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— Je t'aime du premier jour où je t'ai \ue , Camille.
— Maurice, je t'aime du premier jour où je t'ai vu.
— Et maintenant c'est pour toujours.
— Maintenant c'est pour toujours. . .
A peine elle avait prononcé ce mot toujours ! que le souvenir de ce qui s'était passé entre M. de Lubois et Maurice , et de la résolution de celui-ci, vint pour ainsi dire couper court k l'avenir de ce mot si long...
— Toujours , s'écria Camille ; mais demain, bientôt, tout à l'heure, vous vous battez.
— Non, reprit Maurice en souriant, le désespoir m'avait égaré. Je vous ai dit des choses folles, en vérité : mais que d'aftaires pareilles se sont arrangées...
— Arrangées , dit Camille , et comment?
— Ma parole , et c'est celle d'un homme d'honneur, suffira a M. de Lubois, pour lui prouver que vous êtes innocente...
— Poiivcz-vous la lui donner maintenant.'
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dit Camille tristement, en avez-vous encore le droit? Regardez où je suis, et rappelez-vous ce tjue je viens de dire,
— Camille, le regrettez-vous?
— Non, Maurice, mais vous aviez raison, ce n'est qu'un malheur de plus , car il est de ma destinée de les épuiser tous.
Au moment où Camille prononçait cette parole , elle ne supposait pas qu'il pût y avoir encore des douleurs pour elle, des douleurs auxquelles elle ne s'attendait pas ; elles lui vinrent comme une réponse du sort. Camille parlait encore , qu'Alicia entra vivement dans la chambre.
Alicia , comme nous l'avons dit , après avoir couru chez Camille, avait cru la trouver chez madame de Brémont ; ne l'y ayant pas rencontrée, elle était retournée chez Camille, et l'avait encore attendue. Camille n'ayant pas reparu, Alicia était rentrée dans sa maison. Le domestique de Maurice l'y attendait ; il lui raconta en quelques mots, comment son mai-
Ire avait ramassé d?ins la rue une pauvre dame qui paraissait folle. Ce récit avait à l'instant expliqué à Alicia l'inutilité de sa poursuite et l'asile que Camille était venue lui demander ; elle était donc accourue chez Maurice. Accompagnée du domestique, elle avait pénétré sans bruit dans l'appartement, et marchant tout droit vers la chambre oii se trouvait Camille, elle en avait ouvert la porte avec vivacité. Mais à peine Alicia eut-elle fait quelques pas dans cette chambre, qu'elle s'arrêta comme clouée à sa place par une force invisible. Elle devint pâle , ses traits se contractèrent , un léger tremblement agita ses lèvres , et elle promena de Maurice h Camille , de Camille dans le lit de Maurice, à Maurice près de Camille, un regard sombre et lent, un regard qui interrogeait avec désespoir. Camille crut comprendre l'expression de ce regard , et tendant les bras à Alicia, elle lui cria :
— Alicia !. .. Alicia ! je suis innocente.
Mais celle-ci, laissant tomber tout h coup
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sa tc'le sur sa poitrine, répondit d'une voix sourde :
— Et moi je suis perdue.
— ^ Perdue , répéta Camille, frappée d'une terreur indicible , perdue !
— Voilà donc, continua Alicia , voilà donc ma récompense, Maurice. Voilà comment vous tenez les sermens que vous m'avez faits.
— Des sermens ! s'écria Camille en s'élancant hors du lit , des sermens ! il t'a fait des sermens, dit-elle a Alicia, qui restait droite et immobile , des sermens qu'il a trahis ?
Alicia ne répondit pas.
— Tu l'aimais? dit Camille en la regardant de ses yeux ardens.
Un mouvement de tête d'Alicia répondit :
— Oui.
— Et il t'aimait aussi ? reprit Camille avec un accent désolé.
Alicia lîc répondit pas et lomha sur un siège.
— Camille... dit Maurice en s'approchant d'elle.
— Ne îxie touchez pas, s'écria Camille en reculant, ne me touchez pas, vous êtes un infâme.
— Camille, vous vous trompez...
— Oh ! s'écria Camille dans un état d'exaltation inouïe, sortez, sortez... Puis elle reprit : Mais vous êtes chez vous, c'est à moi de sortir.
