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Voici la liste des sels que Ton trouve dans le sang

|d(^ sodinm.

de potassium, d'auimoniain.

ide chaax.

de sonde, de magnésie, de fer.

Îde chaux, de sonde, de magnésie.

Sulfate de potasse.

Lactate de soude.

Sels à acides gras fixes.

Sêlsà acides gras volatils.

TRENTE-rDEUXlÈME LEÇQN. 363

On a aussi observé que par. suite de la saignée, la quantité absolue de la fibrine reste constante , tandis que celle de ralbu-> mine et des globules diminue en raison du sang soustrait : ce qui revient à dire que la perte de la fibrine occasionnée par la saignée est bientôt réparée par la nature.

M. Poiseulle, sans expliquer le mode de cette réparation, a fait voir que sans elle la vie des animaux serait souvent compromise , car le sang ralentit sa course dans les vaisseaux capillaires , à mesure qu'il s'appauvrit en fibrine ; en effet , un sang défibriné ne coule pas dans un tube d'un calibre cent fois plus grand que celui des capillaires des mammifères.

, Il a vu en outre que les globules, également répartis dans le sang normal , occupent la partie déclive dans le sang défibriné , et que par cela même le liquide n'étant plus homogène, n'a plus la même densité sur tous ses points. Cette distribution inégale des globules est pour le sang la cause d'une diminution , et même d'une suspension de mouvement.

Si par la saignée on diminuait la quantité de fibrine dans le sang , on entraverait le mouvement de ce liquide, et alors il y aurait perturbation générale dans l'économie. Dans le cas de grandes hémorragies , si la nature ne réparait de suite la perte de la fibrine , la course du sang pourrait se ralentir de manière à occasionner la mort.

Quant aux changements que le sang éprouve dans les maladies, on en a aujourd'hui des notions assez précises grâce aux travaux de MM. Andral , Gavarel , Delafond , Becquerel et Rodier.

Ces observateurs sont arrivés par des voies différentes à montrer que dans quelques maladies la fibrine augmente , tandis que dans d'autres, elle reste stationnaire ou diminue, ainsi qu'on peut le voir par ce tableau. .

Maladies où la fibrine Maladies où la fihrioe diminu(>, ou

augmente. reste constante.

Rhumatisme articulaire aigu. Prodromes des flèyres continues,

— — sobaigu et chronique. Fièvres continues simples.

Poeumouie. Fièwe tiphoïde.

Bronchite capillaire ai gué . Variole .

— ■— chronique avec emphy- Variolide.

Rème pulmonaire. Eongeole.

Pleurésie. Scarlatine.

Péritonite aiguë; Fièvre intermittente.

Amygdalite. • Congestion cérébrale.

Érysipèle. Hémorragie cérébrale.

Tubercules pulmonaires avec complications phlegmasiqnes.

Phlegmasies diverses. •

364 CIIIUIE ÉLéHENTAIEE.

On voit par ce tableau que raugmentation de la fibrine paraît tenir au développement des flegmasies.

On a remarqué que l'albumine diminue toujours proportionellement à Taugmentation de la fibrine , et que les globules diminuent dans tous les cas de maladie.

MM. Becquerel et Rodier admettent que dans la plupart des maladies chroniques , ou bien spontanément à la suite de modifications hygiéniques de diverse nature , les trois principaux éléments du sang peuvent augmenter ou diminuer isolément deux à deux , ou tous trois simultanément.

Ainsi dans les maladies chroniques du cœur, les trois principes, globules, fibrine et albumine diminuent. Dans la maladie de Bright, la cachexie paludienne, la diathèse cancéreuse , l'albumine et les globules diminuent , tandis que la quantité absolue de fibrine reste constante. La fibrine diminue toujours dans le scorbut chronique , et dans Tétat scorbutique symptomatique d'un certain nombre de maladies chroniques. Dans la chlorose , les altérations du sang peuvent manquer complètement. Quand elles ont lieu elles consistent dans la diminution des globules , la conservation ou l'augmentation de la fibrine.

Dans les cas de maladie , il est si important pour le diagnostic , de connaître les variations qu'éprouve le sang sous le rapport de sa composition , que je crois nécessaire de vous faire connaître le procédé le plus usité pour en faire l'analyse.

Pour doser la fibrine , on bat avec un petit balai une quantité connue de sang : la fibrine qui se sépare est jetée sur une toile serrée , où on la lave jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement blanche. On la dessèche à -f 400<>, en ayant soin de continuer la dessiccation tant qu'il y a diminution de poids ^

Le même sang qui a été battu peut servir au dosage des globules, A cet effet, on y ajoute 3 à 4 fois son volume d'une solution saturée de sulfate de soude, puis on jette le mélange sur un filtre préalablement mouillé avec la même dissolution saline. Si l'on fait arriver dans le liquide contenu dans le filtre un courant rapide d'air, les globules n'adhéreront , ni au papier, ni entre eux , et la solution passera presque incolore. Les globules qui restent sur le filtre sont lavés plusieurs fois avec de la solution de sulfate de soude, puis ils sont desséchés dans le vide. Une fois secs, on les épure des matières grasses au moyen de l'éther, des matières animales, par l'action de l'alcool ,

1. Les médeoins qui ont une grande pratiqoe apprécient approximatiyement la quantité de fibrine à la simple inspection du caillot.

TRENTE-DBUXiillK LEÇON. 365

et enfin du sulfate de soude, par Feau qui no peut plus les dissoudre *.

