II. u
426 CHIMIB éL£«BHTAIER.
qu'éprouve alors Turine est un phénomène purement chimique ; mise en contact avec le pus ou autres produits mori)ides fournis par la vessie, elle se décompose et devient ammoniacale. Dans les maladies inflammatoires, Turine est généralement foncée en couleur, quelquefois rouge brunâtre, ou même brune, et sa densité est assez élevée.
La proportion de Turée peut varier dans les maladies inflammatoires ; le pluà souvent elle augmente, quelquefois elle diminue, ce qui arrive toujours à la suite de saignées abondantes. L'acide urique, au contraire, parait toujours augmenter; il s'élève, dans certains cas, à 3 et même à 6 p. »/. des matières solides.
Quant aux sels, ils diminuent toujours; toutefois, d'après M. Simon, il n'en est pas de même des sulfates. Mais il faut remarquer que l'existence des sulfates dans l'urine est jusqu'à un certain point indépendante de la quantité d'aliments introduite dans l'économie. L'acide sulfurique des urines provient en grande partie de l'oxydation que subit le soufre des matières albuminoïdes sous l'influence de la respiration.
Dans la dernière période des inflammations comme dans un grand nombre d'autres maladies, et surtout le troisième stade de l'accès des fièvres intermittentes, l'urine devient souvent sédimenleuse. Les sédiments sont formés en partie par de l'acide urique ou par des urates ; quelquefois ils consistent en mucus, et plus rarement en phosphates insolubles.
Pendant la première période de la phihisie, l'urine présente souvent les mêmes caractères que dans les pMegmasies, Suivant M. Becquerel , la quantité d'urine sécrétée dans un temps donné diminue beaucoup, tandis que la proportion d'acide urique peut s'élever jusqu'à 5 »/„ du résidu solide : fait facile à expliquer, car chez les poitriuaires, l'hématose ne pouvant plus s'accomplir librement , la formation des produits moins oxydés que l'uréee devient par cela même plus abondante. Cette urine contient aussi beaucoup de graisse, de sorte qu'on en voit parfois surnager le liquide. On conçoit sans peine la présence d'un grand excès de matières grasses dans l'urine des phthisiques, lorsqu'on pense que leurs poumons en sont abondamment pourvus ^.
Dans les hydropisies^ et surtout dans la néphrite albumi-
1 . M. Natalis Gayot a observé qiie dans toutes les affections de poitrine, qai ont pour conséquence de diminuer d'une manière passagère ou dnrable la fonction respiratoire, dans une étendue pins on moins grande des poumons, la proportion des malièies grasses s'accroît dans les parties devenues imperméables à l'air, et peut alors s'y élever jusqu'à 50 p. %.
TREl^TE-QUATRIÈMB LEÇON. i27
neusCy les urines renferment beaucoup d'albumine *. Dans cette dernière maladie, l'urine est tellement albumineuse qu'elle se prend en masse par la chaleur. L'urée y est, au contraire, notablement diminuée , et vers la fin de la maladie , lorsque les reins commencent à se désorganiser , on y rencontre souvent du pus.
La diminution de Furée dans les urines albumineuses tient probablement à une combustion incomplète de l'albumine lors de son passage dans les capillaires, car l'urée représente le résidu de la combustion normale des aliments azotés : aussi a-t-on observé de l'albumine dans l'urine pendant le croup, l'hydropisie-ascite trèsdéveloppée, la bronchite capillaire, l'emphysème pulmonaire, la phthisie pulmonaire ; chez les femmes enceintes dont la gestation est assez avancée pour gêner la respiration ; on l'a aussi constatée dans la cyanose, dans les lésions spontanées ou traumatiques des centres nerveux déterminant un abaissement de température ; on l'a observée dans le diabète, dans la courbature; en un mot , dans tous les cas où, par une cause quelconque, l'hématose cesse d'être aussi complète ou aussi rapide que dans les circonstances ordinaires*.
Dans Victère, l'urine présente toujours une coloration brune plus ou moins foncée, due à la présence de la matière colorante de la bile.
Dans le diabète sucré, l'urine renferme une certaine quantité de glucose. Cette urine se distingue aussi par la présence de l'acide hippurique. Quant à l'urée, sa quantité absolue paraît être la même ; mais elle est infiniment moindre relativement au volume
1 . L'urine de certains animaux, des tortues et des grenouilles, contient de Talbamine à Tétat normal.
