Id., ibid
rentes sous leur docte appareil déterminent où est le point d'attache et le point de départ : dans la franche réalité, dans le premier frisson de l'âme sensitive. Quand le jeune poète aura grandi du côté du soleil et des autres étoiles, une sphère supérieure Taccueillera et, comme il dit, elle tournera pour résoudre l'agitation et le trouble où le sentiment l'a jeté : en attendant, voici un sincère cœur d'homme déchiré et flétri à cause d'une enfant dont l'image le suit.
Bientôt ce mal étrange aura fait son éducation. Son souci, sa souffrance, l'initieront à toute chose. Parce qu'un beau visage aura disparu de sa vie, cette image et son nom, demeurés le principe de tout battement de son cœur, seront également synonymes de tout émoi que lui donnera la sagesse ou le patriotisme, la conscience du bien, l'ivresse mystique du beau, la révélation de tout ce qui nous dépasse, comme la philosophie supérieure ou le pur amour. La voir, la contempler, équivaudra à savoir et à tout comprendre. « Béatrice
regardait en haut, et moi je regardais en elle, »
Béatrice in siiso edioin lei guardava^!
C'est ainsi qu'elle pourra Tinitier à la « perle éternelle », qui est le premier cercle du ciel. Mais, là, sur les hauts lieux, il ne cessera de la proclamer « aussi gracieuse que belle », si lieta corne bella, et de louer ses yeux d'enfant, occhi giovinetti, et les autres charmes mortels dont il a le cœur prisonnier.
Béatrice ainsi rendue à rexistence véritable, son serviteur n'apparaît plus un ascète d'amour transi, encadré dans un moyen âge de convention. Il faut se rendre compte que Dante aima la vie presque autant que son siècle, qui en était fou. La tendre et farouche obsession d'une dame du ciel maîtresse et souveraine n'a pas plus empêché le poète d'épouser Gemma Donati, qu'elle ne l'arrêta d'en avoir sept enfants en dix ans de mariage. Un texte cent fois cité de