XXIV« LEÇON
ALCOOL. — éTHSRS. ^ AMIDB8.
Sommaire. — Alcool anhydre.. — Action de Toxygène sur l'alcool, sons l'influence des ferments et des corps poreux. — Transformation de l'alcool en aldéhyde et en acide acétique. — Préparation et propriétés de l'aldéhyde. — Action des acides sur l'alcool. — Théories de l'éthériftcation. — Hydrogène bicarhoné. — Action du chlore sur ce gaz. — Acides éthioniquCf iséthionique et sulfate de carhyle. — Éther chlorhydrique. — Action du chlore sur cet éther. — ÊUCer suifhydrique et mercaptan. — Éther sulfurique ordinaire. — Sa préparation et ses propriétés. — - Acide sulfovinique. — Propriétés générales des sulfovinates. — Êlhers composés. — Leurs caractères généranx. — Action de V ammoniaque sur les éthers, — Amides neutres et acides. — Déshydratation des amides. — Nitriles. — Jmides.
Messieurs.
Quelle que soit la perfection des appareils distillatoires, quelle que soit la richesse alcoolique des liquides fermentes, l'alcool obtenu directement sera toujours mêlé d'eau : le plus concentré en renfermera encore 4 0 à 4 5 centièmes.
Ce que les chimistes appellent alcool absolu ne peut être obtenu que par l'intervention de certains agents ayant le pouvoir de
92 CHIMIB ÉLÉMENTAIRE.
lui enlever l'eau, qui résisterait aux distillations quelque réitérées qu'elles fussent V
L'agent qui convient le mieux à cet effet est la chaux. On laisse digérer pendant 24 heures une certaine quantité d*alcool à SO"" centésimaux, sur de la chaux vive en petits fragments , puis on distille au bain-marie : on répète la même opération sur l'alcool obtenu , enfin on le distille sur du chlorure de calcium fondu.
L'alcool pur est un liquide transparent, très-fluide, très-mobile, incolore , agréablement aromatique , ayant une saveur brûlante. Sa densité, déterminée à -f 45» est de 0,8021 : il bout à + 78',4l sous la pression normale : jusqu'à présent , aucun froid artificiel n'est parvenu à le solidifier. Sa composition est C* H* 0* : la densité de sa vapeur est \ ,589, ce qui correspond à 4 volumes.
1 . Le produit des distilleries prend le nom d'«atMl«-vt«, lorsqu'il ne contient que 50 à 55 centièmes d*alcool : sMl en contient davantage , il est appelé efpr%t-4.e-'VXfi. Four connaître la richesse alcoolique de ces liquides , on se serrait autrefois d*an aréomètre appelé pête-esprit de Cartier. Cet instrument était gradué de telle sorte que le 0 marquait Teffleurement dans Teau pu re, et le 44o reffleiirement dans Talcool absolu : rinterralle entre ces deux points était divisé en 44 parties égales. Aujourd'hui on emploie généralement l'alcoomètre centésimal de Gay-Lussac, dont la graduation indique la richesse en centièmes du volume. L'échelle est comprise entre Oo qui correspond à l'eau pure, et *00o qui correspond à l'alcool absola. Les indications de ce dernier aréomètre ne sont exactes qu'autant que le liquide que l'on essaie est à -f- 1^° : <laos le cas contraire , il faut avoir recours à des corrections, que Ton trouve toutes faites dans la brochure intitulée : InttrucUon pour l'uioge de l'alcoomètre centésimal et dtfs table» qui l* accompagnent.
