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ur, t.r cossKii.i.rn d'ktat.
Qu'on nous pardonne de l'avoir rapporlt; dans sa nue crudité ; mais il nous a paru enfermer en quelques répliques l'explicalion de la scène qui venait d'avoir lieu, et la manière dont Césarine avait été informée des projets de madame de Lubois. Avertie par Drancy de l'indiscrétion d'Antoni , elle avait assez habilement préparée sa défense et l'avait exécutée avec un talent qui eût donné le change à un plus toué qu'Alphonse. Quant a la lettre sans date et sans adresse , c'était tellement VJ B C au métier qu'elle ne s'était pas même donné la peine de le cacher.
Quelque portée qu'eût en général le dernier mot que Césarine dit a sa femme de chambre, elle ne soupçonnait pas toutefois celle qu'il pouvait prendre appliqué à la position de Camille. Césarine était informée de la présence de Maurice dans le voisinage de madame de Brémont; elle savait qu'Alphonse s'en était montré irrité , qu'il les soupçonnait d'être d'intelligence et que par conséquent il ne
verrait qu'un mensonge dans les dénégations de Camille. Césarine en était triomphante ; mais elle se fut crue bien plus assurée de sa victoire si elle avait su l'incident de l'avis anonyme. Cependant toutes ces combinaisons matérielles furent sur le point de s'évanouir devant un nouvel incident; et si le résultat demeura le même , malgré cette circonstance, c'est qu'il était une conséquence nécessaire du caractère et de la position fausse des personnages de ce drame , quelque obstacle qu'y vinssent apporter des événemens accidentels. Nous pensons que la scène suivante en sera la preuve.
Xltl.
Cfg Ccttres.
De Lubois retourna chez lui : l'heure qu'il avait demandée à sa femme était depuis longtemps écoulée. Les inquiétudes de Camille sur la résolution que prendrait Alphonse commenraienl h devenir sérieuses lorsqu'il
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parut dans sa chambre. Elle jela sur lui un regard rapide pour essayer de deviner dans quels sentimens il revenait. L'impassible froideur du visage d'Alphonse lui laissa toutes ses alarmes. Lorsqu'il entra, elle était debout; il lui fit signe de sasseoir, prit un siège , et se plaça en face d'elle. 11 demeura ainsi quelque temps sars parler, la considérant fixement, soit qu'il éprouvât cette impatience des yeux , qui à certains momens voudrait ouvrir le crâne de celui qu'on considère , comme on ouvre les pages d'un livre fermé pour lire ce qu'il renferme ; soit qu'il fût embarrassé de la manière dont il entamerait l'explication qu'il désirait avoir. Enfin il se décida à parler, et commença en ces termes :
— Camille , j'ai beaucoup réfléchi a ce que vous m'avez dit ; et, de même que vous m'avez parlé sincèrement , je vais vous parler a cœur ouvert. Ne voyez non plus dans mes paroles aucun désir de vous blesser ou de vous blâmer ; il y a des choses dont je parlerai, parce
MC cuKSKii.rt:» u'etat.
qu'elles sont, et (jue je dois nécessairement les rencontrer; mais je vous le répète, excusez mes termes , s'ils ne sont pas toujours aussi inojfifensifs que je voudrais. Tout est douloureux aux cœurs blessés. C'est la faute de notre position , ce n'est pas la nôtre.
Ce long préambule alarma Camille , et la rassura en même temps. D'un côté , elle ne prévoyait pas où Alphonse voulait en venir j de l'autre, elle estimait cependant comme un pas immense d'avoir amené son mari à traiter solennellement la question qui les divisait.
— Je suis prête à tout entendre , monsieur, lui dit-elle; je vous écouté.
— Vous m'avez dit des choses bien graves , madame, reprit de Lubois; de nouveaux sentimens vous ont rendue plus indulgente envers moi ; cette indulgence m'a plus peiné que vos emportcmens. Vous avez compris , m'avezvous dit, jusqu'oii peut aller la tyrannie d'une passion qui nous domine — Camille, vous éprouvez donc aussi celte passion ?
Camille écoutait les yeux baissés, le front rouge , le cœur frappant sa poitrine à coups redoublés; elle ne s'attendait pas a voir scruter ainsi des sentimens qu'elle croyait enfouis dans le plus profond de son cœur. Elle se tut; Alphonse continua :
— Ai-je mal compris vos paroles ; me suisj« trompé; je m'en rapporte a vous, a votre probité, je vous le demande, me suis -je trompé?
Camille, toujours les yeux baissés , ne répondait pas. Elle était trop honnête femme pour nier; elle était trop orgueilleuse et trop innocente a la fois pour faire aveu d'un sentiment qui n'était qu'un malheur de plus , mais qui semblait devenir une faute , posé comme le faisait de Lubois.