Voici comment on dose les parties liquides et solides du sérum. On laisse coaguler une certaine quantité de sang , on sépare le caillot du sérum, et Ton pèse F un et l'autre séparément. En évaporant le sérum au bain-marie, et en desséchant le résidu à + 400"*, on reconnaît les proportions des matières solides et de Teau , mais on n'a pas ainsi la totalité du sérum , puisqu'une portion est restée dans le caillot. Pour apprécier cette portion, on dessèche le caillot à -f- 400**; la perte de poids qu'il subit représente l'eau du sérum qui se trouvait dans le caillot; de la connaissance de cette eau on déduit celle du sérum lui-même.

On dose tout à la fois, \di fibrine et tes globules^ en lavant successivement avec de l'éther et de l'alcool , le caillot sec obtenu dans l'expérience précédente : on a ainsi la fibrine et les globules réunis, d'où l'on retranche le poids connu de la matière solide du sérum interposé.

On apprécie V albumine de deux manières dififérentes , suivant qu'on veut en connaître la quantité totale contenue dans le sang, ou seulement la portion qui est contenue dans le sérum. Dans ce dernier cas, on verse deux à trois volumes d'aloool sur un volume de sérum , et on réunit le coagulum sur un filtre : on le lave , on le dessèche et on le pèse. Quand on veut doser toute l'albumine du sang , on abandonne un poids donné de ce dernier à la coagulation spontanée : on opère sur le sérum comme nous venons de dire, puis on tient compte de la perte que le caillot a éprouvée par révaporalioo. Au coagulum fourni directement par le sérum , il faut ajouter celui qui se rapporte à la portion du sérum qui est restée interposée dans le caillot.

Enfin, on détermine collectivement tous les sels minéraux^ en incinérant séparément le sérum et le caillot desséchés , et en pesant les deux cendres. Leur analyse spéciale indiquera la quantité de fer et la proportion relative de chaque sel.

Il est rare que l'on ait besoin de faire une analyse complète du sang : c'est pourquoi j'ai donné le procédé pour le dosage de chaque principe. Plusieurs de ces procédés ne sont pas irréprochables ; mais dans une suite de recherches^ si l'on opère tou-

1. MM. Albert Bnjardin et Didiot ont observé q[iie dans les affections tiphoîdei grareSfdans Témipèle spontané, et dans quelques maladies on rhématose doit être incomplète) conmie la phthisie, qaelqnes affections organiques du cœar, la pneumonie disséminée de forme tiphoîde, les globales dn sang conservent leur état artériel sons la double influence dn sulfate de soude et de Toxygène.

Dans Tanalyse du sang, il faudra donc ne pas oublier la nature do la maladie dont est affecté le snjet auquel appartient le sang.

366 CHIMIE ÉLÉMENTAinE.

jours de la même manière , les résultats ne manqueront pas d'être parfaitement comparables.

Le sang est Tobjet de quelques applications techniques. Lorsqu'il est sec , il constitue un engrais puissant , facilement transportable. Comme il renfermé environ <6 "/o d'azote, il figure parmi les engrais azotés les plus énergiques : cependant son action se distingue plutôt par sa durée que par son énergie du moment. Aussi est-il employé avec succès dans la culture de la canne à sucre , plante dont la végétation s' accomplit dans une période de temps assez longue.

En raison de la grande proportion d'albumine qu'il contient, le sang frais ou desséché à une basse température, sert aux raffineurs et aux fabricants de sucre indigène pour clariier leurs sirops et leurs jus. On emploie aussi le sang desséché pour clarifier le vin : trente grammes suffisent pour une pièce. . Le sang considéré comme substance alimentaire n'est pas sans importance. En Suède , on prépare pour les pauvres un pain trèsnutritif avec le sang des animaux de boucherie, et la pâté ordinaire de la farine de blé. En Italie, les pauvres font une grande consommation de sang sous forme de fritu^e.

Le sang corrompu acquiert quelquefois des propriétés toxiques. On sait que plusieurs matières animales en putréfaction , appliquées sur des plaies vives, causent des vomissements, la pro^ stration et même la mort. On sait aussi que les cadavres passent souvent à un état de décomposition qui peut se communiquer au sang des êtres vivants. Il paraît même qiie chez l'homme, il peut se faire en quelques heures des viciaUons spontanées du sang transmissibles par l'inoculation.

Le docteur Quesnel de Rouen , saigna un homme qui avait été pris la veille d'une angine aiguë avec accompagnement de symptômes inflammatoires généraux et locaux très*prononcés. Âprè9 i8 heures le malade succomba. En nettoyant la lancette, le docteur se fit une légère incision au doigt médius de la main droite* Rien ne pouvait donner l'éveil sur la gravité d'un pareil accident, car à l'inspection de la gorge du malade qui avait été saigné , on n'avait remarqué qu'une surface enflammée très*rouge, et nullement tachée par des points gangreneux et coenneux : d'ailleurs,' il n'en existait pas non plus après la mort , ainsi qu'on s'en était assuré sur la pièce anatomique. Cependant la blessure accidentelle faite par la lancette ne guérissait pas, et 7 jours plus tard , le doc^ teur Quesnel succombait avec tous les symptômes généraux et locaïux d'un empoisonnement par venin animal comparable à celui de la vipère.

Les propriétés délétères qui se développent parfois dans certaines préparations dé charcuterie , sont dues probablement à la présence du sang dans ces préparations. Que de fois n*a-t-on pas signalé des empoisonnements occasionnés par des boudins dont un des principaux ingrédients est le sang ! Cet inconvénient se mani^ feste d'ordinaire lorsque les boudins ont été peu salés , ou mal fumés* Dans ce cas, il s'y développe , en partant du centre , une sorte de fermentation qui ne se trahit par aucun dégagement de gaz , la coloration du mélange devient moins foncée à Tintérieur, et les partiJBs en décomposition se ramollissent.

