CHAPITRE ONZIÈME Une décade importante
UITE)
LES BUREAUX D'EXAMINATEURS ET LES ÉCOLES NORMALES __ LA LOI FLYNN — LES BIBLIOTHÈQUES SCOLAIRES — Les CONGRÈS PÉDAGOGIQUES.
La loi de 1846 avait prescrit la création de bureaux d’examinateurs chargés d’octroyer des diplômes d’enseignement. Il n'existait à cette époque aucune école normale dans le Bas-Canada. Les premiers bureaux que le gouvernement établit furent ceux de Québec et de Montréal. Les autres, créés ensuite aux Trois-Rivières, à Kamouraska, à Sherbrooke, Stanstead, à Ottawa et à Gaspé, prirent existence en 1853.
A la demande du Conseil de l’Instruction publique, le gouvernement modifia, par décret ministériel du 18 mars 1862, l'étendue de la juridiction de ces bureaux et en établit de nouveaux à Bonaventure, à Sweetsburg et Waterloo, à Chicoutimi, à Rimouski, à Richmond, au Portage du Fort et à Sainte-Marie de Beauce. Les membres de ces commissions examinatrices avaient des réunions quatre fois lan, à date fixe, et l’on adopta pour leur gouverne des règlements et un programme ou plutôt un questionnaire destiné à faciliter aux candidats l'étude des matières sur lesquelles ils devaient être interrogés. !
1 Journal de l’Instruction publique de 1862, p. 53 et suivante.
Avec le temps, ces juges d'examen augmentèrent en nombre, et, en 1893, il en existait 18 qui se réunissaient aux endroits les mieux appropriés et les plus faciles d'accès. Cette organisation qui, à son début, paraissait la seule possible ne répondit cependant pas à l'attente qu’on avait quant à la valeur intrinsèque des diplômes qu’elle décerna. Comme nous l'avons déjà dit, il s’y glissa des abus: certaines commissions, par la faiblesse des examens qu’elles faisaient subir et par un favoritisme déplorable, portèrent préjudice: à l'instruction des enfants et jetèrent du discrédit sur le personnel professoral, au point que le public fut porté à confondre injustement et dans une même réprobation les maîtresses d'écoles incompétentes et celles qui remplissaient leur emploi d'une façon satisfaisante. La section catholique du Conseil s’en émut et décida de remédier aux défectuosités du système. Elle mit à l'étude un plan pour la réforme des bureaux. Ceux-ci reçurent instruction de transmettre au département de l’Instruction publique le dossier original et complet des papiers d'examen des candidats. Après avoir étudié le fonctionnement du système en vigueur et s’être rendu compte de la manière dont il était mis en pratique, le Comité n’hésita pas à recommander la suppression de ces multiples bureaux et l'établissement d’une commission unique pour les catholiques de la province, ce qui fut agréé par le gouvernement. !
Cette commission se compose de dix membres et nomme son secrétaire. A l'instar des bureaux qui la précédèrent, elle possède le pouvoir de délivrer des brevets de capacité qui au fonds n’équivalent qu’à des certificats d’études, car les personnes qui les obtiennent ne sont pas tenues de subir une épreuve pratique sur la manière
: Rapport du Surintendant, 1893-94— 1594-95.
d'enseigner. Cependant, la loi en donnant aux diplômés du bureau central la permission d'enseigner dans les écoles primaires, attribue à ces brevets une valeur égale à celle des brevets d’école normale.
Depuis l'existence de ce bureau, l’examen pour l'obtention du diplôme est devenu plus sévère. Il se fait le même jour dans différents endroits désignés par le comité catholique et sous la direction d’examinateurs délégués. Les questions choisies à l'avance par la commission sont uniformes et envoyées aux délégués qui n’ouvrent les enveloppes qui les contiennent qu’en présence des aspirants, et à l'heure de l'examen. L'examen terminé, le délégué recueille, sans les lire, les réponses aux questions et les expédie au siège du bureau central à Québee où s’en fait l'examen.
