‹ Le conseiller d'état (volume 2)Chapitre 16 sur 41 · I.t: CO\5r.lI,I.ER D'ETAT · texte numérisé non relu

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et c'était avec toutes les douleurs possibles qu'elle racontait la faute de Camille et le désespoir qu'elle éprouvait de la voir si complètement compromise.

Tout cela perdait Camille dans l'opinion et la perdait encore plus auprès de son mari. Ces imputations de faiblesse et de lâcheté n'avaient pas vainement bourdonné aux oreilles de de Lubois ; mais il était dans une position telle qu'il ne pouvait les faire taire. En effet il savait l'innocence de Camille, et eût été fort embarrassé d'aller demander raison à Maurice d'une offense quelconque. Mais on comprend que dans cette position Alphonse ne cherchât ([u'un prétexte pour éclater; et plus ce prétexte lui manquait , plus il se réservait de le saisir au vol.

Les choses en étaient là lorsque madame de iU'émont revint à Paris avec Camisard. Ce retour les aggrava encore. Madame de Brémont avait appris tous les bruits qu'on avait fait

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courir sur le séjour de Camille à la campagne. Le conseiller d'état s'était chargé de cetle adroite dénonciation. Le premier mot en parut odieux à madame de Brémont.

— Comment osent-ils dire une pareille ini)imie? avait-elle répondu ; Camille n'a pas quitté le château sans moi. Jamais ce M. Maurice n'y a mis les pieds.

— Ce n'est pas non plus ce qu'on dit , repartit Camisard 5 mais vous savez comme la calomnie est habile. On parle de longues promenades faites durant le jour, de rendez-vous

dans les bois , de mystérieuses entrevues

peut-être la nuit... Je ne puis vous dire tout ce qu'on suppose, les moyens par lesquels on raconte que vous avez été trompée ; enfin on va jusqu'à assurer que si je n'étais arrivé chez Marquoy, ils auraient feint de ne pas se connaître du tout.

Ces insinuations et beaucoup d'autres ne furent pas dites ainsi et de 'suite : Camisard

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laissa à chacune un temps do repos pour porter fruit. L'histoire du flacon emporté par madame de Lubois, fut adroitement rappelée.

Malheureusement les habitudes de Camille à la campagne répondaient à ces suppositions. Tous les jours, elle sortait seule et demeurait absente des heures entières; tous les soirs elle se retirait de bonne heure. Enfin la journée passée h Marquoy ne laissait aucun doute sur l'intelligence ; le flacon mystérieusement gardé, aucune incertitude sur la passion. Ainsi lorsque madame de Brémont retourna à Paris , sa présence , qui semblait devoir apporter à Camille le seul témoignage qui pût la défendre victorieusement, lui amena une accusation qui acheva de l'accabler. Madame de Brémont n'alla point voir sa filleule , et la condamnalion de Camille se formula dans cette phrase sans appel :

— C'est tout-à-fait fini , sa marraine même ne la voit plus.

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Le jour où Camille apprit cpie madame de Brémont était à Paris , elle en fut instruite par son mari qui lui expliqua l'abandon où sa marraine la laissait par l'indignation qu'elle éprouvait de sa conduite au château. Malgré sa résignation , Camille en marqua tant d'élonnement et de douleur que son mari lui répondit en ricanant.

— Est-ce que cela vous trouble beaucoup? si vous vous trouvez mal, j'ai chez moi un flacon excellent pour ces sortes de pâmoisons.

A ce mot , Camille se lut en reconnaissant la main d'où partait ce dernier coup. Camisard se vengeait de l'épigramme qui avait repoussé ses prétentions.

C'en était fait, Camille n'avait plus la force de lutter j elle courba la tête : l'idée môme d'en appeler à sa marraine , l'idée de se défendre ne lui vint pas à l'esprit ; elle se voyait perdue, et n'eîit pas jeté la main en avant pour s'attacher à un fil qui eût pu retarder

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sa chute. IVlise sur le chevalel de la torture morale, elle en était venue à ce point d'affaissement oii le questionné avoue tout ce qu'on veut. 11 est possible que si à ce moment on lui eût demandé si Maurice était véritablement son amant, elle eût répondu : Oui. Tout s'éteignait en elle , le soin de sa propre dignité lui semblait même superflu ; elle pleurait devant ses domestiques.

Elle s'était fait une dernière espérance , celle de mourir bientôt; mais l'énergie qui, dans les premiers momens, lui avait inspiré des pensées de suicide s'était perdue aussi. Une seule chose vivait en elle , c'était son amour pour Maurice. — La veille de ma mort, se disait-elle; la veille de ma mort, ie lui écrirai. On laissera bien approcher un prêtre de mon lit , et s'il n'ose se charger d'un aveu écrit , si son devoir le lui défend , je lui confierai mon âme pour qu'il la lui redise.

C'était Ta le bonheur qu'elle caressait, et

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tons ses jours se passaient à faire sa lettre el sa confession djns son cœur, et chaque jour elle en faisait une nouvelle , quelquefois voulant dire à Maurice toutes les palpitations de son âme une à une ; d'autrefois ne voulant lui envoyer qu'un mot : Je t'aimais.

Peut-être eût-elle fini par succomber à cette lente consomption de la douleur solitaire, si la maladie qui avait retenu Maurice à la campagne se fût prolongée plus long-temps. Mais il arriva k Paris. Comme le vaisseau qui du chantier se précipite dans les flots et les émeut au loin , de même Maurice ne rentra pas dans le rayon de l'existence de Camille sans qu'elle en eût une impression. Le jour même, son mari eut un ton plus sombre et plus colère envers elle; le lendemain , elle vit entrer < hez elle Alicia et Camisard.

En voyant Alicia , Camille crut sortir de prison ; en voyant Camisard , il lui sembla qn(? c'était comme avec le bourreau. Cette image,

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