2. Suivant MJM . Mialhe et Pressât, l'albumine peut se trouver dans les urines morbides, sous les trois mêmes formes ip'elle affecte daos l'économie normale (voir une note de la xxxne leçon^ page 354 ) : chacune de ces formes, ou de ces états, se rattacherait constamment à des causes pathologiques différentes : V albumine normale y à l'altération profonde des glandes rénales ; VaU>umine amorphe, à l'inaction des liquides ; Valbuminose, an défaut d'assimilation, ou à l'influence cholérique.
D'après ces expérimentateurs, c'est l'albumine amorphe ou caséiforme qui apparaît dans la maladie de Bright, et elle est constamment liée à l'altération des liquides dans l'économie.
Quant an passage de Valhuminose (albumine devenue soluble, et assimilable) dans les déjections, il est le plus ordinairement déterminé par l'affection cholérique. Alors l'albuminose expulsée n'est plus le produit de la transformation des aliments albuminoîdes par l'acte de la digestion, mais celui de la transformation des principes albumineux du sang et des divers tissus par l'Influence probablement fermentifère du virns cholérique : de telle sorte que le ferment morbide et le ferment digestif exerceraient la même action sur les matières albumineuses, l'un pour les faire outrer dans l'économie, l'antre pour les en expulser.
i28 CHIMIE BLBUBNTAIRE.
de l'urine que le malade émet dans les vingt-quatre heures, puisque, dans certains cas, ce volume a été de 25 litres.
On a beaucoup discuté sur l'origine du sucre des urines des diabétiques. Depuis les découvertes de M. Bernard , il paraît démontré que, la sécrétion saccharine du foie s'exaltant par des causes morbides, le produit , à cause de sa grande abondance, ne peut plus être brûlé dans les vaisseaux capillaires et passe dans les urines comme une véritable excrétion. On conçoit que, dans ces maladies, l'usage des aliments carbonés doit contribuer à augmenter la formation du sucre : aussi soumet-on les diabétiques à un régime presque exclusivement animal. A cet effet , M. Bouchardat a eu l'idée de faire fabriquer un pain presque entièrement composé de gluten, et dont on s'est bien trouvé dans plusieurs hôpitaux de Paris.
M. Alvaro Reynoso paraît avoir prouvé que toutes les fois qu'il y a un trouble dans les fonctions de la respiration, on trouve du sucre dans les urines. Il a toujours constaté la présence du sucre dans l'urine des malades qui se trouvaient sous l'influence d'un traitement hyposthénisant. Dans l'urine des phthisiques, il a trouvé que la quantité du sucre émise par les voies urinaires de ces malades était d'autant plus grande que la période de la maladie était plus avancée et que les phénomènes inflammatoires étaient plus intenses ; il l'a aussi trouvé dans la pleurésie, la bronchite, l'asthme, l'hystérie et l'épilepsie.
Sous le nom d'urine chyleuse, on désigne une urine qui renferme de la matière grasse et de l'albumine ; elle est le plus souvent trouble et même laiteuse ; sa production coïncide presque toujours avec cette altération particulière du sang qui consiste dans la présence d'un grand excès de graisse.
Pendant quelques maladies, l'urée et l'acide urique diminuent considérablement dans l'urine. Suivant M. Vogel fils, le prurigo formicans en est un exemple.
Dans Vhippurie^ l'urine est riche en acide hippurique et trèspauvre en urée.
Dans le rachitis, l'urine renferme une quantité considérable de phosphates terreux tenus en dissolution par l'acide lactique qui , lui aussi , s'y trouve en abondance.
L'urine des clilorotiques ne renferme pas de fer, etc., etc.
Je n'ai pas l'intention de vous dire les caractères de toutes les urines morbides; mais, par ces exemples, j'ai voulu vous montrer la liaison qui existe entre la sécrétion urinaire et les principales fonctions de la vie.
Il arrive souvent que certains principes normaux ou anormaux
de r urine, ne trouvant pas une quantité suffisante de dissolvant , se déposent dans la vessie et même dans les reins. Lorsque ces dépôts restent pulvérulents, ils sont expulsés sous forme de grave! te; lorsqu'ils s'agglomèrent, ils constituent les calculs.
Les principales substances dont sont formés les calculs et les gravelles sont l'acide urique, l'urate d'ammoniaque, l'urate de soude, le phosphate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien, le carbonate de chaux, loxalate de chaux, la cystine, l'acide xanthique, la silice.
Nous allons décrire brièvement les caractères de plusieurs de ces espèces et les moyens les plus simples pour les reconnaître.
