‹ Le conseiller d'état (volume 2)Chapitre 29 sur 41 · I.E CO\Slill,l.l<r, U'ETAT · texte numérisé non relu

I.E CO\Slill,l.l<r, U'ETAT

Maurice était une fatalité dont elle avait pris son parti. Le fait que ce mot semblait exprimer l'avait seul fait tressaillir. Elle reprit le billet et le relut : (^ Pour des raisons que vous apprendrez trop tôt , je quitte Paris ; nous ne nous reverrons jamais. )>

— Je comprends cette phrase, monsieur, dit Camille; elle m'ordonne, en termes dont M. de Lubois a eu la sénérosité d'exclure toute brutalité, elle m'ordonne de sortir de chez lui.

— Vous vous trompez , madame, dit Camisard ; il est inutile que vous quittiez une maison oii votre mari ne peut plus rentrer.

— Et pourquoi? reprit Camille.

— M. de Lubois est ruiné , madame : la ruine d'un notaire ne ressemble en rien à celle d'un négociant; il est impossible qu'elle ne naisse pas d'actes ou d'opérations que les fonctions de sa charge lui interdisent, et M. de Lubois a bien fait de quitter Paris où sa liberté était menacée.

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— 11 est en fuite! dit Camille.

— Oui, inadame.

Si ce n'eût été l'atonie qui s'était emparée de Camille , ce riialheur arrivé soudainement pour s'ajouter à tant d'autres, eût peut-êlre encore excité en elle des transports de larmes, de cris , de gémissemens. Elle l'accepta sans murmurer. On a beaucoup dit que le cœur est comme un vase qu'emplissent de grands malheurs , et qui ne déborde que lorsque le sort lui jette la dernière goutte qu'il ne peut contenir, si petite qu'elle soit; on peut reconnaître que cela est vrai , tant que le cœur et le vase sont entiers ; mais il semble aussi qu'il arrive un moment oii le cœur se déchire comme le vase se fêle , si bien qu'on peut y verser le malheur sans relâche. Le vase qui fuit sans cesse et le cœur qui pleure toujours ne débordent plus avec fracas ; ainsi Camille, La nouvelle de la fuite de son mari ne fut pour elle que comme un détail de plus du supplice qui lui était réservé. 11 faut le dire, elle ne

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pensa pas à liiij le malheur a un égoïsme aussi, il garde toutes ses forces pour souffrir, il n'en a plus à dépenser en pitié.

— Ainsi donc, il est ruiné, monsieur? dit Camille.

— Ruiné ! répondit Camisard.

— Et peut-être déshonoré!

— Les tribunaux n'ont point prononcé, répliqua le conseiller d'état.

— Et moi , monsieur, qu'ai-je h faire?

— Vous, madame , il faut que vous dominiez assez votre douleur pour assurer votre avenir. La fuite de votre mari vous laisse sans fortune ; il faut que vous sauviez ce que vous pourrez des débris de la sienne.

— Je le ferai pour lui, monsieur, dit Camille , pour lui; quant à moi, je n'ai besoin de rien. Mais j'ignore par quels moyens je puis encore mettre quelque chose à l'abri.

— Pardonnez-moi , madame , d'entrer dans de si honteux détails ; mais vous avez des bi-

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