INTRODUCTION XIII
pas faute de se soustraire, sous l'un ou l'autre prétexte, à l'obligation de rémunérer leurs juges.
Exploités par le gouvernement, exploités par les plaideurs, les conseillers se virent forcés de prendre des mesures pour défendre leurs intérêts. Désarmés vis-à-vis du souverain, ils durent se borner à retenir, à titre d'acompte, les amendes civiles et autres deniers consignés au greffe et adjugés au fisc. Ils ne s'en montrèrent que plus avides et plus rapaces vis-à-vis des justiciables. Ils chargèrent les greffiers et les secrétaires de la recette de leurs épices, les rendirent personnellement responsables en cas de non-paiement et les autorisèrent à refuser aux intéressés toute expédition de leurs jugements tant que leurs honoraires n'étaient pas intégralement payés. Ils s'ingénièrent à multiplier les prétextes pour en exiger et ne négligèrent aucune occasion d'empiéter réciproquement sur leurs attributions ou d'usurper celles d'autres tribunaux, dans le seul but d'accroître leurs gains et leurs bénéfices.
Toutefois, empressons-nous de le reconnaître, si les membres du conseil firent preuve de peu de désintéressement dans leurs rapports entre eux et avec leurs justiciables, ils surent toujours rester plus sensibles à la considération que leur charge faisait rejaillir sur eux qu'aux profits qu'ils auraient pu en retirer. On ne pourrait sans injustice leur adresser les reproches sévères formulés par un de nos magistrats les plus éminents contre les juges de l'ancien régime : « Vider l'escarcelle de la gent plaidoyante, savourer » l'huître litigieuse et en remettre à chacune des parties une écaille » avec dépens, semblait le principal souci du juge. Il avait acheté » sa charge, il l'exploitait. Quoi de plus juste1? » Les conseillers de Brabant n'eurent d'autre préoccupation que de s'assurer une rémunération équitable de leur travail et ne songèrent pas à s'enrichir par l'exploitation de leur office. Pour un grand nombre d'entre eux, les gages et les épices constituèrent, notamment pen-
1 Discours de rentrée prononcé par M. Van Schoor, procureur général près la cour d'appel de Bruxelles, le 1er octobre 1891.