I.E CO.\SEILLi:i; U'iiiAT
complète, de quelque manière qu'elle tourne. Tant qu'elle l'avait espérée honorable, elle l'avait défendue avec acharnement pour la garder ainsi , mais lorsque cette destinée s'était faite malheureuse , il la lui fallait malheureuse avec excès.
Comme elle pensait h tout cela , la sonnette de la porte vibra.
— Voilà ce que j'attendais , pensa Camille , et elle se prépara à quelque nouveau malheur.
Camille n'avait pas encore pris l'habitude de son îïbandon; elle ne sortit pas de sa chambre. La sonnette retentit avec plus de violence , et avertit Camille qu'il ne restait plus personne pour la servir. Elle S2 l3va et alla ouvrir la porte. C'était un homme et une femme qui se présentèrent; la femme entra, 1 homme, k l'aspect de Camille , s'enfuit et s'échappa dans l'escalier. La femme était Césarine , l'homme était Charles Launay. Césarine lui cria , pendant qu'il descendait l'escalier :
— Va donc, imbécille, je n'ai pas besoin de toi pour avoir justice.
Camille, à l'aspect de Césarine, était demeurée immobile^ elle appelait, elle attendait le dernier coup de sa mauvaise fortune , sa dernière insulte ; mais elle était plus exaucée qu'elle ne voulait. Camille en face de Césarine ! Jamais le cri d'Oreste remerciant la fatalité de sa persévérance, n'eût été plus vrai et plus profondément jeté, si l'étonnement n'avait tenu Camille aussi muette qu'immobile.
— Ça vous étonne de me voir, madame , lui dit Césarine, et pourtant vous devriez vous douter de ce qui m'amène j après avoir ruiné mon mari , vous pouviez bien vous attendre que ça ne se passerait pas comme ca.
Camille regardait Césarine avec une curiosité indicible , un sourire presque joyeux illuminait son visage, et sans répondre à Césarine, elle murmura en elle-même :
— Oh ! c'est beau ceci, je ne l'aurais pas ima-
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giné, moi, c'est beau 5 il faut que cet exemple soit donné au monde, il le faut. Si cette femme n'était pas venue danser sur ma ruine , il aurait manqué un trait h ma vie; le voici, le voici. Je veux qu'il se dessine bien complet... Allons, voilà plus que je n'avais espéré.
Après ce monologue de sa pensée, Camille répondit d'une voix dont le calme étonna Césarine :
— Entrez ch^z moi, madame, il y a encore de quoi s'asseoir , vous vous expliquerez plus à votre aise.
Et du geste elle lui indiqua le chemin ; Camille la regarda entrer , elle tenait toujours la porte entr'ouverte j au moment où elle allait la fermer, Camisard parut.
— Quoi ! vous aussi, reprit Camille avec un étonnement satisfait ; entrez , monsieur, vous avez sans doute quelque chose à me demander. Ne monte-t-il personne après vous? puis -je fermer ma porte?
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— Sans doute, dit Camisard, surpris du ton extraordinaire de Camille.
— Alors venez, monsieur, repartit Camille, il y a ici quelque chose de curieux à voir; et elle l'introduisit dans sa chambre , où Ccsarine s'était installée , inspectant chaque meuble de l'œil.
— Je crois, dit Camille en entrant, je crois que vous vous connaissez et qu'il est inutile que je vous présente l'un a l'autre. Veuillez vous asseoir tous deux ; madame , je vous écoute.
Césarine parut fort embarrassée. Camisard demeurait stupéfait de la présence de Césarine.
Camille les regardait tous deux , elle les dominait de son œil étincelant ; elle riait.
— Eh bien ! madame , que me voulez-vous? dit Camille à Césarine, qui gardait le silence.
— Ma foi , dit Césarine en reprenant son effronterie h. deux mains, ce n'est que justice que je réclame , je serais bien bête de me ffcner.
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— Faites attention à qui vous parlez , Césanne, dit Camisard, et tenez-vous pour dit que je ne souffrirais pas vos impertinences.
— Ah! c'est comme ça, dit Césarine , qui ne demandait qu'un peu de contradiction pour s'emporter j eh bien ! je vais vous dire tout ce que j'ai sur le cœur. Il me semble que quand on a payé le droit de se plaindre deux cent cinquante mille francs , on peut bien en user.
— Deux cent cinquante mille francs ! reprit Camille véritablement surprise cette fois, parce qu'elle ne comprenait pas.
— Deux cent cinquante mille francs que vous avez empruntés, vous, au père de mon mari , et que vous devez à celui-ci.
— Au père de votre mari ?
— Eh oui ! à votre oncle Launay que je croyais riche quand j'ai consenti à épouser son fils, et qui le serait véritablement, si vous ne l'aviez pas ruiné.
— Ruiné!... répéta Camille frappée de ter-
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reur par celle accusalion qu'elle prévoyait devoir peser sur sa lombe ; ruiné ! répéta-t-elle encore.
— Oui, madame, ruiné j el je viens vous demander comment vous comptez me rendre mes deux cent cinquante mille francs; voilà tout.
— Vous rendre deux cent cinquante mille francs ? s'écria Camille ; moi ! Mais, monsieur, dit-elle , pâle et bouleversée , et en s'adressant a Camisard , mais cette somme , ce n'est pas moi qui la dois, c'est mon mari.
— Votre mari? reprit Césarine, votre mari n'a plus le sou... et, après tout, vous avez signé et vous paierez.
. — Moi ? s'écria encore Camille ; moi , vous payer , et comment ?
— Comme vous voudrez. D'ailleurs, si vous le voulez bien , ce n'est pas ça qui vous embarrasse ; vous l'avez encore, cet argent j depuis deux mois tout n'est pas disparu , et , enfin , c'est pour vous qu'on a emprunté cette somme.
— Pour moi? dil Camille en regardant Camisard.
— Eh oui ! reprit Césarine , pour la placer sur votre tête , et vous faire une fortune aux dépens de votre parent : c'est connu ; j'en appelle a M, Camisard.
■ — Qu'en dites-vous , monsieur ? reprit Camille avec une ironie désespérée ; qu'en ditesvous? n'est-ce pas moi qui ai ruiné madame ?
— J'ignore absolument , répondit Camisard d'un ton glacé , ce que ^I. de Lubois a fait des fonds qu'il a empruntés à M. Launay.
— Vous l'ignorez ! répéta Camille stupéfaite.
— Je l'ignore, répliqua Camisard d'un ton si digne et si froid que Camille resta confondue devant l'impudence assurée de cette dénégation.
— Et sans doute , c'est moi qui en ai profité ? reprit-elle ; c'est moi qui les possède , moi qui en suis responsable ?