Maintenant, les examens du bureau central des examinateurs se font d’après un programme unique qui est le programme des écoles normales, moins ce qui concerne la langue latine qui n’est pas exigée à l’exception de la lecture.
La création du bureau central des examinateurs fut un progrès sur l’ordre de choses antérieur. Aujourd’hui les candidats qui sont incapables d’obtenir le nombre des points exigés par les règlements sont éliminés de la carrière de l’enseignement et le favoritisme ne peut les y faire entrer.
L'adoption de prudentes mesures disciplinaires et une plus grande sévérité dans la correction des devoirs faite par les examinateurs n’échappèrent pas à l’attention des communautés religieuses où le très grand nombre de nos institutrices laïques reçoivent leur instruction; un courant de noble émulation s'établit entre
1 Règlements du comité catholique. Article 90 et suivant.
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ces maisons d'éducation dont le zèle est si digne d’éloges et la préparation des aspirants au diplôme se fit d’une manière plus complète. D’après les papiers même d’examen, il est établi que le cours d’études dans nos institutions d'enseignement s’est amélioré; les règlements du Cetité catholique sont mieux observés et les diplômes du bureau ont une valeur qu'ils ne possédaient point il y a quinze ans.
Il existe sans doute encore une lacune dans le système. En lui faisant subir un examen, on peut constater si une personne est suffisamment instruite, mais non ses aptitudes d’enseigner aux autres. Comme le disait un jour M. Cousin: ‘“Un diplôme suppose la science, la science très grande si vous le voulez, beaueoup plus grande qu’il n’en faut pour tenir une école primaire, mais la capacité pour tenir une école primaire n’est pas tant la scienee que l'aptitude à enseigner les enfants.”
Le temps qui est un grand maître fera sans doute disparaître plus ou moins les inconvénients de cette lacune, soit par des changements qui s’effectueront dans les attributions du bureau des éxaminateurs, soit par l'augmentation du nombre des écoles qui, au point de vue de la formation pédagogique de leurs élèves, l’emportent incontestablement sur les établissements scolaires ordinaires.
Quoique le nombre des élèves augmente peu à peu dans nos instituts de pédagogie, ceux-ci n’en comptent cependant pas assez pour répondre aux besoins de la province. Chaque année ils ne fournissent approximativement qu’un tiers des diplômés que requièrent nos écoles communes. Au début de ces institutions, la population de la campagne ignorait leur raison d’être et leurs programmes. D'autre part, les pères de famille préféraient par motif d'économie, envoyer leurs enfants subir l’exa-
men du brevet dev.nt le bureau central qui leur offrait un moyen moins coûteux d'obtenir un permis d'enseigner. N'ayant pas de stage à faire à l’école normale, les jeunes filles, quoique non formées à l’enseignement, pouvaient recevoir plus tôt le traitement d’institutrices qu’elles avaient en vue. Le recrutement des élèves-maîtresses pour les écoles normales se fit aussi moins rapidement, parce que certains couvents, dans la crainte de voir diminuer de quelques unités le nombre de leurs aspirantes au diplôme, préféraient les diriger vers le bureau central plutôt que vers l’école normale.
Les difficultés, et d'ordinaire il s’en rencontre au commencement de toutes les œuvres importantes, finiront par s’aplanir. Le bureau des examinateurs n'ayant présentement d’autre fonction à exercer que celle de corriger des papiers d'examen, les écoles de pédagogie ont sur lui, quant aux diplômes, une supériorité que le temps ne fera qu’accentuer. Disséminés dans les divers diocèses, elles exercent déjà partout leur action bienfaisante. Elles jouissent de la haute protection des évêques qui ont demandé leur établissement et qui contribuent de leurs deniers et de leur parole autorisée à promouvoir leur succès, et les élèves qui y puisent leur formation professionnelle en font connaître au loin l’avantage Aussi, la sphère d’action de ces maisons d’enseignement ira grandissant à mesure que se développeront les effets d’une préparation sérieuse à l’art de professer chez celles qui sont appelées à jeter dans le cœur de la jeunesse la semence d’une instruction solide et profonde.
