de bosses ou antres défauts de forme ; l'enveloppe ne doit pas être trop serrée, car il serait impossible de fumer le cigare quand il est sec.
338 CHIMIE ÉLÉHBNTAIRB.
Tessetice de moutarde. Plus tard, ce nouveau produit fut appelé thiosinamine (C*H«Az*S*).
M. Liebig, en distillant du sulfocyanhydrate d'ammoniaque, obtint, en 1^34, dn autre alcaloïde, la ntélamine (C*H^Az®). A ces premiers produits de l'art, il vint plus tard et successivement s'en adjoindre un si grand nombre, qu'aujourd'hui ce nombre dépasse celui des alcaloïdes naturels. On est parvenu à leur découverte, tantôt en décomposafit par la potasse un acide azoté, ou un alcaloïde naturel, ou des éthers cyaniques (Frizsche, Gerhard t,. Wurtz); tantôt en décomposant, par Thydrosulfate d'ammoniaque, des hydrogène-carbonés nitrés (Zinin); tantôt en faisant agir les différents éthers bromhydriques sur certains alcaloïdes artificiels (Hoffman), etc., etc., etc.
Si l'on voulait eiEaminer une à une toutes ces nouvelles substances et les différents procédés qui ont servi à les obtenir , il y aurait matière pour plusieurs leçons; mais pour ne pas nous éloigner de notre plan, nous ne nous arrêterons qu'aux faits qui, par leur caractère de généralité^ marquent dans l'histoire de la science.
En 4843, M. Zinin de Gassan observa qu'en faisant passer de l'hydrogène sulfuré dans une dissolution alcoolique de nitro* naphtaline^ il se déposait des cristaux de soufre , tandis que le liquide contenait un nouvel alcaloïde, auquel il donna le nom de naphtatidame. L'équation suivante explique cette réaction :
C««H' AzO* + 6HS « C" H* Az+ 6 S + 4H0
Mitronaphtaline. Hydrogène Naphtatidame- Hwaîf, fean. sulfuré.
Il obtint le même résultat, et avec plus de facilité,, en dissolvant h partie de nitronaphtaline dans \ 0 parties d'alcool concentré, et eu saturant d'ammoniaque la dissolution , qui ensuite fut traitée par de l'hydrogèlie sulfuré.
L'observation de M. Zinin est devenue le point de départ pour arriver à la découverte de plusieurs alcaloïdes artificiels *, dont le procédé de préparation est fondé sur l'action que l'hydrosulfate
1 . Les akaloîdes artificiels le mieux contitiSj dérivés des hydrogènes carbonés nitréfi, sont les suiTUits :
Aniline C>2H' Az
Toloidine.... C'<H»Az
Xylodine.. C'8H"Az
Gnmidîne C'»H«3Az
Cymidine C"H'*Al
TrSNTB fiT UNIÈME LEÇON. .139
d'Ammoniaque exerce sur certains hydrogène-carbonés nitrés< Ce procédé a donc pris un caractère de généralité, et nous allons en Voir l'application dans la préparation de V aniline,
£n parlant de l'acide bensoïque (voir leçon xxviii®, pag. 244 )j nous avons dit que cet acide, chauffé avec de la chaux, produit uii hydrogène carboné liquide appelé benzine (C H'). Cette sub-* stance, soumise à Faction de l'acide azotique concentré, change une molécule d'hydrogène pour une molécule d'hypoazotide, et devient la nitrobenzine (G** H" Az 0*). Si Ton dissout dans l'alcool ce dernier produit, et si Ton fait passer successivement dans la dissolution un courant d'ammoniaque et un courant d'hydrogène sulfuré, il se dépose du soufre, et on trouve dans la liqueur dé Vaniline (C" H' Az), que l'eau met en liberté sous forme d'huile '. Voici comment on peut se rendre compte de sa formation i
C"H»AzO^-HAzH»+42HS«6S + 4HO+6(AzH»,HS)+C«»H'Aa
Kitrobenxine. Ammo- Hjdro- Sovfre. Eau. Hydrosulf&te Auilin»..
niaque. gène sul- d'amnioniaque.
furé.
Vaniline présente un grand intérêt scientifique , premièrement^ parce que, suivant M. Gerhardt, elle est tellement semblable à l'ammoniaque, qu'elle donne lieu aux mômes réactions : ainsi lés amides et les sels ammoniacaux marchent parallèlement aux anilides et aux sels anUîdiques^ etc., etc*; secondement, parce qu'en se rendant bien compte de son mode de formation, on reconnaît tout ce qu'on peut attendre des métamorphoses chimiques. En effet, sans sortir du procédé que nous avons suivi, on voit qu'en provoquant quatre métamorphoses différentes et successives, on peut partir de Vessence d'amandes améres et arriver à Vaniline.
ire métam. (oxydation) c«*H«0« -j- 2 0 =C^*H«0*
Essence d*a-^ Ac. bentoïque.
mandes amères.
2* toétam. (élimination) C"H«0^ — 2 C0« =-C'* H»
Acide ben-^ Beaùne.
solque.
3* métam. (substitution) C" H« — H + AzO* « C«» H» Az 0*
fieaRinei Nitrobenzine.
4« méUm. (réduction) G««H» AzO*— 0* + H« « C«* H' Az
Nitfobenzine. Aniline.
1 . On peut préparer Taniline par plusieurs autres procédés. Celui qal en fournit le plus consiste à chauffer de iMndigo avec un excès de potasse. Nous ne décrivons lé procédé de M. S^in que pour Un motif d^opportunité^
340 GUlItlB ÉLÉMENTAIRE.
Cet exemple ne fait-ii pas entrevoir la possibilité d'obtenir arti* ficiellement un grand nombre de produits organiques naturels?
V aniline (Kyanol, Bendizame) est un liquide incolore ayant une odeur vineuse agréable et une saveur brûlante. Sa densité est 4,028; elle conserve sa fluidité à — 20o et bout à +4820; elle est peu soluble dans Teau, et soluble en toute proportion dans Talcool et Téther.
L'aniline a la propriété caractéristique de bleuir les dissolutions des hypochlorites alcalins; elle se combine avec les acides et forme des sels cristallisés, qui jouissent de toutes les propriétés chimiques des sels ammoniacaux : soumise à l'action des corps halogènes et à celle de l'acide azotique, elle échange une partie de son hydrogène pour une quantité équivalente de chlore, de brome, d'iode ou d'hypoazotide : à mesure que la substitution avance dans la molécule, la faculté alcaloïdique de celle-ci diminue. L'aniline se combine directement avec le cyanogène sans perdre aucune de ses propriétés chimiques essentielles : le nouveau composé porte le nom de cyaniline (C* H' Az*) .
Lorsqu'on distille un mélange de cyanate de potasse et de sulfomethylate, ou de sulfovinate, ou de sulfoamylate de la même base, on obtient l'éther cyanique de l'esprit de bois, ou de l'alcool, ou de l'huile de pommes de terre :
KO, Cy 0 + C* H» 0, KO, 2 S0» = C2H» 0, Cy 0 + 2 KO, SO*
Cyanaie dft SulfoméiliyUte de potasse. Éther c janique de Sulfate de po-
potassA. l'esprit de bois. tasse,
KO, Cy 0 + C* H« 0, KO, 2 SO» = C* H» 0, Cy 0 + 2 KO, SO*
Cyanate de Sulfovinate de potasse» Éther cyanique de Sulfate de
potasse. Talcool. potasse.
KO,CyO + C«H»0,KO,2SO»«C«H»0,CyO+2KO,SO*
Cyanat« de Sufobutyrate de potasse. Éther cyaniqite de Sulfate de
potasse. Talcool butyrique. potasse.
KO,CyO + C^*H"0,KO,2SO»=:C**Hi»0,CyO+2KO,SO»
Cyanate de Sulfoamylate de potasse. Éther cyanique de . Sulfate de
potasse. Thuile de pomme potasse.
de terre.