La mort qui suit ce genre d'empoisonnement est déterminée par un amaigrissement soudain : le malade se dessèche » se momifie pour ainsi dire ; sa salive est visqueuse et infecte : enfin le cada^ vre présente la raideur de la congélation , et ne tombe pas en pu* tréfaction.

Quoiqu'on ait vainement cherché l'agent toxique des substances alimentaires dont nous parlons , il n'en es4 pas moins vrai que l'eau bouillante et l'alcool assainissent ces substances sans qu'on trouve dans les deux liquides aucun principe malfaisant : circonstance qui fait croire que le poison n'est autre chose qu'un ferment qui se serait formé par suite de la putréfaction. Dans ce cas on conçoit l'action de l'eau chaude et de l'alcool sur les boudins non corrompus : la première dénature le ferment par sa température élevée , le second par sa faculté antiseptique. . Après avoir examiné le sang isolé, et en dehors de l'économie vitale, nous devons l'étudier au point de vue de ses fonctions.

Toutes les parties de l'animal naissent du sang , et le sang les entretient avec le concours des aliments : V alimentation est donc la première condition de la vie. Une autre condition non moins importante est l'absorption non interrompue de l'oxygène atmosphérique, o'est-à-dire la respiration. L'étude des phénomènes chimiques dé ces deux fonctions dans l'homme complétera l'histoire du sang.

Il y a trois espèces d'aliments :

V Les aliments protéiques (albumine, fibrine, caséine, etc.);

S*^ Les aliments amylo-sucrés ( fécules, gommes, sucres ) ;

3« Les aliments gras ( huiles, graisses^ beurres, etc.).

Aucune de ces trois espèces ne pourrait suffire à l'homme : aussi sa nourriture ordinaire est-elle formée de leur réunion en proportions variables.

Lorsque les aliment:) sont introduits dans la cavité buccale, ils y sont broyés par les dents, mêlés avec la salive, et portés, par l'effet de la déglutition, dans le pharynx, ou arrière-bouche ; du

368 GHIMIR ÉLEIlENTAinB.

pharynx^ ils passent dans l'œsophage, puis dans restomac. Dans ce viscère, le mélange alimentaire, auquel on donne le nom de chyme, subit un triage ; les principes protéiques se désagrègent et se gonflent, tandis que les matières sucrées sont absorbées entièrement par les veines de l'estomac ' ; les autres aliments, après un séjour plus ou moins long, passent dans le duodénum : ceux qui sont de nature amylacée s'y saccharifient; ceux de nature grasse s'y émulsionnent et produisent le. chyle. Après avoir subi ces modifications, ils continuent leur trajet et s'engagent dans les intestins grêles *, où ils trouvent deux systèmes de vaisseaux absorbants, celui de la veine-porte et celui des vaisseaux chylifères .* le premier absorbe les matières sacchariQées et les matières protéiques devenues solubles; le second, les matières grasses : celles-ci , mêlées à la lymphe ^ de l'appareil absorbant , se dirigent vers la veine sous-clavière gauche, tandis que les autres se rendent au foie ; mais les unes et les autres doivent ensuite se réunir dans l'oreillette droite du cœur. Ce qui échappe à l'absorption stomacale et intestinale passe dans le gros intestin pour être expulsé sous forme de matière excrémentitielle*

Telle est la voie que les aliments suivent pour être digérés et pour se préparer à V assimilation. Voyons maintenant de quelle manière s'accomplit cette dernière phase :

Prenons le sang au moment où il sort du ventricule gauche du cœur pour se lancer dans Yaorte et se répandre dans toutes les parties du corps ; à mesure qu'il s'éloigne de son point de départ , il traverse une multitude d'organes, s'insinue dans leurs tissus^ pénètre dans les vaisseaux capillaires, où il éprouve des modifications chimiques différentes : ici il donne naissance à des produits éesécrétioUy tels que salive, suc gastrique, suc pancréatique, etc.; là, à des produits d'excrétion, tels que sueur, urine, etc., etc.; partout il concourt à compléter les organes ou à réparer les pertes et à produire la chaleur nécessaire à l'entretien de la vie : il en résulte qu'il perd de l'oxygène, qu'il se charge d'adde carbonique, et qu'à la suite de toutes ces modifications il se sépare

1. Plusienrs physiologistes admettent que les matières sucrées, dès qîi*élles se troti- Tent en contact avec les membranes de Testomac, passent à Tétat à*aexie laelifue, et qu'elles sont absorbées sous tette forme.

2. Les parties amylacées, qui, par leur grande abondance, on par toute autre cause, ne se sont pas saccharifiées dans le dnodennm, subissent cette transformation dans les intestins grêles, sons Tinfluence dn suc inleglinaL

3. La lymphe est un liquide clair légèrement yisqueni, alcalin, qui est rapporté de tous les organes dn corps par les vaisseaux lymphaligues. Elle a une composition analpgue à celle dn sang, moins les corpuscules colorés : en effet elle se coagale, loTs nielle reste exposée à Tair, forme* un caillot, et sépare du sérum.

TRENTE-DEUXIÈME LKÇO?î. 3G9

en deux liquides différents, le sang veineux et la lymphe. Ces deux liquides, qui représentent le sang artériel épuisé, se rendent au ventricule droit du cœur, où ils se mêlent avec les liquides provenant de la digestion. Ce mélange passe dans les poumons pour y changer son acide carbonique contre de l'oxygène, repasser à l'état de sang artériel et recommencer sa course après être rentré dans le cœur par les veines pulmonaires.

Examinons maintenant en détail les phénomènes chimiques qui s'accomplissent dans tous ces actes physiologiques.

Pour bien comprendre les phénomènes chimiques de la nutrition, il nous importe de connaître la nature et les propriétés des principaux liquides qui contribuent à la sanguiûcation des aliments : ces liquides sont la scdive^ le suc gastrique^ le suc pancréas tique et la bile.