— Madame... sécria Maurice en l'arrêtant, oii voulez-vous aller dans cet état?...
— Ne me touchez pas, reprit Camille avec une nouvelle violence, ne me touchez pas, ou je me brise la tête sur ce marbre. . .
Maurice la laissa s'échapper. Camille aperçut ses vêtemens , qui étaient restés sur le divan , les prit et se rhabilla , tremblante , éperdue, folle... Alicia était immobile sur son siège. Maurice, silencieux, regardait le désespoir de Camille, n'osant lui adresser une parole, de peur de l'irriter plus qu'il ne l'était. Camille rattachait ses vêtemens avec utio
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sorte de liireur , et pendant ce temps, de sourdes exclamations s'échappaient de sa poitrine.
— Ils s'aimaient... oh ! ils s'aimaient , murmm\iit-elle... Infamie. Ils s'aimaient !
Alicia , qu'une effroyable douleur avait atteinte aussi , douleur dont le secret n'était qu'entre elle et Maurice , Alicia sembla se remettre ; elle se leva en chancelant et s'approcha de Camille.
— Tu te trompes , lui dit-elle d'une voix entre-coupée... tu te trompes.
— C'est vous qui m'avez trompée, répondit Camille en la repoussant... Laissez-moi, laissez-moi, tous deux...
— Camille ! dirent-ils ensemble en voulant la calmer.
— Je vous dis de me laisser... s'écria-t-elle. Je vous méprise...
En prononçant ces derniers mots, Camille s'était enveloppée de son chale, et avait croisé
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ses bras sur sa poitrine mal couverte , elle marcha vers la porte pour sortir. . .
— Mais oii allez-vous? lui cria Maurice.
— Chez mon mari , monsieur, lui répondit Camille en le retenant de son regard résolu , chez mon mari , lui dire la vérité.
Et, passant fièrement devant lui, elle sortit de la maison de Maurice. A peine eut- elle quitté la chambre , que Maurice dit amèrement à Alicia :
— Alicia ! Alicia! vous m'avez perdu.
— Non , dit Alicia, qui se méprit au sens des paroles de Maurice, et qui crut qu'il s'agissait de son désespoir d'avoir perdu Camille ; non , je vous la rendrai.
Elle n'entendit pas les dernières paroles de Maurice , qui répondit froidement :
— 11 est trop tard.
Maurice sortit également de chez lui. La fuite de Camille ne l'épouvantait pas ; il y avait dans son air trop de détermination pour craindre un acte de désespoir; mais à cette
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hoiirc avancée de la nuit , elle pouvait l'aire Je f;\clieuses rencontres, elle courait risque d'être insultée.
En peu d'inslans il l'aperçut devant lui , marchant avec rapidité; il la suivit à une distance où elle ne pouvait ni l'entendre ni le voir. La route qu'elle avait choisie dit assez à Maurice qu'elle avait repris sa raison; la manière rapide et ferme dont elle marchait, lui montrait que son énergie lui était revenue . Elle suivit la rue de Varennes jusqu'à son extrémité, prit la rue de Bourgogne, traversa la place du Palais-Bourbon , longea la chambre des députés et arriva sur le pont de la Concorde. Maurice la suivait de loin , toujours guidé, malgré la nuit, par la blancheur des vêtemens qui se dessinaient dans l'ombre. Camille, qui jusque-là avait marché résolument, s'arrêta tout d'un coup : Maurice s'arrêta aussi, la croyant fatiguée. Mais, lorsqu'à la lueur du réverbère, il l'aperçut, regardant autour d'elle, comme quelqu'un (jni a peur d'être surpris
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rlans ce qu'il va faire, Maurice, épouvanté, se mit a courir vers le pontj il comprit qu'une pensée de suicide , excitée par l'occasion et la facilité de l'accomplir, s'était présentée a Camille. En entendant les pas d'un homme, Camille écouta un moment , et reprit sa marche avec une nouvelle rapidité. Elle traversa la place Louis XV, la rue Royale , gagna la rue Godot-de-Mauroy, et rentra chez elle. Quand Maurice l'y vit en sûreté , il retourna chez lui. Alicia n'y était plus. Maurice reprit la lettre qu'il avait commencée, et écrivit jusqu'au jour.