Ces élhers, traités par la potasse, ne se décomposent point comme les éthers ordinaires, mais ils donnent naissance à du carbonate de potasse et à des alcaloïdes volatils : avec le sulfométhylate de potasse, on a la méthylamine (C* H" Az) ; avec le sulfovinate, Véthylamine (C^H'Az); avec le sulfobutyrate, la hutyramine (C*H**Az); avec le sulfoamvlate , Vamylamine (C'«H'»Az).
Pour bien comprendre la génération de ces bases, il faut se souvenir de rinstabJité de l'acide cyanique (voir leçon viii', p. 262). Vous n'avez pas oublié que lorsqu'on met une dissolution de potasse en contact avec cet acide, il se forme du carbonate de potasse et de l'ammoniaque :
C*AzO,HO + 2KO + 2HO = 2KO,CO«-4-H»Az
Acide cyaoiqae. Potasse. Eau. Carbonate de Ammo-
potasse. Iliaque.
Le même phénomène se présente lorsque la potasse dissoute agit sur les éthers cyaniques, à cela près que l'ammoniaque se combine avec l'hydrogène carboné ( méthylique, éthylique, butyrique, amylique) qui se trouve dans léther. Ainsi,
C« H» 0, C* Az 0 -f2KO + 2HO»=2KO,CO* + C»H»Az
Étber cyaniqae de l'esprit Potasse. Eau. Carbonate de Méthjla-
de bois (alcool méthy- potasse. mine,
llque).
C* H» 0, C» Az 0 -f2KO + 2HO = 2KO,CO«+C*HUz
Éther cjaniqae de l'alcool Potasse. Eau. Carbonate de Btby la-
ordinaire ( aloool étby- potasse. miue.
lique).
C«H»0,C«AzO + 2KO+2HO = 2KO,CO« + C«H"Az
Éther cyanique de Potasse. Eau. Cabonate de Batyramine.
Talcool butyrique. potasse.
C** H" 0, C« Az 0 + 2 KO + 2 HO = 2 KO, C0« + C4*H'»Az
Etber cyanique de l'huile Potasse. Eau. Carbonate de Amyla-
de pomme de t«rre potasse. mine,
(alcool amylique).
Les formules de ces quatre alcaloïdes représentent de l'ammoniaque, plus l'hydrogène carboné d'un des quatre alcools. En effet,
Méthylaniine.. C» H» Ai = j ^^c,
AiH»
Éthylaminft... C< H' Az = |
Batyramine.. C»H"Az= \ ^*2»C»
AzH»
Amylamine... C'*H"Ai = {
Ces faits, découverts par M. Wurtz, sont Irès-importants, parce qu'ils ouvrent une nouvelle voie aux recherches.
Ainsi tout alcool, donnant un suffiwinate, donnera aussi un éther cyaniqne et .un alcaloïde analogue aux ammoniaques composées précédentes. Sans doute V alcool eaprylique, qui vient d'être découvert par M. Bouis, donnera la eapry lamine; de même qu*on aurait directement la capriamhie, la propiàmine, etc., si l'on parvenait à découvrir les alcools caproiquCy propionique, etc., etc. *
Nous allons décrire, conune exemple, la préparation et les propriétés de Véthylamine, qui, de tous les alcaloïdes représentant des ammoniaques composées, est le plus facile à obtenir et qui se produit fréquemment dans diverses réactions*.
Pour préparer Téthylamine, on fait bouillir dans un appareil distillatoire Téther cyanique (C*H*0, CyO), ou cyanurique [(C*H»0)»,Cy*0*] avec un excès de potasse, et on dirige les vapeurs dans un récipient contenant un peu d'eau refroidie. Lorsqu'on juge que l'expérience est terminée , on sature l'eau du récipient avec de l'acide chlorhydrique, puis on la soumet à l'évaporation. On obtient ainsi le chlorhydrate d'éthy lamine (C^ U' Az, H Cl ) que l'on purifie en le faisant cristalliser dans l'alcool absolu.
On mêle une partie de chlorhydrate d'éthylamine bien sec avec deux parties de chaux vive, et on introduit le mélange dans un tube fermé par un bout, et assez long pour que la matière n'en remplisse que la moitié ; l'autre moitié doit contenir de la potasse caustique concassée. On adapte à cet appareil un tube de dégagement, qui doit communiquer avec un matras entouré d'un mélange réfrigérant. En chauffant peu à peu la portion du tube qui renferme le mélange, l'éthylamine devient libre et va se condenser dans le récipient.
1. Suivant M. Hoffmaa tontes les ammoniaques composées, traitées par des nitrites, donnent naissance à Télher nitreox de Talcool auquel correspond Talcaloide lui-même. Ainsi avec un nitrite et de Yéthylamine on a Véther nilrettx ordinaire ( C* H^ 0, Az 0^ ) ; avec Vamylaminê on a Véther nilreux de l'huile de pomme de terre {C*®H" 0, AzO'= éther nitreux amylique) etc., etc. Gomme il est facUe de tirer Talcool ordinaire, et Phnile de pomme de terre des étbers nitreux, étbyliqoe et amylique, etc., etc., il est permis de croire que l'on pourra obtenir les alcools caproïque et propionique au moyen de la eapriamine et de la propiamine *. Sons ce point de vue, les ammoniaques composées offrent un très-haut iatérèt scientifique.
2. M. Strecker obtient de Yéthylamine en traitant Tacide éthamique par de la potasse. M. Wurtz en prépare avec Vurée propionique et les alcalis : M. HoSînan l'obtient en faisant agir successivement sut Tammoniaque ordinaire, Téther brombydrique et la potasse, etc., etc.
* On avait cru que le liquide qui découle des harengs salés, contenait une quantité considérable de propiaminef mais M. Huffman a constaté, que ce n'est que de la trimélhylamine{c*B»Ai).
TRENTE ET UNIÈME LEÇON. 3l3
L'éthylamine est un liquide incolore, dont l*odeur pénétrante rappelle celle de l'ammoniaque : elle se dissout en toute proportion dans l'eau, a une forte réaction alcaline, désorganise la peau autant que la potasse, bouta + 18° ; sa vapeur est inflammable et brûle avec une flamme bleuâtre. Sa grande volatilité, son odeur et ses réactions, la rapprochent tellement de l'ammoniaque, que beaucoup de chimistes l'auront vue avant M. Wurtz sans la reconnaître. Effectivement, l'éthylamine répand des fumées lorsqu'on approche d'elle une baguette mouillée d'acide chlorhydrique ; elle dissout les oxydes de zinc et de cuivre, en formant avec ce dernier une liqueur bleue foncée. Les sels éthylamiques ont le même aspect que les sels ammoniacaux, et donnent lieu à des réactions semblables. La dissolution aqueuse d'élhylamine trouble immédiatement l'éther oxaliqUe, et y détermine la formation d'un dépôt que l'on prendrait pour de Voxamide , s'il n'était formé de petits cristaux aiguillés *. C'est peut-être la seule réaction caractéristique de l'éthylamine. Ces cristaux aiguillés sont VoxathytamidCj dont la composition correspond à celle de l'oxamide :
Oxamide = AzHs G^O'
Otatiiylamine. = { ^2'g<^'^^
Cette substance jouit de toutes les propriétés des amides.
M. Hoffman, en approfondissant l'étude de l'aniline et des alcaloïdes artificiels découverts par M. Wurtz , est parvenu à découvrir à son tour une multitude d'autres alcaloïdes tout aussi intéressants. Les principaux agents dont s'est servi ce chimiste sont les éthers halogé niques.