Que les sympathies publiques aillent à nos écoles normales. Réjouissons-nous de voir ces maisons placées sous la sage et prudente direction de personnes ayant les aptitudes requises, habituées à l'esprit d’abnégation et dévouées à leur œuvre. Ces écoles sont une providence
pour notre province qui, entourée d'éléments hostiles à sa langue maternelle, sauvegarde de sa foi religieuse, a besoin dans tous les rangs de la société d'hommes et de femmes de caractère, suffisamment instruits de leurs devoirs pour former des générations fortes et croyantes at: sauront conserver le culte des aïeux et surmonter les chstacles qui se dressent devant la pleine réalisation des lesseins de Dieu sur le Canada catholique et français.
Comme le disait le premier évêque de Joliette, Mgr Archambault, dans la remarquable circulaire qu’il adressa à son clergé pour lui annoncer la fondation dans sa ville épiscopale, d’une école normale de filles... ‘la bonne entente entre le pouvoir religieux, entre l’ Église et l'État a donc ouvert au progrès intellectuel et moral de notre pays de larges horizons; elle a fait jaillir une source de vie où viendra puiser une longue suite de générations d’âmes généreuses, avides de consacrer à l'éducation primaire leurs aptitudes, leur savoir, leur expérience, leurs forces physiques, leur vie toute entière.
“Le gouvernement de Québec, en confiant à des religieuses la noble mission de former à Vart difficile de la pédagogie chrétienne les jeunes filles qui se destinent à l’enseignement, en plaçant toutes nos écoles normales sous la surveillance immédiate et la responsabilité de prêtres approuvés par l'évêque diocésain, a conservé, a assuré à jamais à notre système d'éducation primaire le caractère religieux qui le distingue depuis l’origine de la colonie. Il est entré par là dans les intentions si souvent formulées par nos législateurs; il a répondu aux vœux les plus chers du peuple; je dis plus, il a donné à nos écoles normales, à notre enseignement pédagogique leur seule et véritable base: la religion catholique.”
1 Circulaire de Mgr Archambault à son clergé, le 20 février 1912.
Nous avons mentionné précédemment la loi que la législature avait adoptée, en 1897, pour donner une impulsion plus grande à l'instruction élémentaire. Connue sous le nom de ‘Loi Flynn”, parce que le premier ministre d’alors en était l’auteur, cette loi porta immédiatement de bons fruits, et permit au Conseil de l’Instruction publique d'adopter des mesures pratiques, effectives et qui sont encore en force aujourd’hui. Les gratifications destinées aux instituteurs et aux institutrices furent l'objet de ses premières décisions. Pénétré depuis longtemps de l’idée de venir en aide à ces dévoués éducateurs et de stimuler leur zèle en améliorant leur position, le Comité avait demandé, dès 1892, que l’on mît à sa disposition une certaine somme pour la leur distribuer en primes d’encouragement. L'état peu satisfaisant des finances de la Province à la chute du cabinet Mercier avait empêché sans doute la réalisation de ce désir; mais aussitôt que la loi de 1897 eut créé un fond qui permettait d'employer une somme annuelle de 850 000 pour les fins de l'instruction, $14 000 furent distraites de ce montant et utilisées pour récompenser les maîtres et les maîtresses catholiques et protestants qui se conformaient fidèlement aux règlement: scolaires, déployaient le plus de zèle et faisaient prenne de plus de capacité dans l’accomplissement de ieur devoir. Cette somme fut répartie de telle sorte que, dans et qu distriet d'inspection, un instituteur ou une institutiic sur dix peut recevoir une gratifieation de vingt dollars.