La salive est un liquide filant, spumeux et opalin, provenant des glandes salivaires : c'est un mélaûge de diverses salives sécrétées par les différentes glandes qui constituent l'appareil sali-, vaire ; considéré chez l'homme et les mammifères, cet appareil est formé par trois glandes principales : la parotide^ la sousmaxillaire et la sublinguale^ auxquelles il faut ajouter un grand nombre de glandules bucco-labiales, et la glande %ygomatique (glande de Nuck), qui est spéciale aux carnivores et à quel-, ques ruminants ; chaque glaude élabore une salive particulière qui ) réunie à toutes les autres, forme la salive normale; celle-ci, Uvrée au repos, se sépare en deux parties, une supérieure claire et liquide, l'autre inférieure troublée par des parcelles de mucus et d'epithelium. La partie liquide tient en dissolution des sels alcalins, tels que sulfocyanures, chlorureset phosphates, et renferme de la ptyaline. La somme des substances dissoutes s'élève environ à un centième pour la salive de l'homme et à un peu plus pour celle des animaux. La salive a une densité qui varie entre 4 ,004 à 4 ,008 ; par l'ébuUition, elle se couvre d'écume et se trouble. Voici une analyse de la salive humaine faite dans ces derniers temps par M. Jacubowitsch :

Ban / »95,1«

Épithéliam ♦ « ,62

Ptyaline 4,34

Phosphate de sonde 0,94

GUornres alcalins 0,94

Sttifocyanure de polassinm 0,06

Chaux combinée à une matière organique ' . 0,03

Magnésie combinée à une matière organiqne 0,01

370 CHIMIE ÉLÉMENTAIAË.

D'après les observations de M. Andrâl, la salive a toujours une réaction alcaline, même dans les maladies; et lorsqu'elle a semblé acide à quelques observateurs, on doit l'attribuer à la confusion qu'on a faite entre la salive proprement dite et le liquide toujours acide que sécrètent les membranes tnuqueuses de la bouche. .

La salivp est troublée par les acides, la teinture de noix de galle, et non par les alcalis. Les dissolutions de deutochlorure de mercure et d'acétate de plomb y déterminent un précipité. L'alcool versé sur de la salive qui aurait été d'abord filtrée, puis concentrée par évaporation, donne lieu à un dépôt forîtié par une substance azotée, à laquelle on a, peut-être à tort, fait jouer un grand rôle dans la part d'influence que la salive exerce sur là digestion. Cette substance azotée porte le nom de ptyaline (dérivé du grec, je crache); elle semble appartenir au groupe des albuminoïdes. On la distingue de la fibrine parce qu'elle est soluble ; de Valbumine et de la caséirle^ pance qu'elle n'est pas coagulaWe par la chaleur et par les acides.

• Comme la ptyaline transforme promptement Tamidon en dextrine, puis en glucose, on Ta considérée comme une sorte dô diastase salwaire, et Ton a cru que sa présence dans la salive dévoilait le rôle que cette dernière joue dans la digestion. On a prétendu que la salive sert à saccharifier les matières amylacées et à les rendre par conséquent assimilables ; mais le contact fort peu prolongé entre elle et les aliments dans la bouche, les acides * que le bol alimentaire rencontre en arrivant dans l'estomac, réduisent son action saccharifianté à très^peu de chose; d'ailleurs, presque toutes les matières albuminoïdes et tous les liquides animaux ont la faculté de transformer Tamidoti en glucose.

L'opinion actuelle de la pldpart des physiologistes est que la fonction principale de la salive consiste à facihter la déglutition; M.. Bernard a montré dans ces derniers temps que chaque glande est annexée à un acte spécial, et que chaque fonction s'exerce sous des influences séparées et indépendantes.

Malgré le déversement et le mélange des différentes salives dans la bouche, leurs usages restent distincts : le rôle caractéristique de la parotide, est de sécréter pour la mastication; celui de la sous -maxillaire est de sécréter pour la gustation, et celui de la glande sublinguale et des glandes buccales de sécréter pour la déglutition. Cependant, M. Jacubowitsch a vu que,

i. Les acides paralysent Taction de la diastase.

lorsqu'on injecte par une fistule de Tamidon cuit dans l'estomac d*un chien, cet amidon n'y subit aucune altération : il ne se dissout et ne se transforme que dans le duodénum, par l'action du suc pancréatique; il en est tout autrement si, avec Tamidon cuit, on introduit dans l'estomac une certaine quantité de salive. Dans ce cas-, la saccharification de la matière amylacée est trèsprompte. Ce même observateur a trouvé que la salive parotidienne^ la salive des glandes 80us*maxUlaires, le mucus buccal, employés isolément, ne possèdent pas la propriété de saccharifier l'amidon : le mélange de salive parotidienne et de salive sousmaxillaire n'agit pas d'une manière plus efficace; mais lorsqu'on mélange l'une ou l'autre sécrétion glandulaire avec le mucus buccal , on obtient un liquide qui transforme rapidement Tamîdon en sucre.

Il est possible que le rôle de la salive soit complexe et que son influence sur l'acte général de la digestion n'ait pas un caractère unique et exclusif.

C'est à la salive que Ton doit attribuer les concrétions qui se déposent sur les dents et qu'on désigne par le nom de tartre des dents f elles sont fréquentes chez les personnes qui tiennent la bouche souvent ouverte et qui parlent beaucoup. Le tartre des dents est généralement composé de matière animale et de phospbates terreux.

Le sue gastrique est sécrété par des glandules contenues dans les membranes de l'estomac. Lorsque ce viscère est vide, il ne s'y sécrète pas plus de liquide qu'il n'en faut pour humecter sa face interne; mais quand on y introduit un corps quelconque, même dépourvu de toute propriété nutritive ,* la sécrétion devient plus active.