Lorsqu'on met une ammoniaque composée ou de l'aniline (qui peut être considérée comme telle , ainsi que nous le verrons plus tard) en contact avec de l'éther bromhydrique , il se forme des bromhydrates dont la base renferme tout à la fois les éléments de l'alcaloïde et ceux de la molécule alcoolique de l'éther qui a servi à l'expérience. Par exemple , en opérant sur de l'éthylamine , on Obtient le hromhydrate de diéthytamine C* H*^ Az, H Br. Voici de quelle manière on peut interpréter celte réaction :
C* H» Az + C* W Br = C* H^» Az, H Br
ÉthjUiiiine. Éther brom* Bromhydrate de dlè< bjdrique. ihylaminç.
1. Ou tait ^e Ton prépare Vo<Bam\ie en versant de rammottiaqtie finr de Véthet oxalique. Le dépôt qui se fonoe est blaue el amorphe (tOît lêgon luy, p. 112).
Hi CHIMIE éLÉMKNTAIRE.
Ce nouveau sel traité par )a potasse met en liberté la diéthyla' mine C H" Az. Si Ton avait opéré avec de la méthylamine, de la butyramine, de Tamylamine, de Taniline, etc., etc., on aurait obtenu :
L'éthyméthylamine... = C« H» Az L'éthybntyramine . .. . = C'^H'^Ae
L*éthyaiiiy lamine = C«<H"'Az
L'éUiyanUine = G'«H"Az
Voilà donc une nouvelle série d'alcaloïdes artificiels ; série qui peut devenir très-nombreuse par cela seul qu'elle se rattache à un procédé d'application générale. On aura donc autant de nouveaux alcaloïdes qu'il y a d'ammoniaques composées, et on en aura encore autant qu'il y aura d'éthers bromhydriques. Quel que soit le nombre des alcaloïdes qu'on obtiendra au moyen de l'éther bromhydrique ordinaire, on est sûr d'en obtenir un nombre égal avec l'éther bromhydrique de l'esprit de bois , de l'huile des pommes de terre, etc., etc.
En suivant le même procédé et en opérant sur tous les alcaloïdes compris dans cette dernière série , on parvient à obtenir encore une autre série, numériquement égale à la précédente, et dont chaque terme est encore représenté par un nouveau produit. Exemple :
Si l'on chauffe de l'éther bromhydrique avec de la diéthylamine, il se forme un hydrobromate dont la base contient tout à la fois les éléments de l'alcaloïde et les éléments organiques de l'éther employé : en d'autres termes, on a l' hydrobromate de triéthylamine C" H** Az, HBr. En opérant avec un éther bromhydrique d'une autre espèce, celui de l'esprit de bois par exemple, on obtient V hydrobromate délhydiméthy lamine C* H" Az, H Br.
On voit qu'avec une ammoniaque composée et différentes espèces d'éthers hydrobromiques, ou bien avec le même éther, mais avec différentes espèces d'ammoniaques composées, on peut avoir deux grandes séries d'alcaloïdes artificiels.
Nous devons donc à M. Zinin les alcaloïdes provenant de Faction de l'hydrosulfale d'ammoniaque sur les hydrogènes carbonés ni très : à M. Wurtz, les alcaloïdes provenant de l'action de la potasse sur les éthers cyaniques ; à M. Hoffman , les alcaloïdes engendrés par l'action des élhers bromhydriques sur d'autres alcaloïdes d'une constitution plus simple.
Après avoir considéré tous ces nouveaux produits sous un point de vue purement empirique, nous allons montrer comment la théorie a essayé d'interpréter leur constitution.
Depuis longtemps M. Liebig a dit que lorsqu'une molécule d'hydrogène de l'ammoniaque est remplacée par un groupe moléculaire oxygéné, la faculté saturante de l'ammoniaque disparaît : tandis que cette faculté se conserve , au contraire , lorsque la substitution est opérée par un groupe moléculaire non oxygéné.
En adoptantjla théorie de Véthyle (voir la leçon xxiv«, p. 4 02), en considérant les éthers composés comme des corps qui renferment ce radical ou un tout autre radical homologue, on peut supposer que les ammoniaques composées dont le' type a été découvert par M. Wurtz, et que les alcaloïdes artificiels découverts par M. Hoffman, ne sont que de l'amjnoniaque qui a échangé successivement 4, 2, 3 molécules de son hydrogène contre 4, 2, 3 molécules hydrocarbonées.
Ainsi l'éthylamine peut être aussi bien de l'ammoniaque plus C* H*, que de l'ammoniaque dont une molécule d'hydrogène est remplacée par C* H* (éthy le) .
M. Hoffman, en se plaçant à ce point de vue, a pensé que les ammoniaques composées, autant que les autres alcaloïdes qui en dérivent) peuvent être divisés en trois groupes.
l«r groupe, renfermant. les alcaloïdes amidéi
etc.
Az = éthylamine.
Az = amylamine.
etc. etc.
2« gronpe, renfermant les alcaloïdes imidés
[ 2G^ H& I Az = diéthylamine.
I G^ H^ V Az =7 étbyamylamine.
etc. etc.
f (C« H»)» Az = triéthylamine.
3» gronpe, renfermant les alcaloïdes ) C'»H'' j ^* = amy^iéthylamine.
nitriléa \ G» H» »
G«Hi
G'«H«> etc.
Az = méthyamiéthylamine.
etc.
Si on donne à ces trois groupes une expression générale, et si on la rattache à la formule de l'ammoniaque, on aura
U I As s ammoniaque.
I Al =
alcaloïdes amidés.
alcaloïdes imidés.
alcaloïdes nitrilés.
346 £BIH1B éLiUBNTAIRE.
En suivant ces idées, il a été facile aux chimistes de classer plusieurs autres alcaloïdes. Par exemple, l'alcaloïde C** H** A» que M. Cahours obtient en traitant la pipéridine par l'éther hydroiodique, appartient ^\\ groupe des nitrUés
C*H* \ Ax,
cm^ j
La pipéridine C* H^* Az, que le même chimiste prépare en distillant la pipérine sur de la chaux potassée, entre dans le groupe des imidés.
Tous les alcaloïdes artificiels préparés par la méthode de M. Zinin font partie du groupe des amidés : ils passeront dans le deuxième et le troisième , si on les soumet à des actions convenablement choisies, ainsi qu'a fait M. Hoffman pour l'aniline. La nicotine et la conicine , quoique étant des alcaloïdes naturels , peuvent à leur tour être comprises dans cette classification : en effet,
Aniline... G«»H5 ] ^' Cwnldine. C«»H" j ^'
Toltiidine.. G'<H' j ^^' Qninoléine C««H» } ^^*
Conicine.. G'flfl'3 ] ^' Nicotine... CWH» j '^•
Xylodine.. C>«H» } ^'' Cymidine.. C««H«» | '^•
D*après ces vues théoriques, les alcaloïdes artificiels et quelques alcaloïdes naturels ne seraient donc que de l'ammoniaque dont l'hydrogène aurait été partiellement ou complètement remplacé par des hydrogènes carbonés. Mais ces idées sont-elles d'une application générale? Pourra-t-on envisager de la môme manière les alcaloïdes oxygénés naturels? Voilà des questions auxquelles la science ne répond pas encore.
La matière organique fournit aux chimistes non*seulement des corps qui fonctionnent à la façon de l'ammoniaque, mais encore des corps dont les propriétés sont les mêmes que celles de la potasse, de la soude, en un n)ot, des bases proprement cjites. Et remarquez bien , Messieurs , que ces bases ne renferment aucun élément métaUique à qui on pût attribuer la cause de la basicité. Ainsi il ne s'agit pas de composés comparables au cacodyle, au
stibétyle^ etc., etc.; mais des molécules exclusivement formées de ces quatre métalloïdes, qui semblent avoir le privilège de consti» tuer les substances que nous désignons par le nom de substances organiques ou organisées.