Calculs uriques, — Les calculs d'acide urique sont ordinairement colorés en jaune brun ou rouge brun ; leur surface est en partie lisse, en partie formée de mamelons usés ; leur cassure est rarement cristalline, souvent terreuse ; on les reconnaît à la coloration pourpre que l'ammoniaque développe dans le résidu rosé que leur dissolution azotique laisse par Tévaporation.
C'est encore au moyen de cette même réaction qu'on reconnaît les urates, dont la base est décelée d'ailleurs par les réactifs ordinaires. Ainsi le calcul urique, qui , dissous dans la potasse, dégage de l'ammoniaque, esl, de l'urate d'ammoniaque ; celui qui , étant incinéré, laisse un résidu de carbonate de soude, est un urate de cette base. Ces derniers sont très-rares ; néanmoins les concrétions arthritiques en sont essentiellement formées.
Calculs pkospha tiques. — Les calculs que l'on rencontre le plus fréquemment après les calculs d'acide urique sont formés par un mélange de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien ; ils sont ordinairement arrondis ou un peu allongés ; leur surface est souvent lisse, rarement cristalline ; ils sont d'un blanc gris ou d'un jaune pâle ; leur cassure n'est jamais lamelleuse et présente souvent des petites géodes tapissées de cristaux brillants ; chauffés sur une lame de platine, ils noircissent en dégageant de l'ammoniaque ; ils sont fusibles, en partie solubles dans l'acide acétique étendu et entièrement solubles dans l'acide chlorhydrique. Les dissolutions acides de ces calculs sont précipitées par l'ammoniaque.
Pour reconnaître les éléments des calculs phosphatiques, on commence par les chauffer sur une lame de platine : le dégagement d'ammoniaque annonce déjà la présence de cette substance ; le résidu de la calcination est dissous dans l'acide chlorhydrique ; on ajoute du perchlorure de fer à la dissolution, puis on y verse assez d'ammoniaque pour apprécier de la neutralité sans que la liqueur se trouble ; on y verse alors une quantité assez grande
430 ClilMlB ÉLÉMENTAIRE.
d'acide acétique et quelques cristaux d'acétate de soude : il se forme un dépôt abondant légèrement jaunâtre de phosphate de peroxyde de fer qui contient tout l'acide phosphorique du calcul , si le perchlorure de fer ajouté a été en quantité sufûsante. En versant de Toxalate d'ammoniaque sur la liqueur dont on a séparé le phosphate de fer, on obtient un précipité blanc où se trouve toute la chaux sous forme d'oxalate. Enfin, la liqueur séparée de l'oxalate de chaux est débarrassée, au moyen de l'ammoniaque, de l'excès de fer qu'elle peut contenir ; puis, une fois filtrée, si on la mêle avec un peu de phosphate de soude , il se forme un nouveau précipité qui contiendra la magnésie sous forme de phosphate ammoniaco-magnésien.
Calculs d'oxalate de chaux. — Parmi les calculs les plus fréquents, il faut citer ceux qui sont formés par l'oxalate de chaux. On les désigne sous le nom de calculs muraux parce que leur surface est ordinairement raboteuse et hérissée de mamelons ou d'aspérités qui leur donnent une forme analogue à celle des mûres ; quelquefois leur surface est jonchée de lames cristallines. Ces calculs sont ordinairement bruns et quelquefois noirs, lorsque leur volume est assez considérable ; leur cassure est compacte, granuleuse, parfois cristalline ; chauffés sur une lame de platine, ils se gonflent et se charbonnent , parce qu'ils renferment beaucoup de matière organique ; si on les calcine fortement , ils laissent un résidu de chaux caustique ; ils sont solubles sans effervescence dans l'acide chlorhydrique, réaction qui les distingue des calculs de carbonate de chaux ^ très-rares d'ailleurs chez l'homme.
Calculs de cysline. — La cystine est une substance incolore, • cristalline, inodore, insoluble dans l'eau et l'alcool , très-soluble dans l'ammoniaque; sa formule est C*H*AzS*0*; elle joue, à l'égard des acides, le rôle d'une base faible. Pour l'obtenir pure, on dissout dans l'ammoniaque les calculs cystiques pulvérisés, on filtre la dissolution, puis on l'évaporé : la cystine se sépare sous forme de petits cristaux.
Les calculs de cystine ne contiennent que des traces de matières étrangères ; en général, ils sont peu volumineux, arrondis, et possèdent une couleur jaune ; leur surface est lisse et présente un aspect luisant et cristallin; ils sont reconnaissables à l'odeur aliacée qu'ils répandent quand on les jette sur des charbons, à leur solubihté dans l'ammoniaque, et au dépôt cristallin qui se forme dans leur solution ammoniacale concentrée par évaporation ; enfin, on reconnaît aisément la présence du soufre dans ces calculs : en traitant ceux-ci par l'eau régale, il se forme de l'acide sulfurique.