Lorsque le suc gastrique a été séparé du mucus qu'il tient en suspension, il a l'aspect d'un liquide constamment acide, incolore, limpide^ d'une odeur faible, mais spéciale, et variable chez les divers animaux. Exposé à une température inférietire à 0®, il conserve sa limpidité, qu'il perd par l'ébullition. L'air n'exerce aucune action sur le suc gastrique filtré , de sorte que ce liquide, bien que de provenance animale, peut être conservé pendant un temps considérable.

400 parties de suc gastrique renferment 98 à 99 parties d'eau , le reste se compose de mucus, d'acide lactique libre, de plusieurs sels, et de quelques matières animales, parmi lesquelles on dis* tingue la pepsine.

Les physiologistes attribuent principalement à la présence de cette matière la faculté qu'a le suc gastrique de gonfler d'abord,

372 CHIMIE ÉLÉMfi.NTAinE.

puis de désagréger I9 viande. En effet, un suc gastrique artificiel auquel manquerait la pepsUte, serait c(»inplétement inactif, tandis qu'une dissolution de cette dernière substance, à laquelle on ajouterait un peu d*acide lactique, exercerait à elle seule une action très-marquée.

Ou isole la pepsine en versant de Talcool sur du suc gastrique préalablement concentré dans le vide de la machine pneumatique : elle est amorphe et partage les propriétés des ferments : en effet, il suffit de l'exposer à + 400'', ou de la mettre en contact avec de l'alcool, pour la rendre inactive.

La pepsine est caractérisée par sa faculté de gonfler, à l'aide d'un peu d'acide lactique, tous les principes albuminoïdes, même quand ils ont été cuits. Puisque cette faculté remarquable n'est propre au suc gastrique qu'autant qu'il contient de la pepsine et de l'acide lactique, on conçoit que l'on paisse former du suc gastrique artificiel.

Qn n'a, à cet effet, qu'à faire digérer pendant quelques heures, dans de l'eau à -f- 35"*, la muqueuse de l'estomac d'un porc ; on ajoute ensuite à la liqueur une faible quantité d'acide lactique.

Le rôle que joue le suc gastrique dans la digestion, est donc chimique si l'on veut, mais il se borne à disposer les aliments albuminoïdes à devenir solubles dans une autre partie du tube intestinal. D'après M. Blondlot, le suc gastrique exercerait encore une action particulière sur les os, action qui consisterait à les déliter sans les dissoudre.

Le foie est chargé d'accomplir deux sécrétions : celle du sucre et celle de la bile. D'après les expériences de M. Bernard, la sécrétion du sucre commence à s'effectuer avant la naissance ; elle est tout à fait indépendante de l'alimentation, car elle existe chez les animaux nourris avec de la viande ; mais elle est soumise à l'influence du système nerveux, puisque chez le$ chiens et les lapins, la matière sucrée du foie disparaît en quelques heures si Ton coupe les deux nerfs pneumo-gastriques. M. Qernard a trouvé que, dans toute l'étendue du système nerveux, il existe un point très-limité de la moelle alloi^ée, dont la lésion produit un effet inverse sur la formation du sucre. Lorsque, chez les chiens, et les lapins, on pique avec un instrument acéré, dans un espace très^ étroit, borné en bas par l'origine des pneumo-gastriques, et en haut par l'émergence des nerfs acoustiques, on constate, au bout de quelque temps, que le principe sucré s'est multiplié considérablement dans l'organisme ; le sang et les autres liquides du corps en sont surchargés, l'urine élimine alors cet excès de matière sucrée et les animaux sont ainsi rendus diabétiques.

Ces observations prouvent que le foie est Torgane sécréteur du sucre normal de rorganisme, et que la sécrétion s'accomplit, comme toutes les autres sécrétions, sous l'influence nerveuse.

Si l'on examine la bile avec le microscope, on y distingue trois^ principes :

4^ Des plaques de matière colorante, d'un Jaune légèrement verdâtre, ordinairement irrégulières ;

2° Des corpuscules à forme géométrique : c'est de la cholestérine à l'état de suspension ;

V Des globules en quantité variable, tantôt disposés en petites masses cohérentes, tantôt associés à des grumeaux de matière colorante; ces globules proviennent du mucus de la vésicule biliaire, et peuvent être précipités par l'alcool.

Quel que soit le rôle que la bile joue dans la digestion, il est difGcile de le rattacher aux substances signalées par le microscope. Sans parler de la matière colorante et du mucus, la choies* térine doit être un de ces produits destinés à être expulsés de l'écîonomie et, par conséquent, dépourvus d'action immédiate sur l'économie elle-même. En effet, cette substance, cristallisable en lames brillantes, et fusible à + 437», s'accumule quelquefois dans la vésicule du fiel ou dans les conduits de la bile, et forme le plus grand nombre des calculs biliaires. Elle n'est d'ailleurs soluble que dans l'alcool et l'éther, et ne se métamorphose que sous l'influence d'actions très-puissantes. Bien que douée des caractères physiques des corps gras, elle ne se saponifie pas; sa composition centésimale peut être exprimée par C** H** 0, mais rien ne prouve que telle soit sa véritable formule. On a de la peine à comprendre qu'avec de pareilles propriétés, la cholestérine prenne une part directe à la transformation des aliments.

S'il est vrai que la nature ait donné à la bile un rôle physiologique, ce liquide ne peut l'accomplir que grâce aux substances qu'il tient en dissolution.