Lorsque, d'après les indications de M. Hoffman, on mêle de l'éther iodhydrique parfaitepoent anhydre avec de la triéthylamine desséchée sur de l'hydrate de potasse, et qu'on expose pendant une ou deux minutes le tube qui contient le mélange à la température d'un bain d'eau bouillante , une vive réaction se manifeste aussitôt, et le liquide se solidifie après le refroidissement,
La masse solidiBée a l'aspect cristallin , se dissout dans l'eau froide et dans l'alcool ; elle est presque insoluble dans l'éther. On la purifie en abandonnant sa dissolution aqueuse à une évapQration spontanée.
Cette nouvelle substance a pour formule C" H*<> Az L M. Hoffman lui a donné le nom d'iodurede tétréthylammonium : elle n'est pas attaquée par la potasse, mais, au moyen de l'oxyde d'argent, on peut changer son iode pour de l'oxygène , et obtenir ainsi un produit que toutes ses propriétés chimiques rendent comparable à la potasse.
Pour faire agir l'oxyde d'argent sur l'iodure de tetrethyl^mmoniun), on chauffe légèrement une dissolution de ce dernier corps, et on y ajoute peu à peu de l'oxyde récent et encore humide ; l'opération est terminée dès qu'il ne se forme plus d'iodure d'argent. En jetant la masse sur un filtre, on obtient un liquide incolore qui, évaporé dans le vide, donne V oxyde de tétréthylammonium C^« H*<> Az, 0 + aq, sous forme de longues aiguilles filiformes très-déliquescentes et très-avides d'acide carbonique.
La dissolution concentrée de cet oxyde a une réaction alcaline des plus énergiques : elle est très-amère, elle attaque l'épiderme, saponifie les corps gras, et donne pu savon qui blanchit très-bien le linge : par l'ébullition, elle décompose les éthers composés, et fait dégager de l'alcool; à froid, elle chasse l'ammoniaque des sels ammoniacaux ; elle peut servir comme alcalj à la préparation du réactif de Frommherz * ; enfin elle précipite de leurs dissolutions salines toutes les ba^es terreuses et métalliques.
A l'énumération de toutes ces propriétés, ne vous semble-t-il pas entendre parler de la potasse !
Par les recherches remarquables de M. Hoffman, la science s'esl enrichie non-seulement d'une multitude d'alcaloïdes artificiels pro-
i . Four déconvrir le glucose, le lactose, la sorbine, etc., etc.
3f8 CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
prement dits, mais encore d^un -grand nombre de bases organiques comparables aux alcalis. Un grand nombre, disons-nous, car en variant Tespèce de l'éther hydriodique et de Fammoniaque composée , il a obtenu une longue série d*oxydes de composition différente, mais se rattachant toujours au même type.
Quelles sont les idées de M. Hoffman sur la constitution de c«s nouvelles bases?
M. Hoffman constate d'abord que l'éther iodhydrique ordinaire C* H*I, mis en ébullition avec l'ammoniaque jusqu'à ce que la réaction alcaline de ce dernier corps ait disparu, engendre une matière cristalline qui ne contient pas moins de cinq produits différents :
1* rhydroiodate d^ammoniaque = H* As, HI
î« - d^éthylamine = | (.^^î | Az, HI^
3* — dediétbylamine.... = | /(-i^sx» I Az, HI
4« — detriéthylamiDA.... = (G*H&)3 Az, HI
5* riodaredetétréthylammoniiim... = (G<H&)< Az, I
Il évoque ensuite la théorie de l'ammonium (voir leçon xn«, page 370) , et tâche de mettre en évidence la relation étroite qui existe entre les cinq produits. Effectivement, si l'hydroiodate d'ammoniaque est de l'iodure d'ammonium, les hydriodates des ammoniaques amidées, imidées et nitrilées deviennent des iodures, et ce qu'il appelle iodure de tétréthylammonium n'est plus qu'un iodure métallique.
D'après cette théorie , les véritables formules des cinq produits précédents seraient :
Pour le le' H< Az, I = Iodure d'ammonium.
Pour le 2« | ^4^5 | Az, I = lodaie d'étbyiammoniiuii.
Poar le 3« j /(;;4|{&\t { -^t ^ = lodiue de diéthylammoniiun.
Pour le 4« j ((1«^&^3 | Az, I = Iodure de triéthylammoniom. Ponr le 5« (C«H»)< Az, I = Iodure de tétréthylammoninm.
La formation de ce dernier composé aurait lieu en vertu d'une transformation moléculaire analogue à celle que les partisans de la théorie de l'ammonium admettent entre les éléments de l'acide
TRENTE ET UNIÈME LEÇON. 3i9
iodhydrique, et de l'ammoniaque lors de la formation de Viodure (l'ammonium.
H» Az + H I = H* Az, I
AnuDooiaque. Ao. iodhy- lodure d'amoio-
drique. nium.
(C* H»)» Az + C* H» I =. (C* H»)* Az, I
TriéthyUmiDe. Éther iod- lodure de tëtréthy-
bjdrique. lammonium.
Le iétréthylammonium serait donc un métal organique non encore isolé, et comparable en tout point à Vammonium; à cela près que l'on connaîtrait l'oxyde de ce nouveau métal, tandis que celui de l'ammonium n'est connu qu'à l'état de combinaison. Voxyde de tétréthy lammonium ne serait pas une alcaloïde, mais une véritable base organique : dénomination qui lui convient par excellence, car il se cx)mbine avec les acides suivant les lois communes aux bases proprement dites.
Quoi qu'il en soit de cette théorie, toujours est-il que les produits de l'action des éthers iodhydriques sur la triéthylamine, et probablement sur toutes les ammoniaques composées nitrilées^, se comportent comme la potasse et la soude, et doivent être considérées comme de véritables oxydes basiques comparables aux oxydes métalliques.
Bien que le sujet principal de cette leçon soit Tétude des alcaloïdes et des bases de nature végétale, néanmoins cette étude même me conduit à vous parler encore de certains produits qui sont considérés comme de véritables alcaloïdes, et qui proviennent de substances de nature animale.
L'urine renferme de Vurée : la gélatine soumise à Taction de l'acide sulfuriaue donne de la glycocolle (sucre de gélatine) ; les matières protéiques, et principalement le caseum^ sous l'action de la potasse, produisent de la leucine : la chair musculaire abandonne à l'eau une matière qui, selon la manière dont elle est traitée, se transforme en créatinine ou en sarcosine. Ces cinq produits se combinent avec les acides, et, par plusieurs de leurs
1. An moyen de Taction convenablement dirigée de différentes espèces d^é^her iodhy driqne, M. Hoffmau est parvenn à produire un oxyde d'ammonium dont les 4 molécules d'hydrogène sont remplacées par 4 hj drogène-carbonés différents.
Hydrogène carboné de Tesprit de bois C^ H^ \
— — de l'alcool ordinaire C H» | -.
— — delTiniledepommedeterre.. C'»H'» ( A«, 0 + ag.
— — de Ta'âide phéniqne, G'^H* /
3K0 CHIMIB ÉLÉMENTAIRE.
propriétés, ils ressemblent tellement aux alcaloïdes, qu*on ne pourrait les en séparer sans méconnaître des analogies évidentes.
Je ne veux pas vous entretenir de l'histoire particulière de chacun de ces corps ; c'est ailleurs que nous verrons la préparation et les propriétés spéciales des principaux d'entre eux : pour le moment, je ne vous en parlerai que comme un complément des notions que nous avons déjà acquises sur les alcaloïdes en général.
On peut extraire l'urée de l'urine , et on peut la préparer par double décomposition , en versant du sulfate d'ammoniaque dans une dissolution de cyanate de potasse : au lieu du cyanate d'ammoniaque , il se forme de Turée C* H* Az* O*. A la vérité , cette substance renferme tous les éléments du cyanate ammoniacal H* Az, HO, C« AzO, cependant l'urée n'est point un sel. Elle est considérée aujourd'hui comme le type d'un groupe de corps qui paraît destiné à devenir très-nombreux. En effet, on peut obtenir autant d'urées qu'il y a d'ammoniaques composées ; on n'a qu'à transfermer ces dernières en sulfates, et à les mêler avec du cyanate de potasse ^ Exemples :
1 • KO, C« Az 0 -t- C« H» Az, HO, SO» = KO, SO» + C* H* Az« 0»
Cjanate àt> po- Sulfate dç méthylamlne Sulfate de Méthjlurée.
tasse. potasse.