L'emploi de l'alcoomètre n'est applicable qu'aux mélanges d'alcool et d'eau : si ces mélanges contiennent du sucre ou des matières salines, leur densité augmente considérablement , et dès lors les indications de l'instrument deviennent fautives. Dans ce cas on a recours à une expérience imaginée par Gay-Lussac, et qui consiste à introduire dans un petit alambic en cuivre étamé 300 c. c. de la liqueur que l'on veut essayer, et à la distiller au moyen d'une lampe. Le liquide se condense dans le serpentin, et tombe dans une éprouvette graduée par centimètres cubes. On arrête l'opération lorsque le volume du liquide distillé est égal à 400 c c. On amène la liqueur à la température de + 15o, et ou l'essaie par l'alcoomètre centésimal : le nombre indiqué par cet instrument sera divisé par trois ; le quotient représentera la teneur alcoolique de la liqueur essayée.
M. Silbermann a proposé un procédé fondé sur la propriété que présente l'alcool , d'être trois fois plus dilatable que Teau pour une égale augmentation de température , entre Oo et 78o; il a l'avantage d'être très-rapide et d'être applicable à toute espèce de liqueur alcoolique , la présence des sels et du sucre ne changeant pas la dilatabilité de l'eau et celle de l'alcool. 11 s'agit, en effet, de plonger une pipette graduée (qui jouera plus tard le rôle d'un thermomètre) dans le liquide à essayer, dont la température sera de-f- 25». On aspire de manière que le liquide vienne efflearerle 0 de l'échelle gravée sur l'instrument : on en ferme alors l'extrémité inférieure au moyen d'un obturateur ajusté à un mécanisme particulier, on porte l'appareil dans un vase contenant de l'eau à -\- 50», et on note la division de l'échelle à laquelle s'arrête le niveau du liquide. Le chiffre qui coïncide avec cette division représente la richesse alcoolique de la liqueur, l'instrument ayant été gradué par suite d'expériences directes faites sur des mélanges d'alcool et d'eau à proportions connues.
VINGT-OUATRIÈIIE LEÇON. 93
L'alcool est très-avide d'eau ; lorsqu'on le mêle avec une certaine quantité de ce liquide, la température du mélange s'élève, et le volume diminue. Le maximum de contraction se manifeste lorsque le volume de l'eau ajoutée , est à celui de l'alcool : : 4000 : 4078. Leur volume collectif devient égal à 2000.
Mêlé avec de la glace pilée, ou de la neige , l'alcool à 0' peut faire descendre le thermomètre jusqu'à — 37<*.
Après l'eau , l'alcool est le dissolvant le plus général : nous ferons remarquer qu'il est le principal dissolvant des substances très-hydrogénées. En effet, il dissout les résines , les corps gras , les essences, les matières colorantes, les alcaloïdes, etc., etc. L'eau, au contraire, dissout de préférence les corps dans lesquels l'hydrogène n'est pas en grand excSs sur l'oxygène : ce qui confirme la règle, qu'entre le dissolvant et la matière à dissoudre il existe toujours quelque point de ressemblance.
L'alcool , même quand il serait mêlé avec de l'eau , n'est point attaqué par l'oxygène de l'air. Lorsqu'il s'oxyde et passe à l'état d'acide acétique , c'est qu'il se trouve en présence de quelques matières pouvant condenser l'oxygène et le lui transmettre. Un certain principe azoté du vin, le malt, le suc de pomme de terre et de topinambour, les copeaux de bois, spécialement ceux de hêtre rouge , le noir de platine , peuvent faire passer l'alcool à l'état d'acide acétique ; toutes ces substances ne se comportent pas comme des ferments, mais comme des véhicules d'oxygène : les unes le condensent en vertu d'une force chimique , les autres en vertu d'une force physique '. L'acétification de l'alcool contenu dans le vin n'est donc pas un phénomène de fermentation , mais bien de combustion lente.
En comparant la composition de l'alcool et celle de l'acide acétique, on se rend compte de la transformation du premier de ces deux corps dans l'autre, sous l'influence des causes oxydantes.
Alcool =C' H« 0«
Acide acétique « C* H^ 0^ Différence H* + 0*
On voit que le tiers de l'hydrogène de l'alcool s'oxyde d'abord, et s'élimine sans doute sous forme d'eau ; ensuite l'oxygène se fixe sur la molécule modifiée.