La bile est un liquide visqueux, filant, coloré en vert jaunâtre chez l'homme, en vert brun chez le bœuf. Son odeur est nauséabonde, sa saveur amère. Elle a une réaction tantôt alcaline, tantôt acide , quelquefois neutre : mêlée à de l'eau, elle mousse quand on l'agite ; elle dissout facilement les matières grasses acides : c'est pourquoi on a toujours considéré la bile comme une espèce de savon. Exposée à l'air, elle devient fétide ; la chaleur la coagule, les acides y forment un précipité abondant.

D'après les travaux les plus récents, la bile (abstraction faite des matières accessoires accidentelles qui l'accompagnent ) n'est qu'une dissolution de deux sels à base de soude : le plus abon-

374 CIIfMIB ÉLÉMENTAIRR.

dant est le choiate de soude, le moiiis abondant est le choléate.

En examinant les deux acides isolés, nous verrons pourquoi on a tant travaillé sur la bile, sans trop s'accorder sur sa composition ; nous verrons aussi que les produits assez nombreux qu'on en a tirés, loin de préexister, ne sont que le résultat de métamorphoses.

Vaelde chôtique à pour formule C"H**AzO"* Par Taciion de la potasse bouillante, il se dédouble en acide cholalique^ en gltjcocolle et en eau.

(C* ll^AzO* =glycocolle (sucre de gélatine). C«* H*» Az 0'* = C^«H»« 0%H0 = acide cholalique.

Acide chorique. V HO = BaU.

Si Faction de la potatoe se prolonge au delà de certaines limitea^ Vacide cholalique se transforme en dUlyêine (C" H»« 0«, 2 H 0), corps neutre qui ne difiére de l'acide qui Tengendre que par les éléments d'une molécule d'eau de plus.

On a une série de réactions semblables, », au lieu de soumettre l'acide cholique à l'action de la potasse, on le soumet à l'action des acides oiinéraux puissants. La seule différence est^ qu'au lieu d'acide diolaliquoj on obtient de Tadde choloïdique (C*" H** 0®, 3 HO)^ acide qui se transforme lui-même^ si l'action se prolongé trop longtemps*

Ainsi l'acide cholique^ qui préexiste dans la bile» peut engendrer 4 corps différents :

La glycocolle. . » = G< H* A*0*

L'acide cholalique.... = C^^H^e Qe, HO L'acide choloïdique... = C<»H 38 0«, 3 HO La dislysine = C"H-i« 0«, 2 HO

Le deuxième acide préexistant dans la bile, Tacidé choléïque, n'a pas encore été obtenu à un degré de pureté assez grand pour que son analyse puisse inspirer confiance : ce qui est certain, c'est que cet acide est azoté et qu'il contient beaucoup de soufre. Sous l'influence des alcalis bouillants et des acides minéraux, il réagit à la manière de l'acide cholique , à cela près qu'au lieu de glycocolle, il engendre de la taurine (C* H' Az S* 0*) .

La taurine est un corps neutre, fixe, cristallisable en beaux prismes hexaédriques réguliers, terminés par des pyramides à 4 ou 6 faces. Évaporée avec une dissolution de potasse jusqu'à con*

ÎREnTÊ-DËUXIÊME LEÇON. 375

sistance d'extrait, elle se convertit en acide acétique, en acide sulfureux et en ammoniaque ' .

Si la formation de la taurine était le résultat d'un dédoublement pur et simple, on pourrait deviner la composition de Tacide oholéique ; elle serait la somme des éléments de la taurine et de l-acide chololique, ou choloïdique. Quoi qu'il en soit, les réactions de l'acide choléique sont parallèles pour ainsi dire à celles de l'acide cholique : les produits de leurs décompositions sont toujours semblables, excepté que le premier de ces deux acides donne naissance à de la taurine^ le second à de la glycocolte. . En définitive, on peut extraire de la bile cinq corps qui n'y préexistent pas, et comme il est probable que plusieurs d'entre eux se modifient sous l'influence des réactifs, on comprend qu'on ait trouvé parfois dans la bile des substances qu'on a cherché plus tard inutilement.

Je résume dans le tableau suivant les métamorphoses des principes constituants de la bile.

Acides préealstanis dAns la bild. A; choll^uei A. chol^ïqtic^

iA. cholaliqne. A. cholà limite.

aiycocolle» Taurine.

Dyslisine. Dyslisine.

!A. cholaïdiqiie. A. cholaîdique.

Glycocolle. Taurine.

Dyslisine. Dyslisine.

Les transformations des acides biliaires ne sont pas exclusivement l'effet de l'action de nos réactifs : elles ont lieu aussi 5 du moins en grande partie, dans l'économie vivante.

Au moment où la bile se déverse dans le duodénum, elle commence à se métamorphoser et elle ne se présente plus au même état dans aucune partie des intestins. A mesure qu'elle approche du rectum, la quantité d'acide cholaîdique et d'acide cholalique augmente, il se produit de l'ammoniaque et de la taurine, et à la fin la bile ne renferme plus trace de ces acides primitifs.

Il est donc, probable qu'aucune partie de la bile ne retourne en

• 1. £n admettant qne Tacide acétique provienfle de roxydatiofi de Taldéhyde, oti aurait Téquatiou suivante >

' C' H' Az Sî 0« == C« H< 02 4 H3 Az -f 2 SO2

TauHne. Aldéhyde. Amiifo- Acide

niaquti. sulfureux.

jtf . Rcdtenbàclier a fait agir Tacide sulfureux sur l'aldéhyde ammoniaoale, et a obtenn on corps crislallifié iiomère de la tatirinc) et doué de propriétés différentes.

376 CIimiË ÉLKNENTAIRE»

nature dans le san^ et que la portion qui est absorbée n'est que de la bile transformée.