2» KO, C« Az 0 + C* H^ Az, HO, SO*
Sulfate de diméthy lamine. = KO SO' + C* H" Az* 0^
Bim^thflurée.
Voyons par quels liens ces nouveaux composés se rattachent à l'urée normale.
En chimie, les réactions et les métamorphoses font les rapprochements. Ce qui caractérise l'urée, c'est que, sous l'influence de la potasse, sa molécule se décompose en deux molécules d'acide carbonique et deux molécules d'ammoniaque.
C* H* Az^O» + 2 KO, H0==2K0, C0« + 2 H» Az
Urée. Potasse. Carbonate de Ammo-
potasse. niaque.
Or, toutes les urées artificielles, soumises à l'action delà potasse, se décomposent précisément comme l'urée normale , à cela près
1. M. WaTti prépare des nrées artificielles, en faisint ii}t\ei ammoniaguet eompoiéei sur les éthen eywiqupê.
que l'une des deux molécules ammoniacales est une ammoniaque composée. Exemple :
C*H« Az«0« + 2KO,HO*-2KO,CO« + H»Az + [(C«H») H« Az]
Méthylarée. Potasse. Carbonate de Ammo- Mëtiiylamine,
potasse. niaque.
Une fois cette analogie admise , il est aisé de voir, avec M. Wurtz, que les urées artificielles sont à l'urée proprement dite ce que les ammoniaques composées sont à l'ammoniaque ordinaire. En effet, si dans l'urée normale on met à la place d'une molécule d'hydrogène une molécule hydrocarbonée (C*H*) de l'esprit de bois, on aura la méthylurée :
C*H*Az*0«-H+C8H» = C*H«Azî08
urée. Méthylurée.
Si on fait cette substitution par la molécule hydrocarbonée (C*H") de Talcool, on aura Véthylurée :
C« H* Az« 0« — H + C* H» =C« H» Az» 0«
urée. Éthylarée.
Si au lieu d'une seule molécule d'hydrogène, on en remplace deUx, on aura la biméthylurée, la biéthylurée , et si les deux molécules d'hydrogène sont remplacées par deux molécules hydrocarbonées différentes , on aura encore des urées en apparence plus complexes , mais qui , en réalité , rentreront dans la formule générale
C"'H"Az«0«
C'est ainsi qu'on pourra obtenir Véthyméthylurée^ Véthylamylurée^ etc., etc.
Les formules suivantes feront mieux saisir cette théorie.
Urée = C2 H< Az^ 0»
Méthylm-ée = C^ | ^,, gj ] Az^ 0^
Biméthylarée = G' | (c^ H»)» 1 -^^ ^'
Méthylamylurée = C^ | ÇJ H^ j Az^ 0»
etc. etc. etc.
En somme , les urées artificielles sont de l*urée normale dont une partie de l'hydrogène a été remplacée par un groupe moléculaire hydrocarboné.
Parmi les quatre substances alcaloïdiques que nous avons citées avec Turée, il en est trois qui semblent appartenir au même groupe : ce sont la gtycocolle (sucre de gélatine) C*H*AzO*, la sarcosine C* H' Az 0^ et la levcine C** H" Az 0* : leurs formules ont la même expression générale C^H" AzO*, et, chose remarquable , elles dérivent de mêmes matières premières. Au reste, on voit souvent se former une série des corps homologues par l'action d'un seul agent sur la même substance ^ Si ces trois substances sont liées entre elles par l'homologie, il est presque sûr qu'on découvrira les termes qui leur sont intermédiaires. On aura alors la série suivante :
c« H» Az 0» ?
C H* Az 0< = glycocoUe.
C« H' Al 0* = sarcosine.
C» H« Az 0« ?
C'»H"Az 0* ?
C'»H«3A2 0* = lencine.
Quant à la créaiinine C» H' Az' 0*, elle figure parmi les alcaloïdes non encore classés , faute de données suffisantes sur leur constitution moléculaire.
En résumé , sauf quelques rares exceptions , on n'a pas encore d'idées théoriques arrêtées sur la constitution des alcaloïdes naturels.
On compare les alcaloïdes artificiels à de l'ammoniaque dont l'hydrogène a été complètement ou partiellement remplacé par une ou plusieurs molécules hydrocarbonées de nature organique.
Les véritables bases organiques sont des molécules oxygénées comparables à la potasse , et par conséquent aux bases métalliques.
Presque tous les autres alcaloïdes sont encore isolés; quelques-uns ont été groupés, mais on ignore encore leur constitution. ' Avec l'étude des principes alcaloïdiques et basiques des plantes, nous avons terminé cette partie de la chimie que Ton est convenu d'appeler végétale, 11 nous reste à voir la partie que l'on
I. G^est aiusî, par exemple, que les matières grasses, soumises à Taction prolongée de Tacide azotique engendrent toute la série des acides homologues volatils ayant pour formnle générale G° H" 0*.
appelle animale. Nous ne changerons pas de méthode, et, comme nous avons commencé par étudier les principes immédiats de la graine, et nous avons fini par ceux de la plante adulte, de même nous étudierons d'abord les principes immédiats de l'œuf, et ensuite ceux de l'animal parvenu à son entier développement.
XXXir LEÇON.
ŒUr — BAHO. — DIGESTION. — REBPIRATIOH.
Sommaire. — Composition de Tœnf. — Nature de son albamine. Elle parait différer de celle du sérum. — Albumine soluble^ et albumine insoluble. — Composition immédiate de l'albumine de Tœnf, ses propriétés et ses applications. — Changements qu'elle éprouve pendant Tincubation. — Composition immédiate du sang, — Fibrine. — Sa liquéfaction. — Différentes variétés de fibrine. — Fibrine veineuse, artérielle f musculaire. — Matière colorante du sang. — Globuline. — Hématosine.
— Constitution des globules sanguins — Procédé pour les isoler. — Propriétés du sang considéré dans son ensemble. — Dosage de ces principes constitutifs. — Usages techniques du sang. -- Altérations du sang. — Propriétés toxiques qu'il peut comrauniq'ier à certains aliments. — Ses fonctions physiologiques. — A/mentalion. — Salive. — Plyaline. — Suc gastrique. — Pepsine. — Bile. — Cholestérine. — Acide cholique , et choléique. — Acides cholalique , cholaHiqu9 , glicocollê, taurine^ dyalisine. — Procédé de Pettenkofer pour découvrir la bile,
— Suc pancréatique. — Son action spéciale sur les corps gras. — Sanguiflcation des matières digérées. — Changements du sang sous l'influence de la respiration.
Messieurs,
Nous avons commencé l'étude de la chimie organique végétale par l'examen des principes immédiats de la graine. Noua commencerons de même l'étude de la chimie organique animaie par l'examen des principes immédiats de l'œuf.
Si nous jetons les yeux sur la composition de l'œuf de poule, que nous prendrons pour exemple comme l'espèce d'œuf la plus commune, nous verrons que les principes qui y dominent nous sont déjà connus.
COMPOSITION DE l'oEUP DE POULE.
Blanc. 60 =
Eau.
Albumine.
Membranes et traces de matière , ^
"" 3 raisin,
( Sucre de raisin l Sucre de lait.
