‹ Le Conseilde l'instruction publique et le Comité catholique [microforme]Chapitre 18 sur 37 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

PREMIÈRE RÉUNION Du Comrré CATHOLIQUE — L'INs- PECTION DES ÉCOLES — L'ENSEIGNEMENT DU DESSIN.

Le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, constitué par la loi Boucherville, se réunit pour la première fois au mois de mars 1876. Les membres du comité commencèrent par appeler à la présidence de leurs réunions le Surintendant lui-même, M. Ouimet, et désignèrent le Dr Louis Giard pour remplir les fonctions de secrétaire.

En vertu de la nouvelle législation, le comité catholique et le comité protestant se trouvèrent investis de pcuvoirs considérsbles et même pratiquement aussi étendus que ceux de l’ancien conseil, parce que leur champ d’action embrasse virtuellement toute la question scolaire. En effet, ces comités, dans la sphère de leur juridiction, purent établir des règlements pour l’organisation et la discipline des écoles publiques et des écoles normales, la tenue des bureaux d’examinateurs, les conditions à remplir par les candicats à la charge d’inspecteurs d'écoles. Pour raison valshte, ils ont le droit d’annuler le brevet de capacité des ins. ‘ieurs, de diviser la province en districts d’inspection, d’institucr des enquêtes contre le inspecteurs et de recommander au gouvernement la révocation de leur commission

L'approbation des livres de classe, des globes et cartes géographiques, etc., est également de leur ressort, et le Surintendant, dans l'exercice de ses attributions, doit se conformer aux instructions qu’ils lui donnent.

Chacune des sections du conseil constitue par ellemême une corporation; comme telle, elle a le droit de recevoir, à titre gratuit, des meubles et des immeubles dont elle peut disposer à son gré pour des fins éducationnelles.

Les fonctions des comités s’exercent donc sur l’ensemble de tout le système éducatif, et aux personnes qui en font partie appartient l'initiative des mesures à prendre et des réformes à opérer dans le domaine de l'instruction primaire. Les règlen.ents qu'adoptent les comités sont sujets toutefois à l'approbation du lieutenant-gouverneur en conseil.

A sa première session, le Comité catholique mit à l'étude une question pleine d'actualité: celle de l’inspection des écoles dont l’organisation était fort incomplète. Convaincu que l’inspectorat est un rouage indispensable à l'efficacité de l’enseignement et la meilleure source d’information dont le Conseil et le Surintendant puissent se servir pour activer et diriger les progrès de l'instruction, il établit un comité de sept membres chargé de s’enquérir et de faire rapport sur le fonctionnement de ce système dans les pays d'Europe et dans les États qui nous avoisinent.

Ce comité spécial proposa d'importants changements, par exemple l’augmentation du nombre des inspecteurs dont le traitement se composersit désormais d’un montant fixé d'avance et d’un montant proportionné à chaque visite d'école qu’ils auraient faite. D'autre part, il fixe à cent par année le nombre des écoles que chaque inspecteur doit visiter, et assigne une durée de deux heures à la visite d’une école élémentaire et de tro.s heures à celle

d’une école du degré intermédiaire ou supérieur. : ‘.nspecteur devra, par affirmation solennelle, rendre compte de son inspection. Le comité décida aussi que l’aspirant à la charge d’inspecteur devait se munir d'un diplôme d'école modèle au moins et subir un examen d'aptitude devant un bureau spécial.

Ce rapport uyant été adopté, le Surintendant adressa aux inspecteurs d'écoles une circulaire très détaillée dans laquelle il résuma, en son style précis'et vivant, les nouveaux devoirs que le Comité catholique venait de leur imposer. ‘Votre mission spéciale, écrivait M. Ouimet, est non seulement de surveiller le fonctionnement du système scolaire, mais aussi, en certaines occasions, de le met : > en activité, de lui donner la première poussée, de fai. partir le ressort qui décidera du mouvement régulier et harmonique de tous ses rouages; en un mot, vous êtes les agents actifs * nécessaires de la pensée dirigeante, c’est-à-dire du ec. «1 et du Surintendant.”