Si Ton doutait encore de Tintervention efficace de la bile dans les fonctions physiologiques, il suffirait de se rappeler qu'un animai meurt rapiden^nt si Ton empêche que son suc biliaire arrive au duodénum. Il est vrai que, dans ces derniers temps, on a prétendu que la bile n'était qu'un détritus inutile, en s'appuyant sur ce que deux chiens qui perdaient tout leur suc biliaire par une fistule n'en ont pas moins continué à vivre pendant plusieurs années, tandis que l'autopsie avait rendu évidente l'impossibilité que la moindre trace de bile passât dans le duodénum. Malgré ces faits, qui , du reste, ne sont pas nombreux, on ne peut gMère contester que la bile ne prenne une part active au travail de la digestion, en contribuant à l'assimilation des matières grasses alimentaires, ainsi que nous le verrons dans un instant. Enfin, M. Bernard n'a-t-il pas fait voir que la dissolution des aliments protéiques n'a réellement lieu que dans les intestins grêles sous ^influence du contact de la bile?

M. Pettenkofer a donné le moyen de reconnaître la présence de la bile dans les liquides de l'économie animale. On mêle le liquide, que l'on suppose contenir de la bile, avec les deux tiers de son volume d'acide sulfurique concentré, en ayant soin que la température du mélange ne dépasse pas + 60" ; on y ajoute ensuite quelques gouttes d'une dissolution faite avec une partie de sucre de canne et 4 parties d'eau : on agite le mélange, qui acquiert presque immédiatement une belle couleur violette.

La bile est employée par les dégraisseurs sous le nom ùq fiel de bœuf, ou d'amer, pour enlever les taches de graisse sur les tissus dont la couleur pourrait être altérée par le savon et les alcalis. Les peintres à l'aquarelle et à la miniature, ainsi que les enlumineurs, en font également usage pour donner plus de ton aux couleurs.

Comme la bile se putréfie promptement , on la réduit à consistance d'extrait , après l'avoir fait bouiUir et l'avoir écumée : dans cet état, «lie porte le nom de^e/ de bœttf concentré.

Dans quelques cas, on décolore la bile, parce que sa matière colorante peut altérer certaines couleurs, telles que le bleu, qu'elle fait paraître vert , et le carmin, qu'elle affaiblit. A cet effet , on suit généralement le procédé suivant , que l'on doit à Tomkins : on fait bouillir la bile et on l'écume, puis on la divise en deux parties égales ; on ajoute à l'une d'elles 32 millièmes d'alun, et à l'autre 3^ millièmes de sel marin : dès que les deuxMiquides se sont éclaircis, on les décante, on les mêle et on le laisse encore

TRBNTB-DEUXifeMB LEÇaiV. 377

reposer ; finalement , on filtre la liqueur incolore, qu*on conserve 80US le nom de fiel de bceuf purifié.

Entre les courbures supérieure et inférieure du duodénum, on trouve unegrosse glande oblongue, nommée pancréas, qui déverse peu à peu dans le duodénum, surtout pendant la digestion, un liquide incolore, limpide, visqueux, gluant , appelé svc pancréatique; son goût est un peu salé et rappelle celui du sérum du sang ; il est coagulable par la chaleur et les acides forts, propriété qui pourrait le faire confondre avec i'albumine, si , quoique coagulé, il n'était pas encore soluble dans Teau ; par l'incinération, il laisse des carbonates, des chlorures alcalins et des phosphates : la base dominante de ces sels est la soude.

Par suite des expériences de M. Bernard , il est impossible de ne pas distinguer le suc pancréatique de tout autre liquide animal , car SI Ton en mêle avec de Thuile, du saindoux, du beurre ou du suif, le mélange prend de suite Taspect d'une émulsion, si toutefois il est chauffé à + 35o ou à + ^^""^ Aucun autre liquide animal ne se comporte de la même manière.

L'effet immédiat de l'action du suc pancréatique sur les corps gras n'est pas une saponification, mais une division très-grande de la matière grasse, qui s'opère sous l'influence d'une substance organique particulière^ la pancréatine que contient le suc pancréatique. Cette substance parait jouer le rôle de ferment, cardans les corps gras neutres émulsionnés par le suc pancréatique, il ?e développe rapidement une réaction acide et l'on y trouve de la glycérine et des acides gras.

Si Ton se rappelle que la bile dissout avec facilité ces derniers produits, on devine pourquoi la nature fait arriver dans le duodénum les sucs biliaire et pancréatique. Ce dernier émulsionne et prépare les corps gras à la décomposition; l'autre dissout les produits de la décomposition. Ajoutons que, d'après les observations de M. Bernard, la bile, qui , par elle-même, n'a pas d'action sur les matières grasses neutres ', les dissout, au contraire, lorsqu'elle est mêlée au suc pancréatique.

Ainsi , que le suc pancréatique se borne à émulsionner les aliments gras , ou bien qu'il les dédouble , toujours est-il qu'il les dispose à devenir assimilables , en les rendant solubles dans la bile.

t. Si la bi]e n^exerce anctme action sor les corps gras neutres, ponrqnoi enlève- WUe si facilement les taches de graisse ? On s*expli(inece8 faits en apparence contradictoires, quand on sait que la bile dissoot les acides gras. C'est à cet état que les corps gras nentres passent sans donte qaand ils ont été quelque temps étalés à Talr sur un tissn.

37S CIlIllIE ÉLÉMBNTAinB.

Le suc pancréatique joue encore un autre rôle. MM. Bouchardat et Sandras ont prouvé que les matières féculentes , qui ne se saccharifient pas pendant leiir trajet de la bouche au duodehun, sont saccharlBées dans ce viscère sous l'influence du suc pancréatique. La portion qui échappe est transformée par le suc intesti* naL La faculté aacchariâante du suc pancréatique n'est pas une propriété particulière de ce liquide : on voit que tous ceux que les aliments amylacés rencontrent en parcourant ^e tube intestinal , exercent la même action probablement à différents degrés : mais U paraît bien établi que Faction du suc pancréatique est la plus énergique.