354 CHIMIE éLÉMBHTAlBB.
60 f Ban. •.. 5i,4«6
Titellioe ( rarié té d'un principe protéique ) i 5,760
MargariDe et oléine 21 ,304
Acides oléique, et maT^riqne 7,226
Acid e phospbogl ycériqae 1, 200
Cholestérine ( matière grasse non saponifiable ) ,438
Jaone.. ^ = ) Matière cérébériqne ,300
100 ^ Matière ertractive analogue à Textrait de viande ^400
i de potasse \
desonde i
de chaux > 1,333 de magnésie. . . 1 d'ammoniaque. /
Matière colorante, acide lactiqne, et fer 0^553
En effet, les proportions des matières protéiques et des corps gras y sont les plus fortes.
En étudiant la graine, nous avons appris à connaître les sub- ' stances grasses et protéiques ; toutefois nous avons réservé Tétude plus approfondie de ces dernières pour l'époque où nous nous occuperions de chimie animale.
L'oeuf nous présente donc l'occasion de compléter les notions que nous avons déjà acquises sur Valbumine : nous ne tarderons pas à en faire autant pour la fibrine^ et pour la caséine.
Le blanc d'œuf n'est qu'une dissolution aqueuse assez concentrée d'albumine renfermée, comme l'humeur vitrée de l'œil, dans les espaces celluleux formés par une membrane extrêmement mince et facile à déchirer. Les cellules extérieures contiennent une albumine plus liquide que celle qui touche au jaune ^. /■
1. Dans la séance de l'Académie des Sciences du 17 octobre 1851, MM. Mialhe et Pressât ont présenté un travail par lequel ils prétendent démontrer que Talbumine est insoluble, et que pour pénétrer dans TécoDomie ou pour en sortir, elle doit subir des transformations qui la rendent solnble. D'après les auteurs, l'insolubilité de l'albumine, loin de constituer une exception aux lois naturelles, est la conséquence de son organisation, et la condition essentielle des fonctions qu'elle est destinée à remplir.
Cet état d'insolubilité doit entraîner une organisation semblable à celle de la fibrine. de la caséine, de l'amidon, du gluten chez les végétani. Cependant Tétat globulaire signalé par plusieurs auteurs ne peut directement être aperçu au microscope ; il e&X même contestable avec l'ean de barite ; toutefois l'albnmine n'est pas endosmoliqtie.
L'albumine, d'après les auteurs, est à l'état de suspension, et non de dissolution dans le sérum et dans le blanc d'œuf ; dans cet état, elle est, pour les propriétés physiques et chimiques, semblable aux substances globnlaires.
Gomme pour devenir assimilable, l'albumine devrait se modifier, il en résulte que l'albumine se trouverait dans l'économie sous trois états bien distincts. 1» Valbumine normale physiologique, telle que le blanc d'œnf, et le sérum, ne traversant pas les membranes, se coagulant par la ckaleur^ et par l'acide azotique. 2o Valbumtné amorphe caséiforme, résultant de la première modification des aliments albumineux sous l'influence des sucs gastrique et intestinaux : dans cet état elle est propre à tra-
TRENTB-DEUXIBHB tEÇON. 355
L'albumine se présente sous deux états distincts : Valbumine soluble et ïalbumine insoluble ou coagulée. On obtient cette dernière en exposant l'albumine soluble à une température qui, suivant le degré de dilution, peut osciller entre + ^^^ ^^ + ^00®. Ce changement d'état n'entraine avec lui aucun changement de composition ni de propriétés chimiques.
Lorsque l'albumine a été desséchée à une basse température, elle a perdu la faculté de se coaguler par la chaleur '.
L'albumine liquide présente en général une réaction alcaline; elle dévie vers la gauche le plan de polarisation des rayons lumineux.
On a cru pendant longtemps que l'albumine de l'œuf ne diffère aucunement de l'albumine du sang (sérum) : mais, d'après led expériences de M. Melsens , il parait qu'il en est autrement. En effet, lorsqu'on agite du blanc d'œuf filtré plusieurs fois , il se transforme en une membrane organisée qui présente l'aspect des membranes séreuses et du tissu cellulaire. Rien de pareil n'a lieu lorsqu'on fait l'expérience avec du sérum.
Nous connaissons déjà la composition de l'albumine (leçon xxn*, pag. 25); mais, en outre des principaux éléments communs à toutes les matières animales, elle renferme encore du phosphore, du soufre, du phosphate et du sulfate de chaux : dans l'albumine de l'œuf, on a constaté du lactose et du glucose ; c'est dans Tâlbumine du sang que l'on a trouvé le plus de soufre.
Lorsqu'on fait bouillir pendant soixante heures au moins, dé l'eau tenant en suspension de l'albumine coagulée, celle-ci disparaît peu à peu, parce qu'elle s'oxyde et devient soluble. L'alcool, la créosote et presque tous les acides précipitent en blanc l'albumine; les acides acétique et phosphorique font exception.
L'acide azotique, étant de tous les acides celui qui coagule le plus facilement l'albumine , sert à reconnaître la présence de ce
▼erser les membranes, mais impropre à être assimilée ; elle précipite incomplètement par la chaletir, et Tacide azotique : ce dernier, mis en excès, dissout le précipité. 30 ValbuminosCf produit ultime de la transformation des aliments albuminoldes par l'acte de la digestion ; soluble, endosmotique, assimilable, entraîné par tous les appareils de sécrétion ; il se tronre dans tontes les hnmeurs animales, le sang, le lait, la salive, la snenr, l'urine, mais en quantité à peine appréciable : c'est lui qni fournit les principaux éléments de la nutrition * il ne précipite ni par la chaleur, ni par Tacide azotique, et seulement par les réactifs qni décèlent tontes les matières animales. L*albumine dans ces trois états constituerait une seule et même substance qui en ae modifiant, acquerrait des propriétés nouvelles : ce seraient trois états chimique^ ment isomériques.
1. Gela explique probablement pourquoi certains animalcules microscopiques (rotifères, anguiilnles, etc., etc.) ne résistent à Taction de Teau dont la température est supérieure à celle de la coagulation de Talbumine, qu'après avoir été desséchés.
corps dans les liquides de Torganisation animale. L'acide chlorhydrique concentré et bouillant dissout l'albumine en produisant une liqueur d'un beau bleu : réaction caractéristique propre à toutes les matières albuminoïdes.
Les alcalis caustiques dissolvent l'albumine et la transforment en protéine. Lorsqu'on fait bouillir l'albumine avec une dissolution concentrée de potasse , jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'ammoniaque , la dissolution contient du carbonate, du formiate de potasse, de la leucine (C" H'* Az 0*), et deux autres corps que l'on désigne sous le nom de protide (C'*H' Az' 0*) et d'érithropro«É/c (C" H» Az«0»).
La barite, la strontiane, la chaux, se combinent avec l'albumine telle qu'elle existe dans les œufs et dans le sang , et donnent un produit très-solide, très-agglutinatif, qui, après la dessiccation, résiste à l'eau bouillante ^
L'albumine forme* des composés insolubles avec plusieurs sels métalliques, et en particulier avec le sublimé corrosif ; c'est pourquoi on recommande, dans les empoisonnements occasionnés par cette dernière substance, l'emploi du blanc d'oeuf. C'est encore à cause de cette même propriété que l'on emploie le sublimé corrosif pour conserver les pièces anatomiques.
Pendant l'incubation de l'œuf, l'albumine parait se transformer en fibrine et donner naissance, avec le concours «le l'oxygène atmosphérique, à toutes les substances azotées de l'organisation animale rudimentaire.
La vitelline joue sans doute un rôle dans le développement du fœtus; mais d'après les expériences de MM. Dumas et Cahours, elle paraît n'être que de l'albumine modifiée.
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'œuf, avant l'incubation, renferme 60 p. 0/0 de blanc, et qu'après l'incubation, il n'en renferme plus que 2 à 3 ; en revanche, on y trouve de la fibrine qui constitue les muscles rudimenlaires, et fait partie du liquide rouge (sang) qui est charrié dans le système vasculaire du fœtus.