1. La fabrication d a vinaigre ordinaire est fondée snr la propriété qu'oui cwlaios corps poreux de nature organique , de pouvoir transmettre à l'alcool Toxygène qu'ils tirent de l'air. Nous parlerons de cette industrie en étudiant la fabrication de Tacide acétique par la distillation du bois. C'est alors que nous examinerons les propriétés de l'acide acétique lui-ménie. '
On pourrait donc représenter la théorie de l'acétification de l*alcool par cette équation :
Alcool. *A. acétique.
Que l'alcool perde d'abord de l'hydrogène , avant de gagner do l'oxygène, on ne pourrait le contester : car lorsqu'on suit pas à pas l'action de certains corps sur l'alcool , on découvre une substance, V aldéhyde, qui représente précisément de l'alcool appauvri de deux molécules d'hydrogène.
Aldéhyde. Alcool.
Que l'on place sur une assiette une capsule contenant du noir de platine : qu'on recouvre cette capsule avec une grande cloche tubulée en haut, et dont les bords reposeront sur l'assiette ; si, à l'aide d'un entonnoir à longue tige effilée, on fait tomber goutte à goutte de l'alcool sur le noir de platine , on voit qu'aussitôt des vapeurs vont se condenser sur les parois intérieures de la cloche : le liquide qui se réunit ainsi sur l'assiette est dénature complexe, et Ton y trouve de Vadde acétique et de V aldéhyde K
En oxydant l'alcool pur par l'oxygène naissant, on obtient encore plusieurs produits parmi lesquels figurent l'aldéhyde et l'acide acétique. On trouve parfois au vinaigre une saveur et une odeur particulières, que l'on attribue à la présence de l'aldéhyde : ce qui prouverait que, même dans la fabrication en grand , l'oxydation de l'alcool pourrait, dans quelques cas, être précédée par la déshydrogénation.
Lorsque l'alcool brûle lentement à une basse température, et au contact de l'air, sa combustion n'est jamais complète. Un fil de platine chauffé à + 250° ou à + 300% et plongé dans de la vapeur d'alcool , donne naissance à de l'aldéhyde. De l'alcool qui tombe goutte à goutte sur une plaque chauffée à -|- 250°, produit encore de l'aldéhyde.
1 . On y trouve aussi beaucoup à^acétal , qui semble être le produit d'une action secondaire. La composition de Tacétal est telle qu'on peut considérer ce corps comme une combinaison de deux équivalents d'éther et d'un équivalent d'aldéhyde : en effet, sa formnle empyrique (C'-H'<0*) peut être disposée de manière à représenter ces deux coi-ps 2G'H*0+ G'H*0^ Plusieurs réactions confirment cette
étber aldéhyde,
hypothèse. Vacétal est un liquide qui bout.à -f 7!i*, est solnhlp dans l'ean et l'alcool , et dont la densité est 0,844.
Tous ces faits rendent très-probable que la première modification qu'éprouve Talcool , de la part des agents d'oxydation , consiste en une perte pure et simple d'hydrogène.
Au point de vue scientifique, l'aldéhyde est une substance trop importante pour ne pas nous y arrêter quelques instants.
Pour préparer l'aldéhyde, on introduit, dans une cornue tubulée très-spacieuse, un mélange de parties égales d'alcool (d = 0,842) et de bichromate de potasse. On adapte à la tubulure un entonnoir à robinet, dont la tige doit descendre jusqu'au fond de l'alcool : le col de la cornue sera engagé dans un tube réfrigérant , dont
Fig 95
l'extrémité communiquera avec un tube en U. Ce dernier tube sera entouré d'un mélange réfrigérant, et aura dans sa courbure une voie d'écoulement qui communiquera avec un flacx)n également refroidi. Cette figure (fig. 95) représente l'ensemble de l'appareil.
