‹ Le Conseilde l'instruction publique et le Comité catholique [microforme]Chapitre 22 sur 37 · ET · texte numérisé non relu

ET

mie préoccupait aussi le premier ministre à cause de l'état précaire des finances de l'État. La législature ayant diminué et même supprimé les subventions accoutumées à quelques maisons d'éducntion, de charité et autres, il lui paraissait injuste de continuer les fortes dépenses que le gouvernement avait faites dans le passé pour des écoles dont on pouvait obtenir des résultats satisfaisants d’une façon plus économique, avec une somme moindre. Aussi songeait-il à faire disparaître à brève échéance les écoles normales Laval et Jacques-Cartier et à les remplacer par des classes ou écoles de pédagogie annexées à certaines maisons d'éducation. Il fit même préparer dans cette intention un projet de loi qu’il se proposait de soumettre à la législature et dans lequel il était present que le programme des écoles normales primaires consisterait exclusivemeni dans l’euseignement de la pédagogie. Chacune de ces institutions, subventionnée par le gouvernement, aurait le droit de conférer des diplômes à ceux de leurs élèves qui auraient obtenu antérieurement leur brevet de capacité des bureaux d’examinateurs chargés de l’er-men des candidats au diplôme d'instituteur.

Dans une lettre particulière, le chef du gouvernement exposa ses idées à chacun des évêques qui forment partie du comité catholique, mais ceux-ci, en grande majorité, lui exprimèrent leur dissentiment. Mgr Racine, de Sherbrooke, lui répondit qu'il était opposé à la transformation des écoles normales en simples classes pédagogiques et à leur annexion à un certain nombre de collèges, d'écoles de Frères ou de couvents, car ce serait, disait-il, vouloir unir ensemble des éléments trop différents.

Mgr Langevin, de Rimouski, satisfait des renseignements fournis sur l’école Jacques-Cartier par M.

l'abbé Verreau, écrivit qu'il ne pouvait nier que nos écoles normales coûtaient cher, mais que c'est là le sort de ce que le gouvernement entreprend et soutient. Les professeurs laïques étant pour la plupart des chef: de famille devaient nécessairement recevoir une rétribution convenable. “Quant à l’enseignement littéraire et scientifique, ajouta-t-il, il se donne dans les écoles normales à un point de vue tout particulier. Ailleurs, les élèves n'étudient guère que pour leur propre utilité; dans ces institutions au contraire tout s'enseigne sous le rapport pédagogique, c’est-à-dire avec l'intention de rendre les élèves capables de communiquer les diverses connaissances à d’autres. C’est donc dans les classes une application constante des principes de pédagogie et de méthodologie”. Cet éducateur expérimenté dit en outre que si des classes pédagogiques étaient annexées à un certain nombre le collèges, d'écoles de Frères ou de couvents, la dépense en serait assurément moindre, mais qu'il faudrait adopter des mesures pour obtenir quelque unformité dans le système et les méthodes, ann que cette uniformité pôt se réaliser généralement dans les écoles dirigées par ceux et celles que l’on y aurait préparés. L'adjonction de classes de pédagogie aux collèges et séminaires ne lui paraissait guère praticable pour former de simples instituteurs, mais très désirable pour former de bons professeurs.

Ces dernières observations ‘us remettent en mémoire la proposition qui fut faite en 1853, aux autorités du séminaire de Saint-Hyacinthe d'établir une école normale dans leur maison. L'offre ne fut pas acceptée, car ‘le Séminaire ne regardait pas l'institution d’une

école normale comme entrant dans les fins de sa fondation’”’.

En réponse à M. Ross, Mgr Laflèche répéta les arguments qu’il avait fait valoir dans son mémoire contre la dépense trop forte que nécessitait le maintien des écoles Laval et Jacques-Cartier. Afin de les rendre moins dispendieuses, plus efficaces et plus accessibles aux personnes désireuses de les fréquenter, il suggéra de réformer leur organisation en les adjoignant à d’autres maisons d’enseignement. :

Dans une lettre postérieure, il exprima le souhait que l’école normale Laval continuât son œuvre sous la direction de M. l'abbé Verreau en remplacement du principal M. Lagacé qui venait de mourir.

Mgr Lorrain, de Pembroke, se prononça en faveur

du maintien des deux écoles normales, tout en approuvant les quelques modifications suggérées par le premier ministre au sujet du programme d’études.

1 Voici un passage de la réponse que fit sur cette question même M. J.-8. Raymond à Mgr Prince évêque de Saint-Hyacinthe.

Séminaire de Saint-Hyacinthe, 4 avril 1853.

Monseigneur,

En réponse à la demande que votre Grandeur m'a adressée relativement à l'établissement d’une école normale dans le séminaire de Saint-Hyacinthe, j'expose respectueusement la résolution qui suit, adoptée par le séminaire: ‘Le séminaire de Saint-Hyacinthe ne regarde point l'institution d'une école normale comme entrant dans les fins de sa fondation et, dans les circonstances ordinaires, il ne se charge point de cette œuvre; mais vu le désir manifesté par 8. G. Mgr l'évêque diocésain et le Vicaire général du clergé, il consent à ouvrir, du moins pour un certain temps, l’école normale en question «..nd le nouveau collège sera occupé. Le séminaire regrette que les circonstances où il se trouve ne lui permette point de donner gratuitement ce nouvel enseignement.

(Signé) J. S. Raymonn, pire.

L’archevêque d'Ottawa et les évêques de Montréal et de Chicoutimi ne voulurent pas exprimer d’opinion dars le moment, se réservant le droit de se prononcer sur la question lors de la prochaine réunion du Comité caiüolique. Quant à Mgr Moreau, de Saint-Hyacinthe, les raisons du chef de l’exécutif lui paraissaient fondées; il ne pouvait voir d’un mauvais œil que le gouvernement s’occupât du règlement de cette grave question.

