scène a l'opéra
A ce moment Maurice croisa les mains comme quelqu'un qui implore.
Camille fit glisser sa main jusqu'à son cœur, et l'y laissa appuyée.
LOGE DE CÉSARINE
— Ah çà, mais ça devient touchant , une main sur le cœur ; il ne manque plus que de s'envoyer des baisers.
Maurice, au geste de Camille, avait laissé éclater un mouvement de joie si vif, que madame de Lubois porta son doigt à ses lèvres en signe de silence.
LOGE DE CÉSABINE.
— Les voilà... dit Césarine.
— Quoi? dit de Lubois.
— Des baisers.
— Des baisers ! dit Camizard.
— Oui , ma foi , que madame de Lubois envoie au correspondant du balcon. Pardieu! j'en veux avoir le cœur net.
Elle se pencha tellement hors de sa loge, que ce mouvement frappa beaucoup de personnes, ainsi que Camille. Tous ks regards se portèrent de ce côté, et madame de Lubois reconnut Césarine. Dans le même instant indivisible, elle vit cette femme qui l'avait perdue, et comprit qu'elle avait été observée et devinée ; elle se recula dans sa loge avec terreur, tandis que Césarine reprenait sa place en disant :
— Je m'en doutais, c'est le beau Maurice.
— Maurice ! s'écria de Lubois en pâlissant de rage. Toute la haine qui bouillonnait en lui éclata à ce nom :
tout le foyer de ses passions s'alluma d'un coup et rompit tous les cercles qui lui entouraient le cœur.
— Maurice ! répéta-t-il ; Maurice ! c'est impossible. Toujours dans le même instant, Maurice, étonné du geste
de Camille et de la terreur qui s'était peinte sur son visage, semblait demander quelle en était la cause.
Et en même temps un mouvement de tête de Camille lui répondait :
— Là , elle est là , mon ennemie; là... à côté de vous, regardez-la...
Et Césanne répondait à de Lubois :
— Pardieu ! toute la salle le voit. Voyez plutôt vousmême.
Et en même temps encore , Maurice , cédant au geste et à la terreur de Camille , de Lubois , à l'invitation de Césarine et à la colère qui l'exaspérait , l'un se pencha hors du balcon pour voir dans l'avant-scène , l'autre se pencha hors de l'avantscène pour voir dans le balcon , et ils se rencontrèrent face à face, le mari d'un côté, l'amant de l'autre. Ce fut un regard de mort qu'ils échangèrent.
Camille , l'œil fixé sur cette scène , vit ce double mouvement et reconnut son mari ; elle vit ces deux visages qui semblaient s'être heurtés et défiés : alors une peur folle la prit , l'égara , lui ôta ce qui lui restait de raison ; elle poussa un cri, et, s'élançant hors de sa loge :
— Oh! je suis perdue! dit-elle.
A ce cri, à celte fuite, Maurice, emporté par sa passion, quitta le balcon pour courir au secours de madame de Lubois.
M. de Lubois sortit de sa loge pour insulter Maurice.
Tous ces mouvemens , ce cri, les portes violemment ouvertes, avaient attiré l'attention : on avait regardé, on s'était levé.
Maurice et Camille se rencontrèrent vers le milieu du couloir. Maurice prenait la main de Camille pour la rassurer :
— Qu'avcz-vous à dire à cette femme? lui cria avec une colère furieuse quelqu'un qui la lui arracha. C'était de Lubois qui se plaça entre Maurice cl Camille.