‹ Le conseiller d'état (volume 2)Chapitre 3 sur 41 · I.E COi^SElIJ.KK D'ETAT · texte numérisé non relu

I.E COi^SElIJ.KK D'ETAT

lemmes et les trompent quelquefois, tant elles s'imaginent que nous voyons les choses comme elles. Outre que par cette absence Camille croyait échapper à sa préoccupation au sujet de Maurice , oubliant que ce n'était pas lui , mais elle qu'il fallait fuir ; outre que son séjour chez madame de Brémont devait arrêter les suppositions de Camisard sur sa rencontre avec Maurice et sur le silence qu'elle avait gardé à ce sujet; Camille avait au fond de ses raisons une espérance qu'elle ne voulait pas discuter, de peur de la détruire. Elle pensait que si , ramené par ses bons procédés, Alphonse voulait renoncer à son intrigue avec Césarine , il le ferait bien mieux quand il aurait l'air de le faire de lui-même. Sa vanité , d'après le calcul de Camille , n'aurait pas à craindre de paraître avoir cédé aux colères ou aux exigences de sa femme. Camille avait tant besoin qu'il redevînt pour elle un boa mari, qu'elle se relirait de la lutte, pour le laisser agir h son aise, le monde dut -il

ne savoir gré qu'à lui de sa bonne résolution.

Si l'on considère ce qu'il y avait d'orgueil et de décision dans le caractère de Camille , et qu'on remarque le rôle auquel elle se résignait , on appréciera sans doute combien pour elle devait être menaçant le sentiment qui lui dictait sa nouvelle conduite. Ce sentiment la dominait tellement, qu'elle demandait a tout aide contre lui , h l'absence , à l'espoir d'un retour, à des idées qu'Alpbonse ne soupçonnait même pas.

De Lubois lui répondit qu'il était prêt à souscrire h tout ce qui lui serait agréable , et il fut décidé qu'elle partirait dès que l'affaire de Launay serait conclue.

Grâce à l'adresse de de Lubois , à l'entremise de Camisard qui parut rencontrer Launay comme par hasard chez le notaire, l'emprunt projeté se fit comme il le voulut. Les pièges ne manquèrent pas à la bonne foi de Jjaunay; plusieurs fois, le conseiller d'élat eut

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l'air de s'échapper maladroitement sur les dispositions testamentaires de madame de Brémont; plusieurs fois il y eut des questions pleines d'intérêt faites sur la santé délabrée de la bonne dame. Camille elle-même en fut dupe, et le jour où elle s'apprêtait a partir pour la campagne , elle crut aller soigner sa marraine.

Ainsi donc , Camille , mariée séparée de biens avec son mari, venait d'emprunter avec son autorisation deux cent cinquante mille francs a Launay , garantis par M. de Lubois en cas de non paiement de madame. Tout cela dura une semaine à peu près , au bout de laquelle Camisard fut remboursé et Alphonse tenu pour un homme dont l'exactitude dans les affaires devrait servir de modèle à tous les jeunes gens. Camisard en parla dans le grand faubourg, il trouva même moyen de bâtir à ce propos un système tout entier sur ces caractères puissans et faibles à la fois, si rigides dans leur probité et si faciles dans leurs mœurs.

Alphonse parut curieux k connaître à quelques belles dames d'outre- Seine, et le notaire reçut à cette époque des invitations dont il fit sottement parade en les laissant maladroitement tomber de sa poche dans quelques mauvaises coulisses.

Ucncontre.

Le jour même où Camille signa le contrat avec Launay , elle monta en voiture et prit la route d'Orléans pour aller rejoindre madame de Brémont dans sa terre. Quelques heures après son départ , un domestique sans livrée II. 4

apporta pour madame de Lubois un billet soigneusement cacheté, en recommandant qu'il ne (Vit remis qu'à elle seule. — Je m'en charge, répondit celui qui le reçut.

Comme la recommandation du commissionnaire ressemblait à celles dont on accompagne les lettres qui ne doivent pas être lues par monsieur, le domestique jugea phis prudent d'expédier la lettre a madame, avec quelques cartons qui devaient lui être envoyés h la campagne , que de prier monsieur d'y mettre l'adresse du château de madame de Brémont. Dans tous les cas, ce billet, eût-il été remis a Camille au moment oii elle partait , serait arrivé trop tard pour prévenir le malheur auquel il voulait obvier j le retard qu'il subit et qui , par diverses circonstances dura près de quinze jours , ne fit qu'éloigner l'explication qui en résulta et qui, peut-être, eût encore élé plus fâcheuse si elle avait eu lieu sur-le-champ.

Camille arriva chez madame de Brémont

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