II. a
I,i: CO.VSUII.I.El; U'tTAT.
La colère d'Alphonse avait une autre source, c'était d'avoir été joué, ou , pour mieux dire, d'avoir été pris pour dupe : à cette colère s'ajoutait cette circonstance d'être dupe aux yeux de Camille. Dans ce moment, il eût pardonné à Césarine un caprice pour un crocheteur , s'il avait été seul à le savoir. Mais le rival à qui on écrivait des lettres et qui montrait sans doute ces lettres à tout le monde et les livrait en outre à Camille , ce rival était un crime qui ne méritait pas de pitié , qui n'obtiendrait pas de pardon.
M. de Lubois, en entrant chez Césarine à l'improviste la trouva se roulant comme un chat sur les coussins d'un divan , et roulant sa voix dans son gosier en trilles aériens , en lïammes éclatantes , riant , chantant , bondissant ; elle se pliait et se repliait , flexible , ténue et frêle comme un corps qui semble à bout de ses forces , mais au milieu duquel brûle un foyer d'ardeurs et de volupté qui flambe par les jets d'une voix puissante et
1,E CONSEILLER D'ÉTAT. *3l
nerveuse. Césarine était joyeuse ; on ne peut pas dire que ce fût de cœur , ces natures de femmes ne \ivent point par-la : elles ont une organisation animale qui s'influence surtout d'air et de chaleur, et s'attriste et s'épanouit par les nerfs. Les nerfs de Césarine frémissaient à l'épiderme, avides de mouvemens, de cris, de sensations. Quand elle aperçut de Lubois , elle courut k lui :
— Bonjour, bonjour, boujour, bojour , bjour , bjour , lui dit-elle en lui faisant des petites mines gracieuses. Tu es gentil, gentil, gentil, gtil d'être venu. Je ne joue pas ce soir; allons dîner quelque part , allons courir les boulevarts... veux-tu venir... je vais m'habiller ?
— Non , dit sèchement Alphonse.
— Qu'est-ce que tu as, quésque-ta, quéqueta , répondit-elle en lui prenant les deux mains et en le balançant au mouvement d'une ronde. Tu as l'air d'un loup-garou , d'un rhinocéros ,
lil I.K COSiiEII.MCn D'F.TAT.
d'un croque-mort j tu as l'air d'un pair de France, tu es tout bête. Embrasse-moi... embrassez votre amour, gros notaire.
— Assez de folies , dit de Lubois , j'ai à vous , parler sérieusement.
— Do ré mi fa sol la si do , ré mi fa sol la si do dooooooo , fit Césarine en montant cette double gamme comme une fusée et faisant vibrer sa voix sur l'ut aigu avec un éclat magnifique ; puis elle redescendit les deux octaves chromatiquement sur ces paroles improvisées : — Va te promener, mon cber ami, va te promener, mon clier ami, va te prom...
— Césarine , dit de Lubois sévèrement , j'ai à vous parler, finissons.
— Eb bien ! qu'est-ce que vous me voulez avec votre air d'ours ?
— Je veux vous demander a qui vous avez écrit cette lettre.
— Ça ! dit Césarine en la prenant. Elle la