Calculs xanthiques, — V oxyde xanthique (xanthlne^ acide ureux) est blanc, peu soluble dans Feau, soluble dans les carbonates alcalins, les alcalis caustiques et Tacide sulfurique concentré ; il ne diffère de l'acide urique que par deux équivalents d'oxy gène de moins : en effet, sa composition est C* H* Az* 0*.
Les calculs formés de cette substance ont une surface tantôt polie et luisante, tantôt mate et terreuse ; leur cassure présente une couleur brune, sans aucune apparence cristalline ou fibreuse ; ils sont formés de couches concentriques faciles à isoler : le frottement suffit pour leur donner un aspect poli et luisant. On distingue les calculs xanthiques des calculs uriques par ce que les premiers sont insolubles dans le carbonate de potasse et par ce que le résidu que leur solution azotique laisse par Tévaporation ne rougit point sous l'influence de l'ammoniaque.
Après avoir indiqué les moyens de reconnaître la nature des matières insolubles qui peuvent se déposer des urines, nous apprendrons à reconnaître et à doser les matières qu'elles peuvent tenir en dissolution ; ces notions sont très-importantes pour les médecins, car elles leur servent pour le diagnostic de certaines maladies.
On cherche ordinairement dans les urines de l'homme Turéee, l'acide urique et les sels ; mais dans quelques cas particuliers on peut y chercher l'albumine, la bile, l'acide hippurique, le sucre, le fer.
Nous avons déjà dit que lorsqu'on chauffe de l'urine avec de l'hypoazotide, ou bien avec de l'azotite de mercure, il se dégage un mélange à volumes égaux d'azote et d'acide carbonique , mélange qui est proportionnel à la quantité d'urée contenue dans l'urine. Voilà donc un moyen très-sûr pour reconnaître et pour doser l'urée ; mais pour un médecin qui ne pourrait installer des appareils assez compliqués, il serait plus commode, pour arriver au même résultat, de suivre le procédé suivant :
On condense l'urine à une basse température, on reprend le résidu par l'alcool , et on évapore à siccité la dissolution alcoolique : ce deuxième résidu est repris par l'acide azotique étendu , et la nouvelle dissolution est évaporée à son tour; on obtient ainsi de l'azotate d'urée qu'on sèche avec soin et qu'on pèse. Un gramme de ce sel renferme 0«'",487 d'urée.
La partie que l'alcool n'a pas dissoute se compose de sels minéraux, d'urates et d'acide urique. Si on traite ce mélange par un peu d'acide chlorhydrique , puis par un peu d'alcool faible, on enlève tous les sels minéraux et les bases des urbtes : ce qui reste en dernier est de l'acide urique.
43i CHIMIE ÉLÉMENTAIRE.
Si l'on avait intérêt à reconnaître et à doser les sels , comme ils se trouvent tous réunis à Tétat de dissolution chlorhydrique alcoolisée, on aurait recours aux moyens ordinaires dont on se sert pour les analyses minérales.
Pour apprécier les sels des urines, le microscope peut, dans quelques cas , fournir des indications fort précieuses. Je vous en donnerai quelques exemples. Le médecin , dont l'œil serait habitué à l'aspect du résidu que laisse sur le porte-objet du microscope une goutte d'urine humaine normale, reconnaîtra aisément si une femme est enceinte. L'urine pendant la gestation renferme beaucoup moins de phosphate et de sulfate de chaux que dans son état normal : or le résidu que laisse une goutte d'urine appauvrie de ces deux sels a un aspect tout particulier que je ne saurais vous décrire, mais qu'un œil exercé reconnaît sans peine*
Dans la phthisie pulmonaire et dans le diabète , le résidu que laisse une goutte d'urine a un aspect collant et visqueux ; il est rayonné et nacré dans les fièvres typhoïdes, les rhumatismes aigus et les pneumonies.
Les observations publiées sur ce sujet sont très-peu nombreuses^ mais on conçoit combien il serait aisé, en s'exerçant, de réunir des éléments de diagnostic.
La présence de Valbumine dans les urines fraîches est facilement reconnue par l'acide azotique; car vous savez que ce réactif trouble tous les liquides albumineux.