Il n'existait en 1896 qu’une seule école normale catholique de filles, celle des Ursulines de Québec, et deux écoles normales eatholiques de garçons. C’est dire que la presque totalité des institutrices ainsi que des instituteurs qui avaient obtenu leur brevet de capacité des mul-
Rapport du Surinten ant, 1806-97, p. 316.
tiples bureaux d’examinateurs, ne pouvaient posséder que de faibles notions de pédagogie. Aussi, le Comité catholique sentit la nécessité d'obvier, dans une certaine mesure et eu égard aux circonstances, à cette absence de formation professionnelle. Les ressources créées par la loi Flynn vinrent heureusement Jui en fourni, l’occasion et le moyen. 11 décida de faire donner, chaque automne, aux brevetés de l’enseignement primaire des conférences propres à les éclairer sur leurs devoirs et sur l'emploi des meilleures méthodes d'enseignement. Ayant chargé les inspecteurs d'école de cette importante besogne, il supprima la première visite de ces fonctionnaires aux écoles et la remplaça par deux jours de conférences dans divers endroits de la région inspectée.
Pour faciliter la tâche des inspecteurs et les mettre à même de mieux s'acquitter à cet égard de leurs fonctions, le Surintendant fit préparer et imprimer une série d’instructions sur la manière d’enseigner les matières de classe et sur la mise en pratique du programme scolaire. Dans la cireulaire qu’il leur adressa à ce sujet, il jugea bon de recommander aux conférenciers d’aviser les instituteurs et les institutrices de sortir quelquefois du cadre officiel de ce programme pour donner oralement aux enfants de judicieux conseils sur le respect qu’ils doivent à l'autorité religieuse, à l'autorité paternelle, et à l'autorité civile, pour les prémunir contre l'intempérance, source de tant de maux, et contre le luxe qui appauvrit les familles. La circulaire demandait aussi aux instituteurs de priser bien haut, en présence de leurs élèves, l'honnêteté dans les contrats, de leur enseigner la politesse et les bonnes manières et de démontrer aux enfants des campagnes les précieux avantages qu'offre l'agriculture à ceux qui cultivent la terre avec intelligence, tout en s’efforçant de graver dans ces jeunes cœurs l'amour du sol natal.
Les inspecteurs constatèrent plus tard dans leurs rapports les excellents effets de ces conférences au point de vue de l'uniformité des méthodes et de l'exécution plus parfaite des programmes scolaires.
Pour fournir aux membres du corps enseignant de plus amples moyens de développer leurs aptitudes professionnelles, le Comité catholique avait manifesté, À plusieurs reprises, un ardent désir d'établir des bibliothèques dans les écoles rurales. Pour qui connaît la topographie de nos campagnes et la dissémination des édifices scolaires dans les divers rangs ou ‘concessions’ des paroisses, la fondation de ces bibliothèques s'imposait, car l’institutrice, vivant le plus souvent dans un milieu peu instruit et quelquefois loin des siens, n’a à sa disposition aucun traité de pédagogie, aucun atlas quelque peu détaillé, aucun livre propre à récréer son esprit ou à l’orner de connaissances littéraires nouvelles. Son isolement est presque complet et ne peut être que préjudiciable à ses études. Il est donc de toute évidence que la municipalité scolaire, sinon chaque école, devrait posséder une bibliothèque à l’usage des institutrices et des enfants.
La première proposition pour l'établissement de bibliothèques scolaires fut faite par l'évêque de Chicoutimi, Mgr Bégin, et remonte déjà à plus de seize ans. Elle se lit comme suit: “Que le comité reconnaît l’opportunité de former une petite bibliothèque scolaire dans chaque école dirigée par des instituteurs et des institutrices laïques et il recommande que le gouvernement mette à sa disposition pour être employé à cet effet le mor‘ant actuellement voté pour l’achat des livres de prix’ La législature vote annuellement quelques milliers de dollars pour l’achat de volumes qui sont distribués
1 Rapport du Surintendant, 1806-97, p. 329.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
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