Ces dispositions prises , on introduit par l'entonnoir un peu d'acide sulfurique : un fort dégagement gazeux se manifeste aussitôt : dès qu'il diminue , on verse une nouvelle portion d'acide ; on continue ainsi, jusqu'à ce que la quantité d'acide introduite dans la cornue soit égale au trois quarts du poids du mélange primitif; enfin, on chauffe légèrement avec une lampe à alcool , jusqu'à ce que le volume du produit soit égal environ à 20 centi-
mètres cubes, en supposant que l'on ait opéré sur 4 00 grammes de bichromate. Le produit de la distillation étant versé dans de l'éther saturé de gaz ammoniac, donnera lieu à la formation d'un dépôt cristallin d*aldéhydat€ d'ammoniaque. C'est de ce composé que Ton tire V aldéhyde pure. A cet effet , on dissout les cristaux dans leur poids d'eau . et leur dissolution est introduite dans une petite cornue tubulée et munie d'un récipient refroidi : on verse par la tubulure un mélange de volumes égaux d'acide sulfurique et d'eau, puis on dislille au bain-marie. Le liquide, qui passe dans le récipient , sera distillé à son tour sur du chlorure de calcium fondu : le produit de cette dernière distillation sera de l'aldéhyde pure.
Il y a un procédé beaucoup plus simple ; c'est de distiller à une douce chaleur, dans une cornue spacieuse, un mélange de 6 parties d'acide sulfurique concentré, i parties d'eau, i parties d'alcool (d = 0,800) , et 6 parties de peroxyde de manganèse extrêmement fin. On adapte à la cornue une allonge et un récipient ; la première refroidie par un filet d'eau , le second par un mélange réfrigérant. Dès que la réaction est terminée, on retire le liquide qui se trouve dans le récipient, et on le distille deux fois sur du chlorure de calcium fondu. Le récipient de l'appareil distillatoire étant refroidi par un mélange réfrigérant , on verse le produit dans de l'éther ammoniacal , et l'on opère ensuite comme dans l'autre procédé.
Dans ces derniers temps M. Chiozza a indiqué un procédé général de préparation des aldéhydes, qui se recommande justement par son caractère de généralité. Il fait agir Vhydrure de cuivre découvert par M. Wurtz * sur le chlorure d'un radical : il s'opère un double échange, dont le résultat est la formation de l'aldéhyde appartenant au même acide auquel appartient le radical. La préparation de V aldéhyde normale nous servira d'exemple.
En faisant agir du chloroxyde de phosphore ( chlorure de phosphoryle, oxychlorure de phosphore) sur l'acétate de potasse, on obtient du chlorure d'acétyle.
Ph 0» CP + 3 KO, C* H» 0» = [(KO)», Ph 0« H- 3 C^ H'^ 0% Cl
Chloroxjde de Acétate de potasse. Phosphate de potasse. Chlorure d^acf^tylo. phosphore.
Si l'on fait agir une molécule d'hydrure de cuivre, sur une molécule de chlorure d'acétyle, il se formera du protochlorure de cuivre, et de l'aldéhyde normale.
{ . Annale» de Chimie et âe Physique, 3» série, tomft XT, p. 250
C^ H» 0\ Cl + Cu'^ H = Cu* Cl -4- C^ H* 0»
Chlorure d'acë- Hydrare Protochlo- Aldëhjde tyle. de cuivre, rure de cuirre.- normale.
Si à la place du chlorure d'acétyle^ on met le chlorure de berir zoîle, le chlorure de cumyle, etc., etc. On aura V aldéhyde benzolque (essence d'amandes amères), V aldéhyde cuminique (cuminol), etc., etc.
Valdéhyde est un liquide incolore doué d'une odeur suffocante et caractéristique, et dont la densité déterminée à + ^ ^®, est 0,790 : elle bout à + 21 ®, brûle avec une flamme blanche, n'a aucune réaction, et se dissout dans l'eau, l'alcool et l'éther. Sa composition est représentée par C*H*0*.