Dans certaines maladies , la quantité d'albumine est si considérable qu'on se contente de chauffer l'urine pour qu'elle se coagule. Mais ce phénomène pourrait ne pas avoir lieu s'il y avait dans l'urine des carbonates alcalins ou ammoniacaux. Pour éviter toute illusion à cet égard , il faut, avant de faire l'expérience , ajouter à* l'urine quelques gouttes d'acide acétique. Les carbonates alcalins ou ammoniacaux , une fois saturés , n'empêcheront plus la coagulation de l'albumine.
Quand on se sert d'acide azotique , il y a une cause d'erreur à éviter. Pour que le trouble occasionné dans l'urine par ce réactif ne soit pas une indication trompeuse, il faut attendre que le hquide se soit éclairci; ce n'est qu'ainsi que l'on peut juger si le dépôt a vraiment les caractères pi opres à l'albumine coagulée. Car il peut arriver que des urines limpides et acides se troublent par l'addition d'un peu d'acide azotique , par cela seul qu'elles tiennent en dissolution de l'acide urique. Cet acide y est dissous à la faveur des phosphates acides : si l'on ajoute de l'acide azotique à l'urine, les sels phosphatés sont décomposés , et l'acide urique , qui ne trouve plus de dissolvant, se dépose. La preuve que l'acide urique
est tenu en dissolution par les phosphates acides est obtenue par l'expérience suivante :
Si Ton ajoute à une dissolution alcaline d'acide urique une quantité d'acide phosphorique suffisante pour rendre la liqueur franchement acide, on ne remarquera aucun trouble; mais, si l'on y ajoute de l'acide azotique , il se forme aussitôt un dépôt d'acide urique : un pareil dépôt a lieu également si l'on verse dans la dissolution urique assez de carbonate d'ammoniaque pour lui donner la réaction alcaline; nouvelle preuve que l'acide urique se sépare de l'urine lorsque les phosphates acides n'existent plus.
l'action du carbonate d'ammoniaque sur Vurophosphate acide de potasse explique les dépôts uriques qui se forment spontanément dans certaines urines abandonnées à elles-mêmes. Bien qu'acides au moment de leur émission, ces urines deviennent alcalines par suite de la fermentation de l'urée : alors l'acide urique devient libre.
Pour constater la présence de la bile, on précipte l'urine fraîche par l'acétate de barite. Le précipité , traité par l'alcool et l'acide chlorhydrique , donne au liquide une couleur verte. En desséchant le liquide, et en le reprenant par l'eau, la matière colorante de la bile ne se dissout pas.
On peut encore se borner à traiter l'urine par l'éther sulfurique , qui se charge de la matière colorante de la bile, et vient former à la surface du liquide une couche d'un jaune plus ou moins verdâtre.
On découvre de petites quantités d'acide hippurique en concentrant l'urine par évaporation , et en y ajoutant un peu d'acide chlorhydrique. Au bout de plusieurs heures il se forme des aiguilles cristallines d'acide hippurique.
Dans le diabète il importe souvent au médecin , pour se rendre compte de la marche de la maladie, de doser, de temps à autre, la quantité de glucose qui se trouve dans l'urine du malade. Le moyen le plus expéditif et le plus exact est celui des procédés optiques. Si l'on n'a pas les appareils nécessaires, on ajoute de la levure de bière à une quantité connue d'urine , et on juge d'après le volume d'acide carbonique que la fermentation fait dégager, la quantité de glucose contenue dans l'urine elle-même. Lorsqu'il s'agit de constater des quantités de sucre trop faibles pour être appréciées par les moyens indiqués, on peut suivre le procédé de Runge : ce procédé consiste à dessécher au bain-marie , dans une tasse de porcelaine, quelques gouttes d'urine; on arrose le résidu avec de l'acide sulfurique étendu de six parties d'eau , et on le chauffe à une douce chaleur. Une couleur noire se développe aus- II. 25
434 CHIHtB ÉL^MfiNTAtRB.
Bitôt, lors même que l'uritie n'aurait contenu qu'un lAillième de glucose.
M. Maumené a proposé nn moyen encore plus commode. Il trempa pendant trois à quatre minutes des bandelettes de mérinos blanc dans une liqueur formée d'une partie de bichlorure d'étaiii du commerce (SnCl*+ 5aq) et de deut parties d'eau. Il égoulte et sèche au bain-marie les bandelettes de mérinos sur un morceau de même étoffe* Lorsqu'on veut se servir d'un tissu ainsi préparé il suffit d'y déposer une goutte d'urine et de le placer au-dessus d'un charbon rouge, ou de la flamme d'une lampe. Si , dans l'espace d'une minute , il se manifeste sur la partie mouillée iine tache brune très-visible, c'est un indice que l'urine renferme du glucose.
