‹ Le conseiller d'état (volume 2)Chapitre 36 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

3»S I,K (:Oi\SEILLEIl D'ÉTAT.

*< sans pour vous, je vous en dégage ; ils étaient

<( aussi devenus trop lourds pour moi, et je les

« jette à terre. 11 y a des hommes plus mal-

« heureux que vous, qui ont racheté leur

« passé, faites comme eux. Adieu. Je ne suis

« pas injuste ; parmi les longues années de

« notre union , il y en a eu beaucoup d'heu-

(f reuses, je l'atteste ici-bas et je le répéterai à

« Dieu ! Qu'elles témoignent pour vous devant

« lui et devant les hommes. Une erreur de

« votre part et trop d'emportement de la

« mienne , vous ont mené au malheur et moi

<( à la mort. Oubliez-moi : je n'ose vous de-

« mander de me pardonner d'avoir perdu

« votre vie, une autre peut-être vous eût sauvé.

« Je ne me plains pas , vous avez encore trop

« h souffrir : vous avez à vivre ; j'ai la meilleure

« part de notre destinée : je meurs. Laissez-moi

« vous remercier encore de mes premières an-

ic nées de mariage. Vous avez été bon, noble ,

ff généreux pour moi; vous m'avez prise . moi

(f pauvre orpheline , pour me faire riche, heu-

l.E COSISF.III.KU D'KTAT.

« relise et considérée , cela a duré sept ans 3 « sept ans, c'est une large part de bonheur. « Mon Dieu, comment tout cela s'est--il éva- « noui? Si vous voulez me croire sur parole , « consolez-vous , car je vous jure que nous ne « sommes pas les plus coupables de notre mal- (f heur... Je ne puis rien vous dire de plus... « je n'ai pas le courage d'écrire une dénoncia- « tion sur ma tombe. Ce n'est point a ceux qui « meurent de maudire ; il ne faut pas que la <f vengeance ait rien à reprocher à leurs cen- K dres; j'espère que ma discrétion fera respecte ter les miennes. Vous savez bien que je n'ai (( plus que ma résignation qui me protège, elle « sera complète. . . il y a un nom que je ne pro- « noncerai pas. Si vous rentrez jamais en « France , ne revenez pas à Paris : ma tombe « vous y porterait malheur... Adieu encore... « Sur mon âme, je ne vous hais pas... et je « prierai Dieu pour vous. »

A MADEMOISELLE VArSllNL

« Alicia ,

ce Je t'écris, parce que je meurs, et que je te .c plains. J'ai été injuste et barbare envers toi. « Depuis le jour où j'ai appris par le cri qui t'est « échappé , que tu aimais Maurice , j'ai refusé ,c de te recevoir. Ce n'est pas haine contre toi, « c'est pitié pour moi. Je l'aimais tant, que te « voir, toi qu'il a aimée , et que sans doute il « aime encore, m'eût fait plus de mal que tu ne « peux l'imaginer , et en vérité, ce n était pas K la peine de me l'inlliger... Tu sais , toi , que « j'ai assez souffert. Pourquoi m'a-t il aimée?

342 l.E CONSI^ILLtK D'ÉTAT.

« voilà le malheur des hommes qui jouent avec « le cœur des femmes corrompues ; ils s'ima- « ginent que c'est de même partout... ils ont « un mot qui est affreux : avoir une femme... « ils poursuivent ainsi celles qu'ils ne connais- « sent pas et les perdent. . . Je ne puis pas jurer «f que si j'eusse vécu, je ne me fusse pas don- «c née à Maurice... Je serais devenue sa maî- <f tresse , j'aime mieux être morte. Que ceci ne « te blesse pas, tu n'es pas une pauvre femme « comme moi , tu as un nom et un talent qui i< te protègent j Maurice n'est qu'un ami qui t'a '.- trahie... Une femme comme je suis, n'a de te protecteur que l'amour qu'elle inspire j quand « il s'en va, elle reste nue... Je comprends ton « courage, s'il t'a trompée; tu vaux encore au- «( tant que lui : moi abandonnée , je serais ce « qu'est iVdèle , ce que sont tant d'autres... Il « faut avoir leur âme pour vivre ainsi, je pré- « viens le malheur de mourir avec un remords. « Toi, pauvre enfant, que vas-tu devenir.^ pour- « quoi n'as - tu pas été plus confiante ? je le

LK CONSKlLLtR D'ÉTAT. 343

« l'aurais ramené , lu l'aimerais en paix , et « peut-être l'image de voire bonheur m'aurait K fait vivre. Si tu savais ce qu'il y a de force « dans le bonheur qu'on a donné , il remplit <( l'àme d'un saint orgueil; tuas vouhi le tenter « pour moi, que l'avenir t'en récompense... « Tu as dû bien souffrir, pauvre sœur... je t'ai « dit si souvent que je l'aimais : comme je t'ai « torturée ! mais tu m'as déjà pardonnée , je « meurs en paix avec toi, n'est-ce pas?... J'ai « une chose k te demander; mais avant d'aller « plus loin, il faut que je lui écrive la lettre « que tu lui remettras sans la lire... S'il le la « cache , ne l'aime plus ; s'il le la montre , il e( méritera que tu l'aimes. .. je suis sûre qu'il te « la montrera : c'est un homme qui est assez (c noble pour comprendre un devoir; e t'é- (( crirai k toi la dernière, car en pensant k ce <f que je veux te demander, je sens les larmes i( qui me gagnent, et je ne puis pleurer que sur « la lettre.. . et c'est k toi que je dois mon der- « nier adieu. Attends... je vais lui écrire...

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