L'aldéhyde est caractérisée par deux réactions bien nettes , et bien tranchées. Exposée à l'air , elle passe à l'état d'acide acétique. Elle réduit très-promptement l'oxyde d'argent. Ces deux effets se rattachent à la même cause ; c'est-à-dire à la grande affinité de l'aldéhyde pour l'oxygène. 11 suffit de verser quelques gouttes d'aldéhyde dans un ballon un peu humide, pour que, à l'instant même , elle se transforme en acide acétique. En comparant la composition de ces deux corps, on voit que la transformation de l'un dans l'autre , est un effet d'oxydation :
Aldéhyde = C*H*0«
Acide acétique =- C* H* 0* Différence •... -f 0*
Le phénomène peut donc être exprimé par cette équation :
Aldéhyde. Acide acétique.
Lorsqu'on chauffe légèrement une dissolution d'azotate d'argent ammoniacal contenue dans un tube en verre ou dans un petit ballon , et à laquelle on a ajouté un peu d'aldéhyde , on voit aussitôt les parois intérieures du récipient se recouvrir d'un enduit métallique miroitant du plus bel effet. Dans cette expérience , c'est à l'oxyde d'argent que l'aldéhyde emprunte l'oxygène nécessaire pour se convertir en acide acétique ; l'argent devenu libre se dépose sur le verre en une couche très-mince et très-unie.
Les alcalis peuvent également servir à faire reconnaître l'aldéhyde. Si l'on chauffe un peu de cette substance , avec une dissolution alcaline , le mélange se colore , et bientôt on y voit paraître une matière résineuse brune , douée d'une odeur savonneuse repoussante. C'est cette même odeur qui se manifeste , lorsqu'on ir. 6
fait bouillir, en présence de Tair, une dissolution alcoolique de potasse ou de soude.
L'aldéhyde est donc caractérisée par la rapidité de son passage à rétat d'acide acétique, et par la résine noire fétide qu'elle engendre sous l'influence des alcalis.
Les transformations moléculaires qu'éprouve l'aldéhyde, ne ^ ont pas moins dignes d'intérêt. Lorsqu'on conserve cette substance dans un tube hermétiquement fermé, et à la température de 0«, elle se solidifie , et cristallise : elle redevient liquide à + 2*, mais son point d'ébullition s'est élevé à + 94», et la densité de sa vapeur est devenue trois fois plus forte : on dirait que trois de ces molécules primitives n'en font plus qu'une. Dans cet état eXh porte le nom d*élaldéhyde (C"H«*0«).
L'état de solidité peut devenir constant chez Taldéhyde, lorsque hermétiquement fermée dans un tube de verre , elle reste , pendant très-longtemps, exposée à une température de + 15» à -|- 20«. Elle prend alors la forme de prismes allongés, volatils à -4- 420* sans se fondre. Modifiée de cette sorte, elle porte le nom de métaldéhyde,
La découverte et l'étude de l'aldéhyde sont dues à M. Liebig.
Revenons à l'alcool.
Nous savons que l'alcool pur exige le concours de certaines circonstances particulières, pour être attaqué par l'oxygène de l'air : nous savons aussi, que sous l'influence d'actions oxydantes lentes, l'alcool perd d'abord deux molécules d'hydrogène, et se convertit en cUdéhyde ; plus tard , il gagne deux molécules d'oxygène , et se convertit en adde acétique.
Alcool = C* H» 0«
Aldéhyde = C*H*0*
Acide acétique = C* H* 0*
Examinons l'action des acides sur l'alcool, et fixons d'abord notre attention sur celle de l'acide sulfurique. Nous verrons que cet acide dédouble toujours l'alcool, et que selon les circonstances, tantôt il se combine avec les produits du dédoublement, tantôt, au contraire, il les laisse libres.