On peut également se servir du réactif de Frommhert ( voir leçon xxir, p. 41 ) pour constater la présence du glucose dans l'urine; mais pour que ce réactif réussisse il faut prendre les précautions suivantes : On traite préalablement l'urine, d'abord par l'acétate de plomb qui précipite les matières organiques, et ensuite par le carbonate de soude qui précipite l'acétate de plomb ; après quoi on concentre l'urine, on ajoute le réactif^ et on fait bouillir. Sans ces précautions indispensables pour priver l'urine de ses matières organiques, la présence du glucose ne se trouve pas assez nettement accusée, ou même il se produit des réactions capables de faire soupçonner l'existence de ce principe quand il n'y en a pas une seule trace dans l'urine. (Michea, et Alvaro Reynoso.)
Eniin la présence du fer (donnée importante dans les cas de chlorose) est décelée par le prussiate jaune de potasse, qui détermine dans l'urine une coloration bleue plus ou moins intense due au bleu de Prusse.
Tels sont les faits principaux qui se rattachent à l'histoire chimique de l'urine. Il ne nous reste plus qu'à dire quelques mots sur les applications , malheureusement trop resteintes , de celte excrétion.
L'urine peut servir partout où le carbonate d'ammoniaque joue un rôle : aussi Tavons^nous vue employée en teinture dans les cas où l'action de ce sel est nécessaire. A ce point de vue, l'usage le plus considérable qu'on pourrait en faire serait incontestablement celui d'engrais. Malheureusement on ne se préoccupe point assez de l'emploi utile de l'urine. Si Ton se souvenait que chaque kilogramme de ce liquide renferme à peu près la même quantité d'azote qu'un kilogramme de froment, et qu'un homme adulte en émet en moyenne 400 litres par an ^ on serait étonné d'unt pareille insouciance; insouciance d'autant moins
TRENTE-QtJATRIÈMB LEÇON. 435
excusable que c*est déjà un fait acquis à l'art agricole que Tùrine, convenablement employée comme engrais , est un des meilleurs agents de fertilisation.
L'urine ne fertilise pas seulement par son azote, ittôis aussi par ses matières fixes, et spécialement par les phosphates. Aussî pourrait-on en rendre Temploi plus commode, en isolant celles de ses parties qui sont les plus actives.
Si, d'après M. Boussingault , on introduisait dons une ihassé d'urine une certaine quantité de sulfate de magnésie, il se formerait peu à peu un dépôt qui renfermerait tout l'acide phosphorique et presque tout l'azote , sous forme de phosphate-âmmonielco-ma- . gnésien. Ce sel , représentant la partie essentiellement activé de l'urine, serait d'un emploi beaucoup plus commode que cette dernière.
L'urine se putréfie avec le temps et engendre du carbonate d'ammoniaque, qui, par suite de sa volatilité, se disperse en partie dans l'air et amoindrit la faculté fertilisante de l'urine elle-même. On prévient cette dispersion en ajoutant à chaque hectolitre de liquide une demi-once d'acide sulfurique, ou Une once d'acide chlorhydrique.
Tout ce qui chez l'homme et les manunifères n'est pas absorbé dans le tube intestinal par le système lymphatique ou par le système veineux, constitue Ce que l'on appelle les fèces ou les excréments solides. On ne doit pas considérer ce résidu de la nourriture comme représentant la matière alimentaire ingérée, moins la portion qui a été absorbée, mais bien comme ce même résidu, altéré, modilié, ayant acquis des propriétés et un aspect particuliers. D'ailleurs à ce résidu excrémentiel s'ajoutent les liquides sécrété* par les différentes parties du tube intestinal 1 en effet, ori y trouvé du mucus, de l'alDumitie, même de la bile. Voici l'analyse de* excréments humains d'après Berzélius.
^"^ ybii;:::::::::::::::*.;::::^'
1 albumlDe ««...«.«.i. 0^9
MatièfèsMiiiljlesdaiiisrean.*.. ] matière eitractives* *.*.... 2,7 f S,7 < chlorures., j j
j sels carbonates [ alcalins, f 1,2 f sulfates... ) /
\ phosphates terroux^. \
Résidu insoluble des aliments digérés 7,0
/mucus...
Matières insolubles qni s'ajoutent dans le tube intestinal. J ^^^g^J,jl
\haire.etc. -
Il est inutile de dire que cette composition ne s'applique qu'au cas spécial dont s*est occupé l'analyste, mais elle suflit pour donner une idée des principes dont se composent les excréments.