— N'avez-vous rien à me répondre, madame? reprit de Lubois.
— Monsieur , dit Camille avec une douloureuse dignité , il est bien triste , je vous jure , de n'avoir aucun témoianaee sacré à invo-
LE COXSElIXEn D'ÉTAT. l^-^
quer. Le rire a désarmé l'innocence de son pUis souverain protecteur ; mais dussiez-vous en rire , monsieur, j'atteste le ciel que je suis pure , que je n'ai pas une parole de ma vie a me reprocher.
— Je l'espère , madame , dit de Lubois ; mais permettez-moi de vous faire observer (et je ne veux point récriminer), permettez-moi de vous faire observer que votre retour a des sentimens moins emportés , pourrait , si je voulais être rigoureux, me sembler plutôt dicté par votre intérêt que par le mien.
Il y avait quelque chose de vaguement vrai dans ce que venait de dire Alphonse ; Camille le sentit , et répondit humblement :
— Cela se peut, monsieur; aussi vous ai-je parlé pour moi comme pour vous. Je vous ai dit : Sauvons-nous ; et si , pour obtenir voire secours, il faut absolument à votre autorité que je m'humilie tout-a-fait , je vous dirai : Sauvez-moi.
La voix de Camille avait graduellement
1"^* I.E CO.\SEILI.KR DKTAT.
baissé en prononçant cette dernière phrase. De Lubois reprit la parole sur ce ton bas et lent dont Camille avait parlé , et lui dit presque avec pitié.
— \ous l'aimez donc , madame?
— Je l'aime , monsieur.
Ces mots tombèrent de la bouche de Camille avec des larmes qui tombèrent de ses yeux , avec sa tête qui tomba sur sa poitrine , avec son orgueil qui tomba de son âme. De Lubois tressaillit, un sourire cruel sillonna ses lèvres , et son regard posé sur le front humilié de Camille eût voulu être de plomb pour lui peser sur la tête et la courber encore plus bas. C'était quelque chose de ce rire cruel dont il l'avait frappée le jour oii il la dépouilla {le tous ses voiles de femme pour l'insulter ; mais cette fois c'était son cœur qu'il venait de mettre à nu pour lui infliger ses nouveaux mépris.
Qu'on prenne Camille comme elle étail ,
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orgueilleuse, licre, innocente, et quonla voie agenouillant ainsi sa noble résistance devant l'indigne conduite de son mari , et l'on reconnaîtra peut-être que c'était une haute et sincère vertu que celle qui l'animait... Oh! quelle récompense trouva cette complète abnégation, de la part de celui qu'elle implorait si noblement. Après un assez long silence, de Lubois continua :
— Vous l'aimez , madame, et vous osez me le dire.
— J'ose vous le dire , répondit Camille en relevant ensemble la voix , les yeux et la tête , mais toujours d'un ton résigné ; j'ose vous le dire, parce que je ne le lui ai pas dit, k lui.
— Je vous crois, madame j je veux vous croire , répondit de Lubois en se levant, mais qu'est-ce que cela prouve? cela prouve-t-il que c'est pour moi que vous venez ? C'est , en vérité , une vertu bien singulière , que la vôtre , madame : vous vous sentez atteinte a votre
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lour d'un amour puissant qui vous domine et vous maîtrise ; vous ne voulez pas y succomber, je le crois , car il y a en vous une passion plus puissante que cet amour, c'est l'orgueil. Vous voulez demeure^' sur votre piédestal. . . c'est bien , c'est beau , c'est honorable même ; ou pkitôt, ce serait tout cela, si vous ne me trompiez pas , madame.
— Moi vous tromper, reprit tristement Camille; en quoi vous ai-je trompé, mon Dieu?
— Oh ! vous ne le savez pas , n'est-ce pas ? vous manquez trop de mémoire, en vérité, pour que je ne vous le rappelle pas. Il y a quelques heures , madame , vous ne me teniez pas le même langage qu'à présent ; il y a quelques heures , vous m'avez abordé la voix haute et l'air menaçant, et vous m'avez insolemment posé entre la nécessité d'entendre vos injures et celle de me voir dénoncer à voire marraine comme un homme perdu de dettes fit de friponneries.
— Oh ' monsieur. . .
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— Vous l'avez fait , madame ; c'était pour me sauver , disiez-vous , et qui ne l'eut cru à ma place , en voyant tout ce que vous osiez pour cela? Eh bien ! non , ce n'était pas vrai ; c'était vous qu'il fallait sauver, vous, déjà coupable dans votre âme et sans force pour résister; vous qui veniez vous rattacher à moi, mais qui n'abdiquiez pas votre orgueil après avoir douté de votre vertu.