Outre les motifs que M. Ross avait énumérés dans sa lettre aux membres de l’épiscopat, il éprouvait une autre et vive préoccupation. Devant lui se dressait la question depuis si longtemps débattue des biens qui, sous le régime français, avaient appartenu aux Jésuites et que le gouvernement d'Angleterre avait confisqués au siècle précèdent. Cette question agitait fortement l'opinion publique et causait beaucoup d’anxiété et de malaise, car, sur la manière de la règler, il existait des divergences d'opinion dans le haut clergé. Aussi, le gouvernement était-il désireux de la faire disparaître de l’arène politique, et le premier ministre crut qu’il serait sage de profiter de la réorganisation des écoles normales pour hâter le règlement de cette affaire difficile.

Dans le temps, il circulait une rumeur d’après laquelle l’on s'était adressé à la Sacrée-Congrégation de la Propagande à Rome pour obtenir que les biens des Jésuites dont le gouvernement avait la possession fussent attribués à l’université Laval par le Saint-Siège. M. Ross jugea bon d'écrire à Son Excellence Mgr Henri Smeulders, alors commissaire apostolique au Canada, une lettre dans laquelle il lui fit connaître sa pensée, sur cette question des biens des Jésuites. ! Il lui dit que, quoique le conseil des ministres n’eût pas été mis au cou-

! Lettre du 26 août 1884.

rant de cette proposition d’affecter ces biens à l’université, ‘‘son ferme désir était que la question des biens des ière équitable et définitive

“Jésuites soit réglée d’une manl

‘et de telle sorte que les intentions des donateurs soient “respectées; mais qu’un règlement qui transporterait ces “biens à toute autre institution ou ordre qu'aux Jésuites “ne serait pas considérée par le grand nombre comme un “règlement satisfaisant et, que d’ailleurs il serait difficile “ginon impossible d'y arriver. Si cependant Rome

“écidait qu’une part de l'indemnité réclamée pourrait

“être employée autrement, la plus grande partie étant que l'opinion publique

“rendue aux Jésuites, il est possible “serait satisfaite.! Il ajouta qu’il importait que ce “règlement ne soit fait qu’une seule fois et non pas de “telle sorte qu’on puisse le considérer comme injuste et

‘en réclamer un autre.” A la session d'automne du comité premier ministre soumit son projet de réor

catholique, le ganisation des

nee entre le gouvernement de Québec et les

1 Après une correspondai question fut en effet

autorités romaines, ce fut sur cette base que cette réglée plus tard. Le lieutenant gouverneur M. Masson étant allé à Rome

en 1887, fit connaître au Souverain Pontife qu'après le renversement du cabinet Ross, il avait appelé au poste de premier ministre M. Mercier qui était animé du désir de régler cette épineuse affaire. Le Pape ayant exprimé la crainte que le règlement de cette question si controversée ne rencontrât une formidable opposition de la part des adversaires du nouveau gouvernement, M. Masson fit part à sa Sainteté de la lettre ci-dessus citée

de M. J. J. Ross à Dom Smeulders.

Léon XIII qui invita son distingué visiteur où le projet de règlement fut arrêté.

Après cette visite de M. Masson à Rome, le R: P. A. Turgeon, S. J. de la revendication des bie affaire, M. Mercier s'empressa de faire adopter par u 12 juillet 1888 qui ratifia l'engagement interv ésus et le gouvernement.

à passer dans un cabinet voisin

le Saint Siège ayant chargé ns de l’Église en cette la législature de la province la loi d enu entre les Pères de la compagnie de J

Oh ! alors c’est bien différent, dit -

écoles normales en exprimant l'espoir qu’on adopterait le mode indiqué ou tout autre mode qu’on croirait devoir proposer. Or,le Comité, prenant en considération cette importante demande, nomma un comité spécial pour étudier le plan proposé et constater si les reproches faits au système tant au point de vue de l’enseignement qu’à celui des dépenses étaient fondés ou non. :

Au cours de l’enquête à laquelle procéda le souscomité, celui-ci entendit comme témoins les abbés Verreau et Lagacé, principaux des écoles normales de Montréal et de Québec, et prit communication des divers documents qui avaient été remis au gouvernement, outre les mémoires de Mgr Laflèche et une lettre de M. J.-A. McCabe, principal de l’école normale d'Ottawa.

Dans son rapport au comité catholique, le sous-comité exprima l'avis que le gouvernement ne pouvait notablement diminuer les dépenses des écoles normales sans nuire à leur efficacité; que ces institutions fournissaient à l’enseignement un nombre de sujets proportionné aux besoins du pays, eu égard aux traitements peu élevés que recevaient les instituteurs et que, étant données les circonstances dans lesquelles se trouvait la province au point de vue de l'instruction, le cours d’études n’était ni trop élevé ni trop long. En outre, il formula le vœu de voir fonder, sous la direction d'institutions religieuses, des écoles normales de filles dans les diocèses. Mgr des Trois-Rivières concourut volontiers dans cette dernière proposition mais exprima son dissentiment quant au

1 Ce sous-comité se composait de l'archevêque de Québec, des évêques des Trois-Rivières, de Rimouski, de Sherbrooke et d'Ottawa et des honorables sir N.-F. Belleau, P.-J.-O. Chauveau, L.-S. Jetté et du surintendant.

reste.: Le rapport fut adopté et transmis au gouvernement; mais, VU l'attitude prise par le Comité catholique, M. Ross n'insista pas davantage sur la réforme qu’il aurait voulu opérer dans la constitution des écoles normales.

1 Séance du 11 novembre 1884.

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