Chez X enfant nouveau-né^ le canal intestinal contient une matière brune et poisseuse, le méconium^ qui est évacuée dans les premiers jours après la naissance , par suite , à ce que l'on dit, de l'action laxative du colostrum (leçon xxiiie, page 384). Le méconium n'a généralement ni odeur, ni saveur. Il produit des taches difficiles à enlever par le lavage; elles proviennent de la bile du fœtus, à laquelle il faut aussi attribuer la cholestérine, qu'il contient toujours en quantité considérable. Les cendres du méconium ne diffèrent de celles des excréments ordinaires, que par des sulfates en moins : aussi sont-elles exclusivement formées de chlorures, de carbonates alcalins et de phosphates terreux.
Voici l'analyse d'un méconium par M. Simon :
Gholeslérine , 16
Matière extractive et produits biliaires 24
Matière analogue à la caséine 34
Épithélium, mucus, albumine , . 26
ÎÔÔ"
La composition des excréments doit varier suivant la nourriture : ainsi les fèces des herbivores diffèrent de celles des carnivores. On s'aperçoit de ces différences lors de l'application des matières fécales à la culture des terres. Comme on mesure la valeur de cette sorte d'engrais par la quantité absolue d'azote et de phosphates qu'ils contiennent, les agriculteurs savent que les excréments des herbivores sont moins azotés et moins phosphatés que ceux des omnivores, et que les excréments de ces derniers valent encore moins que ceux des carnivores.
D'après cela, il est évident que les matières excrémentielles humaines doivent, par leur efficacité, l'emporter sur celles du cheval et de la vache : cependant on ne se préoccupe guère de leur emploi comme engrais.
Je répéterai ici ce que j'ai dit à propos de l'urine : si, au lieu de gaspiller ou de dérober les excréments, on les ménageait pour les utiliser en agriculture, nous pourrions tirer de nous-mêmes une grande partie des éléments qui serviraient plus tard à nous nourrir.
Il est vrai que, depuis quelque temps, les sciences et particulièrement la chimie se sont appliquées à écarter les obstacles qui entravent l'utilisation des matières fécales. Ces obstacles con-
TRBNTE-QUATRIÈMB LEÇON. 437
sistent dans la fétidité et dans les dangers d'asphyxie lorsqu'on remue de grandes masses de ces matières.
La chimie, en rendant les vidanges salubres, a fait faire un véritable progrès à l'hygiène publique et à Tagriculture. Cett« dernière conquête scientifique est assez importante pour que nous lui consacrions les derniers moments de cette séance.
Quand on se rappelle la composition des matières fécales humaines liquides et solides, on devine que par leur décomposition il doit se former du carbonate et de l'hydrosulfate d'ammoniaque : Turée contenue dans l'urine, le soufre qui fait partie de l'albumine et des détritus excrémentiels expliquent la formation de ces deux sels : or le premier est fétide, l'autre est fétide et asphyxiant à la fois : il importe donc de les décomposer et de prévenir leurs effets délétères.
Pour atteindre ce but, on s*est servi principalement de protosulfate de fer ou couperose verte. Effectivement, lorsque dans nos laboratoires nous mêlons ensemble des dissolutions de tous ces sels, nous obtenons d'une part du sulfate d'ammoniaque, de l'autre du sulfure et du carbonate de fer.
Az H», HO, C0« + Fe 0, SO» == Az H», HO, SO* + Fe 0, CO»
Carbonate d'ammoniaque. Sulfate de fer. Sulfate d'ammoniaque. Carbonate de fer.
Az H», HS + Fe 0, SO» = Az H», HO, SO» + Fe S
Hydrosulfate Sulfure
d'ammoniaque. de fer.
Tous ces produits sont inodores, et le sulfate d'ammoniaque n'est pas. volatil. On conçoit donc qu'en introduisant du sulfate de fer dans les fosses d'aisance au fur et à mesure que les matières fécales s'y accumulent, on prévienne le dégagement du carbonate et de l'hydrosulfate d'ammoniaque ; on conçoit également que ces deux sels soient décomposés lorsque, déjà formés dans les fosses, on les met en contact avec une suffisante quantité du même réactif, au moment de la vidange.
Tels sont les principaux phénomènes chimiques qui ont pour résultat l'assainissement et la désinfection des matières fécales : néanmoins, dans la pratique, on facilite l'action du sulfate de fer en faisant intervenir d'autres substances, que pour le cas actuel on pourrait appeler auxiliaires.