L'étude de la fibrine, faite dans ce moment, ne serait donc que la continuation de l'étude de l'albumine; et comme cette substance n'arrive aux muscles que par l'intermédiaire du sang, nous préluderons à l'étuJe de la fibrine par celle du sang lui-même.
Si l'on ouvre la veine d'un animal vertébré, il s'en écoule un fluide (le sang) qui, par le repos, se sépare en deux parties distinctes : l'une, liquide et jaunâtre, le sérum; l'autre, molle et rouge, le cailtot.
1. Le mastic d'albumine et de chanx est employé dans les laboratoires pour luter des appareils. On Temitloie aussi pour raccommoder la porcelaine cassée.
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TRExNTE-DEllXIÈME LEÇON. 357
Le sérum se coagule par la chaleur, l'alcool, la créosote, les acides; en un mot, il a les principaux caractères d'une dissolution d'albumine. D'après M. Becquerel, le sérum ne contient en moyenne que -^ de ce principe : les matières minérales qu'il laisse après son incinération sont le sel marin, les carbonates, sulfates et phosphates alcalins.
Le caillot, renfermé dans un linge et malaxé sous Teau préalablement bouillie, abandonne à ce liquide une matière rouge à laquelle le sang doit sa couleur, et il se réduit en une masse homogène, molle et demi-transparente : cette masse, qui représente à peine les 2 à 3 millièmes du sang dont elle provient, constitue ce que l'on appelle la fibrine.
De même que l'albumine, la fibrine affecte deux états différents : dans le sang tel qu'il sort de la veine, elle est à l'état soluble; dans le caillot, elle est à l'état insoluble.
La fibrine présente une texture remarquable : elle est formée de sphéroïdes, qui adhèrent entre eux de manière à former des chapelets ayant l'aspect de fils ou de fibres. Lorsqu'elle est humide, elle possède l'élasticité caractéristique de la viande fraîche, et contient à peu près les 7 de son poids d'eau. Par une longue ébullition, elle absorbe de l'oxygène et devient en partie soluble ; elle peut même le devenir entièrement, si, extraite du sang des jeunes animaux, elle est soumise à l'action d'une chaleur faible, mais prolongée : une fois dissoute, elle présente tous les caractères de l'albumine. Plusieurs acides désorganisent la fibrine, et la trans^ forment en une masse blanche gélatineuse : un demi-millième d'acide chlorhydrique sufBt pour produire cet effet, qu'une faible quantité de suc gastrique augmente considérablement.
D'après M. Denis, la fibrine veineuse, broyée avec le tiers de son poids de nitre, 4 fois son, poids d'eau, et ^ de potasse, devient d'abord gélatineuse, puis visqueuse, enfin liquide, si toutefois on a la précaution d'abandonner le mélange à la température de + 32**. Liquéfiée de cette sorte, la fibrine se coagule par la chaleur et par les acides, et présente toutes les propriétés de l'albumine, si ce n'est qu'elle est précipitée par les acides acétique et phosphorique ; cette circonstance a fait douter de la transformation de la fibrine en albumine, mais M. Melsens a montré cpie l'albumine, sous l'influence de certains sels, devient précipitable non-seulement par l'acide acétique, mais même par l'acide phosphorique ordinaire (PhO*, 3 HO). S'il n'en avait pas été ainsi, la loi du partage des bases par les acides aurait été en défaut (/^pon XI, pag. 363). Il est évident que ce qui précipite l'albumine, tenant en dissolution du nitre, du sel marin ou du sulfate
358 CUmiB ÉLÉMBNTAIRB.
de soude, ce n est ni Tacide acétique, ni Facide phoBphorique , mais cette portion d'acide azotique, ou chlorhydrique, ou sulfu* rique, qui a été mise en liberté par les deux autres acides.
Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins vrai que la fibrine, en se liquéfiant, acquiert les caractères propres à l'albumine, et conserve ceux qui distinguent les matières protéiques. En efiTet, la fibrine solide ou liquide produit de la protéine lorsqu'elle est traitée par de la potasse, et donne une liqueur bleue lorsqu'elle se dissout dans l'acide chlorhydrique bouillant.
Le salpêtre peut servir à distinguer les différentes variétés de fibrine : la fibrine tirée du sang artériel ou de la couenne, et la fibrine des muscles, ne sont point liquéfiables par ce sel ; la fibrine veineuse même lui devient rebelle quand elle a été exposée pendant longtemps à l'action de l'air. Cette différence tient à ce que la fibrine fraîche s'oxyde facilement ; en absorbant de l'oxygène, elle change de nature et perd ses propriétés primitives. La fibrine artérielle et celle de la couenne, ne peuvent donc pas avoir la même composilion que la fibrine veineuse récente. Quant à la fibrine musculaire, on doit la considérer comme un élément d'un système organisé et soumis, par conséquent , à des lois spéciales. Nous verrons ailleurs combien la fibrine musculaire diffère de la fibrine du sang.
D*après ce que nous avons dit sur la manière de se procurer la fibrine, il est évident que celle-ci n'est pas le seul principe du caillot du sang ; elle s'y trouve accompagnée d'une matière rouge formée elle-même de deux substances distinctes, la globuHne et Vhématosine.
D'après M. Lecanu, on se procure Vhétnatosine^ ou matière colorante du sang, en versant goutte à goutte de l'acide sulfurique dans du sang humain défibriné par le battage, jusqu'à ce que le mélange se prenne en masse. On délaie cette masse dans l'alcool, on la presse fortement, puis on fait bouillir le résidu dans l'alcool à aG*" contenant 5 centièmes diacide sulfurique. On sature par l'ammoniaque la solution alcoolique , on la filtre et on l'évaporé. Le résidu de l'évaporalion est épuisé par l'eau bouillante tant que la liqueur troublera l'azotate de barite. On le reprend alors par l'alcool à 45° chargé de 5 p. 0/0 d'acide sulfurique, on filtre, on sursature par l'ammoniaque la liqueur filtrée, on sépare le nouveau dépôt, enfin on évapore la liqueur ammoniacale, qui laissera pour résidu Vhématosine pure. Cette substance est solide, inodore, insipide : elle est insoluble dans l'eau ; soluble à froid dans l'alcool à 4Bo, et dans l'éther qu'elle colore en rouge-sang. Lorsqu'elle a été obtenue par évaporation spontanée, elle est en
TRBNTS-DBnXliMB LEÇON. 359
lamelles à éclat métallique d'une couleur améthiste sur les bord$, simulant tout à fait l'argent rouge des minéralogistes. 400 parties d'hématosine donnent, par la calcination, 40 parties de peroxyde de fer.
La globuline est la matière qui, avec ïhématosine, constitue les globules sanguins. Sa solubilité à chaud dans Talcool à 20°, sa propriété de former avec leau froide une dissolution qui n'est pas troublée par le sous-acétate de plomb, ne permettent pas de la confondre avec l'albumine ordinaire.
On prépare la globuline en faisant bouillir avec de l'alcool à SO"" le coagulum , que l'on obtient lorsqu'on chauffe la dissolution aqueuse des globules sanguins, préalablement isolés par un procédé que nous décrirons plus tard. Par l'évaporation de la liqueur alcoolique, on a im résidu élastique et rougeàtre : c'est la globuline contenant des traces d'hématosine.
La globuline est soluble dans l'eau froide : sa solution est coagulée par la chaleur, et précipitée par les acides sulfurique et azotique, par le bichlorure de mercure et par le tannin ; elle n'est pas précipitée par le sous-acétate de plomb. L'alcool concentré et l'éther lui font perdre la solubilité dans l'eau et l'alcool à %0'*. L'alcool aiguisé d'acide sulfurique ne la dissout pas, mais il lui enlève l'hématosiue qui la rend rougeàtre.