— Vous avez raison , s'écria Camille avec une expression de désespoir indicible , c'est moi qu'il faut sauver; eh bien , soit , c'est moi. Je suis sans force , c'est vrai. . . c'est vrai, monsieur , quand je l'ai vu s'évanouir de douleur devant moi... j'ai cru mourir... mon cœur a été près d'éclater. . . je vous le dis sincèrement h présent... Eh bien ! oui , j'ai eu tort de vous traiter comme je l'ai fait... je m'en repens , je vous en demande pardon... Mais sauvez-moi , monsieur; au nom du ciel, sauvez-moi.
— Et comment voulez -vous que je vous sauve , moi .-'
— Vous ne m'avez donc pas comprise, monsieur? reprit Camille stupéfaite . et qui voyait douloureusement s'enfuir tout ce qu'elle avait mis d'espérance en cette explication.
— Très bien, madame; vous avez dans le cœur une affection qui vous fait honte , et pour vous en garantir , il faut que j'en brise vmc dont je suis fier, dont je suis sûr, du moins, madame , car celle-là n'est ni menteuse ni hypocrite ; celle-là n'invente pas des lettres supposées pour se donner le droit de m'injurier.
— Je vous ai dit, monsieur, répondit avec une persévérante résignation Camille , qui se trompa sur la lettre à laquelle Alphonse faisait allusion , et pensa qu'il s'agissait de l'avis anonyme sur l'emprunt de Launay ; je vous ai dit que j'ignorais que la lettre dont vous parlez fût de M. Lambert.
— Mensonge , répondit de Lubois dont la colère, long -temps contenue, commença à gronder; mensonge pour celle-là comme pour l'autre , mais je parle de cette lettre par la-
l.K (',OJIi.SEII,M,r. U'I.TAT. I.>'.)
quelle vous avez calomnié une femme plus honnête que vous , en vérité , car elle ne ment point bassement; je parle de cette lettre écrite a un amant : vous ne saviez pas non plus à qui elle était adressée ?
— Je ne vous ai pas dit que je l'ignorasse.
— Vous saviez donc qu'il y a plus de quatre ans qu'elle était écrite ?
— Il y a quinze jours.
— Ecrite à M. Maurice il y a quinze jours !
— AIM. Maurice?...
— Oui, madame, reprit de Lubois avec un mépris railleur , à M. Maurice que vous aimez , dont la douleur vous fait mourir , et qui vous l'a donnée sans doute en retour de votre tendre intérêt ; c'est de lui que vous la tenez.
— C'est de M. Antoni , répondit Camille toujours calme , si le désespoir peut l'être ; toujours maîtresse d'elle-même, si on l'est quand on pense à mourir.
A son tour, de Lubois demeura stupéfait.
itio i-E conrsEiM.Eit u'ktat.
Par un mouvement qu'il n'eut pas le temps de raisonner, il cherche partout sur lui cette lettre qu'il n'avait plus ; et , se laissant aller à la rage qu'il éprouvait a la fois, du nouveau soupçon que Camille venait de lui donner, de l'impossibilité où il était de le vérifier, et surtout de l'avantage que sa femme venait de prendre, il se retourna vers elle, et lui dit, avec un accent furieux :
— ^ Vous mentez encore... vous mentez... prouvez-moi ce que vous dites, je veux une preuve ! . . .
— Une preuve , monsieur ! en ai-je d'autres que cette lettre?...
— Eh bien, je vous répète que vous mentez—
— Ah ! s'écria Camille en se frappant le front, malheureuse!... Puis, comme éclairée d'une soudaine illumination : Vous voulez une preuve... en voici une.
Et elle arracha de son sac la lettre d'Adèle,
l,E CONSEIIJ.ER D'ÉTAT. Ifi'î
et la donna à son mari. Le flacon de Maurice roula sur le tapis, sans qu'elle s'en aperçut.
De Lubois prit la lettre et la lut. Jamais silence si douloureusement absolu ne renferma un dialogue plus éloquent. A chaque ligne, de Lubois relevait les y^ux sur sa femme , et à chaque fois le doigt de Camille renvoyait le regard sur la page, comme pour lui dire ; Voyez î lisez !
— Eh bien ! ai -je menti , monsieur ? dit Camille avec un air de prière soumise qui attestait combien cette femme se sentait attachée à son dernier lien , et combien elle le ménageait avec un soin désespéré , comme le malheureux réduit à sa dernière once de pain.
Quand la lecture fut finie, la lettre tomba des mains de de Lubois : il était livide , il avait les dents serrées, les poings contractés, de sourds murmures sortaient de sa poitrine. Enfin, tout cet orage éclata.
— Oh ! c'est trop... c'est trop , s'écria -t-il. Avez-vous voire raison , madame ''