C'est M. Siret, pharmacien à Meaux, qui, le premier, est parvenu à rendre praticable et à régulariser la désinfection préventive des fosses d'aisances. Il prépare une poudre composée de sulfate de fer, de sulfate de chaux, de houille, de goudron, de charbon de
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bois et de chaux vive, dont ^5 à 18 grammes introduits tous les jours dans les latrines, sufBsent pour prévenir l'infection qui proviendrait des déjections journalières d'un seul individu. Le sulfate de chaux agit comme le sulfate de fer : la chaux se trouve dans le mélange pour neutraliser le sulfate de fer que l'action de l'air rend acide • ; le charbon est antiseptique , la houille et le goudron jouent le rôle d'opercules» en ce sens qu'ils s'étalent à la surface des liquides excrémentiels, entravent la sortie des gaz, et facilitent ainsi l'action chimique des sels neutres métalliques et terreux.
M, Paulet, en se fondant sur les mêmes principes que M. Siret, fait connaître un moyen immédiat de désinfecter les fosses au moment de la vidange. Il sç sert d'un mélange de sulfate de fer et de savon, qu'il emploie dans la proportion de 3 à 3 ^ kilogranames par hectolitre de matières fécales putréfiées.
Le savon joue ici le même rôle (mais d'une manière encore plus heureuse) que la chaux, la houille et le goudron, dans le mélange de M. Siret.
L'alcalinité, propre au savon, neutralise le sulfate de fer, et la réaction qui s'opère entre le sulfate d'ammoniaque et le savon luimême, doit donner lieu à du savon ammoniacal, qui par sa nature grasse enduit la matière des vidanges, et entrave le dégagement de leurs exhalaisons.
Le procédé de désinfection le plus suivi consiste à' enlever, au moyen d'une pompe, les liquides des fosses d'aisances, et à verser sur le dépôt pâteux environ 2 p. 0/0 de solution saturée de sulfate de sesquioxyde de fer mêlé de sulfate de cuivre.
M. Quesnet désinfecte et clarifie les liquides dans les fosses, en y mêlant une émulsion d'un demi-litre d'huile battue avec deux litres et demi de solution saturée de sulfate de zinc par hectolitre de liquide infect^
Il est évident que la désinfection préventive est préférable à la désinfection immédiate. Dans le premier cas, le principe désinfectant a pu se mêler intimement avec les matières stercorales, et a préparé de cette manière une vidange commode. Pans le second cas, ce principe devant agir tout à coup sur de grandes masses, doit nécessairement rencontrer des obstacles éventuels qui, entravant son action, rendent le résultat moins complet. En effet, le mélange désinfectant ne peut agir qu'autant qu'il est mêlé avec la masse entière accumulée dans la fosse ; mais le brassage des matières solides qui forment un fond compacte et §erré devient
1. Il est indispensable que les sels métalliques désinfeotanti soient parfaitement neutres , a^t^euen^ ils laisseraient éujiapper de l'hydrogèQç sullv^^^*
très-difficile sur de grandes quantités de matières : au surplus, ce brassage, indispensable pour arriver à la désinfection, est impossible quand les fosses sont closes.
C'est donc à la méthode préventive qu'il faut donner la préféférence. De cette manière on rend les vidanges inodores, et en même temps on évite la mauvaise odeur dans les appartements où se trouvent des latrines qui ne sont pas assez bien organisées pour empêcher la sortie des gaz fétides.
Ces procédés sont devenus plus efficaces, et d'une application plus facile, depuis qu'on a imaginé des appareils propres à opérer la séparation des solides et des liquides, de manière à désinfecter les premiers et à rendre les seconds impropres à se putréfier.
L'appareil de séparation de M. Huguin se compose de deux cylindres concentriques, dont l'espace annulaire est de 3 centimètres. Le cylindre intérieur est criblé de trous, retient les matières solides, et laisse échapper les liquides qui tombent dans le fond du vase extérieur : d'ici elles passent dans le réservoir en tôle galvanisée.
Avant l'enlèvemeat définitif des liquides (eaux vannes), on introduit dans le réservoir une dissolution de sulfate de fer, et on agite pendant quelque temps. Les matières solides qui sont restées dans le tube central sont désinfectées par les procédés connus.
L'appareil de séparation inventé par M. Bellicard est construit d'après le principe que les liquides, dans leur chute, s'écartent un peu de la verticale et suivent les sinuosités de telle ou telle courbe, tandis que les solides tombent au contraire verticalement.
Par l'étude des principales excrétions, nous avons complété l'examen des phénomènes chimiques de la nutrition.
Il nous reste à considérer l'animal dans son ensemble, abstraction faite de ses fonctions physiologiques.