M. Ouimet reproduisait presque en entier la très intéressante circulaire que publia le Dr Meilleur en 1851, puis il ajoutait: ‘‘Agissez sur le peuple, c’est votre premier devoir. Faites comprendre aux contribuables que l’argent dépensé pour s’instruire est un capital bien placé. Pour arriver à répandre vos idées au milieu du peuple, ayez soin dans vos tournées ordinaires, de les communiquer aux notables de chaque paroisse, prêtre, médecin, notaire, marchand. Je vous recommande surtout de faire une visite spéciale à messieurs les curés. Ce sont des esprits éclairés, des cœurs dévoués et des patriotes; ils sauront apprécier vos projets et ils vous accurteront leurs concours avec le zèle qui leur est propre. La religion et l’instruction sont sœurs; elles se prêtent un mutuel appui... En un mot, plaidez la cause de l’éduca-

tion devant les notables et vous l’aurez bientôt gagnée auprès du grand nombre”.

En s'exprimant avec autant de raison et de vigueur, M. Ouimet se faisait l'écho des membres du Conseil. Nous remarquerons que les énoncés dans la circulaire sur des sujets tels que l'emplacement et l’aménagement de l’école, l’aération et le chauffage des classes, etc., avaient été si bien étudiés par le comité qu’elles font encore partie des règlemerits scolaires et n’ont subi que des modifications de détails nécessitées par les circonstances.

A cette date de 1876, les procès verbaux du comité nous font connaître le vœu que les crédits votés annuellement par la législature pour les divers services du département de l’Instruction publique, soient portés à la somme de $418 810, étant donné que les besoins des municipalités scolaires s’accroissaient proportionnellement à l’augmentation de la population. !

Le comité s’occupa encore à la même session d’un sujet qui, à raison de la grande activité industrielle qui existait dans le pays, s’imposait à l’attention des éducateurs, celui de l’enseignement du dessin à l’école primaire. Le conseil des arts et manufactures lui en fournit l’occasion, car la loi de 1876 l’avait chargé de régulariser cet enseignement au moyen d’un système uniforme et de le vulgariser par l’adoption de règlements sujets à l’approbation des comités du conseil de l’Instruction publique.

La méthode Walter Smith pour l’enseignement de cet art était alors en vogue aux États-Unis et au Canada. Le conseil des métiers adopta cette méthode avec des règlements et donna des instructions suivant lesquelles

1 Le comité demandait une somme de $200,000 pour les écoles communes au lieu de celle de $160,000 inscrite au budget. Cette demande ne fut exaucée qu’en 1911.

les maîtres et les maîtresses d'écoles devaient donner à leurs élèves au moins trois leçons de dessin par semaine.

Malheureusement, ces règlements semblent avoir été préparés par une personne probablement peu au fait des méthodes scolaires, car on se préoccupa nullement de faire donner aux professeurs qui étaient chargés de cet enseignement la préparation pédagogique qu’il exige. Tels qu'ils étaient, ces règlements furent soumis à l’examen et à l’approbation du comité catholique. La méthode Smith que l’on chercha à répandre par la publication d’un manuel rédigé dans les deux langues anglaise et française, n'eut pas tous les résultats qu’on en attendait, quoïiqu’elle ne fût pas sans mérite. L'espèce d’engouement qui l’avait d’abord accueillie cessa peu à peu et on reconnut que les nouvelles méthodes usitées en Belgique et en France lui étaient supérieures.

Il faut bien le reconnaître, l’enseignement du dessin dans les classes élémentaires n’a guère réussi jusqu’à présent. Quoiqu'il soit obligatoire, le peuple n’en a pas saisi toute l'importance, beaucoup de parents, même instruits,ne se sont pas rendu compte de la valeur éducatrice de cette branche de nos programmes d’études et, dans le passé, les classes dirigeantes ont manifesté peu de zèle pour la dissémination de cet art à tous les degrés de l’école. Aussi, la plupart des personnes munies de diplômes, n’ayant pas reçu dans le cours de leurs études une formation suffisante en cet art,se trouvèrent dans la quasiimpossibilité de correspondre pour cette matière d’enseignement aux prescriptions de la loi. Donc, ce qui manque jusqu'ici à cet égard à nos écoles primaires, ce sont des instituteurs capables d'enseigner aux enfants les éléments

1 Conseil des arts et manufactures, séance du 8 février 1877.

du dessin d’une manière pratique et d’après les meilleurs procédés.

Dans un chapitre subséquent, nous aurons encore à parler de cet enseignement, quand le Comité catholique s’occupera de nouveau de la question.

4 Voir le chapître 10e.

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