D'après ce que nous venons de dire, nous savons de quelle manière les aliments se sanguifient» La salive les enveloppe , les humecte , et facilite leur arrivée dans Testomac. Les veines de ce viscère absorbent en grande partie ce qui est soluble ; c'estrà-dire les .matières gommeuses et sucrées. Les matières grasses, amylacées et albuminoïdes passent dans le duodénum et les intestins grêles ; les unes pour être émulsionnées et dédou* blées, les autres pour être sacchari6ées et dissoutes : ces dernières sont absorbées par les ramifications de la veine-porte, les premières par les vaisseaux chylifères. Tout ce qui est absorbé, à quelque époque de la digestion , et en quelique endroit que ce soit du tube digestif est transporté au ventricule droit du cœur, d'où après s'être mêlé au sang veineiil: , il passe ainsi que nous l'avons déjà dit > dans les poumons pour se changer en sang artériel.

Il nous reste à connaître les modifications que le sang éprouve sous l'influence de la respiration.

Lorsque le sang retourne aaiXBur après avoir parcouru les pou* mons, il n'a plus, ni la même couleur, ni la même composition : il était brun foncé , il est devenu d'un beau rouge vermeil ; il était riche en gaz acide carbonique , il est devenu relativement riche en oxygène. En même temps que ces changements s'opèrent , il entre de l'air dans les poumons , et il en sort de l'acide carbonique , de la vapeur d'eau , et de l'air moins oxygéné.

La plupart des physiologistes expliquent ces phénomènes en disant que le sang veineux qui tient en dissolution une quantité considérable de gaz acide carbonique , lorsqu'il arrive dans les poumons, en échange une partie contre de l'oxygène, soit en vertu des lois ordinaires de la dissolution des gaz dans les liquides, soit en vertu d'une action spéciale d'endosmose. Le sang enrichi d'oxygène se répand dans toutes les directions du corps, en exerçant dans son parcours les actions oxydantes nécessaires à la vie :

TREMTE-DEUXrÈME LEÇON. 379

la chaliBur provenant de ces actions contribue à la production de 06 que Fou appelle la chaleur animale. L'acide carbonique qui résulte de toutes ces oxydations, reste dissous dans le sang*, et s'en dégage lorsque le sang arrive de nouveau dans les pou- QionSé

Si Toxygène n'était que dissous dans le sang ; s'il n*était pour ainsi dire que charrié par ce liquide , on expliquerait difficilement la coloration si vive et si instantanée qui se développe dans le sang veineux lorsqu'il est agité avec de l'air, et à plus forte raison avec de l'oxygène. M faut nécessairement admettre qu'outre réchange qui a lieu entre l'acide carbonique et l'oxygène , une combinaison probablement éphémère et très-instable s'effectue entre ce dernier gaz et l'un des principes constitutifs du sang.

M. Liebig a fait jouer dans le temps un grand rôle au fer des globules sanguins. Il a supposé que ce métal se trouve à l'état de protoxyde dans le sang veineux , et à l'état de peroxyde dans le sang artériel. Les changements que le sang éprouverait dans les poumons seraient l'effet d'une suroxydation , et ceux qu'il éprouverait dans la circulation générale , et notamment dans les capillaires , seraient l'effet d'une réduction. L'acide carbonique ne serait pas charrié , il serait combiné avec le protoxyde de fer du sang veineux, de sorte que les deux gaz qui caractérisent tour à tour les deux espèces de sang parcourraient le système vasculaire à l'état de combinaison, et non de simple dissolution.

M. Rees fait aussi jouer un rôle considérable aux globules sanguins, non pas à cause de leur fer, mais à cause de leur matière grasse phosphorée. 11 suppose que cette matière , étant oxydée dans les cellules pulmonaires, engendre de l'acide carbonique , de l'eau et de l'acide phosphqrique : les deux premiers produits §ont exhalés, le dernier s'unit avec le liquide alcalin du sang, pour former du phosphate tribasique de soude. M. Rees rappelle, en outre, que la dissolution de ce sel a la faculté de rendre vermeil le sang veineux, et conclut que l'oxygène est la cause la moins prochaine du phénomène^ lorsque celui-ci s'accomplit dans les poumons. A l'appui de sa théorie il affirme que le sérum artériel contient des phosphates, et que le sérum veineux en est dépourvu.

Quel que soit le mérite de ces différentes opinions , elles prouvent au moins qu'ien général on n'admet pa^ que l'oxygène est simplement dissous dans le sang. Du reste, uiie circonstance signalée par M. Liebig lui-même renverse cette hypothèse.

On sait que la quantité d'un gaz dissous dans un liquide est toujours proportionnelle à la pression extérieure : en appliquant cette i<H au cas qui nous occupe , on arriverait à celte consé-

380 CnillIE ÉLBHERTAIRB.

quence , que le sang des habitants des régions où ta pression est d'une demi-atmosphère , contiendrait la moitié moins d'oxygène que le sang des habitants des bords de la mer.

Tout ce que nous avons dit dans cette leçon prouve Timportance du rôle que le sang joue dans l'économie vivante. C'est lui qui est la source de tous les principes de l'animal : c'est lui qui entretient, en grande partie du moins, la chaleur nécessaire à la vie ; c'est lui qui fournit la matière des sécrétions , enGn c'est encore à lui que les organes doivent le mode d'action qui leur est propre.

Nous n'avons vu que les sécrétions qui exercent une influence incessante sur l'assimilation des aliments. Il nous en reste d'autres à voir, dont la mission n'est pas moins importante. C'est à quoi nous allons consacrer la prochaine leçon.

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