Les globules du sang de la plupart des mammifères sont de petits disques aplatis ; ils sont elliptiques chez les oiseaux, les reptilds et les poissons. Leur diamètre varie suivant l'espèce de ranimai : chez l'homme, il est égal à n? de millimètre. Leur couleur est vermeille ou violette, suivant qu'ils appartiennent au sang des veines ou bien au sang des artères.
Les globules paraissent composés de deux parties distinctes : un noyau central, et une enveloppe qui recouvrirait une matière colorée gélatineuse très-élastique. D'après M. Lecanu, ils renfermeraient au moins trois substances; ils seraient formés extérieurement d'une pellicule fibrineuse, et remplis d'albumine, d'hématosine et de sérum. Quoi qu'il en soit, l'eau les déchire ; certains acides, tels que les acides phosphorique, oi^alique, citrique, acétique, dissolvent proniptement l'enveloppe extérieure et mettent le noyau à nu. Les liqueurs alcalines font disparaître le globule entier, et si la dissolution est convenablement chaufiTée, on peut en tirer de la protéine. Les globules se conservent intacts dans Teau sucrée ou gommée, et dans plusieurs dissolutions salines, telles que celles des azotates, des chlorures, des sulfates alcalins, etc., etc. On a profité de cette particularité pour isoler les globules au moyen delà filtration : Texpérience réussit très-bien lorsqu'on opère sur des globules
360 CIimiB ÉLÉMENTAIRE.
vermeils et qu'on se sert d'une dissolution de sulfate de soude. M. Dumas a observé qu'il faut opérer avec du sang fraîchement extrait de l'animal ; et même, dans ce cas, si l'on veut laver les globules avec la solution saline (comme cela est nécessaire pour les isoler de tout ce qui leur est étranger), la liqueur qui filtre incolore ne tarde pas à prendre une teinte rouge , indice certain d'une altération profonde des globules contenus dans le filtre.
Tant que les globules sanguins ont le contact de Tair ou de l'eau aérée, la liqueur saline qui les tient en suspension, filtre incolore; mais dès que ces mêmes globules ont pris l'aspect violacé, ils traversent le filtre et colorent la liqueur.
M. Dumas entretient la couleur vermeille des globules en pion • géant dans le filtre un tube effilé, à l'aide duquel il dirige un courant rapide d'air à travers la liqueur, en même temps qu'un filet continu de dissolution de sulfate de soude remplace la liqueur qui s'écoule.
Pour peu cependant que les globules aient le temps de se déposer sur les parois du filtre et d'y former une couche d'une épaisseur sensible, ceux qui touchent la surface du papier, ne recevant plus d'air, passent au violet, tandis que ceux qui constituent la couche extérieure conservent la couleur vermeille ; dès lors, la liqueur passe colorée.
Voilà les éléments constitutifs du sang : ce liquide contient encore bien d'autres substances; mais leur proportion est si faible, que leur étude ne serait pas à sa place ici. Nous les signalerons en examinant le sang dans son ensemble.
On trouve chez les animaux supérieurs deux espèces de sang : le sang artériel, qui est d'un rouge vermeil, va des poumons au cœur, et coule du ventricule gauche de ce dernier organe dans les artères; le sang veineux, qui est d'un brun foncé, arrive de toutes les parties du corps dans le ventricule droit du cœur d'où il passe dans les poumons pour devenir vermeil.
Le sang, quelle qu'en soit la couleur, est un peu épais, sa saveur est salée et nauséabonde. Il a une odeur particulière , variable chez les divers animaux, et qui est généralement plus prononcée dans les individus du sexe masculin. Soustrait à la circulation , il se coagule , en laissant libre un liquide jaunâtre , tirant parfois un peu sur le vert.
Pendant les grands froids , le san^ se coagule à sa sortie de la veine sans se congeler. La coa.j;nlalion ne paraît pas tenir à l'influence (ies causes extérieures : elle a lieu dans le vide aussi bien que dans l'air atmosphérique, et dans d'autres gaz, pourvu que la température soit supérieure à 0. Une faible quantité de po-
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tasse, 7^ {var exemple, enopéche la coagulation. Plusieurs dissolutions salines , et entre autres celle de sulfate de soude , produisent le même effet.
Le sang veineux agité avec certains gaz change de couleur : avec Toxygène , l'hydrogène , Toxyde de carbone , le protoxyde d*azote, il devient rouge; avec l'hydrogène sulfuré, il devient d'abord foncé et finit par passer au brun verdâtre.
Les dissolutions de sulfate , de phosphate et le lactate de soude ^n'empêchent pas l'action colorante de l'oxygène sur le sang veineux, tandis qu'il en est tout autrement des dissolutions des chlorures alcalins. Du sang veineux récent saturé de chlorures alcalins, ne change pas de couleur, si on l'agite avec de l'oxygène.
Le sang tient en dissolution un mélange d'azote , d'oxygène et d'acide carbonique. Ce dernier gaz que nous expirons, n'est donc pas , ainsi qu'on le croyait , le résultat immédiat et exclusif de la combustion du carbone dans les poumons. Il est l'effet d'un phénomène dont la physique connaît les lois. Un liquide qui tient en dissolution un gaz quelconque en abandonne proportionnellement à la quantité et à la solubilité d'un nouveau gaz dont il est traversé. Il en est de même de l'azote qui est charrié par le sang dans le système vasculaire : il ne provient pas de l'air que l'on respire, mais des principes qui se sanguifient pour servir à l'assimilation, et à l'entretien de la chaleur animale.
La plupart des acides coagulent le sang. L'acide sulfurique concentré fait dégager l'odeur qui caractérise l'espèce de l'animal à qui le sang appartient On profite de cette propriété pour éclairer certaines questions de médecine légale. Cependant ce phénomène ne se manifeste plus lorsque le sang est soustrait à la circulation depuis quinze à vingt jours.
La composition du sang varie suivant l'espèce , le sexe et Tâge de l'animal. Nous emprunterons à MM. Becquerel et Rodier quelques données relatives au sang veineux de l'homme et de la femme.
La densité du sang défibriné et du sérum est :
Sang Sënun.
Chez la femme 4,057 1|027
Gbez rhomnie ;.. 1,060 1,028
La composition moyenne du sang tel qu'il sort de la veine est :
Chei rhomiu0 . Chef U f eniKe .
Eau. 780,40 .. . 791,80
362 CBIMIB ÉLÉMENTAIBB.
Albumine 69,00
Fibrine 2,20
Matières eïtractives et salines • 6,80
Séroline ( sorte de matière grasse ) 0,02
Matière grasse pbospborée 0,49
Cbolestérine 0,09
Savon i,00
Chra rbomme. Cbei la femme.
D'après M. Dumas , le sang contient toujours de Vurée ; d'après M. Bernard, ùm sucre y et suivant MM. Natalis Gui Ilot et Félix Leblanc , de la caséifie.
La composition du sang présente aussi quelques différences dans les âges extrêmes de la vie. Il résulte des expériences de M. Denis, que chez Tenfant nouveau-né, la proportion d'eau aug^ mente , et celle des globules diminue , depuis 2 semaines jusqu'à 5 mois; le contraire a lieu depuis 5 mois jusqu'à 40 ans; de 4(^ à 70 ans la proportion des globules diminue , et celle de l'eau augmente de nouveau. L'albumine semble constante à tout âge.
Quelques différences se rattachent aussi à la constitution, et au tempérament des individus. Le sang des personnes fortes , robustes, et d'un tempérament sanguin, est riche en globules : celui des personnes à tempérament lymphatique en est relativement pauvre.
Si l'on compare le sang de différentes espèces d'animaux , on trouvera encore des variations sensibles. D'après les recherches de Nasse , la fibrine est plus abondante chez les animaux herbivores que chez l'homme, et elle est plus abondante chez l'homme que chez certains carnivores. Les globules sont plus abondants chez les oiseaux et les carnivores que chez les herbivores et chez l'homme. Les oiseaux sont moins riches en albumine que les autres animaux .