Que l'on verse peu à peu une partie d'alcool absolu , sur deux parties d'acide sulfurique concentré , en évitant que la température du mélange s'élève au-dessus de -+- 70« : dès que la masse sera devenue froide , qu'on y ajoute de l'eau , et qu'on la sature avec du carbonate de barite ; il se formera une quantité considérable de sulfate de cette base , et la partie liquide séparée par filtration , et concentrée ensuite à une douce chaleur, ou dans le
vide, donnera un sel de barite cristallisé en belles lames incolores. Ce sel dissous dans Teau , puis décomposé avec soin par l'acide sulfurique, fournira du sulfate de barite, et un acide soluble, appelé acide suljovinique. Ce dernier évaporé dans le vide, prend la consistance d'un sirop, dont la composition est C*H® 0',2S0*.
On pourrait penser que l'acide sulfovinique est un composé d'alcool et d'acide sulfurique : mais il n'en est pas ainsi , car le sel baritique d'où il provient , a la composition suivante :
BaO,C*H»0,2SO»
Or, nous savons que la formule d'un sel devient celle de son acide, si à la place de la base on met une molécule d'eau. En opérant ainsi pour le sulfovinate de barite , on trouve par l'acide sulfovinique la formule suivante :
L'acide sulfurique , en agissant sur l'alcool , l'a donc dédoublé en eau, et en ce que nous allons connaître sous le nom à'étker sulfurique: il s'est combiné avec ces deux produits, et a formé un acide normal. Dans l'acide sulfovinique , il n'y a pas d'alcool ; ses éléments s'y trouvent , mais différemment groupés.
Si l'on chauffe une cornue contenant un mélange de 400 parties d'acide sulfurique concentré , de 50 parties d'alcool absolu , et de 20 parties d'eau ; si en même temps, on y fait arriver un filet d'alcool absolu, en prenant toutes les précautions pour que la température du mélange reste toujours à + 1 40", il distillera simultanément de l'éther sulfurique et de l'eau : le poids collectif de ces deux produits sera égal à celui de l'alcool qui aura disparu pendant Vexpérience,
La composition de l'éther sulfurique étant C*H"0, et celle de l'alcool étant C*H*0*, on voit que dans ces circonstances, l'acide sulfurique n'a fait que dédoubler l'alcool , en éther sulfurique , et en eau, sans contracter aucune combinaison. Ainsi :
C*H«0»= j C* H» 0 = Éther sulfurique.
Alcool. ) H 0==Eau.
Supposez maintenant une cornue disposée de telle sorte que l'on puisse recueillir les gaz qui s'en dégagent : si dans cette cornue se trouve un mélange bouillant formé de 4 0 parties d'acide sulfurique et de 3 parties d'eau, et si l'on y fait arriver un courant de vapeur d'alcool absolu, en ayant soin d'entretenir la température entre + 460" et -|- 465% il distillera de l'eau et de l'alcool, et il se dégagera en même temps de l'hydrogène bicarbonné. Si l'on tient
compte de l'eau qui est passée dans le récipient, de l'alcool qui y a été entraîné mécaniquement, et du gaz qui s'est dégagé, on trouvera que leur somme est égale à la quantité de vapeur (t alcool entrée dans la cornue.
Dans ce cas, le dédoublement de l'alcool a été, pour ainsi dire, plus avancé que le précédent. Au lieu d'une molécule d'eau et d'une molécule d'éther sulfurique, il s'est formé deux molécules d'eau et une molécule d'hydrogène bicarboné
r\ u6 na S C* H* = Hydrogène bicarboné. .1. i 2 HO = Eau.
En résumé, à + 70" l'acide sulfurique dédouble l'alcool en eau et en éther, et entre en combinaison avec ces deux corps : à + \ 40" il le dédouble purement et simplement en eau et en éther : à + 465® en eau et en hydrogène bicarboné.
Tous les acides ne donnent pas des résultats aussi variés. L'on ne connaît que l'acide borique anhydre qui puisse décomposer l'alcool en eau et en hydrogène bicarboné. On ne connaît que l'acide phosphorique très-concentré , et l'acide arsénique, qui en agissant sur l'alcool produisent de Téther : enfin, de tous les acides ceux qui peuvent donner plusieurs séries de sels sont les seuls qui, par leur contact avec l'alcool, produisent des acides viniques*. Au contraire, les acides dédoublent pour la plupart l'alcool en éther et en eau, se combinent avec le premier de ces deux produits et forment un composé neutre que l'on connaît sous le nom générique à! éther composé *.
La formule générale des éthers composés est C*H*0,A : elle rend compte de l'action la plus commune des acides sur l'alcool. En effet, HO,A représentant un acide normal quelconque, la formation d'un éther composé s'explique par l'équation suivante :
H0,A.fC*H«0« = C*H»0,A + 2H0
Acide. Alcool. Éther composé. Eau.
En résumé, l'action générale des acides sur Taicool peut donner lieu à 4 résultats différents :
i. Principaux acides pouTant produire des acides viniques.
Acide sulfurique. Acide sulfocarbonique.
— phosphorique. — oxalique.
— arsénique. — tartrique.
— carbonique. — muciqne.
2. L'acide sulfurique peut, lui aussi, donner naissance à un éther neutre com« posé ( réther snlfatique G^H^O^SO^) , non i>as en agissant directement sur Talcool , mais bien sur l'éther sulfurique.
lo Formation d'an acide vinique;
2o d'éther sulfuriqae ;
40 d'hydrogène bicarboné ;
40 — d'un éther composé neutre.
L'action des hydr acides produit des effets plus simples. Si Ton fait arriver dans de l'alcool absolu froid, un courant de gaz chlorhydrique , jusqu'à ce que le liquide devienne fumant ; si on le soumet ensuite à une légère chaleur, il se dégage un gaz qui , lavé et convenablement refroidi, se liquéfie. Ce produit est V éther chlorhydrique, dont la formule est C*H*Cl.* Cette formule rappelle Téther sulfurique (C*H"0) dans lequel Toxygène aurait été remplacé par du chlore.
Guidés par ce rapprochement, nous pouvons nous expliquer de quelle manière l'acide chlorhydrique agit sur l'alcool.
Sous l'influence de l'hydracide, l'alcool se dédouble en eau et en éther sulfurique. Ce dernier se trouvant à l'état naissant cède son oxygène à l'hydrogène de l'hydracide, et forme de l'eau : ses autres éléments se combinent avec le chlore et forment une nouvelle espèce d'éther
C* H« O'» + HCl =C* H« Cl 4- 2 HO
Alcool. Acide Ether cMor- Eau.
chlorhy- hydrique, drique.
Tous les hydracides se comportant comme l'acide chlorhydrique, on peut dire qu'autant il y a d'hydracides autant il y a d'éthers semblables à l'éther chlorhydrique • : réunis avec l'éther sulfurique ordinaire, ils constituent la classe des éther s simples,
La considération que les acides ne pouvant donner qu'une seule
1 . L'éther chlorhydrique a été proposé dans ces derniers temps comme nn excellent anesthésiqne , et poaTant remplacer avec avantage le chloroforme. Comme il offre quelque difficulté à cause de sa grande volatilité ( il bout à -f- 12>& ) on a songé à le rendre plus fixe en le dissolvant dans un tiers environ de liqueur des Hollandais, on bien encore en en dissolvant 3 à 4 volumes dans nn volume de chloroforme , ou 6 à 7 dans un de benzine.
Suivant M. Robin , il parait que Tanesthésie provoquée par dé pareils mélanges n'est précédée d'aucane excitation ■ c'est un état léthargique succédant à un doux sommeil; le réveil facile y n'est suivi d'aucun malaise apparent.
L'éther bromhydrique, qui boui à 40o,7, pourrait aussi remplacer